Interview de Mme Olivia Grégoire, ministre chargée des PME, du commerce, de l'artisanat et du tourisme, à LCI le 13 juillet 2022, sur les relations entre l'opposition et le gouvernement, les mesures en faveur du pouvoir d'achat, l'entreprise UBER et le tourisme en France .

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Olivia GREGOIRE, Ministre déléguée chargée des Petites et moyennes entreprises, les PME, le commerce, l'artisanat et le tourisme. C'est dans votre escarcelle gouvernementale. Bonjour Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être ce matin sur LCI. Nous y sommes ou plutôt vous y êtes. Premier échec pour le gouvernement hier soir au Parlement qui a connu une mise en minorité. Par un vote conjoint LFI, LR et RN, l'article phare on peut dire de la loi sanitaire est tombé. Il permettait d'instaurer le pass sanitaire aux frontières. Est-ce que vous touchez du doigt là la faiblesse, votre faiblesse à l'Assemblée ?

OLIVIA GREGOIRE
Je ne crois pas. Je crois qu'on touche du doigt le choix de partis contre l'intérêt général. Ce qui m'importe ce matin de partager avec vous, ce n'est pas tant, et on va y revenir, ce qui s'est passé cette nuit. Ce qui m'importe, c'était un texte extrêmement simple, deux grands axes. 1/ Permettre la surveillance épidémiologique et permettre aux outils de poursuivre après le 31 juillet notamment l'outil de veille épidémiologique pour voir le nombre de cas et tracer, le SI-DEP. Et 2, en cas d'émergence d'un nouveau variant, vous savez bien on l'a vécu, on est à la septième vague, des nouveaux variants, la possibilité de contrôler aux frontières pour éviter si des variants se développaient dans d'autres pays du monde, de faire entrer les touristes porteurs du variant. C'est sur le point 2 qu'il y a eu effectivement une convergence de toutes les oppositions pour rejeter le pass sanitaire aux frontières. Moi ce qui me peine aujourd'hui, ce matin, mais je garde l'espoir puisqu'il est…, c'est qu'en réalité c'est un texte d'intérêt général, c'est un texte de protection sanitaire. Et donc cette convergence des oppositions se fait, je dirais, sur le dos de la protection sanitaire des Français. Premier point.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors une convergence dans antivax très connue, enfin en partie, LFI et aussi le RN auxquels se sont adjoints LR. Donc ça, c'est effectivement la majorité, pardon l'opposition. Mais vous votre problème, c'est que, effectivement là vous êtes mis en échec. On va regarder le tweet d'Elisabeth BORNE qui a immédiatement réagi. Elle recevait tous les parlementaires hier mais elle a réagi par un tweet en disant : « L'heure est grave. Rendez-vous au Sénat », le texte arrive le 20 juillet. Quelles leçons vous tirez, vous au gouvernement, de cet échec ? Est-ce qu'il y a eu un défaut de concertation ? Est-ce que vous allez procéder autrement ? C'est ça qui devrait vous intéressez et vous mobilisez ce matin.

OLIVIA GREGOIRE
Alors lorsque le texte a été entamé, et je vais le partager avec vous ce matin, j'étais encore porte-parole du gouvernement. Elisabeth BORNE a remis en place les comités de liaison, depuis plusieurs semaines, avec les présidents de groupes parlementaires, aussi bien au Sénat qu'à l'Assemblée nationale. Et nous avons fait un premier comité de liaison il y a déjà bien 2, 3 semaines où la Première ministre a expliqué ce qu'il y aurait dans le coeur de ce texte. 1/ Les outils de surveillance ; 2/ protéger nos frontières en cas d'émergence d'un nouveau variant. Donc elle l'a fait, elle a informé, j'en ai été témoin direct. Elle a présenté le texte et ses objectifs. La réalité, c'est que nous assistons ici à une convergence des contres auxquels nous nous attendions. Nous sommes lucides et nous savons bien que la configuration de l'Assemblée a changé. Mais je vais vous dire, convergence des contres ou convergence des pour, pour moi c'est une convergence.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'est-ce que vous y voyez ? Quel est le problème ?

