Interview de M. Olivier Véran, ministre délégué chargé du renouveau démocratique, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 30 août 2022, sur l'appel à la sobriété énergétique pour les entreprises et les ménages, l'approvisionnement en énergie pendant l'hiver et le recrutement d'enseignants.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Olivier VERAN.

OLIVIER VERAN
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE demande à toutes les entreprises de France de mettre en place dès le mois prochain, un plan de sobriété. Que se passera-t-il pour celles qui n’y arrivent pas, par manque de volonté ou parce qu’elles n’ont pas joué le jeu ?

OLIVIER VERAN
Est-ce qu’on peut déjà parler de celles qui vont faire cet effort…

MARC FAUVELLE
Oui.

OLIVIER VERAN
… qui le font déjà et qui le feront demain davantage. D'abord, la Première ministre a donné un certain nombre de conditions d'organisation du plan de sobriété énergétique dans les entreprises. Il y aura par exemple un médiateur chargé de la sobriété énergétique, et chaque entreprise, quelle que soit sa taille, est appelée à préparer avec les salariés, ça peut être d'ailleurs l'occasion de réunir un peu les gens, de préparer une feuille de route pour économiser ce qui peut l'être en matière d'énergie. Et puis, lorsqu'il faut, c'est la question que vous posez, légiférer ou prendre des arrêtés, l'Etat est au rendez-vous pour le faire. Nous venons de le faire notamment en imposant la fermeture des enseignes lumineuses en nuit profonde, des magasins, ou en interdisant le fait, pardon de le dire, de laisser une porte ouverte quand on chauffe l'hiver ou quand on climatise pendant l'été.

MARC FAUVELLE
Mais ça veut dire qu'il y aura des contrôles dans les entreprises, aléatoires, systématiques ?

OLIVIER VERAN
Vous savez, c’est très français ça, pardon, mais de se dire, quand on appelle à un effort collectif pour faire face à un défi collectif, qui peut d’ailleurs avoir un impact sur les entreprises, donc sur la vie économique de notre pays et donc sur l'emploi, que de tout de suite penser à la question du contrôle et des sanctions.

MARC FAUVELLE
Je vous pose la question, parce que hier Elisabeth BORNE a dit : « Les entreprises qui ne joueront pas le jeu, connaîtront un rationnement de l'énergie ». On ne va pas faire ça au hasard.

OLIVIER VERAN
Non mais la question n'est pas de savoir si quand une entreprise ne prend pas un plan de sobriété énergétique, on lui coupe l’électricité ou le gaz. Ce que d'abord nous voulons, c'est ne pas être en situation de devoir rationner l'accès à l'énergie pour des entreprises dans notre pays. Parce qu’il est logique…

SALHIA BRAKHLIA
Eh bien c’est quoi, alors, c’était juste une menace hier ?

OLIVIER VERAN
… il y a un enjeu d’emploi. Non, ce n’est pas ce qu'elle dit. D'abord, elle invite, elle mobilise, elle explique les raisons. La question au fond c'est : qu'est ce qui se passe dans notre pays si nous ne réussissons pas collectivement un effort de sobriété énergétique ?

MARC FAUVELLE
Qu’est-ce qui se passe ?

OLIVIER VERAN
Il se passe qu'il y aurait des risques de restrictions, notamment de restrictions en gaz, voire d'électricité, qui pourraient concerner un certain nombre d'entreprises dans notre pays, et donc avoir un impact je le redis, sur l'emploi. Et nous voulons à tout prix l'éviter. Les conditions, vous les connaissez. Le risque, et on le voit encore ce matin avec GAZPROM qui réduit les apports de gaz, la Russie peut couper à tout moment le gaz à destination de l'Europe. Nous ne savons pas encore, mais nous saurons bientôt si l'hiver sera particulièrement froid, donc consommateur, très consommateur d'énergie, et donc cela nous impose collectivement de faire, non seulement un geste pour la planète, mais un geste pour pouvoir passer l'hiver dans de bonnes conditions, c'est-à-dire faire attention à notre consommation. L'Etat prend sa part…

MARC FAUVELLE
Mais, est-ce que vous dites très clairement aux Français qui nous regardent et qui nous écoutent ce matin : on ne sait pas si on sera en mesure de passer l'hiver ? Tout ça va se jouer à quelques degrés, s’il y a une période de froid qui dure une semaine, 2 semaines ou 3 semaines on n'y arrivera pas ?

