Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à RTL le 8 juillet 2022, sur la nationalisation d'EDF et la politique de l'énergie.

Texte intégral


ALBA VENTURA
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Alors après l'annonce de la nationalisation d'EDF les oppositions, Marine LE PEN était d'ailleurs assise à votre place, mais il n'y a pas qu'elle, vous soupçonne d'avoir un projet caché de démantèlement de l'entreprise EDF, est-ce que vous dites ce matin Agnès PANNIER-RUNACHER, il n'y aura jamais de démantèlement d'EDF ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il n'y a jamais eu de projet de démantèlement d'EDF, je suis encore plus précise que ça.

ALBA VENTURA
Le projet Hercule.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le projet Hercule n'était pas un projet de démantèlement, le projet Hercule était un projet de renforcement d'EDF par rapport à ses différents métiers, le nucléaire, l'hydroélectrique, la distribution. Et aujourd'hui par ce choix que nous faisons de monter au capital pour avoir 100% des actions là où nous en avons 84%, nous montrons bien qu'EDF n'est pas une entreprise comme les autres, c'est le bras armé de notre politique énergétique et notre politique énergétique est absolument stratégique. Elle est stratégique pour le climat, elle doit aider à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, elle est stratégique aussi d'un point de vue de souveraineté, on le voit aujourd'hui avec notre fragilité en matière énergétique face à la Russie, face à nos importations.

ALBA VENTURA
Mais il y avait une urgence financière aussi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est un ensemble, Alba VENTURA, nous ne faisons pas une opération financière, nous faisons une opération stratégique.

DEEDE
Enfin on sait que la moitié des réacteurs d'EDF sont à l'arrêt et qu'il fallait financer le bouclier tarifaire, donc j'imagine que tout ça, ça a joué quand je vous parle de situation financière de l'entreprise.

AGNES PANNIER-RUNACHER
On sait surtout que 12 réacteurs sont à l'arrêt pour des raisons de corrosion, les autres réacteurs font leur maintenance annuelle, donc il ne faut pas tout mélanger aussi et j'entends parfois beaucoup de confusions autour de cette situation. Non, nous ce que nous disons c'est qu'EDF doit se concentrer sur sa performance opérationnelle et industrielle. Sa performance opérationnelle et industrielle, c'est en premier lieu d'être capable de livrer le productible d'électricité dont nous avons besoin pour la France. Je rappelle que nous importons de l'électricité 40 jours par an, nous sommes dépendants 40 jours par an du marché européen et d'ailleurs heureusement que nous avons cette solidarité européenne pour nous fournir en électricité 40 jours par an. Et nous avons besoin d'une performance opérationnelle sur le nouveau programme du nucléaire, c'est un programme…

ALBA VENTURA
Les nouveaux réacteurs.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les nouveaux réacteurs, nous lançons la construction de six nouveaux réacteurs, c'est un programme par son ampleur qui n'a pas d'équivalent depuis 50 ans, il faut prendre la mesure de ce dont on parle. Donc là encore, on a besoin d'être, je dirai à 100% aux manettes d'EDF. Dernière chose, quand on parle de difficulté financière d'EDF, nous étions déjà propriétaire à hauteur de 84%, donc qui peut croire une minute qu'il y avait un risque pour EDF.

ALBA VENTURA
Est-ce que cette nationalisation change quelque chose pour les foyers français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne pense pas qu'elle va changer le quotidien des Français mais encore une fois notre objectif, c'est que les Français soient mieux servis en électricité et que nous puissions…

ALBA VENTURA
Et les prix surtout.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Totalement piloter une politique énergétique.

ALBA VENTURA
Parce que là pour l'instant les prix sont bloqués.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour le moment les prix sont bloqués et vous savez que le président de la République et la Première ministre ont décidé de prolonger le bouclier énergétique jusqu'à la fin de l'année pour le gaz d'une part, pour l'électricité d'autre part, mais nous notre enjeu derrière c'est de faire en sorte que plus on a d'électricité nucléaire qui je le rappelle est produite à un prix ultra compétitif aujourd'hui, on est à moins de 50 euros du mégawatts là où les prix se sont envolés au-delà de 300 et dans certaines prévisions peuvent aller jusqu'à 800 euros, donc c'est un des enjeux. Le deuxième enjeu, c'est effectivement aussi de pousser les feux sur les énergies renouvelables et vous avez au sein d'EDF une entreprise qui s'appelle, une filiale qui s'appelle ENEDIS, qui est très importante puisque c'est elle qui fait tous les raccordements des installations d'énergies renouvelables sur le réseau, donc là encore on a un enjeu opérationnel et industriel. Ça ne doit pas être géré comme une entreprise financière classique, ça doit être géré comme un outil stratégique pour les Français, EDF.

ALBA VENTURA
Agnès PANNIER-RUNACHER, il y a eu un long bras de fer au Parlement européen, les députés ont donné leur feu vert au projet de ce qu'on appelle la taxonomie, c'est ce qui permet au nucléaire et au gaz de figurer dans les énergies vertes et par-delà d'avoir des financements, d'avoir accès au financement. C'est une défaite pour le climat a disent les ONG écologistes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je trouve que c'est scandaleux parce que le nucléaire, je me suis battue pour que ce soit dans la taxonomie. Alors qu'est-ce que la taxonomie ? C'est la liste des secteurs dans lesquels les Etats veulent pousser l'argent privé à s'investir pour faire des projets et on leur donne une forme d'avantage pour aller vers ces secteurs-là. Pourquoi c'est scandaleux de… c'était essentiel de mettre le nucléaire dans la taxonomie, parce que le nucléaire est l'énergie la moins carbonée du monde, c'est la moins carbonée du monde. Ça émet moins de carbone qu'une éolienne, qu'une installation photovoltaïque. Il faut quand même dire les faits scientifiques.

