Interview de Mme Olivia Grégoire, secrétaire d'État, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 1er juillet 2022, sur la grève dans le transport aérien, le pouvoir d'achat et la situation sanitaire.

Prononcé le 1er juillet 2022

Intervenant(s) : 

Texte intégral

DAMIEN FLEUROT
Bonjour Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour Damien FLEUROT.

DAMIEN FLEUROT
Vous êtes élue députée de la 12ème circonscription de Paris depuis 2017 dans la majorité présidentielle mais vous êtes aussi et surtout j'ai envie de dire porte-parole du Gouvernement depuis un peu plus d'un mois déjà. On vous connaît parce que vous faites notamment chaque mercredi le compte-rendu du conseil des ministres, mais un peu au chômage technique depuis 15 jours.

OLIVIA GREGOIRE
[rires]

DAMIEN FLEUROT
Parce qu'il n'y a pas eu de conseil depuis le 14 juin, avant le second tour des élections législatives. Rassurez-nous, il y en aura un la semaine prochaine de conseil ?

OLIVIA GREGOIRE
Je vous sens très inquiet et je tiens à rassurer la France entière : il y aura bien un conseil des ministres la semaine prochaine et, vous voyez, je ne suis pas au chômage technique puisque j'ai le plaisir d'être avec vous ce matin. Ça fait aussi partie de la mission.

DAMIEN FLEUROT
Et il y a beaucoup de sujets à voir. C'est vrai qu'il y a eu une séquence à la fois avec des scrutins, notamment ces élections législatives, et puis une séquence diplomatique qui a occupé le président de la République qui se referme tout juste, parce qu'il a un déjeuner, le président de la République, avec le Premier ministre australien. Ensuite il s'occupe des Français, le chef de l'Etat ?

OLIVIA GREGOIRE
Le chef de l'Etat s'occupe des Français en permanence. Le jour, la nuit, quand il est à Paris, quand il est en France et quand il est en déplacement à l'international comme vous l'avez rappelé, que ce soit pour clore la présidence française de l'Union européenne qui a été saluée unanimement par l'ensemble de nos voisins européens, un engagement sans faille de la France, mais aussi pour la guerre en Ukraine. Elle est aux sources du problème. On a des gros problèmes de pouvoir d'achat, on va avoir l'occasion d'en parler. Quand le président de la République va en Ukraine, quand il va au G7, quand il parle à l'OTAN, il parle aussi d'aide alimentaire, il parle aussi de pouvoir d'achat indirectement des Français. C'est-à-dire comment améliorer la situation au plan énergétique, comment débloquer par exemple la problématique des céréales en Ukraine qui contribue à la hausse des prix, donc il est tout le temps au service des Français et encore plus je dirais même quand il n'est pas là, puisqu'il va sur les terrains où se jouent les causes des problèmes que nous rencontrons en ce moment.

DAMIEN FLEUROT
Et on a pu d'ailleurs le voir ou le découvrir peut-être dans un documentaire qui a été diffusé hier soir de notre confrère Guy LAGACHE. On voit et on découvre le président de la République et sa cellule diplomatique de l'Elysée. On découvre aussi des échanges téléphoniques avec Vladimir POUTINE. Est-ce que ce n'est un peu dangereux cette façon de communiquer alors que, on le sait, Vladimir POUTINE peut être sensible à ce type de communication ?

OLIVIA GREGOIRE
En tant que porte-parole du Gouvernement, je peux me permettre de vous dire que j'ai trouvé le reportage intéressant sur ces coulisses. Je pense que c'est important aussi que les Français voient ce qu'il se passe, comment ça se déroule, comment on préside.

DAMIEN FLEUROT
Mais en matière de diplomatie, la confidentialité, la règle ?

OLIVIA GREGOIRE
Oui. Mais je pense que le président de la République a une certaine expérience au plan diplomatique désormais. Et si tant est qu'il y ait plus de questions, je suggère qu'elles soient posées à l'Elysée et à la présidence directement, mais je ne crois pas qu'il ait mis en risque quoi que ce soit. Néanmoins c'est une question qu'il faut poser à la présidence.