OLIVIER VERAN
Je ne dis pas qu’on n’y arrivera pas, je dis que nous voulons y arriver. Que l'heure n'est pas au constat ou à la réflexion, encore moins aux demi-mesures, l'heure est à l'action, et nous ne sommes dans l'anticipation de toute situation qui pourrait intervenir. Et s’il y a un hiver très froid et que nous n'avons plus de gaz en provenance de la Russie, cela nous impose d'aller plus loin encore dans l'effort que nous réalisons. Et la Première ministre a été d'ailleurs très attentive à cette proportion de l'effort qui est demandé. D'abord l'Etat, objectif réduire 10 % de notre consommation énergétique dans les 2 ans, et il y a déjà des plans de sobriété énergétique qui sont déclinés, ministère par ministère. Ensuite les entreprises, le message qu'elle est allée porter hier à l'université de rentrée du MEDEF. Et puis chacune et chacun d'entre nous pouvons agir, ce qu'on appelle les éco-gestes, et nous sommes très nombreux, les Français sont très nombreux à faire déjà des écogestes, qui permettent d'avoir un impact sur la facture d'énergie et aussi sur la planète. Et elle a dit, et j'y suis très attentif, que celles et ceux qui sont déjà en situation de précarité énergétique, ne sont pas ceux à qui on va demander le plus d’efforts évidemment.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, juste sur les, pour les entreprises, si cette baisse de consommation d'énergie entraîne une baisse de production, une baisse d'activité pour les entreprises, est-ce qu'elles seront compensées ?

OLIVIER VERAN
On n'en est pas là. La question que vous me posez…

SALHIA BRAKHLIA
Non mais hier, vous demandiez aux entreprises de faire de gros efforts, aujourd'hui est-ce que vous anticipez une baisse de production ?

OLIVIER VERAN
D'abord, il y a ce que vous appelez des gros efforts, et il y a parfois ce qui est du domaine de l'effort plutôt cohérent et logique. Et je dois dire qu’en la matière, l'urgence de l'hiver rejoint l'urgence pour la planète. Ce que nous sommes amenés à demander aux entreprises, à l'Etat et aux particuliers cet hiver, c'est, on le sait depuis des années déjà, mais nous y sommes, c'est quelque chose que nous sommes amenés à demander à chacun dans la durée. Ce qui est une absolue nécessité pour passer l'hiver dans de bonnes conditions, est aussi une absolue nécessité pour conserver une planète vivable dans la durée. Et ça rejoint les objectifs français, les objectifs européens, établis depuis plusieurs années, de neutralité carbone d'ici à 2050, de réduction des gaz à effet de serre, et donc de consommation un peu plus parcimonieuse de l'énergie.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous pouvez nous dire ce que vous, vous avez changé à votre quotidien ces dernières semaines ?

OLIVIER VERAN
Beaucoup de choses ont changé. D'abord j'avais une clim portative, je n’ai pas de clim dans mon bureau de ministre, mais j’avais une clim portative dans l’appartement que j’occupe, je ne l’ai mise que vraiment extrêmement rarement. Je fais…

MARC FAUVELLE
Au ministère, il y a encore la clim ou pas ?

OLIVIER VERAN
Au ministère, il n’y a pas la clim.

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE, dans sa dernière interview au Parisien, précise bien qu’elle a fait interdire la clim dans son bureau. 

OLIVIER VERAN
J’ai un ministère qui n'a pas de clim, j'essaie de réfléchir pour ne pas vous dire de bêtise, puisque tout est contrôlable, il peut y avoir des clims mobiles mais elles ne tournent pas, donc on fait attention à ça Non mais vous savez, c'est les efforts du quotidien, c'est-à-dire évidemment la lumière, mais ça on n'a pas attendu aujourd'hui pour le faire, on éteint quand on n’occupe pas des sites, on évite d'éclairer aussi l'extérieur quand c'est pas absolument nécessaire, enfin tous ces éco-gestes. Mais vous savez, plutôt que de vous sortir une mesure ou deux, ou de personnaliser le truc, il va y avoir une étape importante pour les Français, c'est la présentation de notre feuille de route de sobriété énergétique. Et cette feuille de route elle sera présentée par la Première ministre au tout début de l'automne, vraisemblablement fin septembre début octobre, qui permettra, il y aura aussi une campagne de communication grand public, qui permettra à chacune et chacun de s'approprier des outils, et parfois des outils, pardon, assez simples, assez basiques, qui permettent d'avoir un véritable impact. Je vous donne juste un exemple : on ne sait pas tourner une machine à laver à 18h00 en plein hiver, quand il fait très froid.

MARC FAUVELLE
Alors, c'est intéressant ce que vous dites, parce qu'il y a système qui existe depuis des années, système heures creuses/heures pleines, qui est assez peu utilisé par les Français, d'abord parce qu'il est complexe, l'abonnement est plus cher, les heures creuses sont moins chères, mais les heures pleines sont encore plus chères, en gros il faut vraiment faire tourner toutes ses machines la nuit, les lave-vaisselle etc. Est-ce que ce dispositif pourrait être simplifié ?

