Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à LCI le 12 septembre 2022, sur l'augmentation des prix de l'énergie, l'inflation, la croissance économique, le déficit public et la réforme des retraites.

Texte intégral


ADRIEN GINDRE
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Adrien GINDRE.

ADRIEN GINDRE
Merci d’avoir accepté notre invitation.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.

ADRIEN GINDRE
Un petit mot rapide de la Grande-Bretagne, du Royaume-Uni, le nouveau roi a été proclamé officiellement ce week-end, certains s’inquiètent sur sa capacité à maintenir la stabilité du pays, on entend aussi stabilité économique, est-ce que c’est une crainte que vous partagez ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas un spécialiste de la souveraineté britannique, ce que je peux vous dire pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises, c’est que le futur roi est une personnalité, d’abord qui parle bien le français, ce qui est important, et qui a des convictions, qu’il a montré au cours des dernières années, très fortes, sur l’environnement, sur évidemment son pays, le président de la République lui a souhaité le meilleur pour la suite, je fais de même.

ADRIEN GINDRE
Les Britanniques sont, comme nous, confrontés à des hausses des prix de l’énergie, on va revenir en France, vous avez déjà annoncé que le bouclier tarifaire allait être prolongé, mais pas tout à fait à l’identique, pas sous la forme qu’on lui connaît actuellement, est-ce que vous savez déjà quelles seront les hausses et à quelles dates auxquelles les Français doivent se préparer ?

BRUNO LE MAIRE
Alors je sais les propositions que j’ai faites à la Première ministre et au président de la République, mais c’est eux qui trancheront. Je pense que ce qui est important pour nos compatriotes c’est qu’ils comprennent bien quelle sera notre stratégie en 2023, celle que nous poursuivons depuis maintenant plus d’un face à cette flambée des prix de l’énergie, c’est trois choses. D’abord le maintien d’un bouclier qui protège tous les Français, s’il n’y avait pas ce bouclier tarifaire, eh bien au 1er janvier 2023 vous auriez une augmentation du prix de l’électricité de 120 euros par mois, par ménage, et de 180 euros pour les prix du gaz, ce serait insupportable, ce sont des augmentations qui sont insupportables…

ADRIEN GINDRE
Donc ça n’aura pas lieu dans ces proportions, mais il y aura des augmentations.

BRUNO LE MAIRE
Donc nous maintiendrons un bouclier tarifaire pour tous nos compatriotes, sans exception, pour amortir le choc, comme nous le faisons depuis maintenant plus d’un an. Deuxième volet de cette politique, il faut bien passer quand même un certain nombre de hausses, même si elles sont contenues, quand vous avez un prix de l'électricité ou du gaz qui prend 100, 110, 150% en quelques mois, il serait complètement irresponsable de faire peser la charge de ces augmentations uniquement sur le budget de l'Etat, donc il faut que nos compatriotes absorbent une petite part de cette hausse, je le dis ce sera une petite part, ce sera une hausse contenue, raisonnable, mais par rapport à des chiffres que je viens de donner qui sont spectaculaires, c’est le deuxième volet…

ADRIEN GINDRE
D’une autre dimension.

BRUNO LE MAIRE
Il y aura quand même au 1er janvier 2023 une hausse contenue des prix du gaz et du prix électricité. Et troisième volet, qui a été dit très clairement par le président de la République, et par la Première ministre, nous continuerons, avec le chèque énergie, à soutenir ceux qui sont les plus modestes, mais de manière plus ciblée, il s'agit de cibler sur ceux qui vraiment auraient des difficultés à payer cette facture.

ADRIEN GINDRE
Donc il y a aura moins de bénéficiaires du chèque énergie en 2023 qu’il n’y en a en 2022 ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il n’y aura pas moins de bénéficiaires, mais nous ne souhaitons pas que le chèque énergie, même s'il peut être étendu à un certain nombre de personnes, il doit rester ciblé, nous ne souhaitons pas que d'un côté on vous dit voilà les prix vont augmenter et puis de l'autre on compense l'intégralité.

