Interview de M. Gabriel Attal, ministre chargé des comptes publics, à France Info le 19 juillet 2022, sur les incendies en France, la sobriété énergétique, la politique de l'énergie, les mesures en faveur du pouvoir d'achat, l'inflation, les contraintes budgétaires et les impots.

Texte intégral

Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
On est en train de vivre une canicule historique, une des plus intenses qu'ait connue la France, avec des records battus dans plusieurs villes, Brest par exemple, record pulvérisé qui datait de 49, 39 degrés hier, c'est 4 de plus que le précédent record, et il y a ces incendies qui ravagent une grande partie du pays, la Gironde notamment. Est-ce que vous avez déjà une première estimation des coûts de ces incendies monstrueux ?

GABRIEL ATTAL
D'abord je veux avoir un mot de solidarité extrêmement appuyé pour l'ensemble des personnes qui sont impactées par ces incendies, évidemment les riverains, évidemment les collectivités locales, et évidemment les femmes et les hommes qui se battent contre le feu. Je pense évidemment à nos sapeurs-pompiers, je pense aux agents de l'ONF, l'Office National des Forêts, je pense à l'ensemble des personnes, et les élus notamment, qui concourent à faire en sorte de protéger les riverains et de lutter contre ces incendies. On a beaucoup augmenté ces dernières années les moyens de la Sécurité civile, +200 millions d'euros, je le dis en tant que ministre du Budget, pour la Sécurité civile, pour renforcer notre équipement, on a la plus grande flotte d'Europe en matière d'avions, d'hélicoptères, pour lutter contre les incendies, et on va continuer à la renforcer.

NEÏLA LATROUS
Il y en aura davantage vous dites ce matin ?

GABRIEL ATTAL
Comment ?

NEÏLA LATROUS
S'il faut davantage de moyens il y en aura davantage ?

GABRIEL ATTAL
Alors il est déjà prévu qu'il y en ait davantage, puisqu'on a programmé d'ores et déjà des investissements supplémentaires dans les cinq ans qui viennent, ces cinq dernières années, je le disais, c'est +200 millions d'euros qui ont été dépensés pour la Sécurité civile, on a accru notre équipement en matière de Canadair, en matière d'avions de Dash, en matière d'hélicoptères bombardiers d'eau lourds, on va continuer à le faire, au total, sur les deux quinquennats d'Emmanuel MACRON c'est 850 millions d'euros qui auront été mis pour renforcer notre investissement en matière de lutte contre les feux de forêt et en matière de sécurité incendie avec notamment et essentiellement des moyens aériens, on va continuer à le faire.

NEÏLA LATROUS
Pour les victimes, que peut faire l'Etat, demander par exemple aux assureurs de rembourser plus vite, je pense aux propriétaires agricoles, à ce hangar agricole qui a brûlé notamment dans le Maine-et-Loire, à ces forêts, à ces campings ?

GABRIEL ATTAL
Alors, il est encore très tôt pour estimer le coût de ces incendies, mais évidemment il y aura un coût, et moi ce que je veux dire de manière très claire, et très ferme, c'est que l'Etat sera présent aux côtés de l'ensemble des personnes qui sont impactées par ces incendies, ce sont évidemment des riverains, des particuliers, ce sont aussi des entreprises, vous l'avez cité, ce sont aussi des élus locaux, des collectivités locales, l'Etat sera à leurs côtés.

NEÏLA LATROUS
C'est aussi ça le réchauffement climatique Gabriel ATTAL, des contraintes, des dépenses supplémentaires.

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense que ça montre que nous devons continuer à agir résolument pour lutter contre le réchauffement climatique et pour favoriser la transition énergétique. On voit bien que le réchauffement climatique aura un impact demain, après-demain, sur la planète, mais qu'il en a déjà aujourd'hui puisque les sécheresses se multiplient, puisque les températures montent, et donc ça montre qu'il faut agir résolument en la matière, c'est ce que nous avons commencé à faire et c'est ce que nous voulons amplifier.