DAMIEN FLEUROT
Alors Emmanuel MACRON a été élu il y a 68 jours très exactement aujourd'hui. On a le sentiment d'un pays alors pas complètement à l'arrêt mais en tous les cas peut-être qui flotte, avec notamment aujourd'hui une première journée difficile qui s'annonce dans les transports, notamment sur le secteur aérien. On va voir cette Une de nos confrères du Parisien-Aujourd'hui en France, avec « un été de toutes les turbulences ». Il y a bien sûr la question sanitaire qui s'invite mais on parlera tout à l'heure. Tout d'abord sur ce conflit qui touche le secteur aérien, qui touchera la semaine prochaine aussi la SNCF, les syndicats demandent des hausses de salaires. Est-ce que vous soutenez ces revendications ?

OLIVIA GREGOIRE
Avant de répondre sur est-ce que je soutiens leurs revendications, je soutiens d'abord - et je les écoutais ce matin - les familles, les papas, les mamans qui se retrouvent dans des situations difficiles au 1er juillet avec leurs bambins aujourd'hui à Orly et à Roissy et possiblement la semaine prochaine. Je pense qu'on a tous conscience du fait que tout le monde a besoin de vacances, à commencer par les Français après une année difficile, après bien sûr les problématiques du pouvoir d'achat mais aussi les années de crise pandémique qu'on a vécues. Donc je pense que la situation est très difficile. Vous dire que le gouvernement n'a pas attendu…

DAMIEN FLEUROT
Un mouvement, Olivia GREGOIRE, qui n'est pas forcément justifié ou opportun ; c'est ce que vous nous dites ce matin.

OLIVIA GREGOIRE
Un mouvement dont j'espère que tout le monde prendra ses responsabilités rapidement, et j'ai de l'espoir parce qu'il en va du repos de nos concitoyens et que je pense, à juste titre, qu'ils sont fatigués et qu'il est important qu'ils puissent se reposer. Ce que j'ai envie de dire, c'est deux choses. D'abord prendre un tout petit peu de hauteur. Je sais que ça ne va pas solutionner le problème mais je veux quand même partager avec nos auditeurs ce matin le fait que c'est un problème qui touche toute l'Europe. Vous avez par exemple à l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol 84 % des vols qui ont été annulés parce qu'il y a, en fait, un secteur aérien qui a des difficultés à la suite de la crise Covid.

DAMIEN FLEUROT
Il n'a pas anticipé la reprise de la croissance.

OLIVIA GREGOIRE
Qui a essayé de le faire au mieux, il ne faut pas non plus jeter l'opprobre. Qui a connu deux ans dramatiques, et vous le savez avec la crise Covid, un arrêt brutal, total et donc là ça repart, ça repart vite, ça repart fort et c'est vrai que comparé à ses voisins, la France est quand même moins touchée quand on voit ce que je vous dis avec 84% de vols et de capacité sur juillet/août à Amsterdam qui sont mis en danger. Au moment où on se parle, effectivement s'agissant de la grève d'aujourd'hui, le gouvernement a anticipé, a discuté déjà avec les syndicats. Il y a une décision qui a été prise avec les différents acteurs de l'aviation qui est effectivement d'annuler 10 % des vols pour permettre à 90 % des vols de se développer et pour faire en sorte qu'il n'y ait pas des files d'attente interminables de parents, de familles qui ne sauraient pas si leur vol est tenu ou pas. Donc c'est une décision qui a été prise conjointement avec les syndicats mais aussi le gouvernement qui n'a pas attendu. Et nous allons dès la semaine prochaine continuer à échanger pour trouver une sortie de crise. L'idée que, encore une fois, nos compatriotes ne puissent pas partir en vacances n'est pas une option viable.

DAMIEN FLEUROT
Et sur la question de la rémunération de ces salariés qui estiment que notamment en raison de l'inflation - et on va y venir - il faut des revalorisations de salaires, que c'est aussi pour cette raison que ces entreprises du secteur aérien peinent à recruter, à trouver de la main-d'œuvre, vous dites aux entreprises ce matin « il faut faire un geste », un peu comme l'Etat l'a fait en revalorisant de point d'indice des fonctionnaires par exemple.