OLIVIA GREGOIRE
J'y vois en réalité, peu importe les origines politiques et je dirais même peu importe les sketchs, notamment des Nupes ceux qui nous ont depuis deux semaines feuilletonné sur « la majorité a fait ci vis-à-vis du RN, la majorité a fait ça vis-à-vis du RN », moi j'observe que par exemple les Nupes n'ont aucun problème à converger avec le RN et LR quand il s'agit de s'opposer au gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Regardez juste les images des applaudissements qui sont pour le coup communs.

OLIVIA GREGOIRE
Mais qui parlent d'eux-mêmes.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va regarder parce que c'est vrai que ça n'est pas si fréquent. On les a les images ? Non ? Les images où on voit à la fois les parlementaires RN et LFI, donc et de droite de l'hémicycle. Non, on ne les a pas ? En tout cas on les réentendra, mais c'est vrai qu'on peut au moins dire que ce n'est pas si banal.

OLIVIA GREGOIRE
Je dirais que je ne suis pas étonnée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais néanmoins, c'est aussi un problème pour vous. C'est un problème pour vous et pour les Français parce qu'il y aura des difficultés à faire avancer les textes.

OLIVIA GREGOIRE
C'est d'abord un problème pour les Français, je le pense sincèrement. On sait très bien que la configuration nouvelle de l'Assemblée va rendre les débats plus complexes, plus difficile, plus de compromis. On sait très bien qu'on va devoir être plus ouvert. On le sait pertinemment et on va essayer de le faire. D'ailleurs ce texte était réduit à son strict minimum. Il n'y avait aucun sujet polémique. Là il s'agissait encore une fois juste de protéger en cas d'émergence de nouveau variant. Moi ce que je vois, c'est que nous avons, sans en faire trop, mais nous avons un revers comme vous le dites hier soir, mais qui s'est fait sur le dos de la protection et de la santé des Français. Donc j'ai à coeur dès la semaine prochaine, puisque le Sénat s'exprimera aussi sur le texte dès la semaine prochaine, j'espère très sincèrement que les sénateurs seront plus responsables et permettront cette surveillance aux frontières en cas d'émergence du virus nouveau.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est l'Assemblée qui a le dernier mot.

OLIVIA GREGOIRE
C'est l'Assemblée qui a toujours le dernier mot, ça c'est une évidence. C'est une convergence qui est mise à jour, qui était assez - les images parlent d'elles-mêmes. J'ai du mal à comprendre, je vous dirais même à valider, qu'on se réjouisse ensemble extrême-gauche et extrême-droite de moins de sécurité sanitaire pour les Français. C'est ça qui me pose un problème.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour dire les choses, depuis le 19 juin, le soir des législatives, on dit que ça va être compliqué pour vous. Vous ne vous attendiez pas à ce que ce soit aussi rapide comme le sont les nouveaux rapports de force à l'Assemblée. Hier soir, la majorité avait l'air quand même un peu sidérée, surprise.

OLIVIA GREGOIRE
Sidérée je ne crois pas, surprise… Sincèrement pour faire des réunions de groupe, pour avoir passé la soirée lundi soir au Parlement en audition sur le texte pouvoir d'achat, la majorité elle sait très bien qu'en étant relative ça va être plus compliqué. Mais elle sait autre chose aussi, Elizabeth MARTICHOUX, c'est qu'une majorité relative c'est toujours plus solide qu'une minorité absolue. Ce qu'on voit, c'est que quand les minorités absolues convergent, là où Jean-Luc MELENCHON avec ses grandes phrases depuis des années jette l'opprobre sur le Rassemblement national, là où Marine LE PEN, souvenez-vous - j'ai regardé ce matin, il y a un an jour pour jour – suppliait, appelait le gouvernement à rétablir le pass sanitaire aux frontières. Enfin, ça en devient presque comique. Ça serait comique si ça ne serait pas encore une fois sur le dos de la sécurité sanitaire des Français. On est en septième vague, il y a eu 150 000 morts, je pense qu'il ne faut pas l'oublier. Je pense qu'on ne doit pas l'oublier. Je pense que la politique, c'est important, les partis aussi mais l'intérêt général prime. Et hier soir, ça n'a pas été le cas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc manque de responsabilité des partis de l'opposition.

