Déclaration de Mme Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur les relations entre la France et l'Inde, le conflit en Ukraine et la situation dans l'Indopacifique, à New Delhi le 14 septembre 2022.

Texte intégral


Cher Ministre Jaishankar, Dear colleague,
Mesdames et Messieurs,

I am happy and honoured to be here today and tomorrow. I will switch to French, if I may.

Je remercie mon collègue et ami, le Dr Jaishankar, pour les mots très aimables qu'il a eus à mon endroit et pour nos conversations qui ont été riches et amicales. ll en a rendu compte pour l'essentiel, donc je dirai simplement quelques mots pour compléter.

Vous l'avez dit, cher collègue, il s'agit de ma première visite bilatérale en Asie. Donc cette visite en Inde est un choix de la part de la France et un choix qui ne doit pas surprendre puisque nous avons voulu marquer de cette façon, mais il y en a tant d'autres, que nous avons un partenariat privilégié. Ce partenariat entre l'Inde et la France est un partenariat sans égal, unique, vraiment tout à fait exceptionnel à nos yeux.

Je veux rappeler à cet égard qu'en 75 ans de relations diplomatiques, puisque nous avons déjà 75 ans de relations, la France et l'Inde se sont toujours soutenues l'une l'autre, y compris dans les moments les plus durs. Je crois que nous ne nous sommes jamais fait défaut. Et j'ajoute que dans le monde d'aujourd'hui, qui est incertain, un tel niveau de confiance et solidarité est rare, et il est précieux. Donc il est précieux à nos yeux, aux yeux de la France, sachez-le.

Nous avons noué il y a 25 ans bientôt, c'était en janvier 1998, un partenariat stratégique exceptionnel, je le redis, qui est d'abord et avant tout un partenariat entre égaux, est qui est fondé sur le même attachement de chacun de nos pays à son autonomie stratégique. Le Dr Jaishankar et moi-même, nous avons évoqué, non seulement ce que nous avons pu faire ensemble depuis 25 ans, Inde et France, mais aussi la façon dans les prochaines années que ce partenariat connaisse encore des développements dans le potentiel qui est le sien et qui reste considérable, quoique la dynamique ces dernières années ait été remarquable, pour ne pas dire exceptionnelle.

Je citerai quelques domaines d'action. Le domaine de la défense et la sécurité, bien sûr. Je crois qu'aucun autre pays n'est prêt à partager avec l'Inde autant, et de façon aussi approfondie, ses technologies de défense que la France. Et nous sommes fiers, je le dis, d'être l'un de vos tous premiers partenaires de défense, en matière industrielle, chacun le sait, chacun l'aura à l'esprit, mais aussi de façon opérationnelle. Et je voudrais rappeler que nous avons désormais des patrouilles conjointes, par exemple, dans l'Océan Indien, ce qui constitue une avancée majeure.

Nous avons aussi fait des choses et nous avons des ambitions plus grandes encore dans le domaine spatial, dans le domaine du cyber, nous coopérons dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Et puis vous le connaissez mais je voulais le rappeler ici aussi, bien sûr, notre intérêt pour le projet nucléaire civil, Jaitapur, qui est un projet qui progresse et qui s'il aboutissait doterait l'Inde de la plus grande centrale nucléaire au monde et permettrait de développer son indépendance énergétique tout en contribuant à lutter contre le réchauffement climatique.

Voilà un premier pilier. Le second que je veux rappeler c'est que notre partenariat n'est pas seulement un partenariat qui vise à faire que nos nations coopèrent plus entre elles, ou s'appuient l'une l'autre et soient plus forte ainsi l'une l'autre, c'est un partenariat qui vise à servir l'ordre international fondé sur la règle de droit.

Nous y sommes, l'un et l'autre, nos deux pays, fortement attachés, nous nous voyons comme des puissances d'équilibre. Et je veux le rappeler au moment où l'on voit bien que ces principes fondamentaux du droit international sont remis en cause.

Le Ministre l'a dit, nous avons parlé notamment de la situation en Ukraine et de la guerre d'agression qu'a déclenchée la Russie. Et j'ai tenu à souligner, à rappeler que ceci concerne tous les Etats de la société internationale. Cela concerne évidemment au premier chef l'Ukraine et le peuple ukrainien mais ce que nous voyons, et ce que nous devons empêcher de se poursuivre, c'est qu'un membre important de la société internationale, membre permanent du Conseil de sécurité, a choisi de fouler au pied, en déclenchant une guerre d'agression et continue de le faire en ce moment même, tous les principes sur lesquels l'ordre international est fondé, les principes qui permettent aux Etats membres de la communauté internationale d'avoir un vivre ensemble dans le respect autant que possible les uns des autres, et dans la recherche de la stabilité et de la paix. Et donc quand les principes fondamentaux de l'ordre international sont ainsi bafoués, violés, ils en sortent affaiblis partout, y compris dans l'espace qui est autour de nous. Et n'oublions pas que tout le monde nous regarde. Donc, ce qui se passe en Ukraine, et c'est ça que je veux souligner, ça n'est pas qu'une affaire qui concerne l'Ukraine, ou qu'une affaire qui concernerait le continent européen, c'est vraiment un sujet important et grave pour tous les membres de la communauté internationale, qui ne doivent pas laisser faire cette remise en cause fondamentale des règles de droit.