OLIVIA GREGOIRE
Je dis, et d'ailleurs il y a beaucoup d'entreprises qui n'attendent pas que je le dis. Vous voyez mercredi, oui, mercredi j'étais à Nantes en déplacement dans une entreprise qui dès le mois de janvier 2022 a augmenté de 3 % ses salariés, et a pris en charge d'ailleurs une partie de leur indemnité carburant, et a augmenté le chèque vacances pour le porter à 400 euros. Et je ne vous parle pas d'une TPE de 3 personnes : c'est une entreprise qui a 360 salariés. Donc il y a beaucoup d'entreprises en France et beaucoup de dirigeants d'entreprises qui ont pris leurs responsabilités en essayant de mieux accompagner leurs salariés devant la difficulté liée à l'inflation. Effectivement l'Etat prend sa part, et c'est bien normal, on va en reparler. C'est tout à fait légitime. Mais beaucoup d'entreprises le font, il serait bien que les entreprises de secteurs aujourd'hui à l'arrêt le fassent aussi.

DAMIEN FLEUROT
Le partage de la valeur justement au sein des entreprises. Vous venez hein du privé, Olivia GREGOIRE. Est-ce que l'on va vers une augmentation par exemple des plans de participation, d'intéressement dans les entreprises et à quelle échéance ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors c'est un gros sujet que nous avons d'ailleurs intégré dans le projet présidentiel. On verra avec les formations politiques au Parlement et on verra la posture des oppositions par rapport à nos propositions. Mais il y a par exemple dans les propositions en faveur du pouvoir d'achat qui sont sur la table, il y a le triplement de la prime Macron qui est une prime défiscalisée, désocialisée, très facile à mettre en place, qui a bien fonctionné pendant le Covid et dont le gouvernement…

DAMIEN FLEUROT
Mais qui n'est pas une hausse de salaire.

OLIVIA GREGOIRE
Comme toutes les primes d'ailleurs de partage de la valeur : ce ne sont pas des hausses de salaire net, mais je vais y revenir. Il est important de donner du pouvoir d'achat. En ce moment, ça peut… Ça va pouvoir se faire, je l'espère, grâce à la prime Macron, la prime Pepa qui avait bien fonctionné, grâce aussi au renforcement des dispositifs qu'on appelle, comme vous l'avez dit, partage de la valeur, la participation, l'intéressement. On est dans notre pays face à une situation qui est assez simple. Dans les grands groupes, pour aller vite, plus de 80 % des salariés ont des dispositifs complémentaires à leur salaire : participation, intéressement, actionnariat salarié. Dans moins de 20 % de nos PME, c'est le cas. Donc en fait ce n'est pas très juste. En fonction de là où tu vas travailler, tu as accès ou pas à ces dispositifs de partage. Vous avez raison, et moi je suis très sincère, ça n'est pas une augmentation de salaire net. Mais dans la situation dans laquelle nous sommes, je pense qu'il faut être aussi lucide. Il est important qu'on donne plus de pouvoir d'achat et que les entreprises fassent ces primes. Augmenter les salaires de façon pérenne, ça peut être dans certains cas possible cette année, pas forcément l'année prochaine. Et on sait que les entrepreneurs aujourd'hui ont un problème de visibilité. Vous savez, on parle du climat des affaires. Compte tenu de la guerre en Ukraine, des tensions sur les matières premières, de l'inflation, ils ont un peu de mal à voir quel sera comme on l'appelle le carnet de commandes l'année prochaine. Donc on peut entendre aussi que certains entrepreneurs veuillent donner du pouvoir d'achat mais ne veuillent pas mettre en risque leur entreprise.

DAMIEN FLEUROT
Donc vous dites Olivia GREGOIRE qu'il ne faut pas aller trop vite.

OLIVIA GREGOIRE
Ce n'est pas trop vite. C'est visons l'objectif : plus de pouvoir d'achat dans la poche des Français. Aujourd'hui compte tenu du contexte économique, on doit pouvoir entendre que certaines entreprises ne puissent pas augmenter les salaires au risque de ne pas assurer l'année prochaine. Donc utilisons ce qui est là, ce qui est possible, ces primes qui permettent en un mois, deux mois de donner du pouvoir d'achat aux salariés.

DAMIEN FLEUROT
Mais vous nous parlez ce matin d'un temps assez long finalement alors que le niveau d'inflation augmente.

