Déclaration de Mme Patricia Mirallés, secrétaire d'État chargée des anciens combattants et de la mémoire, en hommage aux combattants alliés de l'opération Jubilee d'août 1942, à Dieppe le 19 août 2022.

Intervenant(s) :

  • Patricia Mirallès - Secrétaire d'État chargée des anciens combattants et de la mémoire

Circonstance : 80ème anniversaire du raid de Dieppe

Prononcé le

Texte intégral

Honorable ministre des Langues officielles, responsable de l'Agence de promotion économique du Canada Atlantique,
Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la chargée d'affaires, cheffe de mission par intérim,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Député,
Monsieur le Maire de Dieppe,
Général,
Mesdames et messieurs, membres d'associations, porte-drapeaux
Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités,


C'est avec émotion que je prends la parole aujourd'hui, ici, devant cette stèle aux combattants de l'opération Jubilee, pour se souvenir des terribles combats du raid de Dieppe. Pour me souvenir et pour honorer, avec vous, la mémoire des milliers d'hommes qui y ont donné leur vie, y ont été blessés ou faits prisonniers.

Il y a 80 ans jour pour jour, près de 5 000 soldats canadiens se sont courageusement lancés à Dieppe, sur la plage de Pourville ou au pied de la falaise du Puys, à l'assaut de ce qui était pourtant, selon la terminologie de l'époque, " la forteresse Europe ".

Pendant la Première Guerre mondiale, le Canada avait déjà payé un terrible tribut à la victoire. Ses soldats s'étaient battus avec bravoure et en avaient payé le prix fort sur les champs de bataille de Vimy, de Passchendaele ou de la Somme.

Pour nos alliés canadiens, nos amis canadiens, par le nombre des soldats déployés en ce 19 août 1942 et par le traumatisme des centaines de morts, Dieppe fut l'acte fondateur de leur engagement dans la Seconde Guerre mondiale. Ce fut aussi pour eux l'épisode le plus meurtrier de ce conflit.

Les soldats étaient venus de tout le Canada, du Manitoba, de l'Ontario, du Saskatchewan, de l'Alberta, du Québec, se battre pour une terre que la majorité d'entre eux n'avait jamais foulée, pour un pays qu'ils ne connaissaient pas.

Leur courage et leur abnégation vous le savez, n'ont pas empêché de faire de l'opération Jubilee un échec.

Beaucoup a été dit et écrit depuis ce mercredi d'août 1942 à propos de ce dramatique épisode…

Mon émotion aujourd'hui n'est cependant pas la fierté de ceux qui affirment que le raid de Dieppe fut une étape indispensable au succès, deux ans plus tard, du débarquement du 6 juin 1944. La conviction de ceux qui affirment que les leçons apprises à Dieppe ont permis de sauver des milliers de vies en cet autre jour historique que fut le Jour J.

Au lendemain de la guerre, le philosophe français Raymond Aron nous a alerté qu'il fallait se méfier de " l'illusion rétrospective de la fatalité ", de ce fantasme que les actions passées étaient toujours nécessaires ou inévitables.

Mon émotion n'est pas non plus la colère des autres, qui considèrent que le raid de Dieppe avait été mal préparé et que cette opération militaire fut un massacre inutile.

Non, mes émotions sont tout autres et je laisse les historiens travailler à ces questions. Ce n'est ni le lieu, ni le moment, aujourd'hui pour prétendre trancher ces débats.

Mes émotions cet après-midi sont d'abord et avant tout l'affection et la reconnaissance.

Celles que nous devons à tous ces hommes qui, loin de chez eux, ont choisi de se battre pour notre Liberté.

Nous pensons à eux. A ceux qui ont perdu la vie ici, à ceux qui furent blessés ou faits prisonniers.

Il y a quelques semaines, l'un d'entre eux a, pour la toute première fois, raconté à la télévision française ce qu'il a vécu pendant les combats. John Date est aujourd'hui centenaire. Au tout début de la guerre, ce jeune homme originaire de l'Ontario a menti sur son âge pour s'engager dans le Royal Regiment of Canada. Il avait dix-sept ans.

Ce 19 août 1942, à six heures et demie du matin, il débarque avec sur le dos 20 kilos d'explosifs, au pied de la falaise du Puys. Mais la plage est barrée par un mur de plusieurs mètres de haut, surplombé de barbelés.

John Date et ses frères d'armes sont bloqués sous le feu de l'artillerie et des mitrailleuses allemandes. En une heure et demie, la quasi-totalité des six-cents hommes du Régiment royal du Canada et du Régiment d'infanterie Black Watch vont perdre la vie. John Date fait partie des rares survivants. Fait prisonnier et transféré en Allemagne, il ne retrouvera son pays qu'en 1945, à l'âge de vingt-trois ans.

A lui, comme à tous ceux qui ont combattu ce jour-là, les hommes du South Saskatchewan Regiment, ceux du Queen's Own Cameron Highlanders, à ceux de l'aviation royale du Canada, à ceux du régiment de char de Calgary, nous devons reconnaissance.

We are here to remember them. To tell them our gratitude.
And I am here today to express the gratitude of the French Republic.

Nous sommes ici pour nous souvenir d'eux. Pour leur dire notre gratitude.

Je suis ici pour témoigner de celle de la République française.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 24 août 2022