LORRAIN SENECHAL
Avant de continuer de parler de ce plan de sobriété énergétique dévoilé par Emmanuel MACRON, qu'il appelle en tout cas de ses voeux, juste, est-ce que les 5000 pompiers volontaires qui ont été suspendus parce qu'ils ne sont pas vaccinés manquent aujourd'hui alors que la France fait face à ces incendies monstrueux ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez sur la question des, soit des soignants ou des pompiers qui ont été suspends du fait de leur non vaccination, il y a un travail qui est mené, en lien avec la Haute autorité de santé, ce que je veux dire c'est qu'il y a des milliers de femmes et d'hommes qui sont mobilisés sur ces incendies, que nos avions volent avec des pilotes et que tous les moyens sont mobilisés aujourd'hui pour lutter contre ces incendies.

LORRAIN SENECHAL
Ce n'est pas ça qui ferait la différence, c'est ce que vous dites.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas.

NEÏLA LATROUS
Le chef de l'Etat, Lorrain l'évoquait à l'instant, a annoncé un plan de sobriété pour l'automne, fin septembre, les premières pistes, est-ce que ce n'est pas trop tard, est-ce qu'il ne faut pas accélérer compte tenu de ce que l'on est en train de vivre précisément en ce moment ?

GABRIEL ATTAL
D'abord on a déjà commencé, moi je veux rappeler ce qui a été engagé dans le cadre du plan de relance, c'est près de 3 milliards d'euros qui ont été mis par exemple pour renforcer l'isolation thermique des bâtiments publics, et notamment ceux des collectivités locales, où l'Etat finance, pour les collectivités locales, les mairies, le fait d'isoler un bâtiment, un gymnase par exemple, pour réduire la consommation d'énergie. Ensuite il y a ce que les entreprises peuvent faire, et elles ont aussi très largement commencé, on les a soutenues avec le plan de relance, mais encore hier, ou avant-hier, vous avez la grande distribution, par exemple, les centres commerciaux, qui ont annoncé un plan massif qui devrait permettre de réduire jusqu'à 40 les consommations d'énergie, ça va de, éteindre la lumière des enseignes quand elle n'est pas utile, jusqu'à revoir la température à l'intérieur de l'hypermarché, équiper les rayons frais de portes pour limiter la consommation d'énergie. Et puis…

NEÏLA LATROUS
Pour l'instant la méthode c'est la bonne volonté, vous attendez de la part des acteurs des gestes de bonne volonté, on n'est pas encore dans le registre de la contrainte.

GABRIEL ATTAL
Il y a une demande très forte, une incitation très forte, mais je vais vous dire, l'ensemble de ces acteurs, et notamment les entreprises, et les collectivités locales d'ailleurs, je pense d'abord ont une conscience aiguë de la nécessité de réduire nos consommations, mais ont aussi une incitation très forte parce que ça coûte de l'argent, parce que l'augmentation des prix de l'énergie, pour une entreprise, pour une collectivité locale, ça a un impact sur le budget, et donc de toute façon pour ces raisons-là aussi tout le monde est très mobilisé pour réduire les consommations d'énergie. On va continuer à le faire, on le fait aussi pour l'Etat, sobriété bien ordonnée commence par soi-même, et donc on doit aussi…

NEÏLA LATROUS
Au niveau de l'Etat qu'est-ce qu'il peut faire…

GABRIEL ATTAL
On doit aussi donner l'exemple.

NEÏLA LATROUS
Qu'est-ce que vous réduisez ?

GABRIEL ATTAL
On a commencé à le faire aussi en investissant massivement pour renforcer l'isolation thermique des bâtiments, on l'a fait en développant des projets pour réduire la consommation d'énergie dans les bâtiments publics, et on a fixé un objectif, on veut que dans les deux années qui viennent on réduise de 10 % la consommation d'énergie, il y a un travail très dense qui a été engagé, et sur tous ces sujets-là il y a effectivement, le président de la République l'a dit, un plan qui sera annoncé pour aller plus loin.

LORRAIN SENECHAL
Nationaliser EDF ça fait partie en quelque sorte de ce plan puisque c'est pour financer le programme nucléaire. Ça va coûter, dit à l'instant votre collègue de la Transition énergétique, 9 milliards 700 millions d'euros à l'Etat, on a les moyens de financer la renationalisation complète d'EDF et ce plan de création de six EPR notamment ?

GABRIEL ATTAL
Oui, ces crédits, d'un peu moins de 10 milliards d'euros, ont été inscrits dans la loi de finances rectificative qui va être discutée cette semaine au Parlement…

LORRAIN SENECHAL
A partir d'après-demain.

