Interview de Mme Élisabeth Borne, Première ministre, à RTL le 17 juin 2022, sur la place de la NUPES, du Rassemblement national et de la majorité présidentielle au second tour des élections législatives et le déplacement d'Emmanuel macron en Ukraine.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ALBA VENTURA
Merci d'être avec nous ce matin sur RTL en direct, c'est vrai, de Vire, dans cette sixième circonscription du Calvados où vous vous présentez pour la première fois. Nous allons revenir dans un instant sur la visite du président MACRON en Ukraine mais d'abord, Elisabeth BORNE, est-ce que vous serez toujours Première ministre lundi matin ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je suis totalement concentrée sur ma campagne, d'ailleurs merci d'être ici à Vire ce matin où je mène campagne comme tous les candidats, comme tous nos candidats pour avoir une majorité solide dimanche, pour continuer à protéger les Français, pour continuer à créer des emplois, pour protéger le pouvoir d'achat, baisser les impôts et donc on est à fond sur le terrain.

ALBA VENTURA
Mais si vous n'avez pas de majorité pour gouverner, vous remettez votre démission ?

ELISABETH BORNE
Je ne fais pas de la politique-fiction. Je vous dis, on se bat pour avoir une majorité solide. On est la force politique, vous savez, qui a le plus de candidats au deuxième tour, contrairement à ce que dit Jean-Luc MELENCHON. Dans chacune des 421 circonscriptions, on est sur le terrain pour convaincre jusqu'à la dernière minute.

ALBA VENTURA
Vous êtes convaincue d'avoir une majorité absolue ? François BAYROU dit qu'il y a un risque, il craint d'ailleurs même un bazar universel si tant est qu'il n'y en avait pas.

ELISABETH BORNE
Alors dans toute élection évidemment, rien n'est joué d'avance. Mais je vous dis, on est là sur le terrain pour se battre et François BAYROU a raison de dire qu'il y a deux projets qui sont très différents. Le nôtre, je vous le dis, c'est protéger les Français, créer des emplois, baisser les impôts. Et puis de l'autre côté, on a un projet : c'est des taxations, des impôts massifs. C'est aussi une remise en cause de nos alliances internationales dans un contexte où il y a beaucoup d'instabilité, c'est un projet dangereux pour notre économie et donc c'est un projet qu'il faut absolument éviter. Et pour ça, il faut voter pour les candidats de la majorité.

ALBA VENTURA
Vous avez beaucoup dramatisé pendant cette campagne, Madame la Première ministre, dans tout le camp macroniste. D'ailleurs si la situation est si grave, vous parlez de danger pour notre économie avec un Jean-Luc MELENCHON qui aurait de nombreux députés voire une majorité. Pourquoi le président est parti à l'étranger ?

ELISABETH BORNE
Le président il est dans son rôle d'être aux côtés de l'Ukraine avec nos partenaires allemand et italien, à un moment où l'offensive russe est très forte en Ukraine où il y a des centaines de morts tous les jours. Montrer à l'Ukraine que l'Europe est à ses côtés, discuter aussi avec le président ukrainien alors que le prochain Conseil européen examinera la candidature De l'Ukraine pour l'entrée dans l'Europe, c'était aussi important et c'est le rôle du président de la République de porter cette politique internationale, d'être aux côtés de nos soldats aussi qui sont dans les pays voisins.

ALBA VENTURA
Mais on ne pouvait pas décaler d'une semaine ? Pardon, il y a des calendriers, j'en ai bien conscience, mais on sait qu'il aime ça le président. Il n'est pas entré dans le match, il n'a pas livré bataille, il ne s'est pas vraiment impliqué. 

ELISABETH BORNE
Vous savez, moi j'entends tout et son contraire. À la fois qu'il ne s'intéresse pas à la campagne, et en même temps qu'il est trop présent. Je vous dis, chacun est dans son rôle. Lui il porte ces dossiers internationaux à un moment très grave, moi je suis là, je suis cheffe du gouvernement. On agit pour faire face aux urgences, par exemple la canicule, et puis pour préparer le projet de loi qui sera le premier débattu à l'Assemblée nationale : un projet de loi d'urgence pour le pouvoir d'achat, pour augmenter nos retraites, pour augmenter la rémunération des fonctionnaires, pour protéger face à la flambée des prix de l'énergie. Donc moi je suis à l'action ici et le président est dans son rôle.

ALBA VENTURA
Vous n'auriez pas aimé qu'au moins le président fasse un meeting pour vous soutenir ?

ELISABETH BORNE
Moi je vous dis, on entend tout et son contraire. Qu'il en fait trop, qu'il n'en fait pas assez. Je vous dis, chacun est dans son rôle. Moi je suis ici à conduire l'action de mon gouvernement. Je suis là comme cheffe de la majorité aussi à réunir nos candidats, les responsables de la majorité et à faire campagne dans cette sixième circonscription du Calvados.

ALBA VENTURA
Quoi qu'il arrive Elisabeth BORNE, aujourd'hui vous reconnaissez que cette élection est un succès pour Jean-Luc MELENCHON ?