OLIVIER VERAN
D'abord, la ministre en charge de la transition énergétique a demandé à tous les fournisseurs d'énergie, de proposer un contrat à l’ensemble de leurs clients, sur la base du contrat, vous faites allusion au contrat Tempo ENGIE, qui si je ne m'abuse, propose de baisser de 30 % votre facture d'électricité au quotidien, si pendant 20 jours par an vous faites hyper attention…

MARC FAUVELLE
Il y a deux choses, et il y a un contrat par jour et un plages horaires.

OLIVIER VERAN
Voilà, mais vous savez, la période qui risque d'être difficile, c'est la période où il fait très froid, parce que là on est obligé de… on monte le chauffage etc. Là, par exemple, nous, nous demandons à l'ensemble des services publics, des services ministériels, de ne pas chauffer cet hiver au-delà de 19°, qui est une température d'ailleurs réglementaire, mais il n'est pas judicieux de monter le chauffage à 23 ou 24°, parce qu'on est plus confort, on met un pull et on fait attention.

SALHIA BRAKHLIA
Vous allez demander aux collectivités territoriales, Olivier VERAN, par exemple de ne pas chauffer, du moins de moins chauffer les piscines publiques cet hiver ?

OLIVIER VERAN
De moins chauffer, je ne sais pas… Encore une fois, ne m’interrogez pas…

SALHIA BRAKHLIA
Ça passe par des symboles, comme cela ?

OLIVIER VERAN
Mais ça peut, mais ça rejoint la question qui avait été abordée des jets etc. Je ne vais pas mettre moi-même une pièce dans la machine, je vous rassure…

MARC FAUVELLE
Mais ça concerne un peu plus de monde que les jets.

OLIVIER VERAN
Mais c’est plutôt de se dire que vous avez un panel peut-être de 500, 600 mesures, qui peuvent avoir un impact sur la planète et un impact sur notre consommation énergétique cet hiver, certaines concernent l'Etat, d'autres des entreprises, d'autres des Français, et sur ces mesures nous voulons regarder quelles sont les plus efficaces et quelles sont celles qui ont le moins d'impact, qui nuisent le moins au quotidien des Français, et c'est ce travail-là qui est en train d'être réalisé, avec des experts, évidemment des politiques et qui sera présenté aux Français.

MARC FAUVELLE
Mais en tout cas vous dites, assez clairement, ce ne sera pas forcément indolore, ce ne sera pas simplement éteindre une pièce quand on sort, faire tourner sa machine à un autre horaire. Ça va se voir.

OLIVIER VERAN
Je dis que l'heure est venue de changer un certain nombre de nos habitudes, et quand on dit la fin de l'abondance, et que peut-être que, et je dis ça, et je sais qu'il y a une partie des Français qui nous écoutent et qui disent : mais qu'est-ce qu'il nous raconte, nous ça fait des années qu'on fait hyper attention, ou parce qu'on est très attentif à la planète, ou tout simplement parce qu'on n'a pas le choix, parce qu'on vit dans une passoire thermique et que notre facture elle a explosé. Je dis à ces Français, encore une fois, que l'effort il doit être partagé, et que nous ne demandons pas à celles et ceux qui font le plus d'efforts aujourd'hui, de consentir des sacrifices, nous demandons à l'ensemble de la population d'être attentive. Et nous-mêmes nous en prenons notre part, et nous-mêmes nous mettons en place des mécanismes de régulation, que nous avons votés bien avant l'été et bien avant la crise russe. Je vous en donne juste un : dans quelques mois vous ne pourrez plus augmenter les loyers des appartements qui correspondent à des passoires thermiques. Et dans quelques années, dans très peu d'années, il sera interdit de mettre ces habitats en location, parce que la rénovation thermique est un enjeu majeur, quand on parle de consommation énergétique.

MARC FAUVELLE
08h41, le Fil info Maureen SUIGNARD, on poursuit dans un instant c'est entretien, avec vous Olivier VERAN, porte-parole du Gouvernement.

Fil info

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Olivier VERAN, le porte-parole du Gouvernement. On parlait tout à l'heure du risque de rationnement qu'évoquait Elisabeth BORNE face aux entreprises hier. ENGIE annonce ce matin que le russe GAZPROM a une nouvelle fois réduit ses livraisons, on en est où dans le remplissage des stocks de gaz pour cet hiver, Olivier VERAN ?