GABRIEL ATTAL
Et donc ça tient dans notre objectif de réduction du déficit à 5% cette année, et donc tout ça a été budgété, mais ce que je veux dire c'est que, il y a effectivement une dépense, mais c'est un investissement, parce que, vous l'avez dit, c'est ce qui va nous permettre de continuer à investir massivement en faveur du nucléaire, et donc en faveur de la production d'énergie d'électricité dans notre pays, et on voit bien l'enjeu massif qui est devant nous.

LORRAIN SENECHAL
C'est une énergie décarbonée, mais c'est aussi une énergie qui dépend de la température des fleuves qui augmente évidemment avec le réchauffement climatique et beaucoup de réacteurs se retrouvent à l'arrêt, 30 réacteurs en tout sur 56 à l'arrêt, pas tous évidemment à cause de la température des fleuves, ce n'est pas quelque chose de tout de même qui vous alerte et qui vous inquiète ?

GABRIEL ATTAL
Si, bien sûr, c'est pour ça qu'on développe beaucoup de programmes, et on a mis là aussi des moyens financiers colossaux pour investir, sur le nouveau nucléaire, sur les " small modular reactors " comme on dit, qui sont les petits réacteurs nucléaires de demain, donc on investit aussi pour penser le nucléaire de demain, pour intégrer un certain nombre de contraintes, il y a celles que vous évoquez, il y a aussi la question des déchets sur laquelle on est évidemment très mobilisé.

NEÏLA LATROUS
Gabriel ATTAL, votre collègue justement de la Transition énergétique dit qu'il faut aussi se préparer au scénario de rupture totale du gaz russe. Le premier pays impacté ce serait sans doute l'Allemagne, notre principal partenaire commercial, que je comprenne bien, si le gaz russe est impacté ça aura des conséquences ici en France notamment sur votre prévision de croissance sur laquelle est bâti le budget ?

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, on sait bien que la croissance mondiale est de toute façon soumise à des aléas et qu'une décision comme celle-ci, de la part de la Russie, aurait un impact sur la conjoncture mondiale et donc en France, il ne faut pas se voiler la face, il ne faut pas fermer les yeux sur ce sujet-là.

LORRAIN SENECHAL
Ça n'a pas de lien avec le marché européen de l'énergie et le fait qu'il faudra donc que nous fournissions de l'énergie à l'Allemagne si elle est privée du gaz russe ?

GABRIEL ATTAL
Il y a par ailleurs la question du marché européen de l'énergie, qu'on veut réformer, je le rappelle, certains disent qu'il faut en sortir, mais là pour le coup ça aurait un impact massif pour nous puisqu'on s'exposerait à des risques de black-out à certains moments de l'année, mais évidemment que ça aurait un impact sur la croissance mondiale et sur la croissance française, et donc…

NEÏLA LATROUS
Donc il n'est pas exclu que vous ayez à réviser cette prévision de croissance avant la fin de l'année ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui je ne vous annonce pas de révision, ce que je dis c'est que, évidemment que c'est un aléa qu'il faut anticiper. Ensuite il y a la question de l'impact sur nos vies quotidiennes, sur nos sources d'énergie. Vous l'avez dit, l'Allemagne serait beaucoup plus impactée que nous, je crois que les Allemands c'est 55% de leurs ressources énergétiques, nous c'est 17%, mais ça aurait un impact, et donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut anticiper. Je pense que la responsabilité d'un Etat, d'un gouvernement, c'est de regarder le scénario le plus dur, le plus dangereux, et de partir de ce scénario-là pour anticiper, et c'est ce qu'on est en train de faire. Dans le texte qui est examiné au Parlement cette semaine, il y a notamment des mesures pour parer à ce risque-là. Très concrètement, je vous donne deux exemples…

LORRAIN SENECHAL
Rapidement.

GABRIEL ATTAL
Un, on demande à nos énergéticiens de remplir leurs stockages de gaz à 100% pour préparer l'hiver, et deux, on ouvre de nouvelles sources d'énergie, par exemple un terminal méthanier flottant au large du Havre qui permettra de faire venir une nouvelle source de gaz, le gaz naturel liquéfié…

LORRAIN SENECHAL
Pour cinq ans seulement il ouvrirait ce méthanier.

GABRIEL ATTAL
Oui, mais parce que par ailleurs on diversifie nos sources d'approvisionnement par ailleurs et qu'on est engagé dans une politique de sobriété… de limitation de la consommation.

