Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Economie sociale et solidaire et de la Vie associative, à LCI le 8 juillet 2022, sur sa nomination et ses missions pour l'économie sociale et solidaire.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être là ce matin sur LCI. Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci de m'avoir invitée. Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Secrétaire d'Etat chargée de la Vie associative et de l'économie sociale et solidaire, on va en parler de ce secteur, mais bon, Marlène SCHIAPPA, le retour, c'était l'essentiel des titres vous concernant, il y a une semaine, parce qu'un mois et demi après avoir quitté en effet le gouvernement, vous avez retrouvé la vie civile, la vie normale. Vous êtes à nouveau ministre, bon, par devoir ou par plaisir, parce que vous aviez très envie de revenir en effet ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, pour être honnête, un mélange des deux, d'abord, on est dans une situation, d'abord, peut-être pour commencer, oui, effectivement, vous avez raison, après 5 ans à avoir été ministre de tous les gouvernements successifs, de tout le premier quinquennat d'Emmanuel MACRON, j'avais commencé d'autres projets, j'étais partie à New-York notamment pour travailler avec l'ONU et pour créer une entreprise à mission dans le champ de l'égalité femmes-hommes dans l'économie, c'était mon principal projet, sur lequel je travaillais, et qui était sur le point d'aboutir, et effectivement, j'ai décidé de répondre à l'appel qui m'a été adressée par le président de la République et la Première ministre, pour plusieurs raisons, d'abord, on est dans un contexte de féminisation historique du pouvoir, et quand on s'est battu toute sa vie pour la place des femmes, avoir une femme Première ministre, une femme présidente de l'Assemblée nationale, une femme présidente du groupe majoritaire, on a un peu envie de faire partie de l'équipe et d'aller avec elle. Ensuite, on est dans un contexte politique extrêmement difficile, je crois que le président de la République en tout cas a besoin des bonnes volontés qui veulent travailler avec lui, et puis, enfin, le portefeuille ministériel qui m'a été proposé, c'est vraiment, entre guillemets, sur-mesure dans mes champs d'action, puisque vous savez que j'ai été présidente dix ans d'associations, la vie associative, la vie associative, l'économie responsable et solidaire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors justement, Paris Match dit de vous que vous êtes le couteau suisse du gouvernement, vous avez été successivement…

MARLENE SCHIAPPA
Le couteau corse plutôt du coup…

ELIZABETH MARTICHOUX
Couteau corse, si vous voulez, ça ressemble plutôt à un canif. Non, enfin, un couteau suisse, vous voyez l'idée, vous avez été successivement chargée de l'Egalité homme-femme, puis, de la citoyenneté, aujourd'hui, de cette économie sociale et solidaire. Et on se dit : mais quel est le rapport, quel fil vous tirez en fait, entre les trois ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, en ce qui me concerne, c'est l'engagement, mais je veux dire que, pardon de le dire encore une fois, mais ce sont des choses qu'on ne dit pas à d'autres ministres, vous avez des ministres, et non des moindres, qui ont exercé aux Affaires étrangères, à l'Economie et aux Finances ou au Budget, à l'Intérieur, dans des ministères très différents, c'est la vie des responsables politiques, vous savez, moi, je me suis engagée à 18 ans pour la première fois, j'étais candidate sur une liste associative aux municipales à Paris, j'ai été déléguée, chargée de l'attractivité économique, quand j'ai été élue du Mans, maire adjointe chargée de l'égalité femme-homme, mais le lien entre l'égalité femme-homme, la citoyenneté, et aujourd'hui, la vie associative et l'économie sociale et solidaire, je dirais que c'est l'engagement, c'est l'engagement pour les autres, puisque le ministère dont je suis à la tête aujourd'hui, c'est vraiment celui qui rassemble tous ceux qui considèrent que le profit n'est pas une fin en soi, que ce soit les gens qui veulent se fédérer en association ou les gens qui considèrent que l'économie, ça peut être aussi de l'économie sociale et solidaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler, mais je vous rassure, on se pose aussi la question pour les hommes, quand ils passent d'un secteur à un autre très différent, on se dit : mais comment ils vont faire. Là, la question, c'était : quel est le fil, mais bon, le secteur, c'est un secteur qui pèse lourd, qui pèse lourd, plus de 10 % du PIB. En un mot, l'économie sociale et solidaire pour les nuls, vous connaissez la collection, c'est quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, l'économie sociale et solidaire, c'est un secteur à part entière de l'économie, qui est au service justement de la solidarité, j'étais par exemple hier avec ma collègue Charlotte CAUBEL, qui est chargée de l'Enfance, auprès du groupe SOS, auprès d'une grosse association qui s'appelle Déclic…