OLIVIER VERAN
Nous aurons atteint notre objectif de remplir à 100 % nos stocks de gaz d'ici à la fin de l’été, c'est-à-dire qu'on est en avance par rapport à la préparation des hivers habituels, mais dire que l’on est à 100 % de stocks de gaz, ne signifie pas que nous aurions suffisamment de gaz pour passer l'hiver, si les Russes le coupaient et si on en consommait beaucoup.

SALHIA BRAKHLIA
Voilà. Ça correspond à combien de jours ou de semaines de consommation, les stocks ?

OLIVIER VERAN
Joker sur la consommation, parce que ça dépend énormément des conditions de consommation, c'est-à-dire notamment de la température extérieure, est-ce qu'on en consomme beaucoup. Après, la France est un pays qui consomme beaucoup de gaz pour produire de l'électricité, et la France a des atouts, notamment nous sommes équipés de stations de méthanisation, c'est-à-dire qu'on reçoit par bateau du GNL, ce qu'on appelle le GNL, qu'on est capable de transformer en gaz utilisable, et on a pu dans l'urgence équiper la France d'une 4e station située au Havre, c'est-à-dire qu'on accentue notre effort de préparation et notre capacité à diversifier les sources d'énergie. Il y aura une étape aussi très importante, fondamentale, qui est le mix-énergétique diversifié, avec une loi sur les énergies renouvelables. On vise un fois 10 en solaire, on vise 50 parcs éoliens en haute mer pour pouvoir être moins dépendants du gaz et du pétrole.

MARC FAUVELLE
D'un mot, vous confirmez que l’Algérie, où Emmanuel MACRON était il y a quelques jours, va nous aider, va nous livrer davantage de gaz et de GNL ?

OLIVIER VERAN
C'est en cours de discussions, c'est probable et ce serait une bonne nouvelle.
Nous dépendons de l'Algérie, je crois à hauteur de 8 en matière de livraisons de gaz.

MARC FAUVELLE
Oui, on parle d’une hausse de 50 % des livraisons, c'est ça l’ordre de grandeur ?

OLIVIER VERAN
S’ils augmentent de 50 %, ce serait évidemment une bonne nouvelle à prendre comme telle.

SALHIA BRAKHLIA
C’est ce que la France a demandé ou on espère plus encore ?

OLIVIER VERAN
Ça fait partie des négociations diplomatiques et du secret d'entreprise.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON va présider un Conseil de défense dédié à l'énergie à la fin de la semaine, c'est une information France Info, sur le modèle des conseils de défense sanitaires, que vous avez bien connus lorsque vous étiez ministre de la Santé. Ça veut dire que là aussi les débats et les délibérations seront secrets ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire qu'on ne peut pas parler de gaz et de crise énergétique sans parler de la Russie et de la guerre en Ukraine, ce qui veut dire qu'il y a des sujets de l'ordre de la sécurité nationale à haute valeur stratégique. Ensuite, le président de la République a lui-même donné le signal dans son discours du 14 juillet, et le moment sera propice à pouvoir aborder, ce dont je parlais tout à l'heure, c'est-à-dire notre feuille de route en matière d'économie énergétique et de commencer à prendre de grands arbitrages. Donc ne voyez pas ça comme une enceinte secrète de discussions, voyez ça comme…

SALHIA BRAKHLIA
Vous savez que ça a créé une nouvelle polémique, les oppositions s’offusquent déjà.

OLIVIER VERAN
Vous l’avez dit, j’ai participé à plus d’une centaine de conseils de défense, c'est la collégialité le maître mot, c'est-à-dire que vous avez les ministres, parfois des experts qui sont présents, qui échangent, qui partagent, ce sont des décisions qui sont collégiales, collectives…

SALHIA BRAKHLIA
Secrètes.

OLIVIER VERAN
Collectives. Vous avez encore une fois des enjeux stratégiques. Vous me verriez parler avec vous, très naturellement derrière un micro, de la stratégie russe pour contrer les sanctions économiques et des représailles en matière d'arrêt des livraisons…

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais que nous ne soyons pas là, d’accord, mais que les oppositions ne le soient pas, elles, elles se posent des questions.

OLIVIER VERAN
Mais, les oppositions ont vocation à pouvoir travailler ces questions et avoir accès à des renseignements, y compris d'ailleurs sous le sceau du secret-défense, dans le cadre de la commission de la défense, d'ailleurs c'est bien, je crois que c'est sur votre plateau qu'on avait eu une polémique parce qu'un député avait commencé à griller une partie de secret-défense dont il est titulaire.

