Interview de M. Roland Lescure, ministre chargé de l'Industrie, à France Info le 5 septembre 2022, sur la taxation des superprofits, la sobriété énergétique, les aides aux entreprises pour faire face à l'augmentation des prix de l'énergie, l'énergie nucléaire et le débat budgétaire.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Roland LESCURE.

ROLAND LESCURE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Après l’Espagne, après l’Italie, après le Royaume-Uni, l’Allemagne annonce à son tour qu’elle veut taxer les profits exceptionnels des entreprises du secteur énergétique, l’Allemagne qui évoque déjà un chiffre de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, ça va faire réfléchir le gouvernement français ou pas ?

ROLAND LESCURE
Alors je voudrais corriger ce que vous venez de dire, l’Allemagne n’a pas annoncé une taxe, ce qui a été annoncé par le gouvernement allemand hier c’est une contribution exceptionnelle des producteurs d’énergie sur le territoire national, qui profitent d’un prix du gaz élevé et qui vont du coup contribuer au budget de l’Etat…

MARC FAUVELLE
Alors on ne va pas se lancer dans…

ROLAND LESCURE
Non, non, mais c’est très important…

MARC FAUVELLE
Je vais vous donner exactement ce qu’a dit Olaf SCHOLZ hier…

ROLAND LESCURE
Ça existe déjà en France, mais allez-y.

MARC FAUVELLE
" Un prélèvement partiel des bénéfices aléatoires. "

ROLAND LESCURE
Ce qui existe déjà en France. Aujourd'hui, si vous produisez des énergies alternatives en France, vous profitez d’un prix du gaz élevé qui détermine le prix de l’électricité que vous-même allez vendre, ça aujourd'hui ça rapporte 8 milliard au budget de l’Etat, sur la base de prix du gaz qui était moins élevé qu’aujourd'hui, c'est-à-dire qu’il est très probable que dans les mois qui viennent ça rapporte encore plus. Donc, ce que fait l’Allemagne, c’est finalement mettre en place ce qui existe déjà en France, pour les producteurs d’énergies alternatives, ce qui existe aussi pour EDF, ça nous a été suffisamment reproché, y compris par EDF lui-même. Aujourd’hui EDF contribue à la baisse des prix du gaz pour les industriels, via ce qu’on appelle l’ARENH, qui est un dispositif technique, mais qui finalement est un prélèvement sur EDF.

SALHIA BRAKHLIA
Mais Roland LESCURE, vous voyez bien ce qui se passe, le mouvement qu’il y a en ce moment en Europe, le Royaume-Uni, on avait dit l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne qui va davantage prélever les entreprises sur leurs profits, pourquoi le gouvernement français ne va pas dans ce sens-là, on a l'impression qu'il a peur des grands patrons ?

ROLAND LESCURE
Non, non non, on n’a pas peur des grands patrons. Ce qu’on note c'est qu'aujourd'hui, par exemple TOTAL, depuis quelques jours, opère une ristourne à la pompe sur l'essence, aujourd'hui l'essence en France il est plus de 20 centimes inférieur à ce que payent les Allemands, ça c'est en partie lié à la ristourne du gouvernement, et en partie lié aux efforts de TOTAL. Ce qu'on note c'est que CMA-CGM, quand ils annoncent les résultats, annoncent qu'ils vont mettre 1,5 milliard à la décarbonation…

MARC FAUVELLE
Sur 15 milliards d’euros de bénéfices CMA…

SALHIA BRAKHLIA
En six mois.

MARC FAUVELLE
Tout le monde ne connaît pas ce groupe, CMA-CGM c’est un armateur marseillais, troisième armateur mondial, 15 milliards d'euros de bénéfices en six mois, parce que le coût du transport mondial s'est envolé, ce sont des bénéfices qui sont liés, on ne peut pas dire à une forme de spéculation parce que l'armateur n’a pas mis d’argent, mais ce sont des bénéfices vraiment exceptionnels, ceux-là vous ne les taxerez pas non plus ?

ROLAND LESCURE
Alors vous, CMA-CGM ça perdait de l'argent il y a deux ans, donc moi d'abord je voudrais me féliciter qu'on a des grandes entreprises françaises qui sont des champions mondiaux qui gagnent de l’argent…

MARC FAUVELLE
Mais ce qui fait aussi qu'on paye nos produits plus chers en ce moment dans les supermarchés.