ELIZABETH MARTICHOUX
Très proche d'Emmanuel MACRON, le patron d'ailleurs de SOS…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, absolument, et ce qui montre d'ailleurs l'engagement du président pour l'économie sociale et solidaire, ce que dit le président de la République, c'est que c'est un secteur à part entière, mais qui doit irriguer les autres secteurs de l'économie, c'est d'ailleurs le travail qu'avait fait Olivia GREGOIRE qui avait travaillé beaucoup sur ces sujets-là, pour faire en sorte que l'ESS inspire le reste de l'économie, et c'est d'ailleurs comme ça que le rapport de Nicole NOTAT, notamment Nicole NOTAT, a donné lieu à la loi Pacte qui avait été portée notamment par Bruno LE MAIRE, qui a créé également tout le travail autour de la raison d'être des entreprises et des entreprises à mission, pour dire que l'équilibre budgétaire, le profit, dégager des bénéfices, c'est bien, mais ça ne peut pas être le moteur essentiel de l'économie…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une alternative au capitalisme, ça, les valeurs de l'économie sociale et solidaire ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense que c'est une transformation en fait, on dit qu'on vit souvent une transition écologique, moi, je pense que j'ai plusieurs transitions, une transition numérique, une transition féministe aussi, je l'observe, mais on vit aussi cette transition de l'économie. Vous savez, j'étais chez MOODY'S, là, il y a quelques jours, je fais beaucoup de déplacements dans mes premier jours, qui est une agence de notation, et en fait, MOODY'S fait depuis maintenant quelques années de la notation extra-financière, ça veut dire que les personnes qui investissent des capitaux maintenant ne s'intéressent plus uniquement à la stabilité financière des entreprises dans lesquelles elles veulent investir, mais aussi à leur engagement, est-ce qu'il a un engagement pour les droits humains, est-ce qu'il y a des syndicats qui sont respectés, est-ce qu'il y a une parité, la place des femmes, du respect des mesures écologiques, et ça, c'est très important.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, alors, d'ailleurs, c'est un secteur qui doit attirer des jeunes, qui cherchent le sens du travail…

MARLENE SCHIAPPA
Exactement…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est vrai que ce sont des entreprises qui, normalement, donnent du sens, puisqu'elles sont solidaires. Alors c'est un secteur, je vais dire, assez invisibilisé, peut-être que votre surface médiatique permettra d'en parler davantage, la preuve que c'est un secteur sous-estimé, c'est qu'il y a une grosse majorité de femmes, je ne sais pas si vous l'avez... Enfin, vous le savez forcément, 68 % de femmes, 32 % d'hommes, il y a moins de testostérones, et c'est lié peut-être, il y a moins d'écarts de salaires chez les cadre, les cadres sont moins payés.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, eh bien, en général, ce qui va... enfin, je vous ai parlé beaucoup de social, d'environnement, etc, mais dans le secteur de l'ESS, il y a aussi un gros sujet sur la démocratie interne, dans l'économie sociale et solidaire, vous avez par exemple les Scop, vous avez toutes les structures dans lesquelles les salariés sont aussi des actionnaires d'une manière ou d'une autre, dans lesquelles, en tout cas, ils prennent part à la décision et à la conduite de l'entreprise. Donc les écarts de salaires à l'intérieur de l'entreprise entre les dirigeants et les personnes qui travaillent sont également réduits. Et puis, dans le secteur associatif, de façon générale, vous avez plus de femmes, à la fois qui travaillent, vous avez tout à fait raison de le dire, mais aussi chez les bénévoles, et ça, ce sera un gros travail pour moi d'accompagner l'engagement des bénévoles dans les associations, je vous l'ai dit, j'étais présidente d'association, j'ai été bénévole comme beaucoup de Français, et singulièrement, pas mal de femmes aussi, et je crois que simplifier la vie des bénévoles et reconnaître leur engagement, puisqu'ils ne le font pas pour une rétribution financière, c'est fondamental