ADRIEN GINDRE
Il y aura un nouveau versement de ce chèque énergie en début d'année prochaine, parce qu'il faut déterminer des dates et des montants ?

BRUNO LE MAIRE
Tout cela sera annoncé dans les jours prochains, il n’y aura pas très longtemps à attendre, mais je pense qu'il est très important qu'on ait la philosophie d'ensemble, maintien d'un bouclier, des hausses contenues et la protection ciblée des plus modestes, voilà la stratégie que nous suivons depuis maintenant 14 mois, elle a donné de bons résultats, on a le taux d'inflation le plus faible de la zone euro, elle sera poursuivie dans l’année 2023.

ADRIEN GINDRE
Une petite question. Là on a parlé gaz et électricité, qu’en est-il pour les carburants, vous avez une remise à la pompe qui diminue progressivement jusque fin décembre, ça veut dire qu'elle sera éteinte, nulle, à partir du 1er janvier ?

BRUNO LE MAIRE
Elle disparaît à partir du 1er janvier, je crois qu'on a toujours été très transparents, nous n'avons jamais pris les Français par surpris, nous avons anticipé cette flambée des prix, protégé, indiqué que nous allions soutenir en septembre, pourquoi, parce que c'est la rentrée, qu’à la rentrée il faut acheter les fournitures des enfants, il faut acheter le cartable, il y a toujours des dépenses de vêtements, je le dis en père de famille, la rentrée c'est toujours très coûteux, donc on a absorbé le choc, y compris sur les carburants, nous avons été très transparents, cette aide, pour tous nos compatriotes, sur les carburants, s’éteint à partir de fin décembre.

ADRIEN GINDRE
Il y a quand même des secteurs qui s'estiment délaissés, vous disiez on fait beaucoup d'efforts, mais par exemple sur ce plateau hier soir Michel-Edouard LECLERC, sur LCI, demandait à ce que les entreprises bénéficient elles aussi d'un bouclier, il dit bien d'un bouclier, vous avez rappelé la semaine dernière les aides qui étaient disponibles, mais il veut en réalité le même mécanisme que pour les ménages, vous lui dites non ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je lui dis non, enfin il connaît ma position, nous en discutons, la différence entre les ménages et les entreprises c'est que les entreprises lorsqu'elles ont une forte augmentation de leurs coûts de l'électricité ou du gaz, peuvent le reporter au moins en partie sur le prix de vente, c’est ce qui explique aujourd'hui qu’il y a des prix alimentaires, par exemple, qui ont fortement augmenté.

ADRIEN GINDRE
Mais c'est qu'il regrette, il dit nous on ne veut pas faire de l'inflation dans nos magasins.

BRUNO LE MAIRE
Oui d'accord, mais du coup qui paye, c'est l'Etat, donc le contribuable, au bout du compte l'inflation, je le redis, est une charge qui doit être équitablement répartie, tout ne peut pas reposer sur les épaules de l'Etat. L’Etat protège, c'est normal, il faut que les entreprises prennent une part et absorbent une part, elles le font, et qu'une partie des ménages, qui le peuvent, absorbent aussi cette inflation, c'est ce que nous proposons avec une augmentation, je le redis, contenue des prix de l’électricité et du gaz. Je rappelle également que sur les entreprises celles qui consomment le plus de gaz, celles qui consomment le plus d'électricité, ou celles qui ne peuvent pas reporter sur le prix, elles nous les protégeons, j’ai simplifié le dispositif, et je le redis à tous les patrons de PME qui nous écoutent, vous avez un dispositif simplifié, si vous avez des problèmes pour payer vos factures, il est disponible, et pour ce qu'on appelle les énergo-intensifs, c'est-à-dire ceux qui consomment énormément de gaz et énormément d'électricité, dès cette semaine je vais les voir, je rencontrerai la Commission européenne dans les semaines qui viennent, pour que nous ajustions le dispositif et qu'il soit plus protecteur et plus simple.