ROLAND LESCURE
Oui, et CMA-CGM a fait une partie du travail, on va voir s'ils vont continuer à le faire, en annonçant qu’ils baissaient le prix de leurs containers, de 500 euros par container, il y a déjà quelques semaines, le PDG hier annonçait qu'il allait investir dans la décarbonation. Moi je préfère que TOTAL électrifie les bornes dans toutes ses stations-service, je préfère que TOTAL fasse des ristournes au prix à la pompe, je préfère que TOTAL fasse de la prime Macron pour tous ses salariés, plutôt que de les taxer. Cela dit…

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça vous n’en n’avez aucune certitude…

ROLAND LESCURE
Cela dit c’est important ; non, mais c’est ça…

SALHIA BRAKHLIA
Que TOTAL va mettre tout ça en avant.

ROLAND LESCURE
Exactement. Si TOTAL ne le fait pas, ça a déjà été dit, notamment par la Première ministre, alors on mettra le travail sur l'étal, mais à ce stade TOTAL fait de la ristourne, TOTAL, j'espère, va accélérer la transition écologique, par exemple…

SALHIA BRAKHLIA
Donc ça veut dire, Roland LESCURE, que contrairement à ce que dit Bruno LE MAIRE, la porte n'est toujours pas fermée sur la taxe sur les superprofits.

ROLAND LESCURE
Non, je pense que l’un et l’autre, Bruno LE MAIRE et Elisabeth BORNE…

MARC FAUVELLE
C’est dur de faire du " en même temps " sur une taxe !

ROLAND LESCURE
La Première ministre, ont dit la même chose, nous croyons à la responsabilité des entreprises, moi je pense que les entreprises doivent faire leur travail, comme nous tous d'ailleurs. Au fond, face à cette crise énergétique, nous avons tous une responsabilité, et évidemment, grandes entreprises, grandes responsabilités, petites entreprises, petites responsabilités, je m'attends à ce que les très grandes entreprises fassent des efforts, c'est déjà le cas aujourd'hui. Moi ce que j'aimerais en revanche c'est qu'on arrête typiquement, un peu systématiquement, de jeter la pierre aux grandes entreprises comme si c'était l'ennemi. TOTAL aujourd'hui c'est des dizaines de milliers d'employés en France, plus de 100.000 employés dans le monde, CMA-CGM 140.000 employés dans le monde, dont une bonne partie en France…

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais c’est en période de crise et de superprofits, est-ce qu'on fait davantage participer les grosses entreprises, c’est la question ?

ROLAND LESCURE
Exactement, est-ce qu’elles participent davantage, c'est la question que nous leur posons, pour l'instant franchement, en tout cas ces deux groupes font leur partie du travail.

MARC FAUVELLE
Une question importante pour les entreprises, c'est la principale niche fiscale des entreprises, ce qu'on appelle le Crédit impôt recherche, ça coûte un peu plus de 6 milliards d'euros par an au budget de l'Etat, est-ce qu'il est question de verdir ce crédit d'impôt, c'est-à-dire de dire oui on continue à vous le verser mais uniquement si vos investissements dans le sens de la transition énergétique ?

ROLAND LESCURE
Alors d’abord, vous l’avez dit, le Crédit impôt recherche c’est une partie très importante de notre politique d'attractivité, moi j’ai été à Choose France au mois de juillet, plus de 7 milliards d'investissements en France, plus de 1000 emplois, une grande entreprise, une grande usine de microprocesseurs qui va être installée à Grenoble, le Crédit impôt recherche, tous les investisseurs internationaux nous disent que ça fait partie des atouts de la France, parce qu'on incite à l'innovation. Est-ce qu'on va uniquement dédier le Crédit impôt recherche à la transition écologique ? Attention, on a aujourd'hui des industries, je dirais d'hier et d'aujourd'hui, qui doivent accélérer leur transition, il faut aussi qu'on les aide à faire cette transition, aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
Est-ce que c’est le bon outil pour les aider justement, ces 6 milliards-là, de dire on conditionne ?

ROLAND LESCURE
Non, moi je ne pense pas qu’il faut conditionner, je pense qu'il faut être extrêmement clair sur les objectifs de chaque mesure, le Crédit impôt recherche vise à accélérer la recherche et l'innovation en France, c'est ce à quoi il doit être consacré. Ensuite, est-ce qu'il faut regarder les détails de telle ou telle mesure pour savoir s'il faut en améliorer le fonctionnement, pourquoi pas, ça c'est l'objectif de budget, mais n'oublions pas aujourd'hui que la France est le pays le plus attractif en Europe et que notamment c'est grâce à ce Crédit impôt recherche.