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot, parce qu'ils ont les mêmes problèmes que dans l'économie privée, l'augmentation du Smic, c'est une bonne nouvelle, mais ça va coûter cher aux employeurs de ce secteur, ils se demandent quelle mesure vont leur permettre d'amortir, et ils se tournent vers vous, vers l'Etat.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, mais c'est pour ça que Bruno LE MAIRE, avec l'ensemble de ses collègues de Bercy, travaille sur ce projet de loi pouvoir d'achat, qui va être bientôt présenté et qui sera débattu au Parlement, donc avec les députés, avec les sénateurs. Et dans ce cadre, il y aura beaucoup d'échanges et beaucoup de concertations, et pour moi, c'est fondamental, c'est la nouvelle méthode que le président de la République a voulu impulser pour ce deuxième quinquennat, et si vous le permettez une remarque un peu plus personnelle…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais là, sur cette question, est-ce que l'Etat va permettre à ces entreprises de l'économie et sociale et solidaire d'amortir le surcoût que représente l'augmentation du Smic ?

MARLENE SCHIAPPA
On va en discuter, on va parler avec ces entreprises. Et ce que j'étais en train de vous dire, c'est que la méthode de l'écoute et de la concertation, elle est fondamentale, et moi, j'ai dit lors de tous mes premiers déplacements que je ne viens pas encore présenter ma feuille de route, puisqu'elle est en train d'être construite, mais je viens les écouter et justement leur demander ce qu'on peut faire pour eux, et comment on peut agir…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous leur dites oui, on va chercher des solutions…

MARLENE SCHIAPPA
On va évidemment chercher des solutions à tous les problèmes qui seront posés sur la table, c'est, vous l'avez dit, et je veux insister sur ce que vous avez dit, puisque vous avez tout à fait raison de le dire, c'est un secteur très attractif pour les jeunes, on a vu autour de ce qu'on a appelé la grande démission, tous ces jeunes, et même ces jeunes diplômés qui ont fait des discours très forts pour dire qu'ils ont fait de longues études importantes sur les questions de commerce, de business, etc., mais qui veulent donner du sens, et qu'ils ne veulent pas juste aller permettre de générer plus d'argent dans une entreprise. Et donc, c'est l'économie sociale et solidaire qui peut aussi leur ouvrir des portes en la matière.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, vous étiez à l'Elysée hier soir, quelques ministres autour du président, qui réunissait les parlementaires de la majorité, il a digéré le président l'échec d'avoir perdu la majorité absolue ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, ce n'est pas en ces termes-là que je pense que ça se pose, d'abord, je voudrais rappeler, c'est vrai que j'ai beaucoup entendu dire qu'on avait perdu les élections, je voudrais rappeler que ça reste quand même le groupe le plus important, et le groupe majoritaire, alors qui n'a pas la majorité absolue, mais je pense que le président a entendu ce que voulaient dire les Français dans l'élection en deux temps, c'est-à-dire élection présidentielle, nous voulons garder notre président de la République, nous l'avons réélu, et ensuite, élections législatives, nous demandons au président de la République de plus travailler avec les autres, d'être plus dans l'écoute, plus dans la démocratie, et donc pour cela, eh bien, nous allons donner nos voix à des députés, y compris d'opposition, pour qu'il y ait des majorités de projets…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, on a tous compris, parce qu'on en parle effectivement depuis la fin des législatives. Mais alors lui, il a demandé précisément de faire campagne permanente, il a demandé à la majorité d'être en campagne permanente, ça n'a pas été assez fait, en fait, sous le quinquennat précédent. C'est un peu le sens…

