Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à CNews le 14 septembre 2022, sur la croissance économique, l'inflation, les tarifs bancaires, les prix de l'alimentaire, le bouclier tarifaire, les questions énergétiques et la réforme des retraites.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Laurence FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans la Matinale de CNews. On va parler dans un instant du bouclier tarifaire, parce que c’est ce qui maintient la tête des Français hors de l’eau, mais il va s’arrêter fin décembre, on va voir ce que vous allez nous en dire dans un instant. Un mot d’abord de la croissance française, parce que ça aussi, c’est important. Elle a été revue à la baisse à 1% contre 1,4% prévu jusqu’à présent. Ma question est simple, est-ce que la France entre en récession ?

BRUNO LE MAIRE
Non, la France n’entre pas en récession, la France, d’abord, fait une bonne année 2022, nous allons réviser la croissance pour 2022 de 2,5 à 2,7, donc je le dis à tous les Cassandres qui nous avaient expliqué que nous n’atteindrions pas 2,3, finalement, on atteint 2,5. Et maintenant, comme la consommation se maintient, que l’investissement des entreprises se maintient et que les créations d’emplois restent très dynamiques, nous allons réviser la croissance de 2022 à 2,7. Et c’est une belle performance…

LAURENCE FERRARI
C’est une bonne nouvelle ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c’est une bonne nouvelle, c’est une belle performance de l’économie française, nous sommes évidemment impactés par le contexte géopolitique, les difficultés en Allemagne, aux Etats-Unis, en Chine, nous sommes évidemment impactés par les prix de l’énergie, donc nous révisons la croissance à 1% en 2023, mais c’est toujours une croissance positive.

LAURENCE FERRARI
Je vous parlais de récession, l’Allemagne risque d’entrer en récession, madame LAGARDE, patronne de la Banque centrale, pareil, a lâché le mot. Est-ce que, finalement, c’est un scénario que vous étudiez ou pas du tout à Bercy ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous étudions évidemment tous les scénarios, et j’avance nos chiffres avec beaucoup de prudence, alors, on sait bien que nous sommes soumis à tous les aléas internationaux, en particulier la guerre en Ukraine, les prix de l’énergie, et la situation économique allemande, qui est notre principal partenaire. Mais pour autant, les fondamentaux de l’économie française sont solides, la croissance a bien résisté en 2022, elle a tout pour résister aussi en 2023. Nous sommes dépendants des aléas, mais les fondamentaux sont sains.

LAURENCE FERRARI
L’inflation, pareil, elle remonte par rapport aux prévisions, 5,3 pour 2022, vous nous avez annoncé plusieurs fois qu’on était au pic de l’inflation, et on voit qu’elle continue à monter, qu’elle va monter jusqu’à l’été prochain. Quand est-ce qu’elle va commencer à diminuer ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, elle diminuera à partir du courant de l'année 2023, nous ne nous attendons pas à une augmentation de l'inflation jusqu'à l'été 2023, un pic, ça s'étale sur plusieurs mois, je l'ai indiqué à plusieurs reprises. Donc nous allons avoir dans les mois qui viennent, mois de décembre, mois de janviers, mois de février, parce que les prix de l’énergie restent très hauts, une inflation qui reste très élevée, c'est vrai. Et c'est bien pour ça que nous avons décidé de maintenir le bouclier énergétique, qui est la meilleure protection qu'on puisse garantir aux Français, c'est pour ça aussi que j'ai demandé un effort aux banques, qui ont annoncé hier un bouclier sur les tarifs bancaires, pas plus de 2% d'augmentation des tarifs bancaires pour tous les Français.

LAURENCE FERRARI
Vous leur avez tordu le bras aux banquiers ?

BRUNO LE MAIRE
Non, on a discuté, moi, je salue le sens des responsabilités des banquiers, depuis des années que nous travaillons ensemble, à chaque fois qu'il a fallu répondre présent dans les périodes difficiles, je constate que la Fédération bancaire française a répondu présente, et là, une nouvelle fois, gel des tarifs à 2% maximum, et pour les plus modestes, qui pouvaient payer jusqu'à 3 euros de frais bancaires par mois, ils ramèneront ça à un euro. Donc vous voyez que nous prenons toutes les mesures nécessaires pour amortir le choc, mais nous anticipons que dans le courant de l'année 2023, nous aurons une inflation qui va commencer à reculer.