OLIVIA GREGOIRE
La prime Macron et le dividende salarié devraient faire partie du paquet comme on dit pouvoir d'achat. Donc être sur la table des parlementaires dès le mois de juillet et donc possiblement concrètement en septembre.

DAMIEN FLEUROT
Justement a priori le 18 juillet, c'est ça, les députés se saisiront de ce texte ?

OLIVIA GREGOIRE
Tout à fait.

DAMIEN FLEUROT
Pourquoi attendre deux semaines finalement si c'est la priorité numéro un des Français ?

OLIVIA GREGOIRE
Je vous le confirme. Déjà le texte sera déposé en conseil des ministres dans les prochains jours. Et il arrivera - il y a toujours deux semaines incompressibles, c'est le règlement, avant que ça n'arrive à l'Assemblée. Donc effectivement, Damien FLEUROT, à partir du 18 juillet. Pourquoi ce temps ? Si ça n'avait tenu qu'au gouvernement, soyons très clairs, nous serions déjà en train d'examiner ce texte. Mais on a aussi entendu, et on ne peut pas leur reprocher, le message très clair qu'ont adressé les Français au gouvernement avec une majorité relative le 19 juin dernier.

DAMIEN FLEUROT
Donc vous allez discuter avec les oppositions.

OLIVIA GREGOIRE
Plus qu'on est en train. C'est qu'Elisabeth BORNE très concrètement en 2, 3 jours a fait plus d'une quinzaine d'heures de consultations avec l'ensemble des formations politiques. Avec en main le cadrage du président : pas plus d'impôts, pas plus de dettes, et avec sur la table des propositions à discuter sur le pouvoir d'achat.

DAMIEN FLEUROT
Alors allons-y. Par exemple, les prestations sociales revalorisées de 4 %, est-ce que ça ça pourrait être un peu plus peut-être ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors allons-y. Vous m'autoriserez là aussi à peut-être attendre que le président de la République ait le rendez-vous avec la Première ministre dans les prochaines heures pour voir qu'est-ce qui ressort.

DAMIEN FLEUROT
Ils se voient aujourd'hui, ça vous nous le…

OLIVIA GREGOIRE
Ils vont se voir aujourd'hui et il me semble à peu près normal, sain, que la Première ministre réserve au président de la République ses conclusions à la suite de ces 3 jours d'échanges. Il y aura des échanges dans la journée. Les discussions dont vous venez de parler typiquement feront partie des échanges qui sont sur la table. Nous avons des propositions sur le bouclier tarifaire : le bouclier loyer, sur l'indexation des retraites. On attend l'avis des oppositions et on va avancer dès la semaine prochaine.

DAMIEN FLEUROT
Mais encore une fois, permettez-moi d'insister sur le calendrier. Les Français sont inquiets parce qu'il y a des charges qui arrivent tous les mois.

OLIVIA GREGOIRE
Bien sûr, bien sûr.

DAMIEN FLEUROT
Les retraités qui doivent en principe bénéficier d'une hausse de leur pension à compter du 9 août prochain, date du versement de leur retraite de base, est-ce qu'on pourrait peut-être décaler ce versement, si jamais les discussions avec les oppositions duraient trop longtemps ?

OLIVIA GREGOIRE
Nous avons un objectif très clair maintenu, et je le redis ce matin, que ça arrive sonnant et trébuchant dans le portefeuille des Français au mois d'août et à la date que vous venez de discuter pour les retraités. Ce qui est important, et de grâce concentrons-nous sur l'essentiel, c'est quand même que ça arrive en août dans la poche des Français. À nous de nous débrouiller, l'exécutif, le Parlement pour que les discussions se passent bien et qu'on arrive à avancer ainsi pour le mois d'août.

DAMIEN FLEUROT
Une question encore sur le pouvoir d'achat et les départs en vacances. Beaucoup de Français vont prendre leur automobile, leur voiture pour se rendre sur des lieux de villégiature. Alors Bruno LE MAIRE a annoncé le renouvellement des 18 centimes d'aide sur les carburants jusqu'à septembre. Qu'en est-il du dispositif gros rouleur ? Parce qu'Elisabeth BORNE avait dit que se mettra en place à la rentrée pour les accompagner un dispositif. Il en est où ?

OLIVIA GREGOIRE
Il est dans les mesures qui sont sur la table. C'est une des hypothèses de travail qui est présentée aux oppositions. Ce sera dans le paquet pouvoir d'achat.