MARLENE SCHIAPPA
En fait, je pense que le rôle de député, et moi, je viens de la société civile, je ne suis pas députée, donc je dis avec un regard à la fois intérieur et extérieur, mais je pense que le rôle de député, il est extrêmement difficile, puisqu'il se joue sur une ligne de crête, vous avez à la fois beaucoup de travail parlementaire, vous devez être présent pour les lois, pour les amendements, pour le travail de commissions, pour les auditions, etc., donc à Paris, et dans le même temps, on a besoin de vous voir dans votre circonscription, et si vous êtes pris sans cesse par cette espèce d'inflation législative qui fait que vous êtes tout le temps à l'Assemblée nationale, y compris tard, etc., surtout pour ceux qui habitent loin de Paris, c'est très difficile d'être présents en circonscription, et je pense que ce qu'a voulu dire le président de la République, c'est qu'on a besoin des députés qui soient présents sur le terrain, avec les citoyens, on dit parfois : le député, il va inaugurer ci et ça, comme si ça n'avait pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc davantage d'incarner…

MARLENE SCHIAPPA
De présence en fait, je pense de présence, d'écoute…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a eu une petite sous-estimation de ce rôle-là ?

MARLENE SCHIAPPA
Je pense qu'on a demandé beaucoup aux députés, et parfois, « on », l'opinion, a parfois, je trouve, était un petit peu injuste avec les députés, parce qu'il leur a été demandé énormément, personne ne peut être à deux endroits à la fois, et donc quand le président de la République a dit ça, il disait ça aussi pour le gouvernement, je pense, pour nous dire à nous, gouvernement, de plus écouter les députés, de plus écouter les élus locaux, et de moins les charger en projets de lois permanents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et d'abord, c'est nécessaire, et ensuite, ça n'a sans doute pas été assez fait, c'est vrai, il faut que le risque ou la peur du combat ne soit pas chez nous, a-t-il lancé, ça veut dire quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, ça veut dire qu'on ne doit pas non plus se laisser terroriser, entre guillemets, c'est vrai qu'on a maintenant un groupe, un intergroupe avec la NUPES, un groupe avec le Rassemblement national, ils sont très nombreux, ce sont des formations politiques qui sont très coordonnées, je peux le dire de cette manière, c'est-à-dire à l'Assemblée nationale, ils crient les mêmes choses en même temps, voilà, il y a un travail de coordination qui est fait, d'agitprop même peut-être pourrais-je dire. Et donc l'idée, c'est de dire qu'on ne doit pas être dans l'immobilisme…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas être tétanisé, quoi.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, et puis, il ne faut pas se laisser dire non plus qu'on aurait perdu, et donc, on ne serait pas légitime, et donc il faut les laisser décider de tout, ce n'est pas ça que la démocratie a dit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un peu plus en défense et en attaque, oui, c'est ça…

MARLENE SCHIAPPA
Prendre l'initiative, écouter, bien sûr, respecter, mais prendre l'initiative, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut que le risque ou la peur du combat ne soit pas chez nous, la peur du combat, ce n'était pas ça dans le fond aussi, en pas demander la confiance après le discours de politique générale de la part d'Elisabeth BORNE ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, d'abord, moi, je veux dire que j'ai trouvé que c'était un discours de politique générale, honnêtement, très fort, et je vois que d'ailleurs la plupart des observateurs politiques l'ont dit également, avec beaucoup de fond, des annonces importantes sur la dé-conjugalisation de l'allocation adulte handicapé, c'était très, très attendu, et le gouvernement, précédemment…

ELIZABETH MARTICHOUX
Eh bien, oui, ça a été très, très refusé précédemment par vous, donc…

MARLENE SCHIAPPA
Vous n'avez pas perdu votre sens de la formule, vous avez raison, vous avez raison, et donc c'est important justement d'avoir évolué, et maintenant, dans l'urgence, de pouvoir avancer là-dessus. Sur le fait que l'Etat veuille prendre 100 % du capital d'EDF, c'est une annonce forte aussi, dans un contexte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, ce sont les mains tendues, les petites mains tendues à l'opposition, dans le cadre de ce compromis, justement, il y a un sujet qui m'intéresse à ce titre-là, dans le pouvoir d'achat, dans le texte pouvoir d'achat, est-ce que la taxe sur les superprofits n'a pas été reprise par Bruno LE MAIRE, il n'y a pas de trace, mais en revanche, le ministre de l'Economie a dit : nous ferons les comptes de ce qu'elles auront, les entreprises, reversé à nos compatriotes, à la fin de l'année. Qu'est-ce que ça veut dire, ça veut dire que s'il estime qu'elles n'ont pas fait suffisamment d'augmentations de salaires, de répartitions plus équitables des dividendes, des profits, etc., et il pourrait y avoir finalement de la coercition, pas maintenant, mais peut-être plus tard ?

