Interview de Mme Olivia Grégoire, ministre chargée des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat et du tourisme, à France 2 le 29 juillet 2022, sur le plan d'économie budgétaire, la taxe sur les superprofits et les résultats du tourisme en France.

Texte intégral

AXEL DE TARLE
C’est l’heure des " 4V ", Valérie ASTRUC, votre invitée, Olivia GREGOIRE, ministre déléguée en charge des PME, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme.

VALERIE ASTRUC
Bonjour Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Bonjour Valérie ASTRUC.

VALERIE ASTRUC
Dernier Conseil des ministres avant les vacances. Le sucré, c'est-à-dire le pouvoir d’achat, le paquet pouvoir d’achat a été voté à l’Assemblée, en attendant le salé pour la rentrée, et Bruno LE MAIRE présente ce matin justement en Conseil des ministres, le plan d’économie pour les 5 ans à venir. Est-ce que les mauvaises nouvelles vont arriver ?

OLIVIA GREGOIRE
Il n’est pas question de mauvaises nouvelles, il est question de sérieux. De sérieux budgétaire, mais je dirais de sérieux pour la France et de crédibilité pour la France, dans un moment où économiquement les tensions sont importantes. Vous savez, moi j’ai été élue en 2017, et j'ai siégé à la Commission des finances. On l'oublie parfois, mais c'est bien cette majorité qui dès 2018 a permis à la France de sortir de la procédure qu'on appelle le déficit excessif. On était au-delà des déficits en Europe, on est revenu dans les clous. Après, il y a eu une crise, tout monde s'en souvient, le Covid, on a été là, il y a eu 90 milliards de chômage partiel, il y a eu les prêts garantis pour les entreprises, il y a eu énormément de mesures, le fonds de solidarité, donc effectivement…

VALERIE ASTRUC
Oui, mais toutes ces mesures…

OLIVIA GREGOIRE
Effectivement nous avons eu beaucoup de dettes, pas pour faire n'importe quoi, pour accompagner les Français. Et donc Bruno LE MAIRE ce matin, ne va rien annoncer de très nouveau, il va annoncer que nous serons vigilants sur les budgets, notamment ce qu'on appelle les budgets de fonctionnement, vous savez dans tous les ministères il y a des budgets de fonctionnement. Oui, on fait très attention, moi-même, tout le monde à Bercy, dans l'ensemble des ministères, ce qui n'empêche pas, et c'est ça l'important, de financer nos priorités, sans délimiter leur périmètre de façon plus restreinte. On a en priorité le travail, on a en priorité l'éducation, on a en priorité la défense, la justice, la sécurité des Français, elles sont financées, ça n'empêche pas qu'on fasse attention, c'est indispensable.

VALERIE ASTRUC
Il n'empêche, 0,6% d'économies par an, c'est d'une ampleur inédite, gagée notamment sur une réforme des retraites dont tout ne connaît pas les contours, est-ce que ce n’est pas un peu flou tout ça ?

OLIVIA GREGOIRE
Alors, ampleur inédite, je reprends juste votre mot, on note aussi parfois différentes chorégraphies, et notamment des oppositions, entre ceux qui viennent sur vos plateaux nous dire la dépense publique c'est important, il en va de la crédibilité de la France, et ceux-là mêmes qui à l'Assemblée ou au Sénat, où je vais juste après cette matinale, qui ne proposent pas moins, en 1ère lecture, de 140 milliards de dépenses supplémentaires. Donc il faut un peu de cohérence. Nous, on a une cohérence qui est : oui on a accompagné les Français, on a investi le plan de relance notamment, ça n'empêche pas d'être sérieux, de faire attention, de diminuer là où nous pouvons diminuer les dépenses, c’est indispensable, et donc il faut pour cela aussi faire des réformes structurelles, vous avez cité la réforme des retraites, nous prendrons nos responsabilités, le président de la République l'a dit dans son adresse aux Français le 14 juillet, nous commencerons à nouveau un cycle de concertation et dans les mois [à venir] et l'année prochaine, nous prendrons nos responsabilités avec les partenaires sociaux. Il y a aussi, vous le savez, la réforme de l'assurance chômage…

VALERIE ASTRUC
On va en parler.

OLIVIA GREGOIRE
… qu’Olivier DUSSOPT a commencé à dessiner et qui fera l'objet de toutes les concertations de la rentrée.