DAMIEN FLEUROT
D'accord. Elle en a parlé le 7 juin en disant « ce sera à la rentrée ».

OLIVIA GREGOIRE
Oui. Après il y a eu des élections, il y a eu un Parlement avec une nouvelle configuration et je pense qu'il est important de ne pas… Enfin je pense qu'il est important aussi, et il est même essentiel je veux dire, de respecter ce qu'ont voulu les Français. Les Français ont voulu plus de forces politiques au sein du Parlement. On a aujourd'hui des oppositions qui ont des avis, qui ont un point de vue à émettre sur ces propositions. On doit les intégrer aussi sans perdre de temps parce qu'effectivement plus que jamais le temps coûte cher en ce moment. Mais ça, je dirais, c'est nos problèmes. Notre objectif, c'est que ce soit dans la poche des Français au mois d'août. Et pour le dispositif gros rouleur, qu'il soit opérationnel pour la rentrée. Je pense ici à une salariée aussi que j'ai rencontrée mercredi dernier à Nantes, vous voyez : 45 kilomètres aller-retour de voiture, et là elle attend effectivement le dispositif gros rouleur. Elle a aussi son entreprise qui a pris les devants et qui prend en charge une partie de l'indemnité.

DAMIEN FLEUROT
Il sera bel et bien en place à la rentrée.

OLIVIA GREGOIRE
Il sera en place.

DAMIEN FLEUROT
Un mot sur le sanitaire. Hier encore, plus de 133 000 cas positifs recensés en 24 heures. Une hausse de 67 % par rapport à jeudi dernier. On va droit dans le mur Olivia GREGOIRE cet été, avec sans doute le retour du masque peut-être dans les restaurants, peut-être dans les lieux fermés accueillant du public.

OLIVIA GREGOIRE
Droit dans le mur, je ne reprendrais pas votre expression. On est absolument vigilant. Vous voyez, j'ai passé pas moins de 3-4 heures hier aux côtés de la Première ministre qui a vu l'ensemble des représentations des formations politiques, à la fois de l'Assemblée nationale mais aussi du Sénat.

DAMIEN FLEUROT
C'est le fameux comité de liaison qui avait été mis en place au moment de la crise sanitaire.

OLIVIA GREGOIRE
On y a passé plusieurs heures ensemble, et c'est bien normal, pour expliquer ce que nous allons proposer, puisque dès la semaine prochaine un projet de loi sera discuté au Parlement pour justement conforter nos outils de surveillance épidémiologique.

DAMIEN FLEUROT
Pour l'instant on surveille.

OLIVIA GREGOIRE
On surveille.

DAMIEN FLEUROT
Et vous nous dites ce matin « l'été ne sera pas gâché… »

OLIVIA GREGOIRE
Je vous dis que nous ferons tout pour que l'été ne soit pas gâché - et je vais aller plus loin - ne soit gâché par rien. Ni par les problématiques d'inflation dont nous venons de parler, ni par le Covid. J'ai un message, et je sais que vous allez me laisser le temps de le passer. Nous avons une vigilance collective à apporter aux plus fragiles. Les plus de 60 ans qui sont en plus immunodéprimés, c'est-à-dire qui ont des fragilités liées à des maladies chroniques doivent absolument aller faire leur deuxième dose de rappel. Pour cela, il faut se rendre sur Doctolib. On peut aussi aller sur sante.fr ou contacter son professionnel de santé. C'est un enjeu important on a tous des grands-parents, des amis qui sont soit immunodéprimés soit qui ont plus de 60 ans. On a un quart seulement des personnes éligibles qui sont allées faire cette deuxième de rappel.

DAMIEN FLEUROT
On entend ce matin votre message de vigilance à l'endroit de ces Français les plus fragiles.

OLIVIA GREGOIRE
C'est important. Et les gestes barrières qui restent toujours d'actualité.

DAMIEN FLEUROT
Et pour autant dans le projet de loi qui sera examiné dans les tout prochains jours par les députés, ce projet de loi sanitaire, on sent plutôt de l'optimisme parce qu'il n'y a plus de passe sanitaire, plus de passe vaccinal.

