Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'économie sociale et solidaire et de la vie associative, à France 2 le 5 juillet 2022, sur sa nomination au ministère et sa feuille de route.

Texte intégral

CAROLINE ROUX
Bonjour Marlène SCHIAPPA. C'est vrai il y a un mois vous étiez évincée du gouvernement, vous étiez sur ce plateau même pour expliquer que ministre c'était fini, on imaginait même parfois chroniqueuse sur C8, vous voilà devant nous aujourd'hui, que s'est-il passé ?

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour, merci de m'avoir invitée, je suis ravie d'être avec vous. Alors en fait j'étais en train de travailler pour créer une entreprise d'admission sur le champ de l'égalité femme-homme, c'est pour ça d'ailleurs que j'étais partie à New-York, j'en avais parlé ici même à Thomas SOTTO et j'ai répondu à l'appel du président de la République et de la première ministre pour revenir dans le gouvernement.

CAROLINE ROUX
Ça a été une surprise pour vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui puisque moi très honnêtement j‘étais en train de travailler sur d'autres projets et de me projeter dans autre chose. Après 5 ans au gouvernement je trouvais que j'avais déjà été très honorée d'être ministre dans tous les gouvernements du premier quinquennat d'Emmanuel MACRON pendant 5 ans et donc j'étais en train de travailler sur la suite et sur mes propres projets.

CAROLINE ROUX
Et donc pourquoi vous avez dit oui ?

MARLENE SCHIAPPA
Pour beaucoup de raisons, d'abord parce que pour être très honnête on est dans un contexte historique de féminisation du pouvoir politique. Vous connaissez mon engagement sur ces questions, être dans le gouvernement de la première femme Première ministre depuis Edith CRESSON, avec une femme présidente de l'Assemblée nationale, une femme présidente du groupe majoritaire, honnêtement je suis très heureuse de rejoindre cette équipe et d'en faire partie d'une part. D'autre part les sujets que le président de la République et la Première ministre ont souhaité me confier me passionnent. Les questions d'économie sociale et solidaire, de vie associative, vous savez que j'ai été présidente 10 ans de réseaux, d'associations bénévoles, entrepreneuse sociale à plusieurs reprises, c'est un éco système que j'adore et donc je suis très heureuse de le retrouver.

CAROLINE ROUX
Il n'y a pas eu une petite hésitation ?

MARLENE SCHIAPPA
S'il y a eu une petite hésitation d'environ deux minutes trente, le temps de parler avec mon mari.

CAROLINE ROUX
Le temps de se dire je retourne dans le chaudron.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, je mets de côté surtout mes projets, quand on s'investit pendant deux mois sur des projets qui sont sur le point d'aboutir, il faut les mettre de côté et ensuite revenir. Mais je crois que la situation politique que nous vivons, elle est très particulière et donc c'est pour les gens qui sont passionnés par l'engagement et la politique, c'est aussi une envie de venir servir son pays tout simplement.

CAROLINE ROUX
C'est le président qui vous a appelé ou c'est Elisabeth BORNE qui vous a demandé de revenir ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors j'ai eu les deux pour être très honnête. J'ai eu Elisabeth BORNE au téléphone et ensuite le président de la République et le ministre de l'Intérieur également.

CAROLINE ROUX
Mais sur la façon dont les choses se passent, au final ça se passe dans les quelques heures qui précèdent un remaniement ou est-ce que vous aviez été prévenue ?

MARLENE SCHIAPPA
En général ce qui se passe c'est que le président de la République et la Première ministre savent avant vous et ils appellent les gens en général un petit peu au dernier moment pour préserver aussi la confidentialité de l'équipe gouvernementale.

CAROLINE ROUX
Donc ils vous ont appelé quand ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi j'ai été appelé dans le week-end.

CAROLINE ROUX
Ah oui il fallait réfléchir vite du coup. Qu'elle est votre feuille de route à ce poste là parce que c'est vrai que les gens qui vous regardent ce matin se disent économie sociale et solidaire et la vie associative, on ne sait pas ce qu'il y a de concrètement derrière un portefeuille comme celui-ci.

MARLENE SCHIAPPA
Alors la feuille de route, on est en train de la construire avec la Première ministre, je suis rattachée à Matignon directement, mais en gros l'économie sociale et solidaire et la vie associative, c'était précédemment deux ministères différents que le président et la Première ministre ont souhaité regrouper dans un ministère. C'est toutes les personnes qui considèrent que le profit, l'aspect financier n'est pas une fin en soi et que donc on a besoin d'avoir par exemple un engagement des entreprises. Je vois que vous évoquiez ce groupe qui essaie de dire aux influenceurs, eh bien le profil ne peut pas être le seul but, il y a un engagement social, écologique pour la parité, pour tous ces sujets, c'est extrêmement important. Je crois qu'il y a un mouvement des entreprises de plus en plus pour s'engager dans le secteur de l'économie sociale et solidaire, c'est aussi tout ce qui regroupe la raison d'être, on en a beaucoup parlé, c'est l'aboutissement de la loi Pacte qui avait été votée pendant le premier quinquennat, comment une entreprise travaille sa raison d'être et sa place dans la société.