VALERIE ASTRUC
Alors, au Sénat, la taxe sur les superprofits est relancée par les sénateurs centristes, au moment où TOTAL annonce des bénéfices record, au moment aussi où ENGIE annonce des bénéfices record, et annonce aussi donc un petit geste pour les ménages les plus modestes. Est-ce que ces efforts, ces gestes, ces coups de pouce, sont vraiment suffisants ?

OLIVIA GREGOIRE
Déjà, je note qu'il y a effort, coup de pouce, la ristourne de TOTAL élargie à 30 centimes par litre, devrait permettre possiblement à la rentrée, ou dès la fin du mois d'août, d'avoisiner un prix au litre qui redevient un peu plus raisonnable.

VALERIE ASTRUC
Il y a ENGIE aussi.

OLIVIA GREGOIRE
Et ENGIE a annoncé, vous l'avez dit, pour ses adhérents, c'est-à-dire 880 000 personnes, c'est important de le partager avec vos auditeurs, qui bénéficient du Chèque énergie, une ristourne de 100 € en plus. Moi je vois, et à juste titre, un ministre de l'Economie qui dit aux entreprises qui font des bénéfices " faites des efforts pour les Français, nous avons confiance dans les acteurs économiques, montrez-nous que l’on a raison ". On va voir si d'autres grands acteurs continuent à le faire, il y a d'autres acteurs qui pourraient faire des efforts…

VALERIE ASTRUC
Mais c'est toujours non pour la taxe sur les superprofits.

OLIVIA GREGOIRE
On a en principe assez simple, ce n'est pas une religion, c'est un point de vue sur la situation. On estime que les entreprises ont les moyens de nous montrer leur bonne volonté. Rendez de l'argent aux Français, faites des ristournes sur les postes dépenses les plus importants, le carburant, l'électricité. Et Bruno LE MAIRE l'a dit aussi clairement : il y a un projet de loi de finances qui arrive en septembre au Parlement, comme d'habitude, si à la fin du projet de loi de finances on se rend compte que les entreprises n'ont pas pris leurs responsabilités à l'endroit des Français, on reverra cette question de la taxation sur les superprofits. Il n’y a pas de démagogie, il n’y a pas de dogmatisme, il y a du pragmatisme. On préfère tout simplement que l'argent aille directement et très vite dans la poche des Français, en tout cas qu’il y en ait moins de sorti, en tout cas, plutôt que de passer, et je viens de Bercy quand même, par des circuits de taxation qui prennent quand même toujours un peu de temps, parfois même qui deviennent des usines à gaz, pour rendre de l'argent aux Français l'année prochaine. C'est maintenant qu'il faut agir.

VALERIE ASTRUC
Alors, ce texte pouvoir d'achat et donc ces textes, sont au Sénat. Le chef de file LR, Bruno RETAILLEAU semble favorable à ces deux textes, et il dit : pourvu que le travail paie. C’est mot pour mot ce que dit la majorité. Alors, est-ce que du coup effectivement la majorité est définitivement élargie à LR ?

OLIVIA GREGOIRE
La majorité est définitivement élargie, et plus encore totalement ouverte à celles et ceux qui veulent effectivement faire en sorte que le travail paie plus.

VALERIE ASTRUC
Donc LR.

OLIVIA GREGOIRE
Donc, tous ceux qui... il n’y a pas que LR, il y a aussi parfois des gens qui ont ce point de vue chez les centristes, il y a aussi des gens qui sont aux confins de la majorité, qui ont ce point de vue parfois ou centre-gauche, tous ceux qui veulent aujourd'hui rémunérer plus fortement le travail, on sera à leurs côtés. Donc il ne s'agit pas là encore une fois de débauchages, de stratégies, de tactiques politiques…

VALERIE ASTRUC
Non mais vous avez les mêmes mots que LR, donc du coup LR est avec vous.

OLIVIA GREGOIRE
Oui, alors après je ne vais pas faire… J’adore l'historique des mots et je suis absolument passionnée de sémantique, un jour peut-être on en parlera en matinale…

VALERIE ASTRUC
Non, mais ils ont voté aussi les compromis.

OLIVIA GREGOIRE
Je vais vous dire, ils ont voté des compromis, et au-delà des mots, ce qui compte c'est qu'on soit d'accord sur les faits et les mesures à mettre en oeuvre, ils mentionnaient notamment les heures supplémentaires, c'est une bonne mesure, on l'a embarquée.

VALERIE ASTRUC
Ce week-end c'est le grand chassé-croisé des vacances, vous êtes ministre du Tourisme, premier bilan du tourisme tricolore en juillet, est-ce qu'on peut déjà parler de record ?