OLIVIA GREGOIRE
Pragmatisme. Du pragmatisme et de la lucidité. Il est indispensable qu'on puisse, et je vais éviter les acronymes, mais conforter deux outils majeurs qui permettent de suivre et de tracer le nombre de personnes contaminées et testées. Ça, c'est indispensable. Le cas échéant, on n'en disposerait plus fin juillet, ce qui serait grave. Donc on va le repasser. Et deuxièmement pouvoir se doter en cas d'émergence d'un nouveau variant, on sait qu'il varie beaucoup ce virus, s'il y avait un nouveau variant qui émergeait dans un des pays du monde, on se laisse la possibilité et j'espère que les parlementaires nous soutiendrons, de remettre en place des contrôles aux frontières si des nouveaux variants émergeaient. Il n'y a rien de plus dans ce texte. Ce n'est pas tant de l'optimisme que de la lucidité.

DAMIEN FLEUROT
Mais le pass sanitaire aurait pu y figurer en option.

OLIVIA GREGOIRE
Mais ça n'est pas le cas.

DAMIEN FLEUROT
Il faudra repasser devant la représentation nationale si on voulait le remettre en place.

OLIVIA GREGOIRE
Oui, tout à fait.

DAMIEN FLEUROT
C'était peut-être aussi pour éviter des débats trop houleux à l'Assemblée. On se souvient de discussions très franches.

OLIVIA GREGOIRE
On s'en souvient bien et moi j'ai très bonne mémoire et j'étais parlementaire. On se souvient surtout qu'il est indispensable de surveiller. C'est la priorité. Si les choses devaient empirer, on prendrait nos responsabilités. Mais à l'instant T, au moment où je vous parle, il y a assez problématiques graves…

DAMIEN FLEUROT
La situation n'est pas critique dans les services de réanimation.

OLIVIA GREGOIRE
Exactement. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas être vigilant, mais la situation n'est pas critique au moment où je vous parle. J'étais en train pour aller à Nantes – décidément je vous raconte ma vie - mercredi. J'ai observé les Français. Sans obligation de report du masque, un certain nombre d'entre eux le portaient. On a quand même un peuple qui depuis 2 ans a appris à vivre avec ce virus, portent en responsabilité ce masque dans les endroits où on est nombreux, de la promiscuité ou dans des endroits enfermés comme des wagons de train. Donc je pense qu'on peut aussi saluer la responsabilité des Français.

DAMIEN FLEUROT
Prenons le temps ce matin de faire un point sur la situation de notre hôpital et notamment des services d'urgence. Hier Elisabeth BORNE, la Première ministre, a donc reçu le rapport de François BRAUN qui est le président du SAMU. Un rapport pour le coup peut-être inquiétant.

OLIVIA GREGOIRE
Hier la Première ministre a reçu…

DAMIEN FLEUROT
Ce rapport de François BRAUN avec des recommandations. Elle les présentera aujourd'hui…

OLIVIA GREGOIRE
Possiblement.

DAMIEN FLEUROT
Sans doute.

OLIVIA GREGOIRE
Oui, merci.

DAMIEN FLEUROT
Et parmi les mesures, on comprend qu'il pourrait y avoir plus de régulation concernant les admissions. On parle même de triage paramédical l'entrée, de filtrage pour les seules urgences vitales la nuit. Est-ce que notre hôpital public n'a plus les moyens d'accueillir tous les patients 24 heures sur 24 ?

OLIVIA GREGOIRE
Mais notre hôpital public, et j'y ai consacré quelques années il y a une vingtaine d'années, ça fait 20 ans qu'il ne va pas bien notre hôpital public. Donc il y a une problématique de comment on cautérise les plaies, si je puis me permettre, tout de suite pour permettre aux urgences de fonctionner cet été et aux Français de pouvoir aller à l'hôpital. Il y a un sujet qui est beaucoup plus profond qui est au-delà de l'urgence, excusez la tautologie, mais comment on fait pour soigner les vrais symptômes de notre hôpital. Et ça n'est pas qu'une question de moyens et de rémunération. C'est en partie une question de rémunération, c'est bien pour ça qu'on a mis 20 milliards d'euros…

DAMIEN FLEUROT
C'est aussi un sujet d'ailleurs des recommandations, notamment pour le travail de nuit du personnel hospitalier.