MARLENE SCHIAPPA
Rien n'est exclu par avance, mais la philosophie qui est la nôtre, c'est de dire qu'on lance un appel à la responsabilité des entreprises, et dans le passé, on a vu qu'elles ont parfois répondu à ces appels, je pense à toute la période de Covid pendant laquelle notamment le gouvernement s'était engagé pour demander aux grosses entreprises de payer leurs fournisseurs, les plus petites entreprises, qui étaient en difficulté, parce que certaines grandes entreprises qui étaient leurs clientes leur disaient : eh bien, moi, je ne peux pas payer maintenant, c'est le Covid. Et donc le gouvernement, je ne sais pas si vous vous en souvenez, avait lancé cet appel en disant : nous demandons à toutes les grandes entreprises de payer maintenant leurs fournisseurs, y compris quand on est dans une période de confinement, pour que les petites entreprises puissent rester en vie. Et là, c'est la même philosophie, l'idée est de dire qu'il y a un appel à la responsabilité des entreprises dans leur manière d'avancer sur ce sujet, et bien évidemment, les comptes seront faits sur ce sujet, oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous qui venez de la gauche, taxer les superprofits dans cette période, est-ce que ça ne correspond pas à une demande de justice ?

MARLENE SCHIAPPA
Je crois que la demande justice, en tout cas celle que j'ai entendue, c'est la possibilité pour chacun de pouvoir vivre dignement, et vivre dignement de son travail, et ça, c'est ce qui est proposé dans la loi sur le pouvoir d'achat, avec un certain nombre de mesures qui s'adressent notamment aux personnes les plus vulnérables, les plus pauvres, et c'est elles qui sont visées, vous savez, on parle beaucoup d'inflation, d'un point de vue macro-économique, mais quand vous êtes très aisé, que vous payiez 5 % de plus vos 6 tranches de jambon au supermarché, ça ne change pas votre vie quotidienne, en revanche, quand vous êtes une mère célibataire au RSA, ou quand vous êtes un chômeur de longue durée, et que vous voyez cette augmentation des prix, ça a un impact, ça veut dire que vous ne pouvez plus payer peut-être vos courses pour les enfants, la question des fournitures scolaires va se poser, peut-être parfois même plus payer votre trajet pour vous rendre sur votre lieu de travail, quand vous en avez un. Et donc c'est pour ces personnes-là que nous voulons agir et trouver des solutions concrètes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes encore associée, et vous le serez sans doute toujours, à la cause des femmes, qui vous est très chère, Clémentine AUTAIN et Mathilde PANOT ont demandé à Taha BOUHAFS, accusé de violences sexuelles, c'est lui qui le dit en tout cas, de mentir sur la raison de son retrait des législatives et d'invoquer le racisme dont il était victime, il s'agissait de ménager les victimes qui ne voulaient pas être mises en avant, c'est ce qu'a plaidé Mathilde PANOT. Vous reconnaissez que c'est complexe ?

MARLENE SCHIAPPA
Plusieurs choses sur ce sujet, d'abord, je crois que ce sujet comme d'autres ouvre la question de l'organisation à l'intérieur des partis politiques, pour prévenir et lutter contre les violences sexuelles, c'est la première chose. Et deuxième chose, je vois bien les attaques contre Clémentine AUTAIN et Mathilde PANOT, et les mises en cause sur la stratégie qu'elles ont choisie, et moi, je ne me mêlerai pas à ce choeur d'attaques contre elles, parce que je pense que c'est une très mauvaise habitude, quand il y a un homme qui est mis en cause pour des violences sexuelles, que d'aller chercher les femmes de son entourage pour les en blâmer, donc je pense qu'il y a des responsables, ces responsables sont les auteurs de violences sexistes et sexuelles, dans le cas de Taha BOUHAFS, je ne crois pas que la justice soit passée, donc il faut que la justice puisse passer, si c'est le cas, et dise s'il est coupable ou s'il est innocent, ce n'est pas à moi de le faire, mais je n'irai pas attaquer des femmes qui portent un combat féministe sur ce sujet…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je l'entends, mais d'ailleurs, je ne vous ai pas demandé de les attaquer, je vous ai demandé si c'était complexe, et c'est tellement complexe…

MARLENE SCHIAPPA
C'est complexe, bien évidemment.