MARC FAUVELLE
Roland LESCURE, il y a beaucoup de petites et de grandes entreprises, et de salariés, qui s'inquiètent en ce moment, qui se demandent comment ils vont passer l'hiver, est-ce qu’ils vont pouvoir continuer tout simplement à produire, à chauffer, si le gouvernement va les aider, je vous propose qu'on ouvre ce dossier j'allais dire, ce chantier dans un instant, le temps du Fil Info à 8h40 avec Maureen SUIGNARD.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Roland LESCURE, le ministre chargé de l'Industrie. Alors, depuis la semaine dernière, l'inquiétude monte dans les entreprises face au risque de rationnement, agité par la Première ministre Elisabeth BORNE. Si on doit couper l'électricité ou le gaz cet hiver, dans une usine, ça se fera sur quels critères ?

ROLAND LESCURE
Bon, d’abord on n'en est pas là. C'est très important qu'on explique aujourd'hui ce qu'on est en train de faire. Le plan de sobriété, il vise à justement éviter ce qu'on appelle les rationnements, le fait qu'on réduise un peu la production et la livraison d'énergie, pour les principaux consommateurs. Aujourd'hui, ce risque il est faible, c'est uniquement dans un scénario extrêmement adverse, c'est-à-dire un hiver rigoureux, des semaines particulièrement rigoureuses, la coupure du gaz russe, qu'on devrait examiner ce type de scénario. Et surtout, si chacun d'entre nous prend sa part de responsabilité, si chacun d'entre nous au quotidien, que ce soit à la maison ou au bureau, fait sa part du travail, ce risque sera extrêmement faible. Donc vraiment j'en appelle à la responsabilité de tous.

SALHIA BRAKHLIA
Donc là…

MARC FAUVELLE
Il est aussi faible, pour être précis, sur l'électricité que sur le gaz, pour ce qui et de l'industrie ?

ROLAND LESCURE
Eh bien il est forcément un peu plus élevé sur le gaz, puisque l'inconnue c'est, est-ce que POUTINE va arrêter de livrer du gaz en Europe ? Mais je ne vais pas passer en revue le nombre de mesures qu'on pourrait tous faire chacun chez soi, pour réduire nos consommations d'énergie, il y en a déjà qui commencent à fleurir sur Internet, sur les réseaux sociaux, on voit des vidéos extrêmement didactiques. Ce que je tiens à préciser quand même, c'est que, 1° en moins en hiver, que ce soit au bureau ou à la maison, c'est 7 % de consommation d'énergie en moins en France. Donc c'est extrêmement important. Ce petit degré auquel on peut tous contribuer, il peut avoir un effet très important. Donc si l'hiver n'est pas trop rigoureux, et surtout si chacun prend sa part de responsabilité, on évitera le scénario qu'on appelle de rationnement.

SALHIA BRAKHLIA
Roland LESCURE, depuis la semaine dernière vous agitez quand même le scénario du pire, au gouvernement, vous avez fait une liste d'entreprises qui pourraient être visées par des coupures, par des rationnements cet hiver ?

ROLAND LESCURE
Alors, d'abord, vraiment j'insiste, la meilleure manière d'éviter le pire, c'est de s'y préparer. Donc c'est vrai qu'en examinant les scénarios du pire, en appelant à la responsabilité des uns et des autres, on limite ce risque. Maintenant, évidemment, on s’y prépare. Et donc, ce qu'on est en train de regarder, c'est d'abord les entreprises qui ne peuvent pas s'arrêter, évidemment, les hôpitaux, les entreprises de défense, un certain nombre d'entreprises agroalimentaires, qui permettent de s'assurer qu'on puisse avoir à manger, tout ça ne sera pas touché par d'éventuelles mesures de rationnement. Quand on dit rationnement, ce n'est pas coupure, coupure c'est vraiment de scénario extrême, où on coupe de manière discrétionnaire, le gaz, l'énergie à certains consommateurs. Le rationnement, il ne concernera que, effectivement, quelques milliers d'entreprises qui sont des gros consommateurs, d'abord le tertiaire, parce que là encore évidemment réduire le chauffage, mettre une partie des salariés peut-être en télétravail en fin de semaine, des choses comme ça, ça peut là encore permettre de limiter ce scénario de rationnement.

MARC FAUVELLE
Est-ce que ces efforts, par exemple, vous allez les demander à une entreprise comme la SNCF, qui pourrait réduire le nombre de ses trains cet hiver pour économiser du courant ?

ROLAND LESCURE
Non. Alors vraiment l'objectif il n’est pas d'arrêter les trains la SNCF, j'ai échangé d’ailleurs avec Jean-Pierre FARANDOU vendredi dernier, je rencontre aujourd'hui tous les grands industriels…

SALHIA BRAKHLIA
Le patron de la SNCF.