OLIVIA GREGOIRE
Sur ce texte.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore une fois, il n'est pas nouveau qu'à droite comme à gauche, aux extrêmes, on soit anti-vaccin et anti passe sanitaire.

OLIVIA GREGOIRE
C'est assez nouveau qu'on se lève, qu'on applaudisse, qu'on exulte et qu'on se réjouisse ensemble.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui. Loi pouvoir d'achat, c'est la suivante avec le projet de loi de finances rectificative. La bataille va être rude. Comment vous allez faire ?

OLIVIA GREGOIRE
La bataille sera rude et c'est bien pour ça que depuis des semaines déjà, la Première ministre mais aussi le ministre des Relations avec le Parlement, la présidente du groupe Aurore BERGE, tous sont en train de consulter et d'échanger avec des députés et avec les formations politiques pour voir ce qu'on peut embarquer dans le texte, pour enrichir le texte. Si tant est, on ne crée pas des charges de la dette impossible à financer ou de nouveaux impôts.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors vous savez des articles, on va en dire deux mots parce que, après tout, ça intéresse les consommateurs. C'est très grand public. Dans la loi pouvoir d'achat, il y a aussi des outils de protection. Ça peut être consensuel éventuellement. Rappelez-nous-en quelques mots.

OLIVIA GREGOIRE
Oui, bien sûr. Comme c'est consensuel, vous avez raison, on n'en parle pas donc je vous remercie de me permettre d'en parler. Je les ai présentés aux députés qui ne se sont pas exprimés sur ce sujet, signe que de gauche à droite, le texte, les trois articles semblent plutôt de bon sens. Premièrement, faire en sorte que les Français ne subissent plus un certain nombre de dépenses qui vont avec des abonnements. Par exemple VOD, gaz, électricité, téléphone. Parfois on contracte un abonnement et c'est la croix et la bannière pour résilier son abonnement. Il faut envoyer une lettre recommandée à une adresse de boîte postale, vous attendez un mail et puis il faut re-renvoyer un recommandé. Parfois ça prend des semaines voire des mois, et en attendant les sous sont débités sur les comptes tous les mois. Donc on demande à de nombreux acteurs économiques de mettre en place ce qu'on va appeler un bouton résiliation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pouvez donner des exemples ?

OLIVIA GREGOIRE
Ça va être très simple. Ça va être des acteurs de la VOD, je ne vais pas tous les citer mais de la vidéo à domicile. Encore une fois les abonnements téléphoniques, Internet. Permettre en trois clics à partir d'un bouton résiliation qui sera sur le site web, de mettre fin à son abonnement dès le mois prochain.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et s'ils ne le font pas ?

OLIVIA GREGOIRE
S'ils ne le font pas, il y aura la Ministre des PME avec l'administration, la Direction générale de la répression des fraudes, la DGCCRF, qui leur rappellera gentiment qu'il faut le faire et qui, ensuite, les contraindra pour le faire. C'est indispensable. On se bat contre les dépenses contraintes, vous avez compris, avec le bouclier tarifaire, avec le bouclier loyers. On se bat aussi contre les dépenses subies. Autre chose qui enquiquine la vie des Français, et j'en ai encore reçu un hier et je suis sûre que vous en avez reçus, c'est les arnaques. On appelle ça des pratiques commerciales trompeuses en droit commercial.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, sur les mobiles.

OLIVIA GREGOIRE
Les arnaques sur les mobiles, les SMS, les appels par exemple pour le compte personnel de formation, le CPF, pour votre rénovation thermique. Tous ces appels que vous recevez de plateformes et qui parfois sont réalisés par des personnes qui sont en bande organisée et qui fomentent une arnaque. Nous souhaitons renforcer considérablement les peines des personnes qui agissent en bande organisée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça, il faut passer par la loi…

OLIVIA GREGOIRE
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pour obliger ces acteurs à faciliter la désaffiliation des abonnements effectivement quand ceux qui paient n'arrivent pas à s'en sortir.

OLIVIA GREGOIRE
Oui, tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites ce sera plus facile, en trois clics. On verra. Il y aura un bouton sur le site de l'opérateur.

