Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à RMC/BFMTV le 22 juillet 2022, sur le débat concernant la taxation des bénéfices de Total et de CMA CGM, les aides aux français face aux prix des carburants, le ticket restaurant et la situation politique en Italie.

Texte intégral


PHILIPPE CORBE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Philippe CORBE.

PHILIPPE CORBE
Merci d'être sur BFM TV et RMC ce matin, Ministre de l'Economie et des Finances. Vous allez défendre cet après-midi la loi de finances rectificative à l'Assemblée. Donc c'est la partie budgétaire au fond de la loi pouvoir d'achat ou complément de la loi pouvoir d'achat qui a été adoptée peu avant 6 heures du matin. On va parler de tout ça, quelles aides publiques pour baisser le prix du carburant. Mais d'abord cette dernière minute, cette annonce du groupe TOTAL qui s'engage à baisser le prix du litre de carburant de 20 centimes en septembre et en octobre et de 10 centimes en novembre et en décembre. Au fond TOTAL fait un geste pour éviter une taxe sur les superprofits dont on allait parler à l'Assemblée justement.

BRUNO LE MAIRE
Je préfère que l'argent aille dans la poche des consommateurs plutôt que dans la poche de l'Etat. Et je préfère le geste de TOTAL à une taxe supplémentaire dans un pays qui regorge déjà de taxes. Donc je salue la décision de TOTAL, je pense que c'est une décision juste, c'est une décision…

PHILIPPE CORBE
Vous avez mis une grosse pression sur TOTAL depuis plusieurs semaines.

BRUNO LE MAIRE
Il y a eu une négociation intense qui a été menée pour arriver à cette décision qui est, je le redis, une décision juste, une décision forte et une décision bonne pour les consommateurs. J'ai aussi écouté la majorité, on est en discussion depuis plusieurs jours. Je vois bien que, y compris dans la majorité, certains disaient : il faut que TOTAL rende une partie de ses bénéfices aux consommateurs.

PHILIPPE CORBE
Au nom de la justice sociale par exemple.

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr, je comprends parfaitement ce raisonnement. J'avais dit qu'on pouvait attendre la fin de l'année, beaucoup de députés m'ont dit : non, il faut que l'argent aille tout de suite dans la poche du consommateur. Ils ont raison. Donc nous avons ouvert des discussions intenses avec TOTAL, des discussions constructives…

PHILIPPE CORBE
Ça a été compliqué ? Ça a été compliqué de les convaincre ?

BRUNO LE MAIRE
Non. C'est des décisions qui sont toujours difficiles à prendre pour une entreprise, mais je salue le sens des responsabilités du président de TOTAL et de TOTAL qui a compris que les Français avaient besoin de pouvoir d'achat tout de suite. Et c'est toute la différence entre la logique que je défends depuis maintenant plusieurs mois qui est de refuser des taxes nouvelles pour que l'argent aille directement à la poche des Français. Et au terme de cette négociation qui a impliqué la majorité, TOTAL, le ministre de l'Economie et des Finances, qu'est-ce qu'on a comme résultat ? Au lieu de pouvoir afficher une énième nouvelle taxe, qui est réflexe pavlovien systématique que l'on a et qui ne rapporte rien à nos compatriotes, vous avez 20 centimes d'euro de baisse du prix à la pompe à partir du 1er septembre qui sera renouvelée en octobre, puis en novembre, puis en décembre et ce sera du pouvoir d'achat directement pour nos compatriotes. Donc je pense que notre méthode reposant sur la négociation, la discussion avec les entreprises pour les mettre face à leurs responsabilités et éviter des taxes, est une méthode qui est meilleure pour nos compatriotes.

PHILIPPE CORBE
Et en même temps quand on regarde dans le détail, je suis certain que les députés NUPES vont faire leurs comptes et vont dire : au fond, ça coûte combien à TOTAL ? Quelques centaines de millions d'euros, 200, 300, peut-être 400 millions d'euros. Ils ont fait 5 milliards de bénéfices rien qu'au premier trimestre avec la flambée des prix de l'énergie ; ils feront peut-être plusieurs dizaines de milliards de bénéfices pour l'année 2022 ; au fond ça n'est pas grand-chose, ça pourrait être davantage et une taxe sur les superprofits rapporterait davantage.