LAURENCE FERRARI
Et les Français sont très inquiets, vous le savez…

BRUNO LE MAIRE
Oui, je comprends, enfin, je veux vraiment dire à quel point…

LAURENCE FERRARI
Notamment, il y a une grande inquiétude qui se traduit dans tous les sondages, dans tous les témoignages que nous avons…

BRUNO LE MAIRE
Je comprends parfaitement cette inquiétude, et cette inquiétude, c’est très simple, je suis père de famille, je vais faire mes courses, je vois bien que les prix alimentaires augmentent, et je sais que pour certains Français, ceux qui ont les revenus les plus faibles, cette inflation les prend à la gorge, et que c'est très difficile. Et c'est bien pour ça que nous maintenons des mesures de protection, mais je veux aussi leur dire que l'économie française crée des emplois. Et que c'est la meilleure protection pour leur pouvoir d'achat, que l'économie française va sortir de cette difficulté, de cette période inflationniste avec beaucoup d’atouts, en termes d'innovations, de créations d'entreprises, de dynamisme entrepreneurial. Donc il ne faut pas voir tout en noir, il y a au bout du compte une économie française qui est capable de résister et de réussir.

LAURENCE FERRARI
Vous parlez des prix de l’alimentaire qui explosent, pourquoi explosent-ils ? Michel-Edouard LECLERC était hier à votre place, il dit que ce sont les industriels qui ne jouent pas le jeu, et que c'est de la spéculation, en réalité. Il n’a pas tort ?

BRUNO LE MAIRE
Nous, nous n’observons pas... je pense qu'il faut être très prudent, on ne va pas chacun se renvoyer la balle, la réalité, c'est que les coûts de production sont plus chers pour les agriculteurs, que les intrants, les engrais sont plus chers, donc que la matière première agricole, elle est forcément plus chère, il faut bien que les agriculteurs…

LAURENCE FERRARI
Oui, mais vous savez qu’ils sont protégés par la loi Egalim, les agriculteurs…

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr, mais il faut bien…

LAURENCE FERRARI
Après, ce sont les distributeurs…

BRUNO LE MAIRE
Mais c’est bien, c’est nécessaire que nos agriculteurs soient protégés, mais, forcément, ça augmente les prix. Et quand les prix de gros augmentent, il y a toujours un moment où ça se retrouve dans les prix de détail, et nous sommes exactement à ce moment-là, Laurence FERRARI, où l'augmentation des prix de gros, qui avait pu être retenue par les industriels, pendant un certain temps, il faut bien qu'ils vivent aussi, se retrouve dans les prix de détail ; c'est pour ça que nous sommes dans cette situation d'inflation très élevée, que ça durera encore jusqu'au début de l'année 2023, mais, que nous anticipons, que, ensuite, cela sera amorti, et que l'inflation reculera dans le courant de l'année.

LAURENCE FERRARI
Les aides exceptionnelles arrivent en ce moment même pour les 11 millions de foyers concernés, est-ce qu’il y a un autre volant d'aides qui va arriver, et vers qui sera-t-il ciblé ?

BRUNO LE MAIRE
Elisabeth BORNE, la Première ministre, précisera tout cela dans quelques heures, donc il faut attendre encore quelques heures. Je peux simplement vous dire que, avec Elisabeth BORNE, nous avons à cœur de protéger ceux qui ont les revenus les plus modestes, et nous avons aussi à cœur, comme nous le faisons maintenant depuis un an et demi, avec le président de la République, d'amortir le choc. Nous sommes le seul pays européen qui, dès la rentrée 2021, en octobre, a dit : nous allons avoir un énorme problème avec les prix du gaz et avec des prix de l'électricité, donc il faut imposer un bouclier tarifaire sur les prix du gaz et sur les prix de l'électricité ; nous sommes le seul pays européen à l'avoir fait, d'autres pays européens ensuite ont pris des mesures un peu plus tard. Aujourd'hui, à l'heure où je vous parle, s'il n'y avait pas de bouclier tarifaire, ce serait 180 euros de facture de gaz en plus à la rentrée pour les Français, et 120 euros pour la facture d'électricité, ce serait totalement insupportable.

LAURENCE FERRARI
Ça serait 100% de plus, c’est ça ?

BRUNO LE MAIRE
Ce serait 100% de plus, et ce serait des factures, mais impossible à supporter pour nos compatriotes, donc je pense que le choix stratégique que nous avons fait, qui est d'amortir le choc inflationniste, et donc d'avoir le niveau d'inflation le plus faible en zone euro, c'est un choix qui remonte à 14 mois, qui a été anticipé, qui a été maintenu tout au long, parce que, moi, je crois à la stabilité des politiques économiques, je pense que c'était le choix le plus responsable, le plus judicieux, et surtout le plus protecteur pour nos compatriotes.