OLIVIA GREGOIRE
Alors je le dis avec un peu de certitude.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ferez un peu de pédagogie autour de ça.

OLIVIA GREGOIRE
Pourquoi ? Parce que c'est déjà développé en Europe. Les Allemands le font déjà et certaines grandes plateformes numériques le font déjà. C'est bien la preuve que c'est possible et donc on va le faire déployer dans le texte pouvoir d'achat.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous vous inspirez des modèles européens mis en place.

OLIVIA GREGOIRE
Les bonnes idées de nos voisins.

ELIZABETH MARTICHOUX
Rendez-vous dans quelques semaines pour voir si c'est opérationnel. Emmanuel MACRON reviendra évidemment sur le rapport de force politique demain dans l'interview qu'il accorde à TF1 et France 2, à suivre sur LCI à partir de 13 heures. Cette interview du 14 juillet, il ne l'a faite qu'une fois en cinq ans. Là, il la fait en début de quinquennat. Pourquoi ? Parce qu'il faut dissiper un peu le flou autour d'un projet par exemple dont on a du mal quand même à voir le contenu ? C'est ça le but ? Qu'est-ce qui le pousse à faire quelque chose qu'il n'a pas voulu faire fréquemment ?

OLIVIA GREGOIRE
Parce que c'est un nouveau quinquennat. C'est un homme qui écoute et qui entend aussi les reproches qui ont pu être faits.

ELIZABETH MARTICHOUX
Lesquels ?

OLIVIA GREGOIRE
Ils sont variants d'ailleurs à l'aune des semaines, des mois, des années. Parfois il est trop présent, parfois il ne l'est pas assez. Ça m'a pas mal frappé notamment ces derniers mois. Donc là, je pense que c'est une adresse républicaine d'un président réélu, dans un contexte estival avec une nouvelle donne politique. Et je pense qu'il est important qu'il s'exprime à l'endroit des Français aussi sur les perspectives des prochains mois et sur son état d'esprit. Je n'y vois pas plus de sens que la prise de parole d'un président nouvellement élu, qui peut-être a envie de faire les choses un peu différemment dans ce nouveau quinquennat. C'est aussi le sens du CNR, du Conseil national de la refondation, qu'il a souhaité et qui sera mis en place. C'est aussi une adresse un peu peut-être plus personnelle du président à l'endroit des citoyens français après sa réélection.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors vous dites qu'il va faire différemment. Quand il a répondu hier aux questions sur le dossier UBER au cours d'un déplacement en Isère, je crois que vous étiez là aussi.

OLIVIA GREGOIRE
J'étais au Parlement pendant ce temps-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous étiez au Parlement, pardon. En tout cas, lui, il a assumé à fond comme on dit vulgairement. Il a plaidé l'efficacité économique et martelé " je l'ai fait, je le referai ". Mais alors justement à propos de " j'ai changé ", ce n'est pas un peu court ? Est-ce que ce n'est pas une façon d'écarter quand même d'un revers de main avec une formule, une remise en cause, quand les Français lui ont envoyé un petit message de modestie quand même aux législatives ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors je pense qu'il répondait à une question qui lui était posée sur ce qu'on appelle les Uber Files. D'abord je veux revenir sur le dossier UBER. Je pense qu'il faut remettre un peu l'église au milieu du village. On a ici un président qui était ministre de l'Economie en 2014, à une époque où dans tous les secteurs économiques, UBER mais aussi Chauffeur Privé, Doctolib, Tesla, Alan, les mutuelles en ligne, tout le secteur économique était en train d'être bousculé par l'arrivée de nouveaux acteurs, avec des gisements d'emplois qui étaient en train de se développer dans toute l'Europe. Et donc le ministre de l'Economie reçoit, mais pas de façon secrète, enfin ça j'ai envie de le dire aussi ce matin. Les personnes qui sont venues le voir d'UBER sont passées par le 45 rue de Bercy où on rentre au Ministère de l'économie. Ce n'étaient pas des rendez-vous cachés.

ELIZABETH MARTICHOUX
Si, il y a des rendez-vous qui n'étaient pas à l'agenda. Vous ministre, quand vous recevez des lobbies, vous ne les mettez pas à votre agenda ?