ROLAND LESCURE
Le patron de la SNCF. Bon, d'abord la première fausse bonne idée qu'il faut écarter, c’est de ralentir la vitesse des TGV…

MARC FAUVELLE
Ça ne marche pas ?

ROLAND LESCURE
Eh bien non, parce que ça complexifie évidemment énormément les relations, les changements, les correspondances, etc.

MARC FAUVELLE
Donc les trains rouleront bien à la même vitesse à la fin de…

ROLAND LESCURE
… donc les trains arriveront à l’heure…

 SALHIA BRAKHLIA
Ils seront toujours aussi nombreux ?

MARC FAUVELLE
… et le nombre de trains ?

ROLAND LESCURE
… en tout cas autant qu'aujourd'hui, et le nombre de trains, sauf scénario extrêmement adverse, c'est ce qu'a précisé la SNCF, dans des cas extrêmement particuliers, où on devrait rationner l’énergie, on aura tous les trains qu'on souhaite pour par exemple partir en vacances à Noël.

SALHIA BRAKHLIA
Pour qu'on comprenne bien, les plans de sobriété que la Première ministre a demandés à toutes les entreprises la semaine dernière, ils vous seront rendus à la fin du mois. Les efforts sont, seront différents en fonction de la taille ou du secteur des entreprises.

ROLAND LESCURE
Oui, alors, ce qu'on appelle le plan de sobriété, d'abord, ce sont des plans de sobriété volontaires. Les industriels, les entreprises sont bien conscientes qu'elles ont une part de responsabilité dans les économies d'énergie. Donc on a demandé à tous les secteurs, par exemple l'industrie, je rencontre les grandes filières industrielles avec Agnès PANNIER-RUNACHER cette semaine, pour échanger avec eux sur le travail qu'ils sont en train de faire, pour voir la manière dont eux peuvent contribuer aux efforts de sobriété. Donc on est aujourd'hui essentiellement…

SALHIA BRAKHLIA
Oui, mais qui va dire : c'est bien, c'est assez efficace, ça va assez loin ?

MARC FAUVELLE
Exactement, vous allez nous dire qu’on voit le mal partout, mais vous nous dites « c’est volontaire ». Une entreprise qui, imaginons, ne ferait absolument rien, que se passera-t-il ?

SALHIA BRAKHLIA
Eh bien d'abord, ça ferait une hausse de facture extrêmement forte. Aujourd'hui, ce qui est important de comprendre, c'est que le marché du gaz et de l'électricité d'ailleurs, est devenu un peu fou, et peut-être parce qu'on n'avait pas été suffisamment clair, c'est pour ça qu’on l'est aujourd’hui, c'est pour ça que l'Europe l’est aujourd'hui sur le fait que l’on met en place des plans de sobriété pour s'assurer qu'on puisse passer l'hiver sans heurts. Ça a commencé à fonctionner d'ailleurs, le prix du gaz et le prix de l'électricité depuis une semaine, ils ont baissé. Plus le prix sera modéré, parce que les marchés seront rassurés sur le fait qu'on passe l'hiver sans encombre, plus les efforts seront responsables et volontaires, moi on n’aura à faire autre chose, c'est l'essentiel. Et donc, aujourd‘hui, ce que l’on va faire…

SALHIA BRAKHLIA
Mais, est-ce que vous allez suivre ces plans de sobriété dans la durée ?

ROLAND LESCURE
Evidemment, donc on demande aujourd'hui aux entreprises de nous faire des propositions, on les agrège. Parce que si vous faites une partie des efforts, et si vous faites une partie des efforts, l'objectif c'est d'agréger tout ça pour s'assurer que ça passe. Et si ça passe, on renforcera évidemment l'appel à la responsabilité, mais on n'ira pas plus loin. Si on se retrouve dans un hiver particulièrement rigoureux, et que pendant cet hiver particulièrement rigoureux, en plus on a une semaine très froide, là il faudra qu'on change de braquet et c'est à ça qu'on se prépare aujourd'hui, avec les entreprises, industrielles et non d'ailleurs, parce qu'évidemment l'essentiel des économies sont dans le tertiaire.

MARC FAUVELLE
La France aidera ses voisins européens, conformément à ce qui a été décidé au mois de juillet entre les 27, en cas de coup dur, quels que soient les efforts fournis par les Français, on aidera par exemple l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie ? On fournira du gaz à ce moment-là s’ils en manquent ?