LAURENCE FERRARI
Les Français voient ce qui est fait sur le bouclier tarifaire, mais ils ne sont pas idiots, ils voient aussi qu'il va s'arrêter fin 2022, qu'est-ce qui va se passer en 2023, est-ce qu'il y a une éventualité que ce bouclier tarifaire explose et disparaisse complètement ?

BRUNO LE MAIRE
Non, nous allons le maintenir, la Première ministre va préciser les choses dans quelques heures, mais nous ne laisserons pas les Français tous seuls face à la flambée des prix de l'électricité et la flambée des prix du gaz, pour une raison qui est très simple, c'est un produit de première nécessité, il faut bien se chauffer, il faut bien s'éclairer, et donc il est indispensable d'avoir des prix de l'électricité et des prix du gaz qui soient accessibles pour tous, ce n'est pas simplement un choix économique, c'est aussi un choix social au sens le plus noble du terme, nous sommes un peuple qui doit vivre correctement, qui doit vivre dignement, on ne peut pas être la 5ème ou 6ème économie du monde et dans le même temps dire aux gens : eh bien, débrouillez-vous, les prix explosent, vous allez devoir faire face tout seuls, ça n'est pas ma conception de l'économie, l'économie aussi a un sens politique. Et là aussi, le sens politique, c'est de protéger nos compatriotes quand il y a un choc économique aussi dur.

LAURENCE FERRARI
Il n'empêche que l'Etat ne va pouvoir continuer à payer éternellement pour l'énergie, 15 % de hausse pour le gaz, vous me le confirmez, sur la facture de gaz dès le mois de janvier ?

BRUNO LE MAIRE
La Première ministre donnera tous les chiffres…

LAURENCE FERRARI
Ce sont les chiffres de Bercy…

BRUNO LE MAIRE
Tous les chiffres dans quelques heures. Simplement, il est légitime aussi quand les prix prennent 100, 120, 130%, que le consommateur en absorbe une partie, mais une partie qui doit être mesurée, qui doit être acceptable. Donc la Première ministre précisera tout cela dans quelques heures, c'est une conférence de presse qui est importante que donne Elisabeth BORNE, mais qui obéit à une logique économique et politique qui, je crois, est responsable, nous protégeons, nous envoyons un signal prix qui est indispensable, parce que sinon, ce serait insupportable pour les finances publiques, et nous accordons une protection particulière à ceux qui ont les niveaux de revenus les plus faibles.

LAURENCE FERRARI
On parle du gaz, plus 15%, est-ce qu'on a un ordre d'idée pour l'électricité, même chemin, non, ce sont des chiffres de votre ministère…

BRUNO LE MAIRE
Là aussi, je ne vous donnerai aucun chiffre ce matin, attendez quelques heures. Je dis simplement que nous maintiendrons un bouclier qui protège l'ensemble de nos compatriotes, que nous demanderons à un certain nombre de nos compatriotes d'absorber une hausse de prix pour qu’on ne soit pas complètement déconnecté du marché, et que nous continuerons à protéger les plus fragiles.

LAURENCE FERRARI
La situation va rendre impossible les baisses d'impôts désormais, on voit que la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, eh bien, 2023 et 2024, on la repousse, il n’y aura plus de baisse d’impôts…

BRUNO LE MAIRE
On ne la repousse pas, Laurence FERRARI…

LAURENCE FERRARI
Vous la scindez en deux ?

BRUNO LE MAIRE
On la fait en deux temps, parce que je tiens à ce que l’on trouve le bon équilibre entre le rétablissement, la compétitivité de nos entreprises, et il faut baisser les impôts de production, parce que c'est ce qui fera la réindustrialisation du pays. On les a déjà baissés de 10 milliards, personne d'autre que nous ne l'a fait, je le dis aux entrepreneurs qui s'inquiètent, mais regardez ce que nous avons fait. Si vous êtes Saint-Thomas, regardez ce qui a été décidé par le gouvernement et par le président de la République. 10 milliards qui ont été faits, 4 milliards qui seront inscrits dans le budget de 2023, et nous voterons dès 2022, dès ce projet de loi de finances, la trajectoire qui prévoira 4 milliards en 2023, 4 milliards en 2024, c'est-à-dire une baisse en deux temps. Parce que rétablir la compétitivité des entreprises ne doit pas se faire au détriment du rétablissement de nos finances publiques. C'est un équilibre à trouver. Les mêmes qui me disent qu'il faut rétablir les finances publiques, devraient être satisfaits que nous soyons responsables et que nous fassions en deux temps, dans des circonstances plus difficiles, ce qui aurait pu être fait en un seul temps.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que vous nous dites ce matin, Monsieur le Ministre, que l’on va passer l'hiver sans coupure d'électricité, sans coupure de gaz ? Est-ce que vous nous dites aujourd'hui que si le parc nucléaire français se remet en marche d'ici février, on y arrive ?