OLIVIA GREGOIRE
Elizabeth MARTICHOUX, vous avez trop d'expérience. Moi, je ne mets pas tous mes rendez-vous à l'agenda.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous trouvez ça normal ?

OLIVIA GREGOIRE
Oui, parfaitement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi ?

OLIVIA GREGOIRE
Parce que c'est un choix personnel. C'est un choix que j'avais déjà fait en tant que parlementaire. Je pense qu'il est indispensable de sourcer par exemple ces amendements, quand les amendements viennent de groupement d'intérêt, que ce soit…

ELIZABETH MARTICHOUX
On rappelle qu'il est possible que les lobbies livrent clé en main des amendements…

OLIVIA GREGOIRE
Il est plus que possible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il est plus que possible mais on ne le sait pas.

OLIVIA GREGOIRE
Moi je veux faire la transparence là-dessus. Je n'ai aucun problème ce sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Justement il en manque.

OLIVIA GREGOIRE
Non mais d'abord, la transparence c'est valable pour tout le monde. Il y a des lobbies par exemple de VTC, mais Greenpeace ou Oxfam est un lobby en faveur de la transition écologique. Donc déjà un lobby, c'est un mot anglais, on peut parler de groupement d'intérêt mais c'est la même chose. Quand des écologistes posent des amendements issus de réflexions ou de propositions de Greenpeace ou Oxfam, certains d'entre eux… Je me souviens de Matthieu ORPHELIN qui était d'ailleurs député à l'époque qui sourcait la provenance de ces amendements, ça n'est pas sale en termes de pratique. De grâce, ce sont des choses très bien. Et effectivement à l'Assemblée, on a encouragé ces dernières années à dire d'où venaient les amendements. Il y a eu des rencontres, il y a eu des échanges, il y a des SMS.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non inscrits à l'agenda, ce n'est pas ça qui nourrit… Je vois bien ce que vous voulez dire mais est-ce que ça ne nourrit pas justement le soupçon ?

OLIVIA GREGOIRE
Mais qu'est-ce qu'on veut ? On veut la transparence absolue ? Vous voulez qu'un ministre par exemple, parce qu'il va être contraint de mettre à l'agenda certains rendez-vous, décide de ne pas les faire parce qu'il sera sous les yeux de l'opinion publique ? Il y a des moments de crise, il y a des moments de négociations difficiles quand on est ministre. On voit parfois beaucoup d'acteurs dans la même semaine. Je ne vois pas où est le… Il y a comme une sorte de procès d'intention induit. Pas de vous, je l'entends, mais je ne vois pas où est le mal. Ce serait mal d'avoir reçu UBER, ce ne serait pas mal de discuter avec Oxfam ? Quand Nupes par exemple, c'est très important Elizabeth MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas tout à fait la même chose.

OLIVIA GREGOIRE
Mais qu'est-ce qu'il y a de différent entre un lobby de VTC, un groupement d'intérêt qui défend des nouveaux conducteurs, un groupement d'intérêt qui défend la transition écologique ou un groupement d'intérêt qui va défendre les commerçants et les artisans ?

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas vous, vous défendez cette critique malgré le fait que dans l'opinion publique ça peut être perçu, en effet, comme une pratique qui pêche par défaut de transparence. Vous voyez les malentendus et les exploitations que ça peut donner.

OLIVIA GREGOIRE
Ça, je vois bien les exploitations.

ELIZABETH MARTICHOUX
Autant les éviter.

OLIVIA GREGOIRE
Je vais vous donner un autre exemple.

ELIZABETH MARTICHOUX
Très vite parce que je voudrais qu'on parle du tourisme.

OLIVIA GREGOIRE
Quand la Nupes propose le SMIC à 1 500 euros, ça a un impact par exemple sur tout le secteur de l'hôtellerie, café-restauration dont j'ai la charge. Pourquoi ? Parce que ça va augmenter le coût du travail. De fait, vous allez avoir beaucoup de groupements d'intérêt qui vont demander à voir les députés Nupes pour les alerter, pour leur dire " attention, dans l'hôtellerie, la restauration, vous allez casser ma compétitivité ". Est-ce que vous m'avez déjà entendu induire, imaginer que Nupes serait à la solde de Airbnb ou de Netflix sous prétexte qu'ils vont recevoir des groupements d'intérêt qui vont défendre leur position ? Non, c'est le travail d'un politique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a une petite différence…

OLIVIA GREGOIRE
Non, je ne crois pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Entre quelqu'un qui gouverne, qui décide, qui peut peser effectivement directement sur la vie des Français et un parlementaire qui essaie de le faire mais qui n'a pas exactement les mêmes leviers d'action.