SALHIA BRAKHLIA

MARC FAUVELLE
Pas vraiment grillé …

OLIVIER VERAN
Mais ne voyez pas ça comme une enceinte secrète, c'est vraiment un travail collégial, collectif.

MARC FAUVELLE
Mais, est-ce que vous souhaitez qu’il y ait, à l'issue de ce Conseil de défense énergétique, ce sera son nom, un point régulier, hebdomadaire, sur les efforts faits par les Français, l'état de nos stocks stratégiques, pour justement que tout le monde dispose des informations quasiment en temps réel, comme vous le donniez au fur et à mesure sur le nombre de gens hospitalisés ou de saturation des services d'urgence au moment du Covid ?

OLIVIER VERAN
La transparence sera la clé et sera la règle puisque, si nous demandons des efforts aux Français, il faut pouvoir expliquer pourquoi et il faut pouvoir expliquer quels sont les efforts qui sont déjà réalisés, quels sont les impacts positifs de ces efforts, et donc il y aura évidemment des communications régulières, je ne sais pas quelle forme ça prendra précisément, nous avons encore un peu de temps pour cela, mais c'est fondamental de partager, sinon ce ne sera pas compris.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, aujourd'hui la moitié du parc nucléaire est à l'arrêt, à cause du risque de corrosion et d'opérations de maintenance, est-ce que vous nous garantissez aujourd'hui qu'il n'y aura pas de coupures d'électricité cet hiver ?

OLIVIER VERAN
Eh bien, ENGIE s'est engagé, EDF s'est engagée à pouvoir réaliser, obtenir, atteindre pardon, le niveau de consommation électrique qui est normalement prévu. Alors, on ne sera pas dans la fourchette haute hélas, à cause de la corrosion dans les centrales, qui fait qu'il y a encore un certain nombre de centrales, de réacteurs qui sont à l'arrêt, même si certains vont pouvoir reprendre, et c'est une bonne nouvelle, nous surveillons ça de très près. Mais sur le risque de coupure, ça rejoint le risque pour le gaz, que je vous ai dit tout à l'heure. La question que vous me posez c'est : qu'est-ce qu'il se passe si on ne réussit pas collectivement le défi qui est devant nous, qui est celui de la sobriété énergétique. Donc, c'est ce qu'a expliqué la Première ministre hier. Nous voulons éviter d'en arriver à des situations où il y aurait des coupures, même ne serait-ce que transitoires qui pourraient impacter, je le dis en 1er lieu, les entreprises.

SALHIA BRAKHLIA
Donc c’est possible.

OLIVIER VERAN
Tout est possible, tous les scénarios sont sur la table. Encore une fois nous ne sommes pas dans le pessimisme, nous sommes dans un discours lucide, parce qu’être dans un discours lucide, c'est à la fois à partager la contrainte avec l'ensemble, leur dire pourquoi est-ce qu'il faut agir, et c’est en même temps dire aux Français que nous avons, nous avons la solution, la clé pour éviter que cela n’arrive.

MARC FAUVELLE
Je voudrais clarifier un point avec vous Olivier VERAN. Le bouclier tarifaire est en place aujourd'hui, à la fois pour le gaz et pour l'électricité, les prix sont bloqués depuis des mois. Quand on va-t-il s'arrêter ?

OLIVIER VERAN
Le bouclier tarifaire continue jusqu'à la toute fin de l'année 2022, et la France d’ailleurs est l’un des seul pays…pour ne pas dire le seul, à avoir complètement gelé le prix du gaz et avoir limité à 4 % la hausse de l'électricité.

MARC FAUVELLE
Au 1er janvier prochain, c'est-à-dire au milieu de l'hiver, il se passe quoi ? Bruno LE MAIRE a dit il y a quelques jours : oui, il y aura bien une hausse qui sera contenue. C'est quoi une hausse contenue ?

OLIVIER VERAN
Ça veut dire que vous avez eu la période initiale, le choc, la forte inflation, la montée des prix assez brutale, en France, dans l'Europe et dans le monde. La France a agi comme nulle autre, encore une fois en bloquant, en gelant, pour ne pas empêcher les Français de se chauffer ou de se rafraîchir ou de consommer ou d'utiliser l’énergie au quotidien. Nous l’avons assumé.

MARC FAUVELLE
Mais ça, ça sera fini, donc.

OLIVIER VERAN
Nous allons ensuite, dans un second temps, parce qu'on entre dans une période de moyen terme, rentrer dans des dispositifs plus ciblés, c'est-à-dire ciblés à destination peut-être des Français, si on prend le carburant, qui ont le plus besoin de leur voiture pour aller travailler ou se déplacer, ou ciblés vers les foyers les plus modestes qui sinon ne pourraient pas faire face à une hausse de leur facture d'électricité. Et dans le même mouvement, nous pivotons vers des mesures plus structurelles, je le disais tout à l'heure, en augmentant notre capacité de production d'énergie, en diversifiant les voies d'approvisionnement, en carburant, en électricité et en gaz.