ROLAND LESCURE
De la même manière que l'Allemagne aujourd'hui nous aide. Vous savez qu'on a un certain nombre de réacteurs arrêtés, et que du coup aujourd'hui on est plutôt acheteur net d'électricité. Le fonctionnement du marché de l'énergie en Europe, le partage des responsabilités, il est essentiel. Pourquoi d’abord est-ce que les économistes sont extrêmement imbriquées ? Quand l'Allemagne va bien, la France va bien, et vice versa. On a besoin de faire preuve de solidarité, et puis surtout il ne faut pas oublier qu'on est aujourd'hui dans un conflit, sur lequel l'Europe a un devoir de responsabilité et de solidarité, y compris évidemment vis-à-vis de nos amis ukrainiens. Donc on va travailler ensemble, c'est l'objectif d'ailleurs du Sommet de l'énergie du week-end prochain. Bruno LE MAIRE travaille en étroite collaboration avec son homologue Christian LINDNER en Allemagne, aussi pour évaluer tout ce qu'on peut faire pour aider les entreprises, mais oui il y a une solidarité européenne, et moi je m’en félicite.

MARC FAUVELLE
Alors, puisqu'on parle d’aide aux entreprises, Roland LESCURE, le gouvernement a mis en place il y a plusieurs mois de ça, un fonds doté de 3 milliards d'euros pour aider les entreprises qui font face à l'explosion de leurs dépenses énergétiques. 3 milliards d'euros, 500 000 € ont été utilisés dans ce fonds, est-ce que très clairement on s'est planté ?

ROLAND LESCURE
Le fonds il a clairement été… il n’a pas été calibré pour un prix du gaz à 300 € le kilowattheure, qui était ce qu’il valait la semaine dernière. Il a été calibré…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire quoi, les critères étaient trop compliqués ?

ROLAND LESCURE
Oui, les critères étaient la fois trop complexes, on l'a fait un peu à la française, donc on a besoin de simplifier tout ça…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire quoi " on l’a fait à la française " ?

ROLAND LESCURE
Eh bien parfois, on a tendance un peu, sans mauvais jeu de mots, à faire des usines à gaz. Donc on va simplifier tout ça. Mais surtout, les critères étaient un peu trop exigeants, un peu trop contraignants.

SALHIA BRAKHLIA
C'est-à-dire que les PME ne pouvaient pas y accéder ?

ROLAND LESCURE
Non, alors les PME, je pense que ça allait, le problème c'est que par exemple, je vais vous donner un exemple d'un critère très simple, vous n'aviez accès à ce fonds que si les coûts de l'énergie représentaient 3% de votre chiffre d'affaires. Une entreprise, dont les coûts de l'énergie représentaient 2% du chiffre d'affaires, qui fait face à un triplement du prix de l'énergie, d'un seul coup ça passe de 2 à 6, ah mais on leur dit : non, mais désolé, vous étiez à 2, vous n’y avez pas droit. Eh bien aujourd’hui je suis à 6. Oui eh bien on verra le mois prochain. C'est tout ça qu'il faut simplifier. Donc on est en train de le faire. Je pense que Bruno LE MAIRE annoncera les choses dans le courant de cette semaine, pour simplifier ce fonds, qui est un fonds qui se place dans un cadre européen. J'ai rencontré mon homologue allemand la semaine dernière, il avait dépensé 700 000 €, il avait le même problème que nous. Donc on a besoin de simplifier et surtout d'adapter ce fonds au prix de l'énergie aujourd'hui, qui est sans commune mesure avec ce qu'il était il y a 6 mois quand on a mis en place ce fonds.

SALHIA BRAKHLIA
Roland LESCURE, c'est une demande de la CFDT, de la bouche de Laurent BERGER, est-ce que le gouvernement envisage de remettre sur la table le même dispositif mis en place pendant la crise Covid, celui du chômage partiel ?

ROLAND LESCURE
Alors, l'objectif il est au contraire d'éviter ça, parce que le chômage partiel, pour être très clair, ça veut dire qu'on arrête la production dans les usines, de manière un peu généralisée, comme ça avait été le cas il y a deux ans.

MARC FAUVELLE
Eh bien c’est ce que vient de faire un groupe important, qui emploie 1 600 personnes, c'est le groupe verrier ARC, qui justement consomme énormément d'énergie pour ses fours, 1 600 personnes placées en chômage partiel, qui ne seront donc pas indemnisée à 100%, pour eux il n’y aura pas d'exception par exemple.

ROLAND LESCURE
Alors, on va regarder les cas particuliers ? Ce que je veux dire, c'est qu’il y a 2 ans vous vous souvenez, tout ça a été généralisé. Aujourd'hui, l'objectif il est au contraire d'éviter ce type de situation…

SALHIA BRAKHLIA
Mais quand ça se passe ?