CAROLINE ROUX
Et la redistribution des richesses, le partage de la valeur.

MARLENE SCHIAPPA
Oui c'est ça en fait, vous avez aussi les questions de démocratie d'entreprise, par exemple les Scoop, les coopératives, où vous avez, en fait où les associés sont les salariés, les gens qui travaillent, ça fait partie de l'économie sociale et solidaire et puis tout le champ de la vie associative. Et la vie associative en France, elle est très riche et dense, ce sont toutes les personnes qui considèrent qu'en fait à plusieurs on avance mieux et qui considèrent que se regrouper souvent dans un but non lucratif, pas toujours mais souvent, eh bien c'est utile.

CAROLINE ROUX
Marlène SCHIAPPA, que dites-vous ce matin à ceux qui vous voient de nouveau ministre et qui se disent au final ce gouvernement, c'est on prend les mêmes et on recommence ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je ne suis pas le gouvernement à moi toute seule, il y a une quarantaine de ministres avec des nouveaux visages. J'ai vu que vous parliez tout à l'heure par exemple du ministre de la Santé qui est une personnalité issue de la société civil, expert de ces sujets qui arrivent dans le champ politique. Vous avez également par exemple madame COLONNA qui était une ambassadrice émérite, reconnue qui prend la responsabilité de ce gros ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Donc c'est un mélange avec des personnes expérimentées, proches du président de la République mais aussi qui représentent l'ensemble de la majorité et les forces de la société…

CAROLINE ROUX
Mais du coup en quoi ce gouvernement répond aux votes des législatives, aux messages politiques qu'ont envoyé les Français ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi j'observe qu'il y a un message politique envoyé en deux temps, avec l'élection présidentielle d'une part et ensuite les élections législatives. Avec la présidentielle les Français disent qu'ils veulent garder leur président de la République, ils ont souhaité le réélire. Et avec les élections législatives, ils disent au président de la République, nous avons souhaité vous reconduire et vous garder comme notre président, mais nous vous demandons de travailler avec tout le monde le plus possible. Et c'est ce à quoi le président de la République a travaillé, maintenant des groupes d'opposition ont souhaité dire qu'ils ne voulaient pas prendre pas à des coalitions ou renter dans le gouvernement, donc il y aura une majorité claire, des oppositions et l'idée ce sera de voir comment on peut travailler tous ensemble.

CAROLINE ROUX
Alors justement comment cette équipe-là va permettre de dégager de nouveaux compromis, en quoi ça facilite les choses ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors il y aura des majorités de projets, moi j'ai tout à fait confiance dans les élus d'opposition, je pense qu'il y a beaucoup d'élus très responsables qui ont dit qu'ils ne souhaitaient pas bloquer le pays, ils souhaitent faire entendre leur voix et leur ligne politique et c'est normal, c'est la démocratie, personne ne peut souhaiter un gouvernement où tout le monde est aligné, est sur la même ligne. Donc ce sera à nous, charge à nous les membres du gouvernement d'aller trouver des majorités de projets sur des sujets, sur le soutien aux associations je suis à peu près certaine que l'ensemble de l'échiquier politique peut par exemple se retrouver.

CAROLINE ROUX
Alors je voudrais avoir votre avis sur certaines nominations 07 qui sont assez critiquées notamment celles de Caroline CAYEUX et de Christophe BECHU qui avaient signé une tribune contre le mariage pour tous. Sandrine ROUSSEAU a commenté en disant l'homophobie se renforce au gouvernement, que lui répondez-vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'avais pas connaissance de cette tribune, maintenant je pense que les gens peuvent évoluer, et heureusement. Moi vous savez j'étais à la pride à Paris, je n'étais plus ministre mais je suis venue soutenir justement des associations que j'aime beaucoup qui sont engagées dans le cadre de la pride et on a rencontré des gens qui avaient évolué, qui ont rencontré des personnes, qui ont pu cheminer et qui à l'époque effectivement n'étaient pas, je le dis, du bon côté de l'histoire et des avancées, mais qui aujourd'hui par des rencontres, par des réflexions…

CAROLINE ROUX
Peut-être ont-ils évolué ?

MARLENE SCHIAPPA
Il faudrait leur poser la question, je découvre cette tribune.