OLIVIA GREGOIRE
Je ne suis pas d'accord et je pense que ce serait grave qu'un ministre de l'Economie ne reçoive pas les acteurs économiques entrant sur un marché.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas qui ne l'indique pas à son agenda, c'est en question.

OLIVIA GREGOIRE
Non mais c'est un mauvais procès et je sais que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais on peut discuter des règles.

OLIVIA GREGOIRE
Je connais votre talent mais je ne resterai pas sur cette phrase.

ELIZABETH MARTICHOUX
J'ai compris.

OLIVIA GREGOIRE
Les Français peuvent entendre et beaucoup l'entendent d'ailleurs, j'en entends beaucoup. J'entends très bien cette quête de transparence, nous l'avons actée au Parlement et nombre de ministres… Moi, j'en mets beaucoup à l'agenda, mais j'ai la franchise de vous dire que je ne les mets pas tous. Il y a des moments de crise, de négociations et je pense qu'il ne faut pas non plus empêcher l'action du ministre sous prétexte de cette transparence qui peut être parfois suspicieuse.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est dit.

OLIVIA GREGOIRE
Merci.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment se présente la saison touristique ?

OLIVIA GREGOIRE
Bien, une bonne nouvelle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mieux que bien ? C'est-à-dire qu'on va faire des meilleurs résultats ?

OLIVIA GREGOIRE
Mieux que bien. Alors des résultats qui vont être, je le pense, formidables et possiblement supérieurs à ceux de l'année d'avant-crise 2019. On le doit d'abord et avant tout à la résistance des acteurs du secteur touristique, avec l'aide de l'Etat bien sûr, mais à leur résistance. Plus 20 à 30% de réservations dans l'hôtellerie française, notamment dans le Sud. J'étais dans l'Hérault la semaine dernière. Et plus 40% de réservations dans ce qu'on appelle l'hôtellerie de plein air, les campings qui font un carton cet été auprès des Français. Beaucoup de Français partent, 6 sur 10. 40% d'entre eux ne partent pas et donc nous avons aussi un enjeu social. C'est le quarantième anniversaire des chèques-vacances qui permettent aux Français d'aller passer une semaine ou deux dans des locations, dans des campings. Et nous aurons à coeur dans les prochaines semaines aussi peut-être de renforcer l'aide sociale aux Français qui ne partent pas en vacance. Je pense à eux aujourd'hui notamment avec la canicule. 40% d'entre eux, c'est quand même beaucoup mais la saison s'annonce bien.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'absence de la clientèle russe ne pénalise pas ?

OLIVIA GREGOIRE
Pas à cette heure.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est largement compensé par les Français qui partent…

OLIVIA GREGOIRE
Nos amis belges sont là, nos amis d'Europe du Nord sont là et nos amis américains sont de plus en plus présents. Donc pour l'instant, on a une saison qui s'annonce très belle malgré très clairement des difficultés de recrutement. On m'en parle tous les jours.

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment vous aidez les PME ? Toutes les entreprises qui tirent la langue parce qu'il n'y a pas assez d'emplois ?

OLIVIA GREGOIRE
Déjà en renforçant leur capacité d'augmenter la rémunération des saisonniers notamment, avec des dispositifs qu'on a beaucoup de mal à expliquer aux Nupes qui font semblant de ne pas comprendre, mais ils parlent beaucoup de salaire. Bien sûr le salaire est un enjeu et on va le traiter dans le pouvoir d'achat mais il y a aussi la dimension prime. On relance la prime Macron, on l'augmente, on la facilite. Un saisonnier par exemple qui veut donner une prime et qui veut fractionner parce qu'il n'a pas la trésorerie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un employeur de saisonnier vous voulez dire.

OLIVIA GREGOIRE
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui veut donner une prime.

