Extraits d'un entretien de M. Clément Beaune, ministre chargé de l'Europe, avec Europe 1 le 22 juin 2022, sur la perspective d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.

Texte intégral

(...)

Q - Le président s'exprimera-t-il avant de partir sur une tournée, j'allais dire, européenne, en tout cas pour le Conseil européen ? On va en parler parce que la guerre se poursuit, Clément Beaune évidemment sur notre sol. L'Ukraine espère pouvoir candidater à une intégration dans l'Union européenne. Vous avez indiqué, Monsieur le Ministre, que ce statut de candidat a fait l'objet d'un consensus total des 27, est-ce que ça veut dire que c'est acquis ?

R - Ce n'est pas formellement acquis, puisque la décision relève des chefs d'Etat et de gouvernement qui se réunissent à partir de demain à Bruxelles. Moi, mon rôle de ministre des affaires européennes, présidence française de l'Union européenne en ce moment, avec les collègues de tous les pays, c'est de préparer cela. Nous avons discuté hier et ce que j'ai dit, c'est qu'il y avait, oui, un consensus exprimé par les différents pays ; il sera confirmé, je pense, demain et vendredi. Ça veut dire concrètement, parce que là aussi il y a parfois de la confusion, que nous reconnaîtrons très vraisemblablement le statut de candidat à l'Ukraine.

Q - Mais à quelles conditions ?

R - C'est le début d'un processus long de négociations avec des conditions, vous avez raison de le dire.

Q - Parce que l'Ukraine et Zelensky doivent-ils, j'allais dire mettre noir sur blanc qu'ils combattent la corruption ?

R - Oui.

Q - Y a-t-il d'autres conditions comme par exemple des points de perception de l'Histoire à clarifier par l'Ukraine, par Zelensky ?

R - Tout pays qui rentre dans l'Union européenne doit respecter des exigences extrêmement strictes.

Q - Lesquelles ?

R - En termes de lutte contre la corruption, d'Etat de droit, de pluralisme des médias, de niveau économique, parce que être dans l'Union européenne, c'est être dans un marché commun, c'est une concurrence qui peut être difficile, donc c'est pour cela que moi, je l'ai dit toujours honnêtement, on me l'a aussi parfois reproché, ça prend longtemps, très longtemps. Ce qu'on ouvre, c'est un processus et l'Ukraine ne sera pas demain matin membre de l'Union européenne.

Q - Mais les deux conditions que j'ai citées, Monsieur le Ministre, combattre la corruption et j'insiste sur d'autres points, la perception de l'Histoire...

R - Mais c'est vrai pour l'Ukraine et pour tous les pays qui sont candidats aujourd'hui à l'Union européenne.

Q - Oui, oui, mais c'est vrai pour l'Ukraine aussi.

R - Oui bien sûr, il n'y a pas de procédure accélérée et il n'y a pas de passe-droit, si je puis dire. À la fois c'est un pays qui est sous les bombes, qui est en train de défendre sa souveraineté, et je pense que dire parce que le peuple ukrainien le souhaite, parce que les dirigeants ukrainiens le demandent, nous voulons rentrer en Union européenne, nous ouvrons, nous entrouvrons cette porte, mais il faudra bien sûr d'abord finir la guerre, reconstruire le pays, se mettre à niveau sur un certain nombre d'exigences démocratiques et économiques, ça prendra du temps, mais nous donnons ce signal d'ouverture, probablement en fin de semaine.

Q - Mais est-ce que les autres peuples en Europe le veulent aussi, vous dites c'est un consensus des dirigeants, bien, des 27 ; et puis les peuples ?

R - D'abord, ne soyons pas démago...

Q - Est-ce qu'on les consulterait une fois ?

R - Je vais vous le dire très précisément, les chefs d'Etat et de gouvernement ils ont leur légitimité dans chaque pays, ce n'est pas, ça se fait à ciel ouvert puisqu'on en discute ce matin. Ensuite, c'est un processus long et pour être très clair, oui, c'est d'ailleurs même prévu maintenant par notre Constitution, pour qu'un pays rentre dans l'Union européenne, quel qu'il soit, l'Ukraine ou autres, demain, il faut que tous les pays de l'Union européenne actuelle en soient d'accord à l'unanimité, dont la France, et en France, ça passe par un vote du Parlement, voire un référendum. Donc bien sûr, les exigences démocratiques de notre pays sont respectées.

Q - En conclusion que répondez-vous à la Russie qui a déclaré que l'Union européenne pourrait disparaître avant que l'Ukraine adhère à l'UE ?

R - C'est le plus bel hommage, la Russie n'aime pas l'Union européenne.

Q - Vous y voyez un hommage.

R - Oui, parce que ça veut dire que parfois nous ne voyons pas la puissance de ce qu'est le projet européen. Quand on voit qu'un pays qui est sous les bombes aujourd'hui prend le temps de répondre aux questions de l'Union européenne pour poser une candidature, insister sur ce sujet, ça veut dire que cela a de la valeur, rentrer dans l'Union européenne. Et cela veut dire que la Russie considère qu'il y a un modèle de l'Union européenne démocratique libre, ouvert, qui n'est pas celui de M. Poutine, moi, j'en suis fier ; et ils nous combattent, nous résisterons.

Q - Merci Clément Beaune d'avoir été notre invité ce matin.

R – Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 23 juin 2022

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