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis que c'est possible. Il y a des conditions. Mais j’entends des scénarios catastrophistes : on va devoir éteindre toutes les lumières, couper tous les chauffages, mettre toutes les usines à l'arrêt, on va demander aux entreprises d'arrêter leur production pendant plusieurs semaines, ça n'est pas notre scénario central. Je veux le dire avec beaucoup…

LAURENCE FERRARI
C’est la Première ministre qui a prononcé ces mots-là.

BRUNO LE MAIRE
Non, la Première ministre a été là aussi être très claire, le président de la République aussi. Si nous sommes tous responsables, nous passons l'hiver sans difficulté. Tous responsables, ça veut dire quoi ? Eh bien ça veut dire redémarrer les réacteurs nucléaires. Ça c'est la responsabilité d'EDF.

LAURENCE FERRARI
A marche forcée ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien le plus vite possible, le plus vite possible. Nous avons des réacteurs qui sont à l’arrêt…

LAURENCE FERRARI
Pas au détriment de la sécurité.

BRUNO LE MAIRE
Certainement pas au détriment de la sécurité ou de la sûreté nucléaire, mais la responsabilité d'EDF est de remettre en route, le plus vite possible, et je sais qu'ils y travaillent matin, midi et soir, nos réacteurs nucléaires, pour avoir la production suffisante. Première responsabilité. La deuxième, c'est vous, moi, tous les téléspectateurs qui nous écoutent : consommer moins d'énergie. Et là nous allons donner des indications très précises, parce qu’il faut aussi expliquer à nos compatriotes ce qui est le plus rentable en termes de consommation d'énergie. Tout le monde pense à l’éclairage, tout le monde pense au chauffage, on ne pense pas suffisamment à tout ce qui est cuisson.

LAURENCE FERRARI
Oui, électroménager.

BRUNO LE MAIRE
Plaques de cuisson, électroménager…

LAURENCE FERRARI
Froid.

BRUNO LE MAIRE
Froid, tout cela est très consommateur d'énergie, on peut faire attention. Troisième responsabilité, enfin…

LAURENCE FERRARI
Mais les Français savent tout ça, Bruno LE MAIRE, ce ne sont pas les plus consommateurs d'énergie…

BRUNO LE MAIRE
… celle des entreprises.

LAURENCE FERRARI
… on sait que ce sont les entreprises.

BRUNO LE MAIRE
Mais il y a aussi les entreprises, je les réunirai et d'ici quelques semaines avec Agnès PANNIER-RUNACHER, pour leur dire que dès que le gestionnaire de réseau enverra un signal, 2 ou 3 jours avant, en disant : attention, il va y avoir un pic de consommation et un pic de froid, il faut que vous ralentissiez votre production, pour qu'il n'y ait pas de coupure, pour qu'il n'y ait pas de délestage. Si chacun fait preuve de ce sens des responsabilités, nous pouvons passer l'hiver sans difficulté majeure.

BRUNO LE MAIRE
Alors, tant mieux si vous nous dites ça ce matin. La sortie du marché européen de l'électricité, c'est pour quand ? On sait qu'il y a des discussions au niveau européen, ça va prendre des mois encore, des années ?

BRUNO LE MAIRE
En tout cas, il faut que ça aille le plus vite possible. Nous portons ça avec le président de la République depuis plus d'un an. Ça fait un an que nous expliquons à la Commission européenne qu'il est temps de déconnecter le prix du gaz et le prix de l'électricité.

LAURENCE FERRARI
Donc, on ne pèse rien.

BRUNO LE MAIRE
On nous donne enfin raison.

LAURENCE FERRARI
On ne pèse rien, si ça n’est toujours pas arrivé.

BRUNO LE MAIRE
On pèse, puisqu’on a obtenu ça au bout d'un an, mais on va peser encore plus pour faire, en 2 jours, ce qui a été fait en 12 mois.

LAURENCE FERRARI
Donc vous êtes optimiste, sur quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je suis optimiste sur le fait que l’on va déconnecter définitivement le prix du gaz, le prix de l’électricité. C'est une aberration de dire : il faut plus d'électricité décarbonée, ah mais le prix à payer ce sera le prix des énergies fossiles. Enfin, à un moment donné, vous avez deux fils qui se touchent, c’est le cas de le dire, et ça ne marche pas.

