Interview de M. Bruno Le Maire, ministre l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à France Inter le 27 septembre 2022, sur la victoire aux élections du parti Fratelli d’Italia mené par Giorgia Meloni, la réforme des retraites et le budget pour 2023.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

NICOLAS DEMORAND
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Nicolas DEMORAND.

LEA SALAME
Bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Léa SALAME.

NICOLAS DEMORAND
Le budget 2023 a été présenté hier en conseil des ministres et on va évidemment en parler en détail avec vous dans quelques instants, mais d’abord, car c’est un événement politique majeur dans un pays fondateur de l’Union européenne, quelle est votre réaction à la victoire en Italie du partie postfasciste Fratelli d’Italia mené par Giorgia MELONI, qui est arrivé en tête des élections et devrait accéder au pouvoir dans quelques jours ou semaines ?

BRUNO LE MAIRE
Nous jugerons aux actes, voilà tout ce que je peux vous dire. C’est la décision souveraine du peuple italien, je pense que le peuple italien apprécierait assez peu qu’un ministre du gouvernement français aille faire des commentaires sur leur choix souverains, nous jugerons aux actes, notamment dans le domaine économique où moi je souhaite que l’action qui a été entreprise par Mario DRAGHI, de réforme en profondeur de l’économie italienne, soit poursuivie, parce que je crois que c’est l’intérêt de l’Italie et parce que je sais que c’est l’intérêt de la zone euro toute entière.

LEA SALAME
Giorgia MELONI avait eu des mots très durs contre la France et Emmanuel MACRON en 2018 au moment de la crise des migrants, " ne viens pas nous faire la leçon MACRON " avait-elle dit, sur l’Union européenne elle dit " ils sont tous inquiets de voir MELONI au gouvernement, la fête est finie, l’Italie va commencer à défendre ses intérêts nationaux ", quelles seront les conséquences pour l’Europe ?

BRUNO LE MAIRE
J’espère surtout que la fête ne sera pas finie pour l’Italie et que Giorgia MELONI aura à coeur, je le redis, de poursuivre cette transformation économique qui est indispensable pour l’Europe, indispensable pour la zone euro, indispensable pour l’Italie. Après moi je n’ai pas d’inquiétude pour la zone euro, la réalité c’est que nous avons des dispositifs de protection qui sont très solides, nous avons mis en place un nouveau mécanisme européen de stabilité qui est doté de plusieurs dizaines de milliards d’euros, donc je n’ai pas d’inquiétude pour la stabilité de la zone euro, au passage je note que s’il y avait une inquiétude à avoir en Europe c’est du côté de la Grande-Bretagne parce que quand on sort de l’Europe, quand on sort de la protection européenne et qu’on annonce 150 milliards de livres de dépenses supplémentaires on a un taux d’intérêt qui bondit au-dessus de 4%, l’Europe est une protection et je souhaite que l’Italie participe à cette protection.

LEA SALAME
Mais elle ne veut pas " d’Italexit ", ça elle l’a redit Giorgia MELONI…

BRUNO LE MAIRE
Oui, elle l’a dit très clairement, c’est pour ça nous jugerons aux actes, ne faisons pas de procès d’intention avant que les décisions ont été prises…

LEA SALAME
Mais vous êtes inquiet sur les droits LGBT, sur les femmes, sur l'IVG, sur ce qu'elle a dit ?

BRUNO LE MAIRE
Ça fait partie de notre patrimoine européen, donc j'espère qu'ils seront défendus, mais je pense qu'il ne faut pas faire de procès d'intention à un dirigeant qui vient d'être choisi par un peuple souverain, un peuple qui est plus qu'un peuple ami, c'est un peuple frère le peuple italien.