LORRAIN SENECHAL
Gabriel ATTAL on continue de parler, et notamment de ce texte sur le pouvoir d'achat qui est en ce moment l'Assemblée, juste après le Fil info. (…)

NEÏLA LATROUS
On évoquait à l'instant cette loi pour le pouvoir d'achat qui est en débat à l'Assemblée nationale avec une première nuit de débat autour de l'augmentation du montant de la prime Macron, 6000 euros défiscalisés pour les salariés qui gagnent moins de 3 fois le SMIC, les Insoumis dénoncent un enfumage, ils disent en fait la prime qui existait elle n'était pas pleinement exploitée, c'est les chiffres qu'on a, montant moyen 506 euros, moins d'un salarié sur cinq qui en a profité. Qu'est-ce qui vous laisse à penser que les entreprises vont davantage se saisir du triplement de la prime ?

GABRIEL ATTAL
D'abord c'est une prime qui a remarquablement bien fonctionné depuis qu'elle a été mise en place, je crois que l'an dernier c'est plus de 4 millions de salariés qui en ont bénéficié. Qu'est-ce qui a changé depuis ? on est dans un pic inflationniste massif qui fait que vous avez beaucoup de Français à qui ça coûte très cher d'aller travailler, les entreprises le voient, et l'intérêt des entreprises c'est évidemment que leurs salariés puissent continuer à venir travailler, et c'est évidemment d'améliorer la rémunération et le pouvoir d'achat de leurs salariés. Quand vous êtes une PME, et que vous êtes aujourd'hui en difficulté, que vous êtes sur la ligne de crête, augmenter les salaires de vos salariés, vous pouvez vouloir le faire, mais enfin vous vous exposez potentiellement, si l'année prochaine est moins bonne que cette année, à être dans de grandes difficultés économiques et à mettre en péril votre entreprise.

NEÏLA LATROUS
Vous voulez laisser de la souplesse aux petites entreprises ?

GABRIEL ATTAL
Vous avez des entreprises qui nous disent " moi je voudrais pouvoir accompagner mes salariés en matière de pouvoir d'achat, mais si je fais des augmentations de salaires générales, l'année prochaine, si jamais je me retrouve dans des difficultés économiques, je risque de devoir mettre la clé sous la porte et donc j'aimerais disposer d'outils qui me permettent d'aider, au moins ponctuellement, mes salariés avec un soutien sur le pouvoir d'achat ", et c'est là où la prime elle vient les accompagner, parce que cette prime l'État permet aux entreprises de la verser sans charges pour l'entreprise, sans impôt pour le salarié. Encore une fois, il y a plus de 4 millions de salariés qui en ont reçu une dans la dernière vague l'an dernier, et évidemment que notre souhait c'est qu'ils soient encore davantage plus nombreux à la recevoir.

NEÏLA LATROUS
Mais il faudra un rendez-vous sur les salaires, c'est ce que dit par exemple Eric WOERTH qui siège maintenant sur vos bancs avec la majorité. Vous dites il y aura une loi sur les salaires, il y aura des discussions sur les salaires ?

GABRIEL ATTAL
Je vous dis d'abord d'ores et déjà aujourd'hui, c'est que pour les entreprises qui le peuvent, parce qu'il y en a un certain nombre qui le peuvent, il faut effectivement augmenter les salaires, c'est ce qu'a dit Bruno LE MAIRE, c'est ce qu'il ne cesse de rappeler, et vous avez des entreprises qui ont annoncé des augmentations de salaires, et donc oui c'est un travail qui va continuer à être menée aussi, mais avec cette prime on donne un outil supplémentaire, massif, qui permet aux entreprises d'accompagner leurs salariés pour leur pouvoir d'achat, encore une fois sans charge, ni impôt.

LORRAIN SENECHAL
L'enveloppe globale de ce projet de loi pouvoir d'achat c'est 20 milliards d'euros, ce n'est pas un centime de plus ?

GABRIEL ATTAL
C'est 20 milliards d'euros qui viennent s'ajouter, je le précise, aux 26 milliards d'euros qui ont d'ores et déjà été engagés.

LORRAIN SENECHAL
Et aux 10 milliards d'euros que coûtera la renationalisation d'EDF.

GABRIEL ATTAL
Oui, par exemple sur la question de l'énergie et du prix de l'énergie.