BRUNO LE MAIRE
Oui mais la NUPES est championne pour comparer des choses qui ne sont pas comparables. On ne peut pas comparer les profits que fait TOTAL à l'étranger qui sont légitimement perçus dans les pays producteurs et les bénéfices que fait TOTAL sur ses activités de raffinage. TOTAL à 5 raffineries en France, ces raffineries sont structurellement déficitaires. Je rappelle qu'elles représentent des milliers d'emplois, des emplois industriels, des sites industriels. Et puis l'année où ils gagnent de l'argent on leur dit : il faut tout vous prendre. Là nous préférons dire

PHILIPPE CORBE
Pas tout, un peu plus.

BRUNO LE MAIRE
Mais cette année, en 2023, il y a eu des bénéfices qui ont été faits sur les activités de raffinage de TOTAL en France. Nous avons demandé à TOTAL de rendre ces bénéfices aux consommateurs qui souffrent de la flambée des prix de l'essence. Le résultat est là et les chiffres sont parfaitement comparables. C'est-à-dire que ce que rend TOTAL est très significatif par rapport aux bénéfices qu'il a pu faire cette année et uniquement cette année sur ses activités de raffinage. Et de manière plus générale Philippe CORBE, il y a quand même une escroquerie intellectuelle totale de la part de la NUPES sur cette idée de taxe sur les superprofits.

PHILIPPE CORBE
Il n'y a pas que la NUPES qui la défend. Le RN aussi et quelques députés de la majorité.

BRUNO LE MAIRE
Oui mais vous savez, le détail est dans les mots et la politique, ce sont les mots. Taxe sur les superprofits : je n'aime ni le premier mot ni le second. Le premier parce que je n'aime pas les taxes et que j'en ai assez que mon pays soit le champion du monde des taxes et qu'à chaque fois qu'il y a une difficulté, on répond : une taxe, un impôt, un prélèvement obligatoire. Moi je dis à tous les responsables politiques : un peu d'imagination, essayons d'avoir un peu d'imagination. C'est ce que nous faisons. Et quant aux superprofits, deuxième escroquerie intellectuelle. Il y quelques entreprises, c'est vrai, dans le domaine de l'énergie, dans le domaine du raffinage, dans le domaine du transport maritime qui ont fait des profits importants. Mais Philippe CORBE, l'immense majorité des entrepreneurs qui nous écoutent, vous pensez que l'entrepreneur de bâtiment qui nous écoute, de travaux publics qui nous écoute il a fait des superprofits ? Lui, il a des matières premières qui augmente, il a du mal à recruter de la main-d'oeuvre, il est en difficulté, il souffre aussi de l'inflation. Alors arrêtons avec ces escroqueries intellectuelles, regardons la réalité en face. Il y a quelques entreprises qui ont fait des bénéfices, elles le redistribuent. TOTAL comme CMA CGM dont je salue aussi la décision…

PHILIPPE CORBE
Oui, puisqu'il y a eu une annonce.

BRUNO LE MAIRE
Et puis de l'autre, l'immense majorité des petites entreprises qui, elles souffrent autant que vous et que moi de l'inflation.

PHILIPPE CORBE
J'ouvre une parenthèse. Donc CMA CGM qui est le troisième armateur mondial qui est Français, basé à Marseille, va baisser de 750 euros le prix des conteneurs pour les importations et exportations vers la France métropolitaine et d'Outre-mer, non seulement pour les grands groupes mais aussi pour des PME. C'était aussi une forme de pression sur la CMA CGM ? C'était aussi taxer les profiteurs de crise.

BRUNO LE MAIRE
CMA CGM… Mais évitons ces raccourcis, ces mots un peu brutaux.

PHILIPPE CORBE
Le président de la République a utilisé le mot il y a quelques semaines.

