Déclaration à la presse de Mme Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et les Pays-Bas, à Paris le 11 juillet 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Entretien avec M. Wopke Hoekstra, ministre des affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs, cher Wopke, Monsieur le Ministre,


Je suis très heureuse de vous accueillir aujourd'hui à Paris, dans le prolongement d'ailleurs de la déclaration conjointe qui a été endossée par le Président de la République et le Premier ministre Rutte, le 31 août dernier, à l'occasion de la visite de votre Premier ministre à Paris. Nous avons prolongé ces excellentes dispositions, dans le cadre du séminaire intergouvernemental entre nos deux pays, au mois de mars, et désormais, avec Wopke Hoekstra, je peux vous dire que nous visons à développer davantage encore cette relation bilatérale déjà excellente qui unit nos deux pays, qui ont tant et tant de sujets en commun.

Une relation qui est ancienne, qui est marquée par l'Histoire, les liens humains et les liens de confiance qui se sont tissés au fil des siècles, mais qui se déploie aussi très concrètement sur le terrain. Nous venons de parler, par exemple, de notre coopération dans la Caraïbe, à Saint Martin, où nous avons quelques sujets bilatéraux, mais aussi communautaires, qui animent le quotidien de l'île et de ses habitants. Nous sommes convenus d'avancer main dans la main, après avoir réglé un sujet bilatéral qui demandait à l'être, et avec les autorités locales, bien sûr, de faire des pas en avant également en matière d'environnement, de développement économique, de lutte contre les trafics, de façon à continuer une très bonne coopération sur place.

Je veux aussi remercier le ministre pour la coopération excellente qui a animé son gouvernement dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne. Nous avons pu obtenir, je crois, tous ensemble, de très bons résultats pour l'Europe, des résultats qui viennent conforter le rôle pionnier de l'Union européenne dans trois grands domaines au moins que je veux citer : la lutte contre le réchauffement climatique - nous avons avancé, marqué des points - ; la régulation des géants du numérique, qui était bien nécessaire, avec deux textes importants adoptés sous présidence française ; troisième grand domaine, mais je pourrais multiplier les exemples, la protection des droits sociaux, avec l'adoption d'un cadre, par exemple, pour le salaire minimum en Europe. Donc une excellente coopération entre nos deux pays, qui a permis d'avancer vite et bien à Bruxelles, de faire progresser l'Union. Et donc je remercie tout particulièrement le ministre d'avoir bien voulu nous appuyer pour que tous ensemble, à 27, il n'y a pas que la France, nous puissions avancer comme il le faut.

Nous avons échangé ce matin aussi sur la situation en Ukraine, je n'y reviens pas, et sur la nécessité de soutenir ce pays dans la durée. Nous devons bien sûr nous situer dans la perspective qui est celle du G7, as long as it takes, avec un soutien politique, diplomatique, économique, financier, humanitaire, mais aussi militaire. Nous en avons parlé.

Nous avons également parlé de la perspective offerte par la communauté politique européenne (CPE). Je crois que vous vous souvenez que cette proposition faite par le Président de la République a été reprise et endossée par le Conseil européen, et intéresse non seulement notre partenaire tchèque, qui a pris le relais de la présidence et qui réunira un sommet sur ce sujet, cet automne, mais intéresse activement notre partenaire néerlandais, Wopke, je te laisse en parler dans quelques instants. Nous sommes convenus de travailler ensemble, très étroitement, pour faire que rapidement la CPE soit un format utile à tous les pays, qu'ils soient des pays européens par la géographie et par les valeurs, et nous permette d'engager des coopérations concrètes, précises, entre nous tous.

Renforcer la souveraineté européenne, c'est aussi renforcer la coopération en matière de défense à l'échelle de notre continent. Je relève une très grande convergence de vues entre Paris et La Haye sur ce point. Nous nous sommes réjouis des conclusions du Sommet de Madrid, auxquelles nous avons contribué. Elles affirment la complémentarité de l'OTAN et de la défense européenne. C'était nécessaire, et c'est fait ; c'est une bonne chose. Et par ailleurs, nous savons que l'Europe doit renforcer ses moyens et ses capacités militaires. Nos deux pays font un effort, chacun pour ce qui le concerne. La France a une augmentation du budget de défense dans le cadre de sa loi de programmation militaire qui va être d'ailleurs revue à partir de la fin de cette année, comme l'a annoncé le Président de la République. Et j'ai salué la décision importante du gouvernement néerlandais de procéder lui-même à une hausse du budget de défense pour dépasser les 2% à l'échelle de quelques années.

C'est un choix politique fort que de renforcer la complémentarité entre l'OTAN et l'Union européenne et renforcer les capacités européennes.

Nous sommes déjà ensemble en Roumanie, dans le cadre de cette opération dont la France est nation-cadre, et avec un détachement militaire néerlandais qui va bientôt prendre la relève de nos camarades belges. Donc une coopération opérationnelle sur le terrain qui nous permettra non seulement de faire face à nos responsabilités dans le cadre de la crise ukrainienne, mais très certainement de tirer un certain nombre d'enseignements opérationnels sur nos coopérations futures.

Enfin, je ne peux pas manquer de citer le fait que nous avons évoqué la situation au Sahel et singulièrement au Mali ; une situation difficile, qui requiert une réponse européenne. Notre coordination est très bonne, elle reste nécessaire pour assurer la stabilité et la stabilisation de cette région qui est face à de nombreux défis. Donc votre soutien sera indispensable, je vous en félicite par avance, parce que vous avez bien voulu me dire que vous le poursuivriez à nos côtés, de même que vous poursuivriez nos efforts de conviction pour que l'Union européenne reste engagée et développe de nouveaux moyens d'action dans son partenariat avec les pays africains.

Cher Wopke, merci beaucoup d'être à Paris à nouveau. Nous nous voyons à peu près tous les trois jours, donc nous nous sommes promis de garder ce rythme.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 juillet 2022

Thématiques :