OLIVIA GREGOIRE
Pardon, excusez-moi, je suis allée trop vite. Un employeur de saisonnier qui vient par exemple pour tenir le glacier pendant un mois et demi ou deux mois, pourra lui donner une prime qu'il pourra fractionner. Il n'est pas obligé de le donner en une seule fois. Défiscalisée, désocialisée.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça aide mais il faut pouvoir la donner.

OLIVIA GREGOIRE
Ça aide. On a aussi mis 1,4 milliard d'euros, ça me semble important de le rappeler, depuis 8 mois pour accélérer la formation des sans emploi et les orienter vers les métiers sous tension. Donc on est chaque jour sollicité sur le dossier et on avance. Il faut faire mieux et je veux être très sincère, les acteurs le savent. On ne fait pas ça en appuyant sur un bouton, on a un vrai problème de main-d'oeuvre et donc ça demande aussi un peu de temps et pour ça, la saison pourra être un tout petit moins top qu'elle ne s'annonce.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, ça pénalise quand même…

OLIVIA GREGOIRE
Ça pénalise nos acteurs économiques.

ELIZABETH MARTICHOUX
Allez, dernier mot, qu'est-ce que vous allez dire pour sauver le soldat CAYEUX ? Caroline CAYEUX, votre collègue ministre des Collectivités territoriales, dans la tourmente, interrogée sur ses positions anti-mariage pour tous à l'époque de l'examen de la loi, elle a dit hier matin " j'ai des amis parmi ces gens-là. " En 2022, parler des homosexuels en disant " ces gens-là ", ça sonne comme un aveu d'homophobie, non ?

OLIVIA GREGOIRE
J'y arrive, je ne suis pas du genre à me défiler. Elle a dit, avant l'expression que vous mentionnez, elle a fait un tweet, où elle s'est excusée, j'ai envie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Après qu'elle a dit ça.

OLIVIA GREGOIRE
Elle s'est excusée, errare humanum est - de bon matin un peu de latin c'est bien - celle de perseverare diabolicum, donc on a le droit à l'erreur une fois, ce qui est important c'est qu'elle ait évolué, qu'elle ait surtout compris qu'elle était membre d'un gouvernement extrêmement progressiste sur ces questions-là, et qu'elle soit aujourd'hui en ligne avec la position du gouvernement. Je ne cautionne pas l'expression que vous venez de mentionner, je cautionne l'excuse de la ministre, et j'ai à coeur de voir comment dans les prochaines semaines ça évoluera, mais je crois que, dans le contexte… moi j'ai, à coeur pour moi déjà, de remettre, et donc pour les autres, de remettre les choses dans leur contexte, ça ne l'excuse pas, c'était une position en 2013, on est en 2022, je pense qu'elle a évolué, en tout cas le gouvernement auquel elle appartient est très clair sur la question des droits, des droits LGBT, des droits des minorités et des droits des homosexuels.

ELIZABETH MARTICHOUX
On en reparlera Olivia GREGOIRE, c'est peut-être les limites du " en même temps ", voilà, de rassembler des gens qui avaient des positions très différentes initialement…

OLIVIA GREGOIRE
Les gens changent aussi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je pense qu'Emmanuel MACRON en parlera demain.

OLIVIA GREGOIRE
Je suis assez frappée, si vous voulez, parfois des procès, je ne vous le dis pas que pour Madame CAYEUX, mais… quand Jean-Luc MELENCHON vantait les mérites de la majorité relative et de l'absence de vote de confiance sous le gouvernement Rocard, il a changé, Ok, c'était il y a 25 ans, il a changé Jean-Luc MELENCHON…

ELIZABETH MARTICHOUX
Tous les chemins mènent à…

OLIVIA GREGOIRE
Non mais je crois, et c'est valable pour tous, que les gens peuvent changer et que l'opprobre n'est pas, moi, quelque chose que je pratique beaucoup, et je crois au fait que les gens changent, j'ai donc l'espoir qu'elle ait changé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci.

OLIVIA GREGOIRE
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
On termine sur une question grave, merci à vous en tout cas, Olivia GREGOIRE, d'avoir été ce matin sur le plateau de LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2022