MARC FAUVELLE
Donc des aides pour les…

OLIVIER VERAN
Pour répondre à votre question, il n’y aura pas une explosion de la facture d'électricité et de gaz pour les Français, il y aura…

MARC FAUVELLE
Ils ne prendront pas la hausse plein pot, si vous me passez…

OLIVIER VERAN
Non, les Français ne prendront pas la hausse.

MARC FAUVELLE
Personne ne prendra la hausse plein pot.

OLIVIER VERAN
Les Français ne prendront pas la hausse plein pot, par contre il y aura des dispositifs, des aides, qui seront plus proportionnés, à destination des ménages les plus modestes, c'est-à-dire les catégories populaires, mais aussi des classes moyennes, je le dis, qui travaillent, qui parfois ne bénéficient pas d'aides sociales parce qu'elles sont juste un petit peu au-dessus, et qui nous disent : nous c'est déjà compliqué dans notre quotidien, ne nous abandonnez pas.

MARC FAUVELLE
Un tout petit mot, parce qu'il y a eu beaucoup d'inquiétudes sur ce point aussi, est-ce qu'il aura un rattrapage du gel actuel, est-ce qu'à un moment la facture de janvier, février ou mars, on va nous dire : voilà, tout ce que vous n'avez pas payé l'an dernier, voici l'addition ?

OLIVIER VERAN
Bien sûr que non. On parle là de l'argent des Français, c'est l'argent public, c'est l'argent de l'Etat, c'est les impôts des Français, qui ont permis à l'Etat d'éviter aux Français de voir leur facture d'énergie exploser, alors qu'elle explosait partout autour de nous. Je rappelle qu'en Angleterre, je crois c'est 70 % d'augmentation quasiment « one shot », d'un seul coup, ce n'est pas un scénario que nous souhaitons pour la France.

MARC FAUVELLE
Olivier VERAN, vous restez avec nous, porte-parole du Gouvernement. Il est 08h50, le fil info Maureen SUIGNARD.

Fil Info

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, on ne comprend pas la position d'Elisabeth BORNE, la Première ministre hier devant les patrons, elle dit « pas d'impôts supplémentaires, mieux, suppression », c'est ce qu'elle a confirmé, et avant-hier elle dit dans les colonnes du Parisien qu'elle ne ferme pas la porte à une taxe sur les superprofits pour financer la transition écologique. Elle pense quoi réellement ?

OLIVIER VERAN
Deux choses qui sont complémentaires et pas incompatibles. La première, nous voulons continuer de baisser les coûts de production pour les entreprises parce que depuis que nous le faisons le chômage baisse et les emplois sont recréés, et la France va mieux, donc on veut continuer sur cette trajectoire, et deuxièmement ça n'empêche pas de se poser la question, si la situation devait le nécessiter, de demander un effort particulier à quelques entreprises qui réaliseraient des bénéfices particulièrement élevés dans la période particulière que nous connaissons, et qui ne feraient pas…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire quoi si la situation le nécessitait ?

OLIVIER VERAN
Et qui ne feraient pas d’efforts – je vais vous répondre – qui ne feraient pas d'efforts pour participer justement à cette stratégie nationale de protection du pouvoir d'achat, pour l’instant elles le font, donc la question…

SALHIA BRAKHLIA
Je vous donne un exemple Olivier VERAN, TOTAL…

MARC FAUVELLE
Pour l’instant elles le font ?

OLIVIER VERAN
Eh bien regardez TOTAL qui... vous savez, les Français le savent, mais c’est demain, enfin demain à minuit…

MARC FAUVELLE
La ristourne de 30 centimes…

OLIVIER VERAN
Vous aurez une ristourne de 30 centimes par litre d'essence à la pompe et une ristourne de 20 centimes proposée par TotalEnergies.

SALHIA BRAKHLIA
Eh bien prenons de l’exemple de TOTAL, TOTAL a mis 500 millions de ristourne à la pompe alors qu'elle a fait 5,7 milliards de profits au deuxième trimestre…

OLIVIER VERAN
Dans le monde…

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que vous trouvez ça suffisant ?

OLIVIER VERAN
Mais dans le monde, ça veut dire que vous avez l'équivalent d'une taxe de 10 % des bénéfices mondiaux d'un groupe qui n’en réalise quasiment pas en France, c'est un groupe français qui réalise beaucoup de bénéfices à l'étranger, donc quand vous rapportez les 500 millions aux 5 milliards, mais que vous vous dites que ces 5 milliards ils sont faits dans des endroits qui n'ont rien à voir avec les pompes à essence des stations d'autoroutes françaises, vous considérez que l'effort qui a été fait est déjà un effort conséquent.