OLIVIA GREGOIRE
Bien sûr. Vous parlez ici à quelqu'un qui appartient au précédent gouvernement qui a juste fait le Ségur de la santé, et qui a permis de revaloriser des centaines de milliers de professionnels de santé pour quasiment 200 euros net par mois de plus. Donc s'il y a bien un gouvernement qui est conscient du fait qu'il faut rémunérer bien mieux nos professionnels de santé, c'est bien nous. Mais ça n'est pas suffisant, je vous le dis aussi. Pour parler à des cadres de santé et pour parler à des infirmières, bien sûr il y a la rémunération mais il y a aussi les conditions de travail, les conditions d'évolution et de formation. Et donc c'est un sujet qu'on va continuer à traiter. Il y a ce rapport de la mission flash Braun qui va être rendu dans les prochaines heures ou jours à la Première ministre qui va en tirer des conclusions. Un certain nombre de conclusions sont déjà dans la presse. Vous venez d'en mentionner une sur une régulation effectivement plus forte avec le 15 et les médecins généralistes. Je préfère la régulation au triage.

DAMIEN FLEUROT
Ou au filtrage.

OLIVIA GREGOIRE
Il faut aussi dire aux Français que ce sont des pratiques qui ont déjà été mises en place dans les hôpitaux, dans des moments de tension, le 15, ou la mise à disposition des généralistes, pour contribuer au filtrage des patients graves, très graves ou pas graves, a déjà été mis en place. Donc il y a 41 mesures dans ce rapport, Elisabeth BORNE, pour ne pas changer, est en train d'y travailler, et dans les prochains jours elle va déclarer ce que nous allons mettre en place.

DAMIEN FLEUROT
A n'en pas douter, il y aura ce discours de politique générale justement de la Première ministre…

OLIVIA GREGOIRE
Oui, mais ces 41 mesures, elles viennent les professionnels de santé, est important de le dire.

DAMIEN FLEUROT
Il y aura ce discours, je le disais, de politique générale, mercredi prochain, est-ce qu'Elisabeth BORNE doit demander la confiance de la représentation nationale, des députés, à l'issue de ce discours ?

OLIVIA GREGOIRE
Elisabeth BORNE prendra sa décision, en âme et conscience, je la connais assez bien pour savoir qu'elle prendra la meilleure décision, compte tenu du contexte et surtout de la nature des échanges qu'elle a eus…

DAMIEN FLEUROT
Oui mais pourquoi ne le ferait-elle pas, finalement ?

OLIVIA GREGOIRE
Déjà, elle a passé 15 heures avec les formations politiques, à voir quelle était la position des oppositions sur cette déclaration de politique générale et sur cette nature de la confiance, seraient-ils de nature à la lui donner, ou pas. Donc il y a eu beaucoup d'échanges.

DAMIEN FLEUROT
Vous ne nous direz rien ce matin sur la nature de ces échanges.

OLIVIA GREGOIRE
J'ai un immense honneur d'être porte-parole du gouvernement, je ne suis pas la Première ministre, je la respecte infiniment et pour la connaître, je peux vous dire que c'est une femme qui prend ses responsabilités. Elle les prendra. Je veux aussi rappeler qu'il ne faut pas faire des effets zoom et focus, même si certains dans les oppositions y prennent un malin plaisir, mais de grâce, notre Ve République fonctionne bien, nos institutions sont faites pour…

DAMIEN FLEUROT
Et dans le passé, certains Premiers ministres, n'ont pas demandé…

OLIVIA GREGOIRE
Ce n'est pas « certains », j'ai la liste, on travaille, ce n'est pas moins de 7 Premiers ministres dans notre Ve République qui n'ont pas demandé la confiance…

DAMIEN FLEUROT
Vous avez raison.

OLIVIA GREGOIRE
… et ce qui compte, c'est que ça n'a pas empêché au pays d'avancer. La pilule, le RMI, la CSG, ont été pris avec des majorités relatives sans vote de confiance.

DAMIEN FLEUROT
Vous nous dites : la semaine prochaine je serai toujours porte-parole du gouvernement…

OLIVIA GREGOIRE
Je l'espère. Ah, je n'ai pas dit ça, j'ai dit : j'ai l'honneur d'être aujourd'hui porte-parole du gouvernement, on verra la semaine prochaine.