ELISABETH BORNE
Moi je ne suis pas en train de me demander si c'est un succès. Vous savez, quand on fait la somme des voix, il a moins de voix que les différents partis qu'il réunit. Ce que je veux surtout, je vous le redis, c'est une majorité solide dimanche.

ALBA VENTURA
Et vous pensez que vous pouvez y arriver ?

ELISABETH BORNE
Mais bien sûr. On a des candidats dans 421 circonscriptions, les trois quarts des circonscriptions.

ALBA VENTURA
Ça ne veut rien dire.

ELISABETH BORNE
Chacun se bat pour être député dimanche.

ALBA VENTURA
Mais je reviens sur Jean-Luc MELENCHON. Vous tiendrez compte de ses 25 % ? Enfin, il représente un quart des suffrages Jean-Luc MELENCHON. Est-ce que vous en tiendrez compte ?

ELISABETH BORNE
Bien sûr qu'on tient compte de chaque voix. Bien sûr qu'on entend les messages et, vous savez, quand je vais à la rencontre des Français sur les marchés, quand je vais chez les commerçants, j'entends qu'il y a de l'inquiétude. C'est pour ça qu'il faut de la stabilité, rassurer les Français, avoir très vite des mesures par exemple pour prolonger le bouclier sur l'énergie, répondre aussi à ceux qui ont des difficultés avec la hausse des prix dans l'alimentation. Et c'est pour ça qu'on est à l'action, que mon gouvernement est à l'action pour répondre très vite aux inquiétudes des Français.

ALBA VENTURA
Tout à l'heure vous me disiez : « danger, Jean-Luc MELENCHON » ; Jean-Luc MELENCHON, c'est égal Marine LE PEN ?

ELISABETH BORNE
Je ne vais pas rentrer dans ces débats. On a dit très clairement dans cette élection pas une voix pour quoi l'extrême-droite.

ALBA VENTURA
Ça veut dire quoi « danger » ?

ELISABETH BORNE
Danger, ça veut dire que quand vous portez un projet dans lequel vous remettez en cause toutes les alliances internationales alors qu'il y a la guerre aux portes de l'Europe, quand vous portez un projet dans lequel les entreprises c'est l'ennemi ; quand vous portez des projets de taxation massive ; quand vous êtes ambigu sur les valeurs républicaines, oui c'est un projet qui est dangereux pour notre pays.

ALBA VENTURA
Il n'est pas républicain Jean-Luc MELENCHON ?

ELISABETH BORNE
Jean-Luc MELENCHON, il est ambigu sur beaucoup de sujets, par exemple sur la laïcité. Jean-Luc MELENCHON, il a insulté nos policiers donc il considère que les policiers ne doivent plus être armés. Il faut être clair, ceux qui nous protègent ce sont les policiers.

ALBA VENTURA
Elisabeth BORNE, on l'a vu, le front républicain a explosé. Vos candidats n'ont pas appelé à voter contre le Rassemblement national. Enfin, en tout cas pas tous.

ELISABETH BORNE
Attendez, on a été très clair : pas une voix pour l'extrême-droite. Et moi, je n'ai pas de leçon à recevoir de Jean-Luc MELENCHON. Vous savez, moi face à l'extrême-droite, j'ai appelé à soutenir des candidats communistes, socialistes, Europe Ecologie-Les Verts. Il y a 107 circonscriptions où la France insoumise est face à des candidats… Pardon, où la majorité est face à des candidats du Rassemblement national : dans aucune de ces 107 circonscriptions, Jean-Luc MELENCHON n'a appelé à voter pour un candidat de la majorité présidentielle.

ALBA VENTURA
Je pense à Jean-Michel BLANQUER qui a été éliminé, il n'appelle pas à faire barrage clairement au Rassemblement national.

ELISABETH BORNE
La position de la majorité présidentielle, elle est très claire : pas une voix pour l'extrême-droite. Et je vous dis, on soutient des candidats qui portent les valeurs républicaines. Par contre, quand on a face à nous un candidat qui insulte nos policiers, qui ne respecte pas ou qui est ambigu avec les valeurs républicaines et qui par ailleurs est en connivence avec la Russie, on ne le soutient pas.

ALBA VENTURA
Vous Elisabeth BORNE, vous auriez utilisé un bulletin Nupes contre le RN, vous l'auriez fait ?

ELISABETH BORNE
Je vous dis, Nupes c'est une alliance de circonstances dans lesquelles vous avez à la fois des républicains. Moi je vous ai dit, par exemple, qu'il fallait soutenir André CHASSAIGNE, le président du groupe communiste. Vous voyez bien qu'on a beaucoup de points de désaccords mais c'est un républicain. Les candidats de France insoumise notamment qui ne partagent pas nos valeurs, qui ne partagent pas les valeurs républicaines, qui par ailleurs remettent en cause le rôle de nos policiers, nous ne les soutenons pas.

ALBA VENTURA
Vous croyez en vos chances dimanche ici pour votre première élection dans cette sixième circonscription du Calvados ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je suis arrivée en tête mais je vais chercher voix par voix. Je veux continuer jusqu'à la dernière minute à convaincre.