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire, CMA CGM c'est une très belle entreprise française. TOTAL c'est une très belle entreprise française. Et moi, je défends les intérêts de la France et les intérêts des entreprises françaises. Et là aussi j'ai poussé un coup de gueule contre tous ceux qui n'ont que la taxe comme solution à nos problèmes, je voudrais aussi pousser un coup de gueule contre tous ceux qui systématiquement attaquent les intérêts économiques français. Nos entreprises c'est des emplois, c'est de la richesse, c'est de la prospérité pour le pays. Je reviens à CMA CGM. CMA CGM avait fait un premier geste comme TOTAL. J'ai dit à TOTAL comme à CMA CGM : votre premier geste est insuffisant, vous devez faire plus. CMA CGM comme TOTAL m'ont écouté. TOTAL avec cette remise massive dont la singularité est qu'elle va toucher toutes les stations-service, pas uniquement les stations-service sur autoroute : toutes les stations-service. Les 3 500 stations-service de TOTAL, pas uniquement les 120 sur autoroute. Mais dans les zones rurales, dans les endroits les plus reculés, il y aura cette remise de 20 centimes d'euro. Quant à CMA CGM, c'était 500 euros de remise uniquement sur un certain nombre d'activités économique. Ce sera 750 euros de remise pour tous les containers à l'import et à l'export pour toutes les entreprises, PME comprises.

PHILIPPE CORBE
Je rebondis sur ce que vous disiez, Bruno LE MAIRE, il y a un instant sur la gauche et le manque d'imagination, selon vous, de ceux qui imaginent des taxes face aux superprofits. Regardez, la France n'est pas un pays isolé, il y a d'autres pays européens qui l'ont fait, notamment le Royaume-Uni. On ne peut pas dire que le gouvernement britannique soit un repaire de gauchistes obsédés par les augmentations d'impôts. C'est un gouvernement conservateur qui se bat pour baisser les impôts.

BRUNO LE MAIRE
Mais vous me permettez – je vous remercie – vous me permettez de rappeler deux évidences. C'est que d'abord le Royaume-Uni est un pays producteur de pétrole, ce qui n'est pas le cas de la France qui extrait à l'extérieur. Donc les profits ne sont pas faits en France, ils sont faits à l'extérieur de la France. Là aussi, regardons la réalité en face plutôt que de se bercer d'illusions, de grands mots et de grandes déclarations. Puis la deuxième différence que je ne cesserai de rappeler, c'est que la France continue à avoir le niveau de prélèvements obligatoires, malgré les baisses d'impôts que nous avons engagées avec le président de la République, parmi les plus élevés de tous les pays développés. Donc quand on a une pression fiscale aussi forte, on n'augmente pas la pression fiscale comme le propose la France Insoumise, on la diminue. Et je le redis, je préfère mille fois de l'argent pour les Français à une taxe pour le Trésor public.

PHILIPPE CORBE
Alors Bruno LE MAIRE, on va continuer à parler du carburant dans la loi de finances rectificative qui va être en discussion maintenant à l'Assemblée, notamment le financement d'un certain nombre de mesures de pouvoir d'achat. Pour résumer pour les téléspectateurs et les auditeurs, parce que ce n'est pas simple…

BRUNO LE MAIRE
Bon courage ! Résumer, ce n'est pas simple.

PHILIPPE CORBE
Ce qui était prévu, ou plutôt votre projet au départ, c'était une mesure carburant plus ciblée qui aurait pris le relais de la ristourne à 18 centimes. Ça, c'était votre projet au départ notamment pour les plus modestes. Mais vous n'avez pas la majorité donc vous négociez avec LR qui était parti sur une position assez dure au départ d'un litre à 1,50. Vous discutez depuis plusieurs jours pour trouver un point de convergence et l'idée qui se dessine, et dites-nous si c'est ça qui se dessine, c'est une ristourne prolongée jusqu'à la fin de l'année et qui irait au-delà de 18 centimes.