MARC FAUVELLE
Donc il n’y aura pas de taxe en fait.

OLIVIER VERAN
Il n’y a pas de taxe sur la table, mais il y a des débats parlementaires réguliers qui…

MARC FAUVELLE
Elisabeth BORNE a dit « je ne ferme pas la porte », et là vous nous dites pas de taxe…

OLIVIER VERAN
Mais oui, mais je ne ferme pas la porte, ça veut dire qu’il n’y a pas de projet de taxe aujourd’hui, mais on continue de demander aux entreprises d'accompagner leurs salariés, de faire des efforts, et si la situation devait l’exiger, c'est-à-dire si on constatait que des efforts il n’y en a pas suffisamment, eh bien les parlementaires se chargeraient de remettre ce sujet de la taxe sur la table.

MARC FAUVELLE
On est à deux jours de la rentrée scolaire, Olivier VERAN, l'Etat a dû faire appel en urgence à 3000 contractuels pour faire face à la pénurie de professeurs, est-ce que vous considérez qu'on est un bon prof quand on a eu 4 jours de formation avant d'arriver dans une salle de cours ?

OLIVIER VERAN
D’abord 3000 sur 660.000, c'est-à-dire moins de 0,5 %, dans une situation particulière, où je rappelle qu'on a demandé plus de formation aux jeunes enseignants puisque désormais on a reculé d’un an la « masterisation » pour recruter. Dans le même mouvement nous passons des concours de titularisation et nous accélérons le recrutement de titulaires, ce qui est une bonne nouvelle, les contractuels qui ont été engagés ne l’ont pas été dans le cadre d'un speed-dating, contrairement à ce qu'on peut lire honnêtement… enfin, on peut toujours tout caricaturer !

MARC FAUVELLE
Quatre jours est-ce que c’est suffisant avant d’arriver…. ?

OLIVIER VERAN
Mais personne ne dit que c’est suffisant ou pas suffisant, on dit qu'on a affaire à des personnes qui sont motivées pour participer à de l'enseignement, qui ont été formées pendant plusieurs jours, qui ont été sélectionnées lors d'un entretien, qui vont être accompagnées tout au long de l'année, avec une titularisation qui sera organisée, pour tous les enseignants qui le souhaitent et qu'ils ne le sont pas encore, progressivement au cours de l'année.

MARC FAUVELLE
Les élèves qui auront devant pendant un an un contractuel auront la même éducation que les autres ?

OLIVIER VERAN
Il y aura des évaluations qui seront faites, moi j'entends le ministre de l’Education nationale…

MARC FAUVELLE
Ce sera le même niveau ?

OLIVIER VERAN
Il est serein sur les conditions de cette rentrée qui, encore une fois, s’est faite dans des conditions particulières du fait d'avoir repoussé d'un an la « diplômation » complète des enseignants.

SALHIA BRAKHLIA
Olivier VERAN, est-ce que le Gouvernement a prévu une nouvelle fois de durcir les critères d'indemnisation pour pousser les chômeurs à reprendre le boulot ?

OLIVIER VERAN
Ce qui serait assez incompréhensible pour les Français c'est qu'à l'heure où le marché du travail se porte dans des conditions particulièrement bonnes, et qu'on recherche beaucoup, beaucoup, beaucoup de salariés à embaucher dans les entreprises, nous aurions un système d'indemnisation chômage particulièrement avantageux, c'est l'inverse qu'il faut. Quand vous avez beaucoup d'emplois créés et beaucoup d'emplois à pourvoir, le système d'assurance chômage doit être moins avantageux, et à l'inverse quand le chômage remonte il faut davantage de protection.

SALHIA BRAKHLIA
Mais dans cette affaire ce n’est l'attractivité des métiers qui compte aussi ?