ADRIEN GINDRE
Il y a un secteur dont on n'a pas encore parlé, c'est celui de l'alimentation, l'INSEE la semaine dernière évoquait une hausse de 12% sur un an en décembre, il y a un moment on parlait, enfin il y a un moment, ça a duré deux ans, du chèque alimentation, ou alimentaire, c'est complètement abandonné ce projet ?

BRUNO LE MAIRE
Nous avons fait une indemnité inflation à la rentrée, qui, dans le fond, se substitue à ce chèque alimentaire, je vous le dis avec beaucoup d'humilité, nous ne sommes pas arrivés à construire un dispositif qui soit opérationnel, efficace, rapide, donc nous avons préféré cette solution, moi ce qui compte c'est que ça aille mieux pour nos compatriotes, qu’ils puissent supporter cette inflation qui est très dure, notamment sur les produits alimentaires, avec moins de difficultés possibles. Donc on a choisi une solution de simplicité, qui a été celle de l’indemnité inflation, parce que nous ne sommes pas arrivés à trouver un dispositif qui ne profite pas aux produits étrangers, aux produits importés, et qui puisse être simple et efficace pour nos compatriotes.

ADRIEN GINDRE
Donc il est oublié. Vous y faisiez allusion, la conjoncture économique elle évolue, la semaine dernière, je le rappelais, l'INSEE a revu ses prévisions de croissance à la baisse pour la fin de l'année, le Gouverneur de la Banque de France, lui, emploie un mot qui fait peur, " récession ", limitée certes, mais récession en 2023, est-ce que c'est une analyse que vous partagez ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n'est pas notre évaluation. D’abord je voudrais rappeler qu'en 2022 on nous prédisait des situations terribles, j’ai toujours indiqué que la croissance française résistait, que l'économie française était solide, notamment grâce aux réformes que nous avons engagées avec Emmanuel MACRON depuis cinq ans, les résultats sont là, nous allons faire au moins 2,5% de croissance, on nous disait ça sera moins de 2, ça va être 2,5, on nous disait l'emploi va s'effondrer, nous continuons à créer des emplois en 2022, et nous en avons créés 1,4 million en cinq ans, l'investissement des entreprises est bien orienté, la consommation des ménages se tient, donc je veux bien qu'on regarde tous les scénarios catastrophes, c'est notre responsabilité, mais je voudrais qu'on revienne aux faits. La réalité c'est qu'en 2022 l'économie française résiste, la réalité c'est que l'environnement international est difficile, que pour le coup il y a un vrai risque de récession en Allemagne, que la situation difficile aux Etats-Unis et que le marché chinois est de plus en plus difficile parce que l'épidémie de Covid se poursuit, tout ça aura un impact en 2023 sur la France, bien entendu.

ADRIEN GINDRE
Mais vous maintenez quand même la prévision de croissance à 1,4% pour 2023 ?

BRUNO LE MAIRE
Je maintiens que nous aurons une croissance positive en 2023, c’est en tout cas notre évaluation, j'aurai l'occasion de dire aux parlementaires quel est notre chiffre de croissance pour 2023, le chiffre précis…

ADRIEN GINDRE
Donc pas forcément 1,4.

BRUNO LE MAIRE
Je maintiens un chiffre positif, je sais que les temps sont difficiles, il ne m’a pas échappé qu'il y avait une crise énergétique, et je m'en occupe matin, midi et soir, sept jours sur sept, mais je considère que les fondamentaux de l'économie française sont suffisamment solides pour que nous puissions passer cette période difficile sans que cela tourne au scénario catastrophe.