CAROLINE ROUX
Et on leur posera la question sans doute. Vous avez été en charge de l'Egalité entre les hommes et les femmes à l'origine du grenelle en 2019 sur les violences conjugales et pour lutter contre les féminicides, que pensez-vous de la décision d'Elisabeth BORNE au fond de sortir Damien ABAD du gouvernement ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est la décision qui appartient au président de la République, à la Première ministre. Je m'étais exprimée d'ailleurs quelques jours avant en disant qu'il semblait manifestement extrêmement difficile que Damien ABAD reste au gouvernement pour plusieurs raisons et donc c'est le choix qui a été fait pour clarifier les choses et faire en sorte…

CAROLINE ROUX
Et vous vous en réjouissez plutôt ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas à commenter les choix, maintenant je suis membre du gouvernement.

CAROLINE ROUX
Vous ne pouvez plus rien dire du coup.

MARLENE SCHIAPPA
Non je peux dire pleins de choses.

CAROLINE ROUX
Alors est-ce que vous trouvez que du coup il y en a qui, encore une fois, qui peuvent se dire, ça veut dire qu'Emmanuel MACRON, il avait dit la présomption d'innocence l'emporte sur tout, est-ce que ça veut dire qu'on a changé d'époque, qu'on a changé de règle ?

MARLENE SCHIAPPA
Non mais la Première ministre avait dit aussi que s'il y avait davantage, je ne sais plus qu'elle était la formulation exacte, mais s'il y avait un recours à la justice eh bien elle en tirerait toutes les conséquences. Il ne s'agit pas en choisissant et c'est ce que j'ai dit également, l'élection ça ne peut pas être le juge de… on ne peut pas dire si quelqu'un est élu, il est innocent et s'il est battu, il est coupable, c'est à la justice de trancher dans un sens comme dans un autre. Je respecte aussi la présomption d'innocence, mais quand vous avez plusieurs femmes qui accusent une personne avec le même mode opératoire et plusieurs plaintes, vous pouvez prendre le risque d'avoir un ministre empêché dans son action d'une part et d'autre part d'envoyer un mauvais signal, eh bien je crois que la bonne décision a été prise en la matière.

CAROLINE ROUX
En marge du Conseil des ministres, au tout début du Conseil des ministres, le président vous a dit, il va falloir tenir. Comment est-ce que vous l'avez comprise cette phrase-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi vous savez j'ai passé 5 ans comme ministre dans le précédent quinquennat avec des gilets jaunes, avec les périodes de Covid, ensuite en travaillant sur des questions de lutte contre le terrorisme auprès du ministre de l'Intérieur, donc je vois très bien ce que le président de la République veut dire par tenir, ça veut dire rester solide, rester soudé aussi, c'est une nouvelle équipe, vous l'avez dit, il y a des anciens et des nouveaux si on peut le dire de cette manière, il faut qu'on apprenne à se connaître, à travailler ensemble et à être très soudé dans cette période.

CAROLINE ROUX
Très soudé parce que ça va être compliqué sans doute, quand vous entendez par exemple Mathilde PANOT puisqu'il y aura une motion de censure déposée par La France Insoumise, pas de vote de confiance a dit la Première ministre mais une motion de censure, nous vous ferons venir de force devant le Parlement dit Mathilde PANOT, donc présidente du groupe NUPES.

MARLENE SCHIAPPA
Alors on ne vient pas de force devant le Parlement, en fait au terme de la Constitution l'action du gouvernement peut être contrôlée par le Parlement. Donc par définition les ministres sont à l'entière disposition des membres du Parlement, comme je le serais moi-même, je vais rencontrer dans les jours à venir Aurore BERGE, la présidente de notre groupe mais aussi les présidents des autres groupes s'ils le souhaitent pour qu'on puisse travailler ensemble. Et nous sommes, la Première ministre, le gouvernement évidement à la disposition du Parlement.

CAROLINE ROUX
Oui mais qu'est-ce que cela raconte cette déclaration de la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale à vos yeux ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça en dit plus sur LFI que sur le gouvernement, c'est-à-dire que c'est cette volonté que Jean-Luc MELENCHON avait d'ailleurs théorisée de tout conflictualiser, c'est sa théorie, de dire vous devez tout conflictualiser tout le temps. On ne peut pas être dans le dialogue, dans l'apaisement, dans la discussion, dans l'échange. Peut-être dire aussi à l'autre j'ai changé d'avis en t'écoutant et donc peut-être que je vais aller sur ton terrain, c'est la théorie de La France Insoumise, mais je suis persuadée que la Première ministre et tous mes collègues du gouvernement répondront à toutes les questions qui seront posées par les parlementaires quel que soit leur bord politique.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
C'est moi qui vous remercie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2022