BRUNO LE MAIRE
Comme on dit en bon français : to make a long story short.

PHILIPPE CORBE
« Résumons une longue histoire », c'est ça.

BRUNO LE MAIRE
Moi, je veux améliorer la vie de nos compatriotes, la vie quotidienne, c'est tout. Tout le reste, je vais vous dire, pour moi est secondaire. J'ai des compatriotes, nous avons tous devant nous des salariés qui ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail parce que ça coûte trop cher. Nous avons des alternants qui ont 20 ans et qui ne peuvent pas aller sur leur lieu de travail parce que le carburant est trop élevé. Nous avons des infirmières à domicile qui ne peuvent plus faire leur métier parce que le carburant est trop cher. Donc moi je n'ai qu'un seul objectif, c'est que leur vie soit plus facile, que leur vie soit plus douce et qu'ils n'aient pas cette angoisse d'aller faire le plein en disant : ça coûte trop cher.

PHILIPPE CORBE
Tout le monde est d'accord là-dessus.

BRUNO LE MAIRE
Oui mais il y a une deuxième chose que je rajoute. C'est que j'ai une enveloppe pour faire ça de 4,4 milliards d'euros. Et cette enveloppe, je ne veux pas la dépasser parce que je pense qu'elle est raisonnable et qu'il faut aussi faire attention, dans les conditions de financement nouvelles, à nos finances publiques. Dans ce cadre-là, moi je suis prêt à regarder toutes les options. Les Républicains nous disent : il faut aller plus loin, votre remise à 18 centimes d'euro n'est pas suffisante, il faut l'augmenter. Je suis prêt à regarder cela.

PHILIPPE CORBE
Jusqu'où ? 25 centimes ? 30 centimes ?

BRUNO LE MAIRE
On va en discuter à l'Assemblée nationale et je le dis : si certains, Les Républicains ou d'autres, veulent augmenter la remise de 18 centimes d'euro qu'ils trouvent insuffisante, nous pouvons augmenter cette remise, quitte à renoncer à d'autres aspects de notre projet pour rester dans l'enveloppe de 4,4 milliards d'euros.

PHILIPPE CORBE
Il y a un amendement des Républicains qui propose une remise à 40 centimes.

BRUNO LE MAIRE
Je ne vais pas discuter sur le plateau de BFM des amendements parlementaires. Je dis simplement que notre cadre est très simple…

PHILIPPE CORBE
Je pense que si 40 centimes vous l'aviez en tête, vous nous diriez : c'est une bonne décision.

BRUNO LE MAIRE
Mais je vous dis simplement que nous sommes prêts à relever la remise de 18 centimes d'euro pour tenir compte des attentes des parlementaires qui nous disent : il faut faire plus.

PHILIPPE CORBE
Donc pour la prolonger jusqu'à la fin de l'année par exemple.

BRUNO LE MAIRE
Il y a une question de prolongation, il y a une question de montant de cette remise. Du moment que ça reste dans cette enveloppe, tout est regardable du moment qu'on reste dans une enveloppe budgétaire qui est responsable. Et si certains estiment qu'à partir du moment où TOTAL a aussi fait un geste, qu'à la rentrée tout est toujours plus difficile - on a des dépenses à la rentrée, il faut acheter les cahiers des enfants, les fournitures scolaires, il y a toujours des dépenses supplémentaires - si certains estiment que pour soulager nos compatriotes il est préférable d'augmenter la remise dès le mois de septembre qui s'ajoutera à la remise qui est faite par TOTAL, je suis ouvert à cette proposition.

PHILIPPE CORBE
Pour bien comprendre puisque vous parliez d'une enveloppe que vous ne voulez pas dépasser, ça remplacerait votre idée de départ qui était une indemnité carburant travailleur ? Ce n'est pas l'un et l'autre !