ADRIEN GINDRE
Croissance positive donc, mais vous ne redoute pas ce matin le chiffre de 1,4. Sur les taux, la Banque centrale européenne la semaine dernière a annoncé une hausse sans précédent, +0,75, enfin 75 points de base si on préfère, est-ce que c'est la bonne réponse pour freiner l'inflation, est-ce que ça veut dire que tant que l'inflation n'aura pas disparu il faudra augmenter les taux ?

BRUNO LE MAIRE
En général on ne commente pas les décisions de la Banque centrale européenne, là aussi ce n'est pas une surprise, le fait que l'inflation soit là, que les prix de l’énergie soient élevés, qu'il fallait protéger les Français, nous l'avions anticipé, le fait que les taux d'intérêt augmentent, nous l’avions anticipé, je crois avoir dit au moment de la rentrée, de cet été, que la cote d'alerte sur les finances publiques avait été atteinte…

ADRIEN GINDRE
Mais certains économistes…

BRUNO LE MAIRE
Et on l’avait dit mais pourquoi…

ADRIEN GINDRE
Justement qu’en augmentant les taux…

BRUNO LE MAIRE
…avait atteinte…

ADRIEN GINDRE
On risque la récession.

BRUNO LE MAIRE
J’ai indiqué très précisément qu’il fallait nous attendre à une augmentation des taux directeurs de la Banque centrale européenne, et que c'est pour cela, parce que les conditions de financement avaient changé, qu'il était nécessaire de rétablir les finances publiques, dont acte, tout cela n'est pas une surprise et s'inscrit parfaitement dans la stratégie qui est la nôtre, maintenir une croissance forte et rétablir les finances publiques avec comme objectif le plein emploi en 2027.

ADRIEN GINDRE
Ça veut dire également que les 5% de déficit en 2022, comme en 2023, ça reste possible malgré les dépenses, malgré le bouclier tarifaire, malgré la conjoncture ?

BRUNO LE MAIRE
Alors c'est plus difficile, je ne vais pas vous le cacher, mais nous tiendrons les 5% de déficit public en 2023, ça va demander des décisions fermes, mais je vais vous dire, j'ai l'habitude comme ministre des Finances. Quand nous avons présenté le projet de loi de finances rectificative, à l'été, je suis arrivé au Parlement et j'ai dit à tous les groupes parlementaires " nous avons une enveloppe de 22 milliards d'euros, nous sortirons des débats avec une enveloppe de 22 milliards d'euros ", il n'y a eu pendant tous ces débats, sur tous les bancs de l'opposition, que des propositions de dépenses supplémentaires, y compris de certains groupes qui nous disent " il faut rétablir les finances publiques, vous dépensez trop ", ils ne proposent que des dépenses supplémentaires. Nous avons, avec la majorité, tenu notre enveloppe, nous sommes entrés avec 22 milliards, nous sommes sortis avec 22 milliards. J’ai le sens des responsabilités, je sais que rétablir les finances publiques demande beaucoup de fermeté, mais nous ferons preuve de cette fermeté pour tenir l'objectif du président de la République et de la Première ministre, 5% de déficit public en 2023, pour pouvoir atteindre, en 2027, 3%, moins de 3% de déficit public. Si vous commencez à dévier dès la première année, vous savez, c’est comme une fusée, il suffit que de quelques degrés ça dévie, la fusée ne va pas dans la bonne direction, c’est exactement la même chose.

ADRIEN GINDRE
Mais ça peut être un petit plus en 2022 pour atteindre les 5 en 2023.

BRUNO LE MAIRE
Non, il n’est pas question que ce soit un peu plus en 2022, là aussi de la fermeté sur les finances publiques, de la gravité parce que l'enjeu c'est ce que nous laissons comme endettement aux générations qui viennent, donc oui il faut prendre des décisions fermes pour tenir les 5% de déficit en 2023, mais ces décisions fermes je les ai proposées au président de la République et à la Première ministre, et elles seront prises.

ADRIEN GINDRE
Ça veut dire aussi réduire les dépenses, ou du moins étaler certaines dépenses, ça fait plusieurs jours qu'il y a des interrogations autour de la suppression de la CVAE, la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises, est-ce que oui ou non vous allez la supprimer en 2023 comme c'était annoncé ?

