Interview de Mme Olivia Grégoire, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à France Inter le 20 juin 2022, sur les résultats du second tour des élections législatives.

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Avec Léa SALAME, nous vous proposons maintenant la suite de cette édition spéciale, au lendemain du second tour des élections législatives. Paysage politique totalement inédit, dont on parle maintenant avec la porte-parole du gouvernement, députée de Paris. Bonjour Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour.

LÉA SALAME
Bonjour.

NICOLAS DEMORAND
245 sièges pour la majorité présidentielle, loin, très loin de la majorité absolue. Comment qualifiez-vous ce matin les résultats d'hier ? Un échec, une lourde défaite, pour Ensemble !, le parti d'Emmanuel MACRON ?

OLIVIA GREGOIRE
Une première place décevante, et donc de la déception, notamment à l'endroit des ministres et des députés importants qui ont perdu leur siège. Pour autant, je le maintiens, nous sommes, au moment où je vous parle, la première force au Parlement, et nous aurons à coeur de continuer à avancer. Je profite aussi de ce moment pour rappeler que l'on sort d'une séquence et d'un tempo électoral extrêmement chargés depuis quelques années, et pour la 4e fois en 3 mois, la majorité présidentielle, de peu, je vous l'accorde, mais est aujourd'hui la force qui est en 1er au Parlement.

LÉA SALAME
On va se projeter sur comment vous allez gouverner, si la France est gouvernable ou pas dans le dans l'état actuel du Parlement, mais essayons juste de comprendre : quelle est votre analyse, quels sont les mots que vous mettez sur ce qui s'est passé, qu'est-ce qui a déraillé ? Il y a 8 semaines Emmanuel MACRON était réélu président, assez largement, face à Marine LE PEN, vous étiez assurés d'avoir la majorité absolue, même large, qu'est-ce que vous avez raté ces 8 semaines de campagne ? Olivia GREGOIRE, honnêtement, on essaie de comprendre.

OLIVIA GREGOIRE
Bien sûr, et nous aussi, et on va y passer quelques jours d'ailleurs. Moi, ce que j'ai rencontré, vous l'avez dit Nicolas DEMORAND, j'étais candidate, je suis candidate réélue, et tous les jours, toutes les semaines, quand j'étais sur ma circonscription, j'ai remarqué des Français lassés, fatigués, et pour tout vous dire un peu saoulés de la séquence électorale, c'était valable d'ailleurs pour tous les partis, ils évitaient les personnes qui portaient des tracts, les Français étaient fatigués. Je crois que c'est une lassitude, avec un message extrêmement fort d'abstention, qui nous concernent tous d'ailleurs, c'est d'ailleurs un point important, on va voir comment les oppositions vont venir ou pas à nos côtés pour essayer de répondre ensemble à ce problème. Donc ma première réponse qui est, qui vient du cœur, Léa SALAME, c'est la confirmation d'une abstention extrêmement forte, d'une lassitude et d'aujourd'hui d'une réforme institutionnelle qui devient absolument indispensable.

NICOLAS DEMORAND
Ils ont été lassés par une campagne ou par une non campagne ?

OLIVIA GREGOIRE
Je pense aussi que gouverner…

NICOLAS DEMORAND
Est-ce que vous ne regrettez pas de…

OLIVIA GREGOIRE
… pour être totalement sincère, et j'aimerais répondre à la question de Léa SALAME.

NICOLAS DEMORAND
Oui, mais il faudrait y répondre.

OLIVIA GREGOIRE
Je pense que gouverner abîme – mais j'y réponds en vous disant, un, que l'on a un sujet qui est une lassitude qui nous concerne tous, par rapport à l'atonie de cette campagne dont vous parlez depuis 8 semaines. J'ai aussi envie de dire que gouverner abîme. Gouverner c'est choisir, c'est prendre des positions, on a pris des positions pendant 5 ans, avec 2 ans de crise Covid, avec une crise sociale, et bien sûr quand on est aux responsabilités, on prend des décisions, on fait aussi parfois des erreurs, et par conséquent on est plus abîmés que ceux qui restent sur les plateaux télé à torpiller, plutôt que de proposer au Parlement, donc voilà…

LÉA SALAME
Mais on entend ce que vous dites, on entend, donc votre réponse c'est la lassitude, en gros, la lassitude des Français.

OLIVIA GREGOIRE
Non, et gouverner abîme.

LÉA SALAME
Gouverner abîme. Très bien, ça s'entend…

OLIVIA GREGOIRE
Merci.