OLIVIER VERAN
Mais tout compte, mais pardonnez-moi, un métier, même s'il est jugé moins attractif qu’un autre, sera toujours plus attractif pour un Français que le chômage ou le RSA, et donc il faut pouvoir accompagner les demandeurs d'emploi, il y a beaucoup d'emplois à pourvoir, dans le domaine de la restauration, dans le domaine des services à la personne, je suis sûr que vous avez rencontrés sur votre lieu de vacances des gens qui sont venus vous voir en vous disant qu’ils cherchaient à recruter mais qu’ils ne trouvaient pas, donc il faut accompagner les Français, il y a encore un million d'emplois que nous souhaitons créer pour atteindre le plein emploi, ce sont des emplois, pour certains d'entre eux, qui ne nécessitent pas de qualification particulière, mais encore une fois entre être au chômage et toucher quelques centaines d'euros par mois, et avoir un emploi stable payé au SMIC, le choix doit être fait de prendre cet emploi. Donc, nous allons prolonger, nous avons besoin d’un dispositif à compter du 1er novembre dans ce pays en matière d'assurance chômage, et des dispositions seront prises, vous en connaissez l'état d'esprit, de la même manière qu'on veut réformer le lycée professionnel parce qu'il y a trop de gens, de jeunes, qui sortent du lycée professionnel qui sont des décrocheurs ou qui n'ont pas d'emploi, de la même manière qu'on veut pouvoir réformer le RSA, et ce n’est pas une insulte que de le dire, pour inciter ceux qui le peuvent à reprendre une activité, ou une formation, ou un emploi, parce qu'il y a des emplois qui sont disponibles. Il n’y a pas un déplacement que je fais sur le terrain sans rencontrer des gens qui sont aux minima sociaux, qui me disent « moi je suis prêt à reprendre un travail, mais je ne le fais pas encore », il faut pouvoir les accompagner, ce n’est pas brusquer, c'est leur dire le moment est là, le moment est clé, et cette reprise économique de notre pays, chacune et chacun d'entre nous doit l’accompagner.

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON doit installer la semaine prochaine le Conseil national de la refondation, le CNR, on sait déjà que la France insoumise n’ira pas, le Rassemblement national non plus, les Républicains idem, même le président du Sénat Gérard LARCHER a dit qu'il n'ira pas ce jour-là, avec qui allez-vous discuter ?

OLIVIER VERAN
D’abord nous allons discuter à Marcoussis, qui est un lieu emblématique, le haut lieu…

MARC FAUVELLE
Oui, ça c’est le lieu, moi c’était le [qui].

OLIVIER VERAN
Le haut lieu du rugby, qui montre l'esprit collectif, l'esprit d'ouverture et les valeurs qui sont celles du rugby.

SALHIA BRAKHLIA
C’est le symbole Marcoussis.

OLIVIER VERAN
Oui ; ensuite vous aurez autour de la table toutes les personnes de bonne volonté qui n'ont pas peur de venir partager, avec les Français, un diagnostic sur la situation de notre pays. Il y aura des experts qui interviendront, la présidente du Haut Conseil pour le climat qui parlera de transition énergétique, le président de la Cour des comptes qui parlera de la dette, le président de la Banque de France qui parlera également d'économie, l'idée est de se dire que quelles que soient nos idées politiques, quelles que soient nos origines politiques, quels que soient les combats que nous menons par ailleurs, nous devons être capables de mettre en partage des éléments de diagnostic sur la situation du pays…

SALHIA BRAKHLIA
Mais il y a l'Assemblée nationale et le Sénat pour ça aussi.

OLIVIER VERAN
Du pays et de l’Europe. J’ai été parlementaire pendant suffisamment de temps pour avoir non seulement un profond respect pour le Parlement, mais pour savoir aussi qu'il est parfois difficile, dans un hémicycle, de sortir de certaines positions ou de postures. Là, l'idée est de prendre de la hauteur, il n'y aura pas que des politiques, il y a des représentants de la société civile, des syndicats, des grandes associations, il y aura des représentants des élus locaux, et l'idée est aussi de mettre en discussion, en dialogue, celles et ceux qui agissent sur le terrain avec celles de ceux qui prennent les décisions, ce n'est ni un substitut, ni un préalable au Parlement, donc je le dis pour rassurer ceux qui le redouteraient…

SALHIA BRAKHLIA
Le Président dit…

OLIVIER VERAN
C’est la mise en partage, et qui sera ensuite décliné par grandes thématiques dans les territoires et qui associera l'ensemble des Français, c'est un moment important dans la vie de notre pays. Moi j’ai du mal à comprendre, et j'aime profondément pays, la politique, je ne dis pas que ce n’est pas le cas de Monsieur LARCHER, mais j'ai du mal à comprendre qu’on puisse refuser la main tendue pour venir dialoguer, discuter, il ne s'agit pas de lui demander de voter quelque chose, on lui demande de venir écouter avec nous ce que des experts ont à nous dire et de dire les voies et moyens qu'il est prêt à mettre en œuvre pour pouvoir nous tirer collectivement vers le haut. On continue de tendre la main.

MARC FAUVELLE
Merci Olivier VERAN, bonne journée à vous.

OLIVIER VERAN
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 16 septembre 2022