BRUNO LE MAIRE
Oui nous supprimerons la contribution sur la valeur ajoutée parce que c'est un impôt de production, que les impôts de production sont trop lourds en France, mais nous supprimerons cet impôt de production en deux fois, sur 2023 et sur 2024. Qu'est-ce que ça veut dire ? ça veut dire que dès 2023 il y aura une baisse de 4 milliards d'euros des impôts de production pour toutes les entreprises, et l'engagement que je prends c'est que cette trajectoire en deux temps, 2023, 2024, sera inscrite dans le budget 2023, pour que toutes les entreprises, notamment les industries, auxquelles j'attache une importance vitale, aient l'assurance que, effectivement, cet impôt de production sera définitivement supprimé en 2024, mais nous le ferons en deux fois par souci d'équilibre de nos finances publiques. Et à tous ceux, parce que je lisais ce matin que des patrons s'inquiétaient, doutaient, disaient " on revient à l'ère HOLLANDE ", enfin de qui se moque-t-on ? Qui a baissé les impôts de production pour la première fois depuis 40 ans ? Nous, de 10 milliards d'euros, avec le président de la République. Qui a tenu sa parole sur l'impôt de sociétés? Nous avions dit que nous le ramènerions de 33,3 à 25% sur cinq ans, nous n'avons jamais dévié de cette baisse des impôts de sociétés, alors même que la conjoncture était difficile, qu’il y avait la crise du Covid, qu'il y a eu la crise des Gilets jaunes, jamais nous avons dévié de notre trajectoire. Donc je pense que la parole du gouvernement, et la parole du président de la République, en matière de baisse des impôts, elle est crédible, elle est solide, et elle peut être crue par tout le monde.

ADRIEN GINDRE
Sauf que dans son discours de politique générale la Première ministre avait dit, j'ai la phrase sous les yeux, " la suppression totale de le CVAE sera inscrite dans la loi de finances 2023 ", elle l’a dit, vous ne le faites pas.

BRUNO LE MAIRE
Mais la suppression totale de la CVAE sera inscrite dans la loi de finances 2023…

ADRIEN GINDRE
Et faite en deux fois.

BRUNO LE MAIRE
Je vous confirme, mais elle sera faite en deux fois, donc la parole est tenue, et je veux vraiment insister parce que je dois dire que je ne comprends pas très bien ces critiques qui sont faites en disant " là ça crée des doutes, ça crée des inquiétudes "…

ADRIEN GINDRE
En disant c’est contraire à la réindustrialisation du pays, ça devrait nous aider à lutter contre l'inflation, la concurrence internationale, les arguments du patronat sont assez nombreux.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais ces arguments, je les partage totalement, bien sûr il faut baisser les impôts de production, mais je crois qu’on peut faire beaucoup de reproches à cette majorité, mais certainement pas celui de ne pas avoir tenu parole sur les impôts. La suppression de l'ISF, la mise en place du prélèvement forfaitaire unique, la baisse de l'impôt sur les sociétés à 25%, encore un peu plus pour les PME, la suppression des impôts de production, la baisse de 10 milliards d'euros de l'impôt de production, cet engagement sur la suppression de la CVAE qui se fera en deux temps, enfin tout cela montre que nous tenons bon sur notre politique qui est une politique de l'offre, de la reconquête industrielle, de la réindustrialisation de la France, qui d'ailleurs donne les résultats que nous voyons.