OLIVIA GREGOIRE
On peut parler d'une saison absolument éclatante, on ne peut parler de record pour certains endroits de France, je suis à la base députée de Paris, je vous donne un chiffre : 90% de taux d'occupation à Paris au mois de juin, c'est exceptionnel. Nous avons une autre bonne nouvelle, moi je pense d'abord et avant tout aux Français qui vont prendre leur voiture, soit pour rentrer, soit pour partir ce week-end, faites attention à vous, déjà, premier message. Parfois on est fatigué quand on part ou on est enthousiaste quand on rentre, ou un peu déprimé, ça dépend, faites attention. Ensemble en 50 ans, on a diminué par 6 la mortalité routière, donc de grâce soyons vigilants. C'est une saison qui s'annonce exceptionnelle, aussi bien pour les campings, avec + 21% d'occupation. C'est une saison qui s'annonce exceptionnelle, parce que nous avons un peu plus de Français qui partent en vacances, malgré les difficultés, vous voyez, économiques, malgré l'inflation. Nous avons 10% de plus de Français, 70% d'entre nous prennent quelques jours de vacances, 11 jours en moyenne. Les Français vont dépenser un petit peu moins dans leur projection, mais ils ont l'intention de partir un peu plus, pour plus d'entre eux, donc c'est une saison qui s'annonce très belle, et je veux, comme je l’ai fait il y a une semaine jour pour jour, dans le Sud, saluer l'extrême engagement de nos acteurs du tourisme. Bien sûr, nous les avons aidés, beaucoup de prêts garantis d'Etat, le fonds de solidarité, ils ont tenu le coup, ils rouvrent leurs restaurants, les touristes sont là, et notamment la clientèle internationale, on peut leur tirer notre chapeau.

VALERIE ASTRUC
Alors, sinon 4 Français sur 10 ne partent pas en vacances, c'est presque 2 fois plus…

OLIVIA GREGOIRE
3 cet été.

VALERIE ASTRUC
Oui, 3 cet été, en tout cas, c’est un peu moins que deux fois plus qu’en Allemagne et en Grande-Bretagne…

OLIVIA GREGOIRE
Absolument.

VALERIE ASTRUC
Est-ce que l'Etat doit investir davantage dans le tourisme social ?

OLIVIA GREGOIRE
C'est un sujet, on a une bonne raison, ça fait 40 ans, c'est l'anniversaire du Chèque vacances. Il va falloir qu'on s'attelle à ce sujet, peut être durant le projet de loi de finances, je ne doute pas que les parlementaires auront de bonnes idées. Il faut sûrement peut-être moderniser un peu les dispositifs et faire en sorte que l’on accompagne encore plus, avec le tourisme social, les 30 ou 40%, ce qui n'est pas rien, de Français qui ne peuvent pas partir, ça fait partie de mes priorités, dès cet été, même la rentrée.

VALERIE ASTRUC
Alors, dernière question, vous allez débattre aux universités d'été de LFI, avec Adrien QUATENNENS. Alors, on a cru que MACRON jugeait LFI pas tout à fait dans l'arc républicain, vous avez déjà eu beaucoup de débats avec LFI à l'Assemblée, vous en redemandez ?

OLIVIA GREGOIRE
Je crois que la démocratie impose d'en redemander toujours. Vous l'avez vu, l'ambiance est parfois électrique au sein du Parlement. J'ai à coeur, et je crois dans le cadre de l'invitation d'Adrien QUATENNENS, que c'est son cas aussi, qu'on puisse avoir un débat apaisé, un débat long, ce sera une grosse heure et demie de débat, un vrai débat, avec une équité de temps de parole, sur un sujet majeur, le pouvoir d'achat. Je pense qu'au coeur de la démocratie il y a le débat, on ne se convaincra pas forcément mutuellement, mais on a à coeur, je crois tous les deux, de pouvoir échanger, confronter notre point de vue et puis nos idées pour la France.

VALERIE ASTRUC
Merci à vous Olivia GREGOIRE.

OLIVIA GREGOIRE
Merci à vous.

VALERIE ASTRUC
Bonnes vacances pour dans une semaine.

OLIVIA GREGOIRE
Et bel été à ceux qui partent.

VALERIE ASTRUC
C'est la suite de Télématin, Axel de TARLE.

AXEL DE TARLE
Voilà. Merci Valérie ASTRUC, merci Olivia GREGOIRE, donc ministre du Tourisme qui salue une saison éclatante dans les campings, mais aussi pour les départs, avec 7 Français sur 10 qui prennent des vacances, 11 jours en moyenne.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 1er août 2022