ELIZABETH MARTICHOUX
Taha BOUHAFS dit qu'il n'y a pas eu d'enquête dans le cadre de ce comité de suivi des violences sexuelles à LFI, La France Insoumise, il n'y a pas eu de vérification, pas de confrontation ; circulez, il n'y a rien à voir, il s'en est plaint. Et Jean-Luc MELENCHON, ce matin, dans Libération, interrogé sur ce fonctionnement, ce qui s'est passé dans ce cas, reconnaît, je cite, la situation n'est pas satisfaisante, il n'a pas pu se défendre, il ne sait pas de quoi il est accusé, nous devons réfléchir à nouveau pour trouver la solution. Je ne suis pas sûre qu'il se tourne vers vous pour trouver la solution. Mais bon, il reconnaît que c'est compliqué dans le cadre d'un parti, à la fois, d'entendre les femmes, de respecter la présomption d'innocence. C'est compliqué…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais évidemment c'est compliqué, si c'était…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc, il le reconnaît, d'abord, est-ce que vous saluez cette forme d'honnêteté ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, de dire que c'est compliqué, c'est la moindre des choses…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, il dit : non, ce n'est pas satisfaisant. Le comité tel qu'il fonctionne n'est pas satisfaisant, c'est ce qu'il dit.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, moi, je me suis battue, vous savez, dès 2016, 2017 pour que, dans mon propre parti politique, à En Marche, on mette en place une cellule d'écoute et de signalements, mais je trouve que la question que posent les différentes affaires successives, Taha BOUHAFS, Eric COQUEREL, Damien ABAD...

ELIZABETH MARTICHOUX
Damien ABAD, par exemple, la présomption d'innocence, non, il doit quitter le gouvernement…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien écoutez, moi, ce que je trouve assez insupportable, c'est qu'à chaque fois qu'il y a une affaire qui sort dans les médias, des gens disent : on savait, oui, mais, et on va chercher qui savait, qui ne savait pas, etc. si on sait, il faut faire des signalements, quand on est aux responsabilités et qu'on est témoin direct ou dépositaire de ces faits-là, il faut faire un article 40 du code de procédure pénale pour signaler les faits, et moi, vous savez que j'ai passé 2 ans au ministère de l'Intérieur à essayer de tout faire pour que les femmes puissent déposer plainte plus facilement. Et donc je pense que le rôle des cellules de partis politiques, ça doit être d'accompagner vers la plainte, pour accompagner vers la justice.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous avez une à La République En Marche ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, on en a une, mais elle est très largement perfectible, et justement, pendant la dernière campagne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'au moins, LFI, c'est ce qu'ils plaident d'ailleurs, nous, on a institutionnalisé une cellule d'écoute…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais maintenant, en fait, tous les partis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, bien sûr, on a une cellule, on a une cellule de signalements…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et elle est perfectible en quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, beaucoup de choses, vous savez, moi, je l'avais impulsée, et ensuite, je ne suis pas dans le fonctionnement interne, donc je ne peux pas vous dire, là, exactement comment elle fonctionne, il y a des salariés de la République En Marche qui s'occupent…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous connaissez ça par coeur, vous êtes très proche de LAREM, comme on dit…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, oui, mais honnêtement, je ne vais pas passer mes journées à regarder les mails, etc. Mais dans certaines affaires, certains nous disent : on a envoyé un mail à telle ou telle personne. A mon humble avis, il faut que ces cellules, elles puissent être déjà connues, y compris des militants, ça ne doit pas être une cellule réservée aux élus, pour que chaque personne par exemple qui va dans un meeting, mais qui n'est pas élue, qui n'est pas députée, qui n'est pas attachée parlementaire, qui va dans le circuit, si je puis dire, et qui, harcelée sexuellement, puisse saisir le parti, mais saisir les partis politiques, ça ne remplace pas la justice, ce n'est pas un juge dans le parti politique, quel qu'il soit, que ce soit LFI, LR, EELV, Renaissance, n'importe quel parti, il y a un sujet, comme le ferait un employeur, de prendre des décisions, et ça, les décisions, elles doivent être prises, et puis, il y a cette question de la justice, on ne peut pas dire en permanence : la justice ne se rend pas sur les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision, et dire qu'en fait, elle va se rendre dans les bureaux des partis politiques, moi, je crois dans la justice, et donc, je crois dans le dépôt de plaintes, qui permet d'accéder à la justice.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je repose la question sur Damien ABAD, comment entendre les femmes et respecter la présomption d'innocence, le président a tranché avec Elisabeth BORNE, la présomption d'innocence, eh bien, elle passe derrière le cas des femmes ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne crois pas que ce soit ça, la présomption d'innocence, c'est un principe juridique qui fait qu'on ne peut pas considérer coupable une personne tant qu'elle n'a pas été jugée, et ça vaut là aussi pour tout le monde, quel que soit le parti politique des uns et des autres. Et là, vous avez un ministre, et je m'étais exprimée auparavant, d'ailleurs…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous, vous étiez mal à l'aise avec sa présence au gouvernement, on peut le dire comme ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, je pense que ce que j'ai dit, c'est qu'être responsable du portefeuille des Solidarités, ça veut dire avoir la tutelle sur un certain nombre de services, notamment la question de l'égalité entre les femmes et les hommes, et puis, quand vous avez un ministre empêché, quel que soit le sujet, c'est extrêmement compliqué, et enfin, quand vous avez plusieurs accusations similaires de femmes, je respecte bien sûr la présomption d'innocence, je ne dis pas : il est coupable, mais je dis que c'est extrêmement difficile comme signal envoyé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Eric COQUEREL le même Jean-Luc MELENCHON toujours dans Libé ce matin : il fait l'objet de rumeurs, une opération politique, le comité dont on parlait, de LFI, l‘a innocenté, donc circulez, il n'y a rien à voir. C'est votre…