Nous avons aussi parlé de l'Indopacifique, bien sûr, et la France est également une nation de l'Indopacifique. Donc, notre engagement dans la région est connu. Nous avons adopté une stratégie indopacifique et l'Union européenne aussi. Et ce qui se passe sur le territoire ukrainien ne nous détourne en rien évidemment de notre attachement à faire progresser la stabilité dans la zone indopacifique. L'Inde à ce titre est un acteur clé évidemment et restera au coeur de notre stratégie dans la région.

Nous voulons que l'Indopacifique soit une zone d'Etat de droit, de stabilité, et de prospérité, une zone dont l'environnement soit protégé. Et nous voulons agir ensemble pour apporter des solutions concrètes à la région. C'est ce dont nous avons débattu : avoir une offre qui sert la région et qui sert l'ensemble de ces objectifs en matière de sécurité maritime, de coopération économique. Nous avons, le Ministre l'a dit, créé un fond franco-indien destiné à soutenir des actions de développement durable dans certains pays de l'Indopacifique. Et puis bien sûr au-delà de la France, l'Union européenne est un acteur qui est pleinement engagé. Nous souhaitons coordonner nos actions autant que possible pour être ensemble plus efficaces que chacun séparément, ou que l'addition de nos forces séparées.

Ce qui vaut pour l'Europe et pour l'Indopacifique vaut partout : la France et l'Inde refusent un monde où "la force ferait le droit". C'est le sens de notre coopération au Conseil de sécurité aux Nations unies, et nous avons la présidence ce mois-ci. Nous coopérons régulièrement au Conseil de sécurité des Nations unies. Et je rappelle que la France s'est mobilisée, continuera à se mobiliser, pour que l'Inde obtienne un siège de membre permanent au Conseil de sécurité.

Nous avons évoqué également la prochaine présidence du G20, qui sera assurée par l'Inde l'an prochain. Nous aiderons autant que possible à la mesure de ce qui pourra être souhaité par la présidence indienne, les différents projets qui seront ceux de cette présidence et nous pouvons y apporter notre appui, notre contribution, ce sera très volontiers.

Le Ministre a évoqué ce que nous avions fait pour créer l'Alliance Solaire internationale et la porter, qui donne désormais lieu à des développements concrets dans trois pays. Nous sommes intéressés par l'initiative LiFE portée par le Premier ministre Modi. Et je veux dire publiquement notre intérêt et notre soutien pour cette initiative.

Nous avons aussi réfléchi au prochain sommet du G20 sous présidence indonésienne, et essayerons de travailler d'ici là, même si ça vient très, très vite, c'est à mi-novembre, à la façon dont l'Inde et la France pourraient porter un certain nombre d'initiatives communes pour répondre à certaines des conséquences indirectes de la guerre en Ukraine, qui sont les désordres sur le marché de l'énergie, la spirale de l'inflation et puis la question importante de la sécurité alimentaire sur laquelle l'Inde joue également, bien sûr, compte tenu de son importance, un rôle clé.

Et puis le Ministre l'a dit mais je veux ne pas oublier de le dire moi-même en vous présentant nos travaux : nous avons aussi parlé de tout ce qui peut être fait pour qu'au-delà de nos gouvernements et de nos relations d'Etat à Etat, nous rapprochions plus encore nos peuples dans le domaine de la culture, dans le domaine universitaire. Notre objectif reste plus que jamais d'accueillir 20.000 étudiants indiens en France d'ici 2025.

Et le Ministre vous l'a dit : il y aura un nouveau Campus franco-indien pour la santé, qui décernera des doubles diplômes dès l'année prochaine. Et puis enfin la France ouvrira un Bureau de France prochainement à Hyderabad en complément de ce que nous avons déjà, de nos 4 Consulats généraux en Inde, de nos 15 Alliances françaises, et tout ce que nous allons faire encore davantage pour renforcer nos relations.

Donc je crois que nous avons eu des entretiens fructueux, extrêmement cordiaux grâce au Ministre, et je veux le remercier devant vous. Je me réjouis de le retrouver bientôt à New York, je crois que c'est la semaine prochaine d'ores et déjà pour toutes les trilatérales dont il vous a parlé, et d'une façon générale de poursuivre ma concertation avec lui. Merci beaucoup.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 septembre 2022

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