LÉA SALAME
… Mais il y a aussi une non-campagne que vous avez refusée de faire, Olivia GREGOIRE, pardon mais on l'a dit, on l'a répété, en 8 semaines vous avez accepté très peu de rendez-vous médiatiques, vous évitiez le débat de manière ahurissante ! Objectivement, il faut dire les choses.

OLIVIA GREGOIRE
Alors, il y a différentes versions, Léa SALAME, j'ai aussi souvenir de Clément BEAUNE qui…

LÉA SALAME
On est aussi dans les éléments de langage !

OLIVIA GREGOIRE
Alors, éléments de langage, pour le coup, ce n'est pas mon école, moi c'est les éléments du cœur et de mon cerveau…

LÉA SALAME
C'est pour ça que je vous demande de parler honnêtement. Oui, vous êtes de celles-là.

OLIVIA GREGOIRE
Mais je suis très honnête, je vois aussi, enfin, vous donnez un exemple, on a refusé le débat, je ne vais pas vous citer le nombre de parlementaires aujourd'hui élus, comme Clément BEAUNE, qui jusqu'à vendredi soir 18h00 ont proposé des débats aux NUPES, qui ont été refusés…

LÉA SALAME
Absolument, et on l'a eu dans un débat…

OLIVIA GREGOIRE
Donc il y a eu des ministres courageux, qui y sont allés bien volontiers…

LÉA SALAME
Clément BEAUNE, il a proposé le débat, vous avez raison, Amélie de MONTCHALIN a refusé le débat avec Jérôme GUEDJ.

OLIVIA GREGOIRE
Oui, mais Clément BEAUNE a accepté, et nous en avons beaucoup qui les ont menés ces débats, Olivier VERAN l'a mené, beaucoup de députés ont porté le débat…

LÉA SALAME
Quelques-uns, oui. Quelques-uns, ils sont rares.

OLIVIA GREGOIRE
J'ai quand même aussi envie de vous rappeler que, bien sûr on aurait préféré 15 ministres sur 15 réélus. Au moment où je vous parle il y en a 12 sur 15 qui repassent, bien sûr c'est une défaite lourde pour les 3 qui s'en vont, mais on a quand même été un gouvernement dont plus de la moitié des membres s'est frotté à l'élection au suffrage universel. Moi j'ai face à moi un Jean-Luc MELENCHON qui nous a expliqué qu'il serait président de la République. Il ne l'est pas. Qui nous a expliqué qu'il serait Premier ministre, il ne l'est pas, et qui n'est même pas député. Je veux bien qu'on nous critique pour ne pas avoir fait campagne, mais le 1er de ceux qui étaient en face de nous, n'était pas candidat. Donc je veux bien que les critiques on les prenne tous, et vous savez, vous me demandez de la sincérité, les critiques, le retour d'expérience et la leçon, il va falloir qu'on l'analyse. Il n'y a aucun sujet là-dessus et on va le faire dans les heures qui viennent.

NICOLAS DEMORAND
89 sièges pour le Rassemblement national, dans la nouvelle Assemblée. Cette percée, comment la qualifiez-vous Olivia GREGOIRE, et avec la même franchise, en prenez-vous votre part, votre responsabilité ? Emmanuel MACRON avait promis de faire baisser les extrêmes, et ils n'ont jamais jamais été aussi hauts.

OLIVIA GREGOIRE
Est-ce que nous prenons notre part de responsabilité, oui Nicolas DEMORAND. Quand on voit et une abstention, pardon de le redire, et des extrêmes qui montent aussi fort et aussi haut, bien sûr qu'après 5 ans de gouvernement on a un certain nombre de questions à se poser. Il y a aussi autre chose sur lequel il faut revenir, c'est que moi je suis frappée de voir comment entre-deux tours, puisqu'on se dit les choses franchement, on m'a beaucoup interrogée, j'ai essayé de répondre avec franchise, sur la percée, l'explosion de l'extrême gauche, et notamment de NUPES. La réalité des faits c'est que c'est une poussée forte du Rassemblement national. La réalité des faits, et je vais aller jusqu'au bout de mon idée, quitte à étonner voire à choquer, c'est que, à nous parler d'extrême gauche et à mettre la focale sur NUPES, c'est le RN qui rentre au Parlement. La réalité c'est que quand des leaders politiques disent « la police tue » entre-deux tours ça ne fait pas baisser le Rassemblement national. La réalité c'est que nous avons tous une part de responsabilité, nous prenons la nôtre, il va falloir que tout le monde se questionne sur la sienne.