NICOLAS DEMORAND
Revenons en France, encore une question avant d'entrer dans le budget. Emmanuel MACRON décidera en fin de semaine s'il proposera rapidement un projet de réforme des retraites, vous, Bruno LE MAIRE, vous avez toujours dit il faut le faire et il faut le faire vite, est-ce que vous le redite ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je le redis, il faut le faire, il faut le faire vite, et le faire vite ce n’est pas le faire dans la précipitation, on peut prendre quelques mois de consultations, quelques semaines de consultations, cela ne pose pas de difficulté, au bout du compte cette réforme de retraites est indispensable pour notre pays, elle est indispensable pour financer notre modèle de protection sociale et elle est indispensable pour augmenter le volume global de travail qui va nous permettre de garantir la prospérité de nos enfants et de nos petits-enfants, il faut bien financer nos hôpitaux, nos collèges, nos lycées, nos universités, et c'est la réforme des retraites qui permettra de garantir ce financement.

LEA SALAME
Mais vous dites ça peut attendre quelques jours, quelques semaines, comme le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, Le PLFSS doit être présent là, on n'entend que ce ne sera pas un abondement dans le PLFSS, dans ce que vous dites.

BRUNO LE MAIRE
Ça, ce sera au président de la République et à la Première ministre de décider de la méthode.

LEA SALAME
Oui, mais enfin on comprend bien.

BRUNO LE MAIRE
Moi vous connaissez mes convictions là-dessus. J’ai l'ardente conviction qu'augmenter le volume global de travail permette à tous ceux qui ont plus de 55 ans de rester sur le marché du travail et de faire part de leur expérience, de leur savoir-faire, c'est vital pour notre pays, et la deuxième conviction c'est qu'il vaut mieux respecter sa parole, la parole du président de la République a été extrêmement claire, la réforme des retraites doit entrer en vigueur à l'été 2023, ça nous laisse des mois de discussion, de dialogue devant nous.

LEA SALAME
La réforme des retraites va entrer en vigueur à l'été 2023 ?

BRUNO LE MAIRE
Je le souhaite, je pense que c’est nécessaire de tenir ce calendrier, c'est-à-dire avoir une réforme des retraites qui entre en vigueur à l'été 2023, ça n'exclut pas d'avoir un dialogue qui commence dans les jours qui viennent, avec les partenaires sociaux, avec les citoyens, avec les députés, avec les sénateurs.

LEA SALAME
Mais ça veut dire une réforme votée très rapidement, en janvier, février.

BRUNO LE MAIRE
Très rapidement ne veut pas dire dans la précipitation, enfin ce n’est pas comme si on n'avait jamais parlé des retraites dans notre pays, ce n’est pas comme si le président de la République n'avait pas été clair pendant sa campagne, il a un mandat du peuple français pour faire cette réforme des retraites avec un décalage de l'âge légal, c'est le mandat que lui ont donné les Français au moment d'aller voter à l'élection présidentielle, ça n'exclut, je le dis avec beaucoup de force, ça n'exclut pas du tout d’avoir du dialogue, des échanges, nous avons des mois devant nous, pour poser les différents paramètres des réformes.

NICOLAS DEMORAND
On n’est pas aux pièces comme le dit François BAYROU.

BRUNO LE MAIRE
Non, on n’est pas aux pièces, bien entendu, on n’est pas aux pièces…

NICOLAS DEMORAND
On peut prendre trois ou quatre mois pour réfléchir ensemble et mettre sur la table des options, des propositions…

BRUNO LE MAIRE
Mais il n’a jamais été question, pour répondre également à François BAYROU, qui est un partenaire précieux de notre majorité, il n'a jamais été question, chez qui que ce soit, de passer en force.

LEA SALAME
Ah si, quand Emmanuel MACRON dit " on risque de le mettre, dans l’amendement, au PLFSS et de le faire passer par le 49.3 ", ça ne s’appelle pas passer en force ?

BRUNO LE MAIRE
Pardon Léa SALAME, mais moi je ne parle pas à la place du président de la République, et je n'ai jamais entendu le président de la République dire qu’il allait passer par un amendement, nous ne passerons pas en force…

LEA SALAME
Il l’a dit.