ALBA VENTURA
Mais en même temps c'est parce qu'on a aussi eu un retard énorme sur le photovoltaïque ou sur l'éolien, qu'on ne peut pas faire autrement aujourd'hui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors pas tout à fait puisque nous sommes en train de développer des capacités d'énergies renouvelables, ce que nous disent les experts, c'est que compte tenu de ce qui nous attend en termes de besoins d'électricité demain puisqu'on va passer de voitures qui fonctionnent au carburant à des voitures électriques, on va passer de sites industriels qui fonctionnent au gaz naturel à des sites qui fonctionnent à l'électricité, donc on va avoir beaucoup plus de besoins d'électricité. Ce que nous disent les études, c'est que nous allons devoir accélérer fortement notre développement en énergies renouvelables, mais aussi en nucléaire, c'est-à-dire l'un n'est pas à l'opposé de l'autre, on a besoin des deux. On a des limites pour installer des panneaux photovoltaïques, on a des limites physiques pour installer des éoliennes, on a des limites aussi en termes de délais de production…

ALBA VENTURA
Ça veut dire quoi des limites physiques pour installer de l'éolien, ça veut dire quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça veut dire que vous ne pouvez pas installer l'éolien partout parce que les conditions climatologiques…

ALBA VENTURA
On ne sait pas faire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non les conditions climatologiques font que ça n'a pas d'intérêt, que ce n'est pas efficace d'en mettre partout, que vous avez des terrains où vous avez des risques d'inondations, des risques ou des enjeux de biodiversité avec des oiseaux qui font qu'on peut pas mettre des éoliennes partout.

ALBA VENTURA
Il sera prêt quand le texte sur les énergies renouvelables ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il est aujourd'hui prêt techniquement, moi ce que je souhaite c'est concerter en amont avec les composantes de la majorité mais également les composantes de l'opposition qui se sont beaucoup investis, ceux d'entre eux, celles d'entre eux qui se sont investis lors du précédent quinquennat sur les enjeux d'énergies renouvelables et il pourrait être prêt pour la rentrée en septembre.

ALBA VENTURA
On entend évidemment parler beaucoup de pénurie d'énergie pour cet hiver, est-ce que vous avez préparé un plan, est-ce que vous préparez l'opinion à ces risques de pénurie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez le premier déplacement de la Première ministre, le premier déplacement, il était sur ce sujet, sur le sujet de préparer tous les scénarios de risque de pénurie en carburant, en gaz.

ALBA VENTURA
Le sujet est hypersensible au Parlement européen, on a l'impression quand même que chez nous on parle peu même si la Première ministre a fait son premier déplacement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien on en parle beaucoup, on a beaucoup parlé de sobriété ces derniers jours. Je rappelle que nous avons lancé des groupes pour diminuer de 10% notre consommation d'énergie, ce n'est pas rien dans les 2 ans qui viennent en prenant nos responsabilités au niveau de l'Etat parce que nous devons être exemplaires, en demandant aux entreprises privées, le MEDEF, toutes les organisations syndicales de nous proposer une feuille de route dans la même direction.

ALBA VENTURA
Mais qu'est-ce que vous leur demandez aux entreprises ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je leur demande de réduire leur consommation d'énergie, c'est très simple.

ALBA VENTURA
Comment, en faisant quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En contrôlant le chauffage, en pilotant la climatisation.

ALBA VENTURA
Précisément ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Précisément la climatisation ça c'est dans la réglementation, elle ne doit pas être déclenchée en dessous de 26 degrés, c'est simple à appliquer et c'est des économies d'énergie immédiate. Si vous baissez d'un degré le chauffage dans tous les bâtiments tertiaires et dans les logements pour être à 19 degrés, je ne parle pas pour les Français qui n'arrivent pas à chauffer, je parle de ceux qui sont à 20, 21, 22 et qu'on la met à 19 degrés, c'est une économie immédiate de 7% de notre énergie sur une année. Donc c'est particulièrement efficace la sobriété, mais ça doit être l'affaire de tous à commencer par les entreprises et de l'administration.

ALBA VENTURA
Et l'Etat oui j'allais dire. Pour faire face à ces risques de pénurie vous allez relancer la centrale à charbon de Saint-Avold en Moselle.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors on ne la relance pas, on se donne la possibilité de l'activer.

ALBA VENTURA
Ah ce n'est pas sûr.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si nous avons des tensions sur nos approvisionnements. Non on se donne la possibilité de l'activer. Je rappelle que Saint-Avold a fonctionné l'hiver dernier, ça devait être sa dernière saison, on se donne la souplesse d'avoir une nouvelle saison, la production au charbon c'est 1%, moins 1% de notre électricité. mais c'est ma responsabilité de faire face à tous les scénarios, de faire des stockage stratégique de gaz naturel, de faire venir un terminal méthanier flottant en plus au Havre, de préparer toutes les ruptures possibles d'électricité, de travailler avec les entreprises pour qu'elles soient d'accord si j'ai des tensions, pour qu'elles arrêtent leur production quelques heures pour faire ce qu'on appelle un effacement et qu'on n'ait pas de rupture d'approvisionnement, c'est notre travail et aux énergéticiens à qui je demande solennellement de s'engager aussi sur la sobriété, ça ne se limite pas la sobriété à une tribune, c'est aussi…

ALBA VENTURA
Ils ont fait une tribune dans le journal du Dimanche.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà c'est très bien mais il faut aller plus loin, il faut qu'ils proposent aux Français et aux entreprises des tarifs qui leur permettent de gagner de l'argent lorsqu'ils s'engagent dans cette démarche de sobriété.

ALBA VENTURA
C'est entendu merci Agnès PANNIER-RUNACHER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juillet 2022