ADRIEN GINDRE
Bruno LE MAIRE, puisque cette question de la dette n'a pas l'air d'être complètement partagée par tout le monde, le président de la Cour des comptes et du Haut Conseil des finances publiques, Pierre MOSCOVICI, dit " faisons un grand débat national sur la dette ", est-ce que ça vous paraît utile ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois avoir déjà proposé qu’on fasse un débat plus général sur les finances publiques, sur la réduction de la dette, je pense que c'est important, j'ai annoncé cet été que nous allions confier au parlementaire Daniel LABARONNE la mission de faire des propositions en matière de réduction de la dépense publique, j'ai annoncé que tout cela se clôturait par justement un échange très structuré sur la baisse de la dépense publique et sur la réduction de la dette, donc bien entendu que j'accueille favorablement les propositions de Pierre MOSCOVICI, parce qu'il faut qu'il y ait une prise de conscience collective, que tenir bon sur les finances publiques c'est aussi une manière de renforcer notre pays.

ADRIEN GINDRE
Ça pourrait passer par exemple par une suppression du crédit impôt recherche ou sa transformation avec de nouveaux critères ?

BRUNO LE MAIRE
Ce serait, enfin nous nous allons regarder toutes les propositions des parlementaires de manière ouverte, mais enfin je veux juste rappeler que le crédit impôt recherche c'est ce qui fait l'attractivité de notre pays, c'est ce qui nous permet d'améliorer l'innovation et l'investissement dans l'innovation, qui fait ensuite la force des entreprises françaises, donc réduire les dépenses publiques, oui, mais n'affaiblissons pas ce qui fait aussi les atouts de l'économie française.

ADRIEN GINDRE
Dans les dossiers de ces prochaines semaines ou de ces prochains mois il y a également la réforme des retraites, je dis prochaines semaines ou prochains mois parce que sur le calendrier on a aussi là un doute, le président de la République avait pris l'engagement que la mise en oeuvre se fasse à l'été 2023, est-ce que c'est toujours un objectif réaliste et tenable aujourd'hui, sachant qu'en réalité le travail avec les organisations n'a pas commencé ?

BRUNO LE MAIRE
Mais la vie est beaucoup plus simple quand on tient ses promesses, et c’est, je crois, ce que nous avons fait avec le président de la République en matière économique et financière depuis cinq ans, comme ça personne n'est pris au dépourvu, personne n'est pris en traître, on a dit que nous baisserions les impôts, nous les avons baissés sur les entreprises, et je le rappelle, sur les ménages, nous avons dit que nous étions la majorité de la transformation économique du pays, et nous l'avons prouvé en faisant un certain nombre de transformations fondamentales, sur l'entreprise, sur l'Assurance chômage, depuis plusieurs années, même chose pour les retraites, cela fait partie de la transformation nécessaire du modèle économique de notre pays…

ADRIEN GINDRE
Et ce sera fait à l’été 2023 ?

BRUNO LE MAIRE
C’est l'engagement qu'a pris le président de la République, ne nous faisons pas des noeuds au cerveau inutilement, tenir sa parole ça évite de se faire des noeuds au cerveau inutilement. Et pourquoi cette réforme des retraites est aussi importante à mes yeux ? c’est que vous voyez bien qu'aujourd'hui, où que j'aille, nos compatriotes ils sont inquiets pour leur pouvoir d'achat, pour leur capacité à acheter de quoi se nourrir, à financer leur logement, à payer leur loyer, qu'est-ce qui fait le pouvoir d'achat, ce n’est pas les aides de l'Etat, c’est le travail, et plus il y aura de travail pour tous les Français, plus il y aura un volume de travail important, plus on permettra aux personnes de plus de 55 ans de rester en activité plutôt que d'avoir ce gigantesque gâchis d'expérience qui est le départ anticipé à la retraite, plus il y aura de prospérité et mieux nous ferons face au défi du pouvoir d’achat.

ADRIEN GINDRE
Mais ça ne vous interpelle pas quand vous entendez Laurent BERGER, la CFDT, un syndicat réputé plutôt réformiste, qui dit " le report de l'âge légal c’est mettre le feu au pays ", ce matin il redit " c'est un casus belli ", ça ne vous fait pas douter ?