BRUNO LE MAIRE
Je reste très attaché à ce que on fasse un effort particulier pour ceux qui travaillent pour ceux qui sont obligés de prendre leur voiture …

PHILIPPE CORBE
Pour les plus modestes …

BRUNO LE MAIRE
... mais Elisabeth BORNE a fait une annonce majeure ce matin, elle a indiqué que nous étions prêts à relever de 200 à 400 euros l'aide totalement défiscalisée que les entreprises peuvent apporter à leurs salariés pour leur trajet domicile / travail. Je pense que ça répond parfaitement à notre volonté d'aider en particulier tous ceux qui travaillent. Vous voyez, si vous combinez l'ensemble et ce qui m'intéresse là-dedans, c'est la méthode. Notre méthode est d'écouter d'entendre, de tendre la main. Ecouter les attentes des députés qui me disent « c'est tout de suite qu'il faut aider les automobilistes », écouter les attentes des salariés qui disent « nous on a besoin d'une aide supplémentaire », écouter aussi les entreprises pour voir ce qu'elles peuvent faire et quand on se rassemble tous, on trouve les meilleures solutions. Nous pouvons donc avoir au terme de la discussion que nous aurons dans quelques jours une remise carburant plus élevée avec un soutien des entreprises, en particulier TOTAL, et un soutien particulier à ceux qui travaillent parce que nous y tenons beaucoup avec la Première ministre grâce au doublement de 200 à 400 euros l'aide des entreprises défiscalisées.

PHILIPPE CORBE
Alors autre sujet de vie quotidienne, Bruno LE MAIRE, dans cette discussion sur le pouvoir d'achat, les Ticket Restaurant. Ça concerne environ 5 millions de salariés, il y a des députés de gauche et de droite qui souhaitent augmenter la valeur ou en tout cas que les entreprises puissent augmenter la valeur jusqu'à 15 euros par Ticket Restaurant, aujourd'hui c'est 11,38 euros au maximum. Pourquoi est-ce que le Gouvernement n'y est pas favorable ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je suis prêt parce que tout ce qui a un coût budgétaire important, je le regarde avec beaucoup de circonspection, c'est normal, les taux d'intérêts remontent, chacun voit bien que partout en Europe, la situation financière est différente. Nous faisons attention à chaque euro que nous dépensons. Et nous pensons d'abord à nos compatriotes, à la vie quotidienne. Un certain nombre de députés de droite comme de gauche, comme de gauche - on ne regarde pas uniquement d'un côté de l'Hémicycle - me disent il faut relever le plafond de 19 à 25 euros.

PHILIPPE CORBE
Oui parce que vous savez le nombre de familles qui finissent le mois pour aller faire leurs courses avec des Ticket Restaurant ?

BRUNO LE MAIRE
Je les sais bien, ça ne m'a pas échappé et je vous redis que moi, dans ces temps qui sont difficiles pour des millions de nos compatriotes, je n'ai qu'une seule ligne de conduite, leur faciliter la vie, leur rendre la vie moins chère, moins coûteuse. Donc je suis prêt à augmenter la valeur des Ticket Restaurant de 19 à 25 euros.

PHILIPPE CORBE
Sur le plafond …

BRUNO LE MAIRE
Sur le plafond …

PHILIPPE CORBE
Donc on pourrait utiliser le Ticket Restaurant jusqu'à 25 …

BRUNO LE MAIRE
Exactement. Vous pourriez utiliser le Ticket Restaurant jusqu'à 25 euros. C'est une proposition qui est faite par des députés aussi bien Les Républicains que socialistes ou écologistes, je trouve que c'est une bonne proposition, ce n'est pas moi qui ai forcément eu cette idée-là, c'est une idée qui m'a été proposée ; elle est bonne, je la prends !

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE, il y a quelques instants vous disiez que voilà vous avez une nouvelle méthode, écouter, tendre la main, on a quand même vu dans ces 4 jours de discussion à l'Assemblée un ton assez dur du Gouvernement, y compris de vous-même dans les discussions sur cette première partie du paquet pouvoir d'achat. Par exemple, l'autre jour Sandrine ROUSSEAU présentait les propositions écolos sur le pouvoir d'achat, vous lui avez répondu sur un ton un peu à peu dur, " l'apocalypse ne fait pas un projet pour la Nation française. " " L'apocalypse ", enfin, ce n'est pas une caricature aussi alors que vous dites que …

BRUNO LE MAIRE
Parce que vous n'avez pas écouté les propos préalables de Sandrine ROUSSEAU …

PHILIPPE CORBE
Qui était aussi assez vive !