LORRAIN SENECHAL
Vous dites on a déjà mis assez, on ne peut pas mettre plus ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je dis c'est que, depuis près d'un an maintenant, on a gelé les prix du gaz et on a plafonné les prix de l'électricité, ce qui veut dire très concrètement que toutes les Françaises, tous les Français qui nous écoutent, si on n'avait pas plafonné le prix de l'électricité, auraient vu une augmentation moyenne de leur facture de 350 à 400 euros sur l'année. Alors c'est sûr que c'est une augmentation qui n'a pas eu lieu, donc ça se voit moins que de l'argent qu'on reçoit, mais pour le voir il suffit de regarder autour de nous, chez les Italiens, chez les Espagnols, chez les Allemands, vous avez eu des augmentations massives des prix de l'électricité, ça n'a pas eu lieu en France.

NEÏLA LATROUS
Mais vous entendez ce que dit Marine LE PEN, elle dit ça a été fait avant l'élection, en fait Emmanuel MACRON, je la cite, pour elle, « a acheté son élection » dit-elle, " par le quoi qu'il en coûte et maintenant il coupe le robinet. "

GABRIEL ATTAL
Ça n'a aucun sens, on ne l'a pas entendue, à l'époque, rejeter les mesures qu'on prenait, et par ailleurs justement on continue puisque le plafonnement que j'évoquais, des prix d'électricité, on le maintien jusqu'à la fin de l'année, vous le voyez bien, y compris après l'élection, sur le gel du prix du gaz, on le maintient aussi jusqu'à la fin de l'année, et on renforce nos dispositifs avec de nouvelles mesures, je pense à l'amélioration du pouvoir d'achat de nos retraités, puisque les pensions de retraite vont être revalorisées de 4% en plus des 1,2% qui avaient déjà eu lieu, donc c'est du même montant que l'inflation, dès le mois de juillet, je pense à nos fonctionnaires puisque le point d'indice va être relevé de 3,5%, ça sera sur la feuille de paye pour ceux de la fonction publique d'Etat dès le mois de juillet, pour les autres sur la feuille de paye du mois d'août mais avec rattrapage du mois de juillet. On agit aussi, je le disais, sur la question du travail avec la prime Macron, on agit sur la question des impôts, puisqu'on va supprimer, on y reviendra peut-être, la redevance télé dès l'automne prochain, c'est 138 euros, un impôt de 138 euros supprimé pour 23 millions de ménages qui le payaient. On va continuer à agir sur la question du carburant puisqu'on propose une nouvelle indemnité carburant pour les travailleurs…

NEÏLA LATROUS
Donc vous dites les effets de l'inflation sont largement compensés par l'intégralité de ces mesures, parce que certains disent oui, augmenter les minima sociaux de 4% par exemple, c'est sous l'inflation, vous vous dites c'est le package global qu'il faut tenir en compte ?

GABRIEL ATTAL
D'abord je ne vais pas faire croire aux Français que l'Etat peut seul effacer les effets de l'inflation, ce n'est pas vrai, et ceux qui font croire ça aux Français ils mentent aux Français, parce que la réalité c'est que ce phénomène de l'inflation il touche le monde entier et ce que je dis c'est que les mesures que nous avons prises nous ont permis de limiter l'impact de cette inflation. Je vous donne un exemple. L'inflation elle est, en moyenne annuelle, de l'ordre de, un peu plus de 5% en France…

LORRAIN SENECHAL
Presque 6%, 5,8.

GABRIEL ATTAL
C'est deux points de moins que la moyenne de la zone euro, et les études économiques qui sont conduites le disent, c'est grâce aux mesures qui ont été prises…

LORRAIN SENECHAL
Mais pourquoi ne pas augmenter les minima sociaux de 6%, pourquoi se limiter à 4% ? La France insoumise dit, par exemple, c'est acter une baisse de pouvoir d'achat…

GABRIEL ATTAL
Non, parce que sur les minima sociaux vous avez une hausse de 4% qui a lieu là cet été, mais qui fait suite à une hausse de plus de 1%, près de 1,5%, qui a eu lieu au mois d'avril dernier, et donc quand vous cumulez les deux vous êtes au niveau de l'inflation. Encore une fois, moi j'entends des oppositions, des politiques, qui nous disent il faudrait faire plus, mais qu'ils me citent un pays en Europe qui fait autant que nous sur la question du pouvoir d'achat, qu'ils regardent la presse européenne…

LORRAIN SENECHAL
Vous dites il y a une contrainte budgétaire, c'est ça que vous leur répondez ?