ROLAND LESCURE
Les verriers sont dans une situation extrêmement particulière, donc typiquement ARC, DURALEX…

MARC FAUVELLE
DURALEX, même situation…

ROLAND LESCURE
… qui a annoncé des mesures un peu similaires, ARC on n'est pas à 1 600 aujourd'hui, je pense que c’est à DURALEX que vous faisiez référence. ARC aujourd'hui, a un chômage partiel extrêmement limité, à des fonctions supports, mais peu importe. Les verriers aujourd'hui font face à une hausse très forte du prix de l'énergie, donc ce qu'on fait, j'ai parlé vendredi aux PDG de l'une et de l'autre des entreprises, c'est qu'on regarde s'il y a des alternatives, notamment la substitution de sources d'énergie ? Est-ce qu'on peut remplacer le gaz qui est extrêmement cher, par d'autres sources d'énergie ? Est-ce qu'on peut s'assurer, là encore c'est assez technique, que ce qu'on appelle le surplus d’ARENH, donc l’ARENH fourni par l'EDF, à moins de prix qui n'a pas été consommé, pu être remboursé…

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que là, la décision du chômage partiel, elle a déjà été prise, qu'est-ce que vous faites à ce moment-là ?

ROLAND LESCURE
Non, donc on regarde exactement la manière dont on peut aider ces entreprises à passer l'hiver, de manière alternative. Le chômage partiel, pour nous, ça doit être la dernière possibilité, on va essayer de l'éviter, et je peux vous dire qu'on fait tout pour.

SALHIA BRAKHLIA
Avec Roland LESCURE, le ministre chargé de l'Industrie. La moitié des réacteurs nucléaires aujourd'hui en France est fermée pour cause de corrosion ou d'entretien, combien seront actifs à nouveau cet hiver ?

ROLAND LESCURE
Alors l’objectif, c'est ce qu'EDF nous a annoncé, nous en a informés, c’est 27 ouverts d'ici la fin décembre, et les 32, qui sont aujourd'hui fermés pour des raisons de corrosion, ouverts d'ici le mois de février, donc l’idée évidemment c'est qu'on passe en revue tous ces acteurs, on répare ce qui doit être réparé, et quand ils seront ouvrables, ils seront ouverts.

MARC FAUVELLE
Mais ça c’est un souhait d'EDF ou c'est la décision de l'Autorité de sûreté nucléaire qu'EDF vous a annoncée au passage, parce que la décision de rouvrir une centrale a priori EDF ne la prend pas seul ?

ROLAND LESCURE
Alors ça c'est un souhait du gouvernement, c'est un objectif d'EDF, EDF ce n’est pas une entreprise qui souhaite, c’est une entreprise qui travaille pour faire…

MARC FAUVELLE
Oui, mais il n’y a pas d’engagement d’EDF que toutes les centrales fonctionneront normalement cet hiver du coup.

ROLAND LESCURE
En tout cas ils font tout pour et j'espère bien qu'ils vont livrer de manière opérationnelle cet objectif opérationnel qu'a une entreprise opérationnelle.

SALHIA BRAKHLIA
C’est un souhait, mais ça ne veut pas dire que ça va se faire !

ROLAND LESCURE
Non, mais c’est exactement ce que je disais tout à l’heure. La probabilité qu'un hiver soit difficile elle est faible aujourd'hui, elle n’est pas à zéro, effectivement si on a un hiver rigoureux, si EDF ne livre pas la marchandise, ne livre pas ce à quoi ils se sont engagés aujourd'hui, on aura des sujets, c'est pour qu’on s’y prépare…

MARC FAUVELLE
Quand on vous écoute, Roland LESCURE, on se dit c'est étonnant parce qu'il y a une sorte de balancier entre le gouvernement il y a une semaine qui a utilisé le mot « rationnement », qui est un mot…

ROLAND LESCURE
Non, on essaye d’être équilibrés. Franchement aujourd'hui je pense qu'on doit la vérité aux Françaises et aux Français. Pour rassurer tout le monde, d'abord il faut parler clair et ensuite montrer qu'on a un plan, le parler clair il est que la probabilité qu'on ait du rationnement aujourd'hui elle n’est pas nulle, elle est faible, mais elle est nulle, et qu'ensuite si chacun d'entre nous…

MARC FAUVELLE
Elle est faible mais elle existe.

ROLAND LESCURE
Au bureau, et à la maison, fait un effort, cette probabilité elle sera extrêmement faible, et c'est ce à quoi je m'emploie, c'est ce à quoi l'ensemble du gouvernement s'emploie, appel à la responsabilité collective, et plan B au cas où, très faible, on aurait à rationner.