BRUNO LE MAIRE
J’écoute attentivement tout ce que disent les partenaires sociaux, tout ce que disent les Françaises et les Français que je rencontre, ce que disent les élus, les parlementaire, et évidemment ce que dit Laurent BERGER, avec la plus grande attention, mais j'ai aussi des convictions, et c’est des convictions qui se sont forgées depuis des années, ce qui ferait l'appauvrissement de la France, par rapport à l'Allemagne, aux Etats-Unis, aux autres grands pays, ce qui pourrait poser sur le long terme un vrai problème de pouvoir d'achat, à nous tous, à tous ceux qui nous écoutent, c'est que nous ne travaillions pas suffisamment, or quand vous regardez le volume global de travail de notre pays, comparé à d'autres grands pays, eh bien c'est moins que les autres, et donc ça explique le risque d'appauvrissement relatif de la France, qui pour moi est la mauvaise direction. Ensuite, si on partage ce constat, comment est-ce qu'il faut augmenter le volume global de travail, comment est-ce qu'on tient compte de la pénibilité du travail, comment est-ce qu'on tient compte de ceux qui ont les travaux les plus difficiles, de ceux qui sont rentrés très tôt dans la vie active, à 18 ou 19 ans…

ADRIEN GINDRE
Et est-ce que ça ne peut pas être, Bruno LE MAIRE, par l'allongement de la durée de cotisation plutôt que le report de l'âge légal, puisque ça a l’air d’être une solution qui suscite moins d’opposition ?

BRUNO LE MAIRE
On peut regarder toutes les options, Adrien GINDRE, et je pense qu'on peut parfaitement conjuguer efficacité et justice, que les deux ne sont pas incompatibles du tout, mais une chose à laquelle je renoncerai jamais, c'est que mes enfants, mes petits-enfants, vivent mieux que moi, et pour qu'ils vivent mieux que moi il faut que tous collectivement que nous travaillions davantage, on ne peut pas faire croire aux Français qu'on va garder un système hospitalier de grande qualité, un système de soins parmi les meilleurs au monde, une capacité à protéger quand il y a une flambée des coûts de l'énergie, et que dans le même temps on pourrait travailler moins, ça c'est un mensonge, or comme le mensonge ce n’est pas trop mon genre de beauté, je préfère dire la vérité, si nous voulons garder ce modèle social auquel nous sommes tous attachés il faut que collectivement nous travaillions davantage.

ADRIEN GINDRE
Bruno LE MAIRE, l'un des enjeux du quinquennat qui vient, tant qu'il n’y a pas dissolution en tout cas, c'est de trouver des majorités, vous avez pu trouver certaines majorités cet été, les Républicains, parfois, ont voté vos textes, il y a une course pour la présidence de LR entre Eric CIOTTI et Bruno RETAILLEAU pour le moment, est-ce que l'un ou l'autre serait plus à même de travailler avec vous et d'être constructif de votre point de vue ? Vous ne votez pas, vous n'êtes plus membre de LR, mais vous connaissez très bien l'un et l'autre.

BRUNO LE MAIRE
Vous avez commencé par la Grande-Bretagne, donc je répondrai en bon français, " it’s none of my business ", ce n’est pas mes affaires, et je pense qu'il vaut mieux ne pas s'occuper des affaires des autres partis, même si c'est un parti auquel j'ai été attaché puisque j'y ai appartenu, ce n'est pas mes affaires, c’est les affaires des militants, les Républicains, qui choisiront leur président, et moi mon attitude restera toujours la même, constructive, ouverte, à la recherche de compromis, nous l'avons fait en juillet, nous avons trouvé des compromis avec 54 parlementaires les Républicains qui ont voté le texte de soutien au pouvoir d'achat des ménages, moi je ne ménagerai jamais mes efforts pour essayer de trouver, sur ce bord-là, comme sur l'autre, des compromis qui soient au service des Français.

ADRIEN GINDRE
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'avoir répondu à nos questions ce matin.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 21 septembre 2022