GABRIEL ATTAL
Où la réponse de la France est saluée comme étant la plus ambitieuse sur la question du pouvoir d'achat….

LORRAIN SENECHAL
Parce qu'il y a la contrainte budgétaire, c'est ça votre ligne rouge ?

GABRIEL ATTAL
Mais évidemment qu'il y a des lignes rouges, et pour nous il y a deux lignes rouges, la première c'est qu'on ne veut pas augmenter les impôts des Français, parce que dans les oppositions que vous citez il y en a un certain nombre de qui propose des mesures, mais enfin ce qu'elles ne disent pas de manière très forte quand elles sont dans les médias, mais ce qui est souvent dans leurs amendements ou dans leurs programmes électoraux, c'est que pour compenser ça elles augmentent les impôts. La France insoumise, par exemple, pendant la campagne présidentielle et législative, promettait des mesures très généreuses pour les Français, mais enfin dans [leur] programme, il y avait écrit qu'ils supprimaient le quotient conjugal, le quotient familial…

LORRAIN SENECHAL
Parce qu'ils voulaient augmenter les impôts pour les plus riches, c'était leur argument.

GABRIEL ATTAL
Suppression du quotient conjugal et du quotient familial ce n'est pas les plus riches, c'est y compris les classes moyennes…

LORRAIN SENECHAL
Non, mais sur l'impôt sur le revenu par exemple.

GABRIEL ATTAL
C'est y compris les classes moyennes qui nous écoutent, qui auraient vu leurs impôts augmenter, donc nous ce qu'on dit c'est un, on n'augmente pas les impôts, et deux, effectivement, on veut continuer à réduire les déficits, parce que la réalité c'est que si on laisse la dette filer sans contrôle et sans essayer de revenir sur du sérieux budgétaire, ce que nous faisons, ce sera des impôts demain pour les Français.

NEÏLA LATROUS
On va évoquer la dette Gabriel ATTAL. Peut-être une petite précision, quand vous évoquez les classes moyennes, les classes moyennes c'est qui ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, le salaire médian aujourd'hui est autour de 2000 euros par mois, donc vous voyez bien que c'est autour de ça, mais après, voilà, il y a beaucoup de Français qui sont en difficulté, et c'est pour eux qu'on agit, mais, voilà… ce que je dis simplement c'est que dépenser sans compter, à la fin c'est taxer pour rembourser, et ça nous, ce n'est pas notre ligne.

LORRAIN SENECHAL
Gabriel ATTAL, ministre délégué aux Comptes publics, invité de 8.30 France Info, on s'interrompt juste le temps du Fil Info.

(…)

LORRAIN SENECHAL
Toujours avec Gabriel ATTAL, ministre délégué aux Comptes publics. On parlait de ce paquet en gros de 20 milliards d'euros qui est en discussion en ce moment à l'Assemblée, pour le financer certaines propositions sont nées des bandes de l'opposition et notamment celle de taxer les superprofits. Et justement Emmanuel MACRON lui-même, le chef de l'Etat, a surpris à la fin du mois dernier en pointant en lui-même du doigt depuis le G7 en Allemagne ce qu'il a appelé les profiteurs de guerre.

(Extrait Emmanuel MACRON)

LORRAIN SENECHAL
Et depuis les mots d'Emmanuel MACRON d'autres pays ont bougé, l'Espagne par exemple qui a mis en place une taxe sur les bénéfices extraordinaires qui lui rapporte 3 milliards et demi par an. Londres, Rome, Budapest font de même mais pas nous, pourquoi ?

GABRIEL ATTAL
D'abord moi ce que je veux dire par rapport à ce que vous évoquiez sur le paquet pouvoir d'achat, vous disiez pour le financer, ce paquet est financé notamment parce que nous avons des recettes supplémentaires cette année qui sont liées à la reprise économique très forte.