SALHIA BRAKHLIA
Juste à propos d'EDF, est-ce que vous avez le nom de celui qui va succéder à Jean-Bernard LEVY, le patron actuel ?

ROLAND LESCURE
Non, celui ou celle d’ailleurs, mais non.

MARC FAUVELLE
Est-ce que ça pourrait être Patrick POUYANNE le patron de TOTAL ?

ROLAND LESCURE
Rien à dire là-dessus, pas de commentaire.

SALHIA BRAKHLIA
C’est vrai que beaucoup de grands patrons refusent le poste parce qu'il n’est pas assez payé, 450.000 euros par an, vous pourriez bouger là-dessus ?

ROLAND LESCURE
Non, mais ça peut sembler beaucoup, mais moi je me souviens quand on a nommé Ben SMITH à AIR FRANCE, un PDG d'AIR FRANCE qui fait un super boulot, directeur général d'AIR FRANCE qui fait un super boulot, Ben SMITH, un canadien que je connais bien, qui était ancien numéro 2 d'AIR CANADA, qui est aujourd'hui payé davantage que ce que ses prédécesseurs étaient payés, et qui fait un super boulot. Pourquoi ? Parce que c'est quelqu'un qui connaît les avions, qui connaît les compagnies aériennes, moi j'ai fait pas mal de vols transatlantiques quand j'étais député des Français d'Amérique du Nord, je demandais systématiquement ce que les employés d'AIR FRANCE pensaient de leur DG, ils l’adorent.

SALHIA BRAKHLIA
Il faut faire sauter ce plafond de 450.000 euros ?

ROLAND LESCURE
En tout cas moi je préfère qu’on ait des dirigeants qui sont de qualité, qui livrent, de manière opérationnelle, des enjeux opérationnels extrêmement forts, auxquels fait face à EDF, on verra s'il faut aller jusque-là, mais en tout cas moi je préfère un dirigeant de qualité qu'un dirigeant…

MARC FAUVELLE
Le journal « Les Echos » écrivait il y a quelques jours que le gouvernement avait déjà préparé le décret pour faire sauter ce plafond à 450.000 euros pour un grand patron d’entreprise publique, vous confirmez que le décret est prêt au cas où, en fonction du profil ?

ROLAND LESCURE
Non, mais je confirme rien, ça peut sembler beaucoup, c'est beaucoup d'argent en fait, c'est beaucoup d'argent pour une responsabilité qui est extrêmement importante, donc ce n’est pas 450.000 ou 460.000 qu’on met par la fenêtre, c'est un investissement dans un dirigeant ou une dirigeante, qui j'espère sera de qualité, et sera capable d'accompagner cette entreprise face aux défis énormes auxquels elle fait face.

MARC FAUVELLE
Roland LESCURE, votre collègue du Budget…

SALHIA BRAKHLIA
Des Comptes publics.

MARC FAUVELLE
Des Comptes publics, Gabriel ATTAL, annonce qu’il est prêt à recevoir les parlementaires pour discuter, à Bercy, du futur budget qui va être présenté dans quelques semaines au Conseil des ministres, c'est discuter, c'est négocier, ou c'est juste leur donner les mesures du budget ?

ROLAND LESCURE
Non mais, moi je trouve que cette polémique est quand même assez… c’est pile je perds et face tu gagnes, c'est-à-dire que…

MARC FAUVELLE
Il n’y avait pas de polémique dans ma question, est-ce qu’il y a des points à négocier ou est-ce que c’est juste pour leur donner en avant-première…

ROLAND LESCURE
Non non, pas vous, je parle des réactions des oppositions à la main tendue de Gabriel ATTAL.

MARC FAUVELLE
Mais attendez, je ne vous avais pas encore interrogé sur les réactions de l’opposition, mais d’abord sur le pourquoi de la démarche.

ROLAND LESCURE
L’idée c’est de négocier effectivement, c’est d’ouvrir, c’est de présenter des pistes et d'avoir les réactions des uns et des autres pour savoir ce que les uns et les autres sont prêts à faire. Bon, ils ont fermé la porte…

MARC FAUVELLE
Donc c’est négociable, le budget est encore négociable.

ROLAND LESCURE
Non mais, le budget il est " votable ", donc évidemment qu’il est négociable…

MARC FAUVELLE
Ce n’est pas la même chose.

ROLAND LESCURE
Non, non, mais c’est important. On est aujourd'hui…une majorité relative…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu’il est… en l’état ou est-ce qu’il y a des marges de manoeuvre ?