BRUNO LE MAIRE
Ecouter, c'est ne pas se faire marcher sur les pieds. C'est aussi simple que ça ! L'écoute demande le respect des autres. Donc il ne s'agit pas de se laisser marcher sur les pieds avec des propos qui parfois sont excessifs et je souhaite que nos débats ne soient pas marqués par les propos excessifs mais par des propos mesurés et écouter, ce n'est pas renoncer à ses convictions, c'est essayer d'enrichir ses convictions avec les propositions des autres mais regardez je l'ai fait sur les carburants en tenant notre ligne, pas de taxe mais le résultat il est là, une meilleure situation pour les Français, des carburants moins chers pour les Français !

PHILIPPE CORBE
Le Gouvernement dit compromis, compromis et quels sont les compromis qui ont été tentés avec la gauche à part ce soutien du Gouvernement un amendement sur l'huile de friture dans un moteur Diesel, la gauche n'a pas obtenu grand-chose comme compromis dans ces discussions ? !

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas d'accord. L'allocation adulte handicapé, la déconjugalisation qui était …

PHILIPPE CORBE
C'était une annonce du candidat MACRON !

BRUNO LE MAIRE
Ça avait été refusé pendant longtemps, on a écouté, nous l'avons accepté. Le relèvement du plafond du Ticket Restaurant de 19 à 25 euros, ça ne vient pas des bancs de la droite ; les propositions qui peuvent être faites sur les revalorisations, là aussi, les propositions de la gauche ont été respectées. Donc il ne s'agit pas de s'enfermer dans une logique partisane, il s'agit de trouver les meilleures solutions pour les Français mais dans un cadre qui doit rester celui décidé par les Français au moment des élections présidentielles et des élections législatives, je le rappelle : pas de dépenses publiques excessives, il faut rétablir nos finances publiques ; la valorisation du travail ; et aucune décision qui soit mauvaise pour le climat. Pourquoi je me suis opposé avec autant de force à ce qu'on supprime toutes les taxes sur les carburants comme le proposaient certains ? Parce que c'est une subvention définitive aux énergies fossiles !

PHILIPPE CORBE
Enfin, on ne va pas rouvrir ce débat mais les députés de gauche vont se dire : dans ce texte « pouvoir d'achat », c'est aussi un financement du charbon, un méthanier, un terminal méthanier au Havre et finalement c'est des mauvaises nouvelles pour le climat mais je ne rouvre pas ce débat.

BRUNO LE MAIRE
Mais Philipe CORBE, c'est un soutien transitoire, c'est toute la différence entre baisser une taxe qu'on ne relève pas qui est définitive et apporter un soutien immédiat transitoire aux ménages pour qu'ils affrontent une inflation qui fait souffrir des millions de nos compatriotes.

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE, est-ce qu'il faut s'inquiéter de la chute du gouvernement DRAGHI en Italie ? Mario DRAGHI qui était à la tête d'une coalition d'union nationale assez hétéroclite qui a volé en éclats, il va y avoir des élections, est-ce que c'est une mauvaise nouvelle pour l'Europe et potentiellement pour la France ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est jamais une bonne nouvelle pour l'Europe et pour la zone euro quand il y a une déstabilisation politique, jamais ! D'autant plus que Mario DRAGHI a fait un remarquable travail à la tête du Conseil italien.

PHILIPPE CORBE
Il vous rassurait, il rassurait les marchés, il rassurait les Européens ?

BRUNO LE MAIRE
Il prenait les décisions qui sont à mon sens bonnes pour les Italiens mais après l'Italie est un peuple souverain et moi, je fais totalement confiance dans l'Italie qui est un grand pays, avec une grande industrie, avec une économie puissante pour prendre les bonnes décisions dans les années à venir.