LORRAIN SENECHAL
Mais il est financé justement par la croissance et par la réduction du chômage, c'est ça les objectifs qui permettraient de financer…

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui nous avons eu 55 milliards d'euros de recettes supplémentaires, précisément parce qu'on a le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, parce qu'on a fait des réformes dans le quinquennat qui vient de s'écouler qui font qu'on a le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, taux de chômage des jeunes le plus bas depuis 40 ans, le taux d'emploi le plus haut depuis qu'il est mesuré. Plus vous avez de Français au travail, plus vous avez de moyens pour financer nos politiques publiques et nos services publics parce que des Français qui travaillent, c'est des cotisations qui sont versées par les entreprises et c'est évidemment des indemnisations chômage en moins qui sont versées.

LORRAIN SENECHAL
Mais Gabriel ATTAL, les prévisions de croissance n'arrêtent pas de s'amoindrir et celles sur le chômage également, est-ce que vous ne craignez pas que vos plans soit… échouent à cause justement du renversement de l'économie ?

GABRIEL ATTAL
D'abord on a une croissance qui résiste formidablement bien cette année et on continue à agir, on va continuer à porter des réformes précisément pour continuer à soutenir l'activité économique et l'emploi, ce que le président de la République a annoncé dans son allocution du 14 juillet, ça va nous conduire à continuer à prendre des mesures en faveur de l'activité économique. Je pense par exemple à la poursuite de la suppression des impôts de production qui pèsent sur les entreprises. Je rappelle qu'on part d'une situation où nos impôts de production sur nos entreprises notamment dans l'industrie en France étaient sept fois supérieurs à ceux de l'Allemagne.

NEILA LATROUS
Sur les profiteurs Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Si aujourd'hui on est redevenu le pays le plus attractif d'Europe pour les investissements étrangers, c'est grâce à cette trajectoire de baisse d'impôts, on veut continuer à la faire.

NEILA LATROUS
Les profiteurs de guerre, est-ce que…

GABRIEL ATTAL
Je vais y venir.

NEILA LATROUS
L'hypothèse d'une surtaxe est totalement écartée ou est-ce que ça reste une hypothèse qui est sur la table parmi les différentes cartes que vous pouvez utiliser ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on a dit c'est qu'aujourd'hui on leur met une pression très forte pour qu'ils agissent en faveur du pouvoir d'achat des Français.

NEILA LATROUS
Et si ça ne suffit pas ?

GABRIEL ATTAL
Et que si ça ne suffit pas on se réserve toujours la possibilité d'ici à la fin de l'année de prendre des mesures. Mais moi je le dis…

NEILA LATROUS
Dans le cadre du budget 2023…

GABRIEL ATTAL
Pourquoi est-ce qu'on leur met la pression dans un premier temps ? D'abord parce que ça va plus vite et c'est plus efficace quand ils prennent des mesures. Je vous donne un exemple, TOTAL qui baisse de 12 centimes en plus de la réduction de 18 centimes à la pompe dans ses stations-service sur les autoroutes, on peut considérer que ce n'est pas assez.

NEILA LATROUS
Ça se voit tout de suite.

GABRIEL ATTAL
C'est très concret et ça se voit de suite. Une taxe qui est votée, elle s'applique au bout de plusieurs mois et puis ensuite les Français, ils ne voient pas toujours dans leur quotidien, même si évidemment l'argent est utilisé de manière très utile, ce que ça change pour eux. Donc des gestes très concrets et des actions très concrètes des entreprises, au moins on sait que ça se voit tout de suite donc on continue à mettre la pression là-dessus mais il faut qu'elles continuent à agir, ça n'est pas suffisant encore.

NEILA LATROUS
Et s'il le faut, il y aura d'autres mesures.

GABRIEL ATTAL
Et donc s'il faut évidemment qu'on prenne des mesures.

NEILA LATROUS
Rendez-vous en décembre au moment du débat budgétaire.

GABRIEL ATTAL
Après juste sur cette question, moi je pense qu'il faut comparer ce qui est comparable. Vous avez cité par exemple le Royaume-Uni, l'Angleterre ou l'Italie qui ont pris des mesures par exemple sur les énergéticiens, par exemple les fournisseurs d'électricité. On a pris de mesures sur EDF qui ne s'appelle pas taxe, enfin on les a mis à contribution de plusieurs milliards d'euros, ce qui explique que la facture des Français n'a pas augmenté cette année, qu'elle a été limité à 4%. Donc on a on les a mis à contribution de manière très forte. Il y a même eu d'une certaine manière entre guillemets double peine puisque comme vous lisiez, ils ont un certain nombre de réacteurs qui sont à l'arrêt, ce qui fait qu'ils ont dû acheter de l'électricité à des voisins très cher et les revendre moins chers sur le marché français. Donc il y a quand même eu cette action très forte, maintenant sur la question des superprofits de ceux qui ont vu leurs profits augmenter du fait de la crise de l'inflation, encore une fois on leur demande d'agir, un certain nombre ont commencé à le faire, on veut qu'ils aillent plus loin. S'ils ne sont pas au rendez-vous, on a toujours la possibilité d'aller sur cette voie.