LÉA SALAME
Alors, Jean-Luc MELENCHON, vous reproche, vous, d'avoir fait monter le Rassemblement national. Il reproche que sur 65 duels où vous n'étiez pas qualifiés, RN contre NUPES, vous n'avez pas donné de consigne claire dans 52 cas, il le dit, le refus d'appeler clairement de faire barrage à l'extrême-droite. Doubler la stratégie de diabolisation de Jean-Luc MELENCHON, a-t-elle conduit, comme il le pense MELENCHON, à faire monter le Rassemblement national, Olivia Grégoire ?

OLIVIA GREGOIRE
Moi je maintiens que quand on a des propos extrêmement radicaux, pour ne pas dire d'une agressivité sans pareil, à l'endroit des forces de l'ordre notamment entre-deux tours. Quand on a, on l'a oublié, mais je n'ai rien oublié, j'étais parlementaire en 2018, des élus de notre République qui sont dans Paris et qui brûlent par exemple des marionnettes du président de la République, qui le guillotinent, souvenez-vous de certains de ces députés qui appelaient à un destin à la KENNEDY pour le président de la République, je ne crois pas que tout ça ait amélioré, apaisé notre démocratie, et je pense que Jean-Luc MELENCHON a une part de responsabilité. Je pense même pour tout vous dire, qu'à aller dans les extrêmes, notamment dans ses expressions, il peut parfois être un escabeau, un porte-pied pour que les radicaux extrêmes rentrent au Parlement. Cette réalité, nous en avons, nous à l'adresser, Jean-Luc MELENCHON doit aussi la regarder, et je dois dire que ses positions extrêmes ces dernières semaines n'ont certainement pas contribué à ce que le RN …

LÉA SALAME
Vous vous renvoyez…

OLIVIA GREGOIRE
Sur les duels, Léa SALAME…

LÉA SALAME
Vous vous renvoyez les responsabilités. Lui, il dit que c'est vous, vous, vous dites que c'est lui.

OLIVIA GREGOIRE
Moi je suis très précise. Sur les duels, 2 semaines à m'expliquer sur 58 duels, et c'est tout à fait normal, entre le RN et NUPES. Qu'elle serait la position, je l'ai dit, pas une voix au Rassemblement national. Il y avait 2 fois plus de duels, 110 duels, NUPES, enfin sur le Rassemblement national et Ensemble ! Les consignes n'ont pas été beaucoup plus claires, et pas été tenues par Jean-Luc MELENCHON, puisque nous avons, je prends le cas de Sacha HOULLIER, interrogez-le, député nouvellement, enfin, réélu pardonnez-moi, de Poitiers, qui lui a eu affaire, et il en témoignera sur vos ondes si vous l'appelez, d'une alliance très claire NUPES – Rassemblement national, contre lui. Donc, de grâce, faisons le procès des deux côtés.

NICOLAS DEMORAND
Allez, on se projette maintenant. Le pays est-il encore gouvernable Olivia GREGOIRE, et surtout comment allez-vous faire avec une telle Assemblée nationale, pour pouvoir passer vos réformes ?

OLIVIA GREGOIRE
Ça va être compliqué, Nicolas DEMORAND. Evidemment, il va falloir…

NICOLAS DEMORAND
Possible ou compliqué ?

OLIVIA GREGOIRE
Compliqué. On va essayer d'être optimiste. Compliqué. A l'impossible nul n'est tenu, on nous trouvera toujours pour essayer d'embarquer avec nous, de convaincre surtout, les modérés, qui sont aussi présents dans ce parlement, peu nombreux, mais de nous suivre. Ce sera donc compliqué, il va falloir de l'imagination, de l'audace, de l'ouverture, c'est une évidence…

NICOLAS DEMORAND
A droite ?

OLIVIA GREGOIRE
Où il faudra, et ça ce sont des discussions qui auront lieu dans les prochaines heures, qui seront menées par le président de la République, par la Première ministre. Il faudra qu'on ouvre à toutes celles et ceux qui veulent faire avancer le pays. Je vais vous dire ce matin, c'est même pas la porte-parole, là, c'est la citoyenne, ma hantise Nicolas DEMORAND, ma hantise, c'est que ce pays soit bloqué, c'est ma seule hantise.

LÉA SALAME
Mais est-ce qu'il ne l'est pas déjà ? Votre hantise, est-ce qu'on n'y est pas ?