PHILIPPE CORBE
...le parti qui est en tête, c'est un parti postfasciste qui pourrait mener à une sorte de coalition populiste au pouvoir !

BRUNO LE MAIRE
C'est bien pour cela que je vous dis qu'il n'est jamais bon d'avoir de l'instabilité politique, de la stabilité, celle que nous avons en France, a un prix considérable que nous devons mesurer chaque jour mais je fais confiance au peuple italien pour prendre les meilleures décisions pour son avenir. Ces décisions n'appartiennent qu'à lui, ce n'est pas à un ministre français de dire aux Italiens ce qu'ils doivent décider ou voter.

PHILIPPE CORBE
Et c'est dans ce contexte aussi, avec la guerre en Ukraine, l'inflation que la Banque centrale européenne vient d'essayer de remonter ses taux directeurs. C'est vraiment important, c'est historique même puisque c'est la première fois au, premier tour de vis monétaire en 11 ans, est-ce que vous diriez comme l'a fait Christine LAGARDE hier que l'horizon économique s'assombrit pour la zone euro ?

BRUNO LE MAIRE
Je dirais d'abord que ce sont de bonnes décisions, les décisions qui ont été prises par la Banque centrale européenne parce qu'elles permettent de réduire l'inflation et que notre premier objectif, vous voyez, c'est accompagner les ménages qui voient que la vie est plus chère, l'alimentation est plus chère, le carburant est plus cher. Toutes les décisions que je vous annoncées ce matin permettent de soulager des millions de nos compatriotes mais structurellement, il faut la faire baisser cette inflation, on ne va pas vivre avec une inflation à 5, 6% pendant des années. C'est pour cela que Christine LAGARDE, la Banque centrale européenne ont pris cette décision et de ce point de vue-là, ce sont des décisions sages. Après quand je regarde l'horizon économique devant moi, je suis comme vous, je suis comme tous ceux qui nous écoutent, qu'est-ce que je vois ? Je vois une guerre en Ukraine. Je vois la menace de coupure de gaz russe ; je vois un marché chinois qui est fermé donc je ne vais pas vous dire que nous avons un horizon lumineux devant nous et je vais vous dire, en revanche que j'ai une confiance totale dans la solidité de l'économie française et que lorsque je regarde par rapport à nos autres partenaires européens, nous avons le taux d'inflation de plus faible de la zone euro parce que nous avons protégé nos compatriotes. Nous avons un des niveaux de croissance les plus élevés de la zone euro parce que nous avons avec le président de la République pris les bonnes décisions économiques. Donc moi, j'ai confiance dans notre capacité à sortir plus forts de cette crise inflationniste.

PHILIPPE CORBE
D'un mot et pour ne pas être trop complexe pour les auditeurs, qu'est-ce qu'il se passe si les taux de la dette italienne continuent d'augmenter ? L'Italie a une dette plus importante que la nôtre, si les taux d'intérêt augmentent et qu'il y a une situation politique instable, est-ce qu'il y a un risque de cette crise dans la zone euro comme on l'avait connu avec la Grèce il y a 10 ans mais là avec un pays beaucoup plus important, l'Italie ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas parce que nous avons tiré justement les leçons de la crise grecque et nous nous sommes dotés de nouveaux instruments de protection, le mécanisme européen de stabilité qui est une espèce de pare-feu financier massif n'existait pas avant la crise grecque. On en a tiré les conséquences ; il existe désormais. Et par ailleurs, Christine LAGARDE a annoncé la mise en place ce qu'on appelle un outil " anti-fragmentation ", c'est très complexe mais ça veut dire simplement pour résumer les choses, on ne laissera pas les spéculateurs attaquer la dette italienne.

PHILIPPE CORBE
Bruno LE MAIRE invité de BFM TV et RMC ce matin. Bonne journée, il est 8h53.

BRUNO LE MAIRE
Merci Philippe CORBE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2022