ALBA VENTURA
Votre adversaire de la Nupes, Noé GAUCHARD ici qui était invité de RTL mercredi, dit qu'il a des racines plus ancrées que vous et qu'il connaît mieux que vous les problématiques du territoire. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

ELISABETH BORNE
Enfin écoutez, j'ai eu l'occasion d'expliquer que si je me présente ici, dans cette circonscription, et pas à Paris où ç'aurait été plus facile pour moi, c'est parce que c'est ici le berceau de ma famille. Et par ailleurs je suis sur le terrain, à écouter les préoccupations des Français. Monsieur GAUCHARD la seule chose que j'entends, c'est qu'il veut faire tomber la Première ministre. Je trouve que ça n'est pas très respectueux des habitants de la circonscription parce que, finalement, on n'entend pas grand-chose sur ce qu'il propose pour cette circonscription.

ALBA VENTURA
Elisabeth BORNE, on connaissait le programme d'Emmanuel MACRON au moment de la présidentielle et puis c'est devenu quand même assez flou. Les Français veulent savoir, dans la perspective où vous obtenez une majorité, quel est votre programme ? Enfin la retraite à 65 ans, vous allez la faire ou pas ?

ELISABETH BORNE
Nous, on dit la vérité aux Français. On dit que pour protéger notre modèle social, il faudra travailler progressivement un peu plus longtemps, qu'il faut tenir compte de la spécificité des métiers. On n'a pas la même usure professionnelle quand on travaille dans un bureau ou quand on travaille sur un chantier, quand on travaille dans un abattoir Et donc il faut discuter tout ça avec les organisations patronales et syndicales.

ALBA VENTURA
Mais jusqu'à quel âge ?

ELISABETH BORNE
Il faudra progressivement travailler plus longtemps. On a évoqué le fait de travailler 4 mois supplémentaires par an, et donc ça fera l'objet des discussions qui doivent s'engager avec les organisations patronales et syndicales.

ALBA VENTURA
Vous avez dit que vous alliez indexer les pensions, les allocations, les traitements des fonctionnaires sur l'inflation. De combien ? L'inflation est à 5 %.

ELISABETH BORNE
Vous savez qu'on est en période de réserve donc c'est un peu délicat de faire des annonces. On avait augmenté les retraites d'un peu plus de 1% au début de l'année, on a annoncé qu'on augmenterait les retraites au mois de juillet de 4 %.

ALBA VENTURA
De 4 %. La redevance, vous la remplacez par quoi ?

ELISABETH BORNE
On supprime la redevance audiovisuelle, c'est du pouvoir d'achat en plus pour tous les Français. Il y aura évidemment des financements budgétaires et on donnera toutes les garanties à l'audiovisuel public sur son indépendance et donc sur la stabilité de ces financements.

ALBA VENTURA
Elisabeth BORNE, vous avez été interpellé pendant votre campagne à propos de l'affaire Abad. Damien ABAD, ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées.

ELISABETH BORNE
En l'occurrence par une militante France insoumise.

ALBA VENTURA
Lorsque vous avez été interpellée, c'était une militante France insoumise ?

ELISABETH BORNE
Je vous le confirme.

ALBA VENTURA
Il a été mis en accusation par plusieurs témoignages pour abus sexuels. Vous personnellement en tant que femme, Elisabeth BORNE, ça ne vous pose pas de problème ?

ELISABETH BORNE
Je suis très claire, c'est important que la parole des femmes se libère et qu'elles soient entendues. Moi je souhaite que toutes ces femmes, et je le souhaite en tant que Première ministre et en tant que femme, que toutes les femmes qui sont victimes de harcèlement, de violences puissent porter plainte. Tout est fait pour bien les accueillir. Les policiers, les magistrats sont formés et donc j'invite toutes les femmes à porter plainte. C'est ce qui permet à la justice de faire son travail.

ALBA VENTURA
Mais là en l'occurrence, ça a percuté la campagne. Est-ce qu'il n'aurait pas mieux fallu que Damien ABAD assure sa défense hors du gouvernement ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, ce que je peux vous dire simplement, c'est que moi je ne peux pas me fonder sur des témoignages anonymes dans les colonnes d'un de vos collègues. Je pense vraiment important que la justice puisse faire son travail, puisse dire les faits et donc j'invite vraiment toutes les femmes, plus je souhaite que les femmes puissent déposer plainte.

ALBA VENTURA
J'ai une toute dernière question, ça rejoint un peu ce qu'on se disait tout à l'heure à propos d'Emmanuel MACRON et de son déplacement à Kiev avec Mario DRAGHI et Olaf SCHOLZ. L'Ukraine va donc obtenir le statut officiel de candidat à l'Union européenne. Combien de temps ça peut prendre une adhésion ?

ELISABETH BORNE
Vous savez que c'est un processus qui est long. C'est surtout un signal fort qu'on a voulu donner à l'Ukraine qu'elle a toute sa place dans l'Union européenne. Ça prendra le temps nécessaire, mais en tout cas on a voulu affirmer notre soutien total à l'Ukraine. Je le redis il y a des centaines d'Ukrainiens qui meurent chaque jour sous les bombes.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Madame la Première ministre Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2022