OLIVIA GREGOIRE
Dans 8 jours il y a un texte qui arrive sur le bureau de l'Assemblée nationale, c'est celui sur le pouvoir d'achat. On va voir.

LÉA SALAME
Oui, mais c'est le plus facile, j'ai envie de vous dire, Olivia GREGOIRE, c'est ensuite…

OLIVIA GREGOIRE
Oh, mais j'aimerais vous croire, Léa SALAME.

LÉA SALAME
… les textes sur le nucléaire, la retraite, comment vous allez faire ?

OLIVIA GREGOIRE
Energies renouvelables, c'est dès cet été. Ça va être l'épreuve de vérité. NUPES n'a pas une position en commun sur le nucléaire, c'est l'épreuve de vérité. Que vont faire les communistes qui sont favorables, « voterons-nous » à nos côtés, seront-ils aux côtés des LFI ? Je rappelle juste qu'on a ici une alliance de 4 partis, dont les idées et le programme étaient opposés il y a encore un mois et demi. Comment feront-ils ? C'est la question à leur poser.

LÉA SALAME
Et comment vous ferez ? Dans ce contexte, Elisabeth BORNE peut-elle rester Première ministre ?

OLIVIA GREGOIRE
Elisabeth BORNE est réélue, Elisabeth BORNE a 12 membres de son gouvernement réélus, au moment où je vous parle la question ne s'est pas posée, et on verra dans les prochaines heures, mais au moment où je vous parle, la Première ministre demeure. Une Première ministre qui elle a eu le courage de se présenter aux urnes et pas à faire des leçons sur les plateaux télé et qui elle, certes le score est faible, ok, j'entends les éditorialistes ce matin. Ce qui compte c'est que la Première ministre, dans un moment extrêmement difficile, soit élue, ça n'est pas le cas de beaucoup d'autres qui ne sont, notamment Jean-Luc MELENCHON, pas allés aux urnes.

NICOLAS DEMORAND
Le nouveau gouvernement, dès lors que certains de ses membres vont en sortir, est prévu quand ?

OLIVIA GREGOIRE
Pareil, dans les prochains jours. On n'a pas l'intention de laisser un gouvernement où il manque un certain nombre de membres…

LÉA SALAME
Jours ou semaines, parce que ça avait pris du temps, pardon.

OLIVIA GREGOIRE
Je pense que compte tenu de l'urgence à agir et de la détermination du président la République et de la Première ministre, on parle ici en jours, Léa SALAME, plutôt qu'en semaines.

NICOLAS DEMORAND
La Commission des finances ira-t-elle au Rassemblement national ?

OLIVIA GREGOIRE
La commission des Finances, alors j'entends et j'ai écouté beaucoup les plateaux cette nuit. J'entends la bataille entre les RN et le Rassemblement national. La commission des finances doit aller constitutionnellement à un groupe d'opposition, nous verrons donc celui qui est en charge de la Commission des finances, il n'y a pas de certitude quand on lit la Constitution.

LÉA SALAME
Une dissolution de l'Assemblée nationale est-elle ce matin sur la table du président de la République ?

OLIVIA GREGOIRE
Au moment où je vous parle, non.

LÉA SALAME
Non.

OLIVIA GREGOIRE
Non.

LÉA SALAME
Au moment où vous nous parlez.

OLIVIA GREGOIRE
Voilà.

LÉA SALAME
Peut-être dans quelques mois…

OLIVIA GREGOIRE
Je suis très claire. Après, chaque chose peut bouger, l'adversité fait partie de la vie politique. Vous savez, moi c'est la grande leçon. Je vous l'ai dit, gouverner ça abîme, c'est tout sauf un élément de langage, je le pense profondément. Bien sûr on a déçu, on a fait des choix. C'est aussi l'épreuve du réel, à se confronter au réel, et on va le voir dès cet été avec le RN, avec NUPES, comment ils vont se comporter. Moi j'ai vu NUPES voter contre le quoi qu'il en coûte, j'ai vu le RN voter contre les augmentations de budget pour les policiers. On va voir comment ils se comportent dans les prochaines semaines.

LÉA SALAME
Eh bien ça tombe bien, on est en ligne avec le Rassemblement national. Merci.

NICOLAS DEMORAND
Voilà, dans une seconde. Merci Olivia GREGOIRE, porte-parole du gouvernement, députée Ensemble ! de Paris.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juin 2022