LAURENCE FERRARI
Un mot des retraites. Vous maintenez que la réforme entrera en vigueur en 2023 ? Est-ce que ce n'est pas rajouter du désordre au désordre ?

BRUNO LE MAIRE
Mais, ce qui serait rajouter du désordre aux difficultés économiques actuelles, c'est de ne pas engager des réformes qui sont nécessaires. Et la réforme des retraites…

LAURENCE FERRARI
Le régime est bénéficiaire. Le régime est bénéficiaire, cette année, en 2022.

BRUNO LE MAIRE
Oui, enfin, on nous dit, on nous dit une année, c’est bénéficiaire, et puis l'année suivante, ah ben tiens, bizarrement, je vois les dernières prévisions du COR, ça ne va pas être si bénéficiaire que ça. Enfin, ce n’est pas responsable. Ce qui est responsable, c'est de nous dire que pour garantir la prospérité de nos enfants, notre prospérité à nous, il faut que nous travaillions tous collectivement davantage. Et il n’y a pas d'alternative à cette idée-là, sauf l'appauvrissement de la France, votre approfondissement, l'appauvrissement de ceux qui nous écoutent. On peut tous travailler moins, garder le système de retraite tel qu'il existe aujourd’hui, nos enfants vivront moins bien, se soigneront moins bien, ils se logeront moins bien, se transporteront moins bien. Ils investiront moins bien, ils auront des entreprises qui fonctionneront moins bien. Ce n’est pas ce que je souhaite à nos compatriotes, et ce n'est pas ce que je souhaite à la France. Donc oui, je continuerai à défendre la nécessité ardente d'une réforme des retraites, proposée par le président de la République, et annoncée pour l'été 2023.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'elle sera examinée, cette réforme, dès cet automne, dans le cadre du budget de la Sécurité sociale ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Il faut en discuter. Après, c'est au ministre chargé des retraites de le faire, ça n'est pas ma responsabilité, mais je le dis comme membre d'un gouvernement, avec une Première ministre, un président de la République qui s’est engagé très fortement sur ce sujet, je voudrais que chacun de nos compatriotes comprennent qu'on peut faire des choses qui sont justes, des choses qui sont équilibrées, qui tiennent compte de l'âge d'entrée dans la vie active, qui tiennent compte de la pénibilité du travail. Il ne s'agit pas de traiter tout le monde de la même manière, bien entendu, on veut de la justice, mais nous voulons aussi, parce que c'est notre responsabilité, garantir aux générations qui viennent qu'elles auront le même niveau de vie que le nôtre. Et s'il n'y a pas plus de travail collectif, nous ne pouvons pas le garantir.

LAURENCE FERRARI
J’aimerais terminer par une question sur la fin de vie. On a appris que Jean-Luc GODARD, l'immense réalisateur décédé hier, s'était rendu en Suisse pour avoir recours à l'assistance au suicide. Ce sont des questions profondes, intimes, qui traversent la société française depuis des années. Est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin désormais que la loi Claeys-Leonetti ? Le comité d'éthique a ouvert la voie à une possibilité d'aide active à mourir, le président MACRON va lancer une grande consultation nationale, quelle est votre conviction là-dessus Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a des choses que je sais, Laurence FERRARI. Ce que je sais c'est qu'il faut plus d'unité soins palliatifs dans notre pays, et Jean LEONETTI l'a très bien dit hier, il y a 20 départements qui n'ont pas d'unité de soins palliatifs. Je connais, mon père est mort dans une de ces unités, elles sont absolument remarquables. Donc tout le monde doit y avoir accès, parce que c'est la garantie de mourir accompagné, dans la dignité. Et puis il y a ce que je ne sais pas. Est-ce qu'il faut aller plus loin, est-ce qu'il faut aller vers le suicide assisté, avec tout ce que ça représente comme transformation de notre société ? Eh bien, quand on ne sait pas, je pense que la meilleure façon de se forger une conviction, c'est de discuter, d'échanger, de manière profondément humaine, c'est-à-dire avec vous, avec les téléspectateurs, avec les gens qu'on rencontre, avec les spécialistes, avec les médecins, avec, je ne dirais pas chaque citoyen, avec chaque personne humaine de la société. Donc moi j'attends le débat que le président de la République a annoncé avec beaucoup d'impatience, parce que je pense que c'est bien que nous nous posions ces questions. Quand on n'a pas de réponse, il faut aller au bout de ces questions.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'être venu ce matin dans la Matinale de Cnews.

BRUNO LE MAIRE
Merci Laurence FERRARI.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 15 septembre 2022