ROLAND LESCURE
Bien sûr qu’il y a des marges de manoeuvre, on n’entre jamais dans une discussion budgétaire sans marges de manoeuvre, en général c'est plus vis-à-vis de la majorité que vis-à-vis des propositions qu'on en a, ça ne vous a pas échappé, on est dans une majorité relative, ça a été fait sur la loi pouvoir d'achat, on a montré qu'on était capable de négocier avec des oppositions républicaines qui elles-mêmes sont prêtes à négocier…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire que vous pourriez encore reprendre une mesure qui vient de la gauche, pour le pouvoir d'achat notamment ?

ROLAND LESCURE
Bien sûr, pourquoi pas. Moi j’ai vu cet été que ça a été extrêmement difficile avec la gauche, parce que je pense aujourd'hui qu'on a une alliance, la NUPES, qui est une alliance de carpes et de lapins, dans laquelle, je dirais la carpe l'emporte sur le lapin, c'est-à-dire la volonté systématique de la France insoumise de s'opposer de manière systématique à tout ce que propose le gouvernement est en train de faire un peu tache d'huile à gauche, et ça je le regrette, mais on est évidemment ouvert. Moi j'ai été président de la Commission des Affaires Economiques pendant cinq ans, on a pris des amendements socialistes, des amendements communistes, des amendements républicains, on n’a jamais pris d’amendements de la France insoumise parce qu’ils sont depuis cinq ans, ils l’étaient à 18, ils le sont encore plus mal maintenant qu’ils sont 70, dans une opposition systématique, bon eh bien ça tant pis, j'espère que d'autres seront un peu plus constructifs, en tout cas nous on est prêt à les prendre, on est prêt à discuter, on dit banco, venez à Bercy discuter et on vous montrera qu’on est prêt.

MARC FAUVELLE
Et vous confirmez le mot " négociation " sur le budget, il y a des points qui sont négociables, c’est le mot que vous avez utilisé tout à l’heure ?

ROLAND LESCURE
Mais bien sûr, bien sûr…

MARC FAUVELLE
C’est un mot important.

ROLAND LESCURE
On est ouvert sur des points extrêmement importants, à condition que ce soit donnant-donnant, qu’on soit prêt à avancer ensemble.

MARC FAUVELLE
Si par exemple tous les groupes d’opposition vous réclament une taxation des superprofits, puisqu’aujourd'hui une grande majorité d’entre eux y est favorable, est-ce que vous pourriez faire un geste ?

ROLAND LESCURE
Je pense qu’il y a des choses sur lesquelles on doit être extrêmement ferme sur…

MARC FAUVELLE
Bon, d’accord…

ROLAND LESCURE
Non, mais la politique économique du gouvernement depuis cinq ans elle marche, c’est moins d’impôts, donc si la seule idée qu’ils ont, comme souvent en France, c’est plus d’impôts, plus d’impôts, plus d’impôts, on n’y arrivera pas, on peut faire mieux.

SALHIA BRAKHLIA
Roland LESCURE, vous voulez discuter à Bercy, juste une dernière question, vous voulez discuter à Bercy donc en marge du Parlement, vous voulez discuter aussi au CNR à Marcoussis, c’est le lancement qui va avoir lieu jeudi par Emmanuel MACRON, sans Gérard LARCHER, sans les Républicains, sans les partis de gauche, sans le Rassemblement national, sans Edouard PHILIPPE, sans toutes les associations d’élus, dont celle des maires de France, en gros vous allez discuter…

ROLAND LESCURE
On verra ça.

SALHIA BRAKHLIA
Ah, on verra ?

ROLAND LESCURE
On verra, on verra.

SALHIA BRAKHLIA
Vous allez discuter qu’avec vous-mêmes ?

ROLAND LESCURE
Non, moi je pense qu’on va discuter, c’est l’essentiel, avec les représentants de la société civile, des représentants des syndicats, des représentants des ONG, le président du CESE y sera, et il sera représentant d’un certain nombre de… Non, je pense qu’aujourd'hui, tant pis pour eux, un certain nombre de forces politiques ont décidé de faire la chaise vide autour d’une table extrêmement importante qui consiste à rassembler les politiques et les représentants directs de la société civile, des Françaises et des Français. Moi je suis pour, je pense qu’on va montrer l’exemple. Le Grand débat avait été décrié, la Convention citoyenne pour le climat a été décriée, le CNR est décrié, au fond le président de la République il réinvente la démocratie, il essaye de la moderniser, ceux qui souhaitent rester dans une démocratie un peu archaïque, tant pis pour eux.

MARC FAUVELLE
Merci Roland LESCURE, très bonne journée.

ROLAND LESCURE
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 16 septembre 2022