LORRAIN SENECHAL
Une dernière chose, Gabriel ATTAL, vous l'avez évoqué tout à l'heure, la suppression de la redevance qui finance l'audiovisuel public et notamment Radio France, mais aussi France Télévision, France Médias Monde etc, pour l'instant de quelle manière est-ce qu'elle va être financée, il y a un risque constitutionnel si le financement des médias audiovisuels publics n'est pas sanctuarisé, en tout cas autrement que par une ligne budgétaire dans le budget de l'Etat ?

GABRIEL ATTAL
Évidemment qu'on va garantir le financement de l'audiovisuel public.

LORRAIN SENECHAL
Mais comment ?

GABRIEL ATTAL
Moi je veux dire que ce qu'on supprime ça n'est pas le budget de l'audiovisuel public, c'est la taxe sur les Français. Les Français qui payent aujourd'hui cette taxe qui est un impôt qui n'est pas très juste puisque tout le monde paye la même chose, 138 euros. On gagne 1800, 1900 euros, on en gagne 4000.

LORRAIN SENECHAL
Mais comment on finance Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Je vais jusqu'au bout, ça c'est la première chose. La deuxième chose c'est que c'est un impôt qui est daté puisque le payent les Français qui déclarent avoir un téléviseur chez eux et vous avez depuis des années de moins en moins de Français qui déclarent avoir un téléviseur parce qu'il y a moins en moins de télé, mais qui consomment pourtant, vous avez probablement des Français qui nous écoutent dans leur voiture ou sur leur Smartphone qui n'ont pas de télé chez eux.

LORRAIN SENECHAL
D'accord mais comment on finance donc ?

GABRIEL ATTAL
On finance en prévoyant un budget dédié, ce qu'on propose dans le texte de loi et on donne des garanties.

LORRAIN SENECHAL
Dans le budget de l'Etat donc.

GABRIEL ATTAL
Oui sur le budget de l'Etat on donne des garanties. La première garantie qu'on donne dans le texte, c'est que la subvention aux sociétés d'audiovisuelles publiques sera versée en une fois dès le début de l'année, il n'y a pas d'autres missions budgétaires pour laquelle on fait ça, normalement c'est à verser tous les mois, donc on leur verse. La deuxième chose qu'on va garantir, c'est de la visibilité sur les années qui viennent, il faut évidemment que les sociétés de l'audiovisuel public sachent quelle va être la trajectoire de leur budget pour qu'elles puissent évidemment s'organiser et faire des choix.

LORRAIN SENECHAL
Ça va suffire pour convaincre le Conseil constitutionnel et ça va suffire pour convaincre par exemple l'Allemagne qui s'inquiète des financements d'Arte et qui menace même de couper à Berlin la chaîne Arte.

GABRIEL ATTAL
Je pense qu'on a tous les moyens de les rassurer. Et la troisième chose, c'est qu'il va y avoir un débat parlementaire cette semaine. Je constate que certains parlementaires ont déposé un amendement pour mettre en place ce qu'on appelle une affectation de taxes de TVA fléchées sur l'audiovisuel public, ça ne veut pas dire qu'on augmente, il y aura une taxe ou…

LORRAIN SENECHAL
On prend une partie de la TVA et on la flèche directement.

GABRIEL ATTAL
Voilà sur les impôts qui sont, les taxes sont collectées, on sanctuarise une partie qui est fléchée sur l'audiovisuel public. Moi je le dis, je suis prêt à regarder cette piste-là et probablement à lui donner un avis favorable lors de l'examen du texte, si ça peut permettre de renforcer les garanties pour l'audiovisuel public sur les moyens et sur la visibilité.

LORRAIN SENECHAL
Gabriel ATTAL merci beaucoup.

GABRIEL ATTAL
Merci ministre.

LORRAIN SENECHAL
Ministre délégué aux Comptes publics.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 juillet 2022