DAMIEN FLEUROT
Il y aura un remaniement, il faut qu'il intervienne vite, c'est-à-dire avant ce discours de politique générale ?

OLIVIA GREGOIRE
En toute cohérence, normalement ça devrait se passer comme ça, oui.

DAMIEN FLEUROT
Donc on peut imaginer lundi ou mardi ?

OLIVIA GREGOIRE
On peut imaginer.

DAMIEN FLEUROT
Un mot sur la situation à l'Assemblée nationale, hier, et notamment l'élection à la tête de la commission des Finances d'Eric COQUEREL. Vous le connaissez bien, vous l'avez côtoyé sur les bancs de l'Assemblée.

OLIVIA GREGOIRE
A la commission des Finances.

DAMIEN FLEUROT
A la commission des Finances.

OLIVIA GREGOIRE
Et quand on était à la commission des Finances avec Eric COQUEREL, il y a une chose qui nous un supportait, avec d'autres parlementaires, c'est quand l'exécutif venait fourrer son nez dans le législatif. Je n'aurai donc pas de commentaire en strict respect, et en ancienne parlementaire que j'ai été, et que je suis encore au moment où je vous parle, de commenter en tant que membre de l'exécutif, les choix du Parlement qui sont souverains.

DAMIEN FLEUROT
Alors, d'autres personnalités politiques, qui ne sont pas au gouvernement, certes, ont commenté cette élection. Jean-Luc MELENCHON qui dit : « C'est un événement politique positif pour le pays. Le pluralisme est légitimé ». Et puis Marine LE PEN, ce n'est pas une surprise : « L'extrême gauche la plus sectaire et la plus radicale a été élue à la tête de la commission des Finances ».

OLIVIA GREGOIRE
Nous avons ici, des choix qui ont été faits pour le fonctionnement de l'Assemblée nationale, en strict respect des institutions…

DAMIEN FLEUROT
Vous n'avez pas d'inquiétude sur le fonctionnement de cette commission, qui est une commission puissante, on le sait, qui peut aller taper à la porte d'une…

OLIVIA GREGOIRE
C'est une commission essentielle, et j'espère très sincèrement, mais il faut aussi, c'était l'essence du message du rapporteur général CAZENEUVE, laisser le nouveau président de la commission des Finances faire ses premiers pas, avant même de juger. Moi, ce qui m'importe, c'est que cette commission puisse fonctionner, qu'elle ne devienne pas à ce qu'elle n'est pas, c'est-à-dire une foire d'empoigne ou un cirque. La commission des Finances est un endroit très sérieux, où nous gérons les comptes de la Nation, ça me semble donc nécessiter une responsabilité, un engagement, énormément de travail, laissons Eric COQUEREL faire ses premiers pas.

DAMIEN FLEUROT
Et à peine élu il fait déjà l'objet d'attaques, je dirais, qui sortent, d'affaires ou de rumeurs visant Eric COQUEREL, sur des comportements avec les femmes, c'est quoi, la République des boules puantes dès qu'il y a un personnage politique qui accède à une fonction, eh bien on l'attaque, on ressort des affaires ?

OLIVIA GREGOIRE
Je commente la parole du gouvernement et pas les rumeurs. Si tant est que des faits aient été avérés, j'ai une ligne, et une seule, peu importe les personnalités visées, si des femmes ont été victimes, elles doivent en parler à la justice. Je sais en tant que femme que c'est difficile de passer le cap, je n'ai que ce mot ce matin, si certaines ont été victimes de quoi que ce soit, il est indispensable, pour la parole des femmes, et malgré les difficultés, qu'elles s'en réfèrent à la justice, ça n'est certainement pas à une formation politique, certainement pas à des médias, et encore moins la porte-parole, qui doit rendre la justice. Je veux vous dire, ce n'est pas dans l'intérêt du gouvernement que je dis ça, c'est dans l'intérêt de notre démocratie. C'est un des piliers de notre démocratie, il faut absolument respecter la parole des femmes, et qu'elles aillent en justice si des faits sont assez graves pour être signalés. C'est mon appel ce matin.

DAMIEN FLEUROT
Merci beaucoup Olivia GREGOIRE d'être venue sur le plateau de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juillet 2022