MARLENE SCHIAPPA
Les comités politiques, comme les élections, n'innocentent pas, moi, je ne suis pas d'accord avec ça, et je l'avais dit pour Damien ABAD, j'avais dit : gagner une élection, ça ne veut pas dire que vous êtes innocent, mais la perdre ne veut pas dire que vous êtes coupable. Et un comité politique n'est pas un jury, je ne suis pas pour les jurys populaires à l'intérieur des partis politiques, s'il y a des faits qui sont reprochés à Eric COQUEREL, comme à n'importe quel homme politique, il faut qu'il y ait des plaintes, et qu'il puisse être jugé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a une plainte…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, il faut que la plainte puisse être instruite, et qu'ensuite, la justice se prononce sur ce fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et en attendant, il doit quitter son poste ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas à moi de le dire, je ne suis pas parlementaire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous aviez dit : Damien ABAD, ce serait mieux qu'il quitte son poste, donc pour Eric COQUEREL, ce n'est un peu le même sentiment ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, vous n'allez pas me reprocher d'être plus sympa avec La France Insoumise qu'avec mon propre parti politique. Non, ce que je dis, c'est qu'en fait, Damien ABAD, il est nommé par le président de la République sur proposition de la Première ministre ou dénommé en l'occurrence. Et COQUEREL, il était élu à la présidence de la Commission des finances, il est élu par des députés, je ne suis pas députée, et ce serait une entorse démocratique que le pouvoir exécutif que je représente désormais aille défaire une élection faite par les députés, c'est aux députés en prendre la responsabilité et le choix.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat chargée de l'Economie, on dit ESS, je crois…

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, c'est ça…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et solidaire…

MARLENE SCHIAPPA
Et de la vie associative…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qui dépend de Matignon…

MARLENE SCHIAPPA
De la Première ministre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non plus de Bercy. Donc c'est transversal, ça va servir…

MARLENE SCHIAPPA
On a regroupé deux ministères Economie sociale et solidaire et Vie associative, et oui, c'est transversal, et j'aspire à travailler avec l'Education nationale, l'Economie, le Travail, la Transformation publique, l'Intérieur et d'autres ministères.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous êtes rattachée à la première femme Première ministre depuis très longtemps.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci à vous. Bonne journée Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
C'est moi qui vous remercie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2022