BRUNO LE MAIRE
Il n’a jamais été question de passer en force, mais il faut aussi savoir décider en politique, et quand on a une conviction, la mienne elle est forte et elle est faite depuis très longtemps, qu'une réforme des retraites est nécessaire pour garantir la prospérité du pays, à un moment donné, une fois que la phase de dialogue indispensable est passée, il faut décider, c'est notre responsabilité, et c'est notre mandat.

NICOLAS DEMORAND
Allez, le projet de loi de finances 2023, présenté donc hier en conseil des ministres, le texte du budget se fonde, commençons par là, sur une anticipation optimiste de croissance pour l'année prochaine de 1%, vous persistez en disant qu’on va l'atteindre ce 1%, que c'est réaliste, mais ce n'est ni ce que croit l'OCDE, ni ce que croit la Banque de France. L’OCDE 0.6 de croissance l'an prochain, la Banque de France fourchette allant de 0.8 à -0.5 de croissance, c'est-à-dire la possibilité d'une récession. N’êtes-vous pas tout simplement, Bruno LE MAIRE, trop optimiste, ne prenez-vous pas vos rêves pour des réalités ?

BRUNO LE MAIRE
D’abord je n’ai jamais pensé que ce soit un défaut d'être optimiste, et certainement pas d'être volontariste quand on est ministre de l'Economie. C’est les mêmes qui nous expliquaient qu'en 2022 on ne dépasserait pas 2,3 de croissance, nous allons faire 2,7, donc ça vaut le coup d'être volontariste parce que les Français le sont pour nous, les consommateurs le sont, les entreprises le sont, qui investissent, et le rôle du ministre de l'Economie c'est justement d'être volontariste, de montrer ce que nous pouvons atteindre, alors évidemment ce n’est pas une certitude, mais je sais que nous pouvons avoir une croissance positive en 2023, et que le 1% n’est pas hors d'atteinte, il est crédible et volontariste. Ensuite, quand vous prenez les autres évaluations, oui des évaluations plus pessimistes, mais quand vous regardez derrière ces scénarios, c'est un scénario dans lequel le contexte géopolitique se dégrade, dans lequel les prix de l'énergie continuent à flamber encore plus qu'aujourd'hui, ce n’est pas un scénario qui est totalement exclu, soyons honnêtes, mais ce n’est pas notre scénario central, et au moment où vous choisissez…

LEA SALAME
Aujourd'hui vous ne pouvez pas exclure qu'il y ait une possibilité de récession par exemple.

BRUNO LE MAIRE
Mais on ne peut jamais rien exclure par définition en matière économique, personne n'avait prévu qu'il y aurait le Covid et qu'il y aurait une récession de plus de 8%, mais notre scénario central, quand je regarde l'investissement des entreprises, la consommation des ménages, l'immense capacité de résistance de l'économie française en 2022, qui fait parmi les meilleurs résultats de la zone euro, c'est que 1% c'est volontariste, mais c’est crédible.

NICOLAS DEMORAND
C’est un pari.

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n’est pas un pari, c'est volontariste, mais c'est crédible.

LEA SALAME
Alors, quelle critique, quelle critique vous avez suscité hier…

BRUNO LE MAIRE
C’est bon signe.

LEA SALAME
Bruno LE MAIRE, vous le savez, ça vous fait sourire, mais alors là ça a été un tir groupé à l’annonce du budget, quand vous l'avez présenté avec Gabriel ATTAL, et surtout venant des libéraux, si j'ose dire. Je lis la Une de " l’Opinion ", " Un budget 2023 en manque de cohérence ", le Haut Conseil des finances publiques avait aussi exprimé ses craintes, " le redressement des finances publiques s'annonce lent et très incertain en 2023, vous surestimez l'impact des réformes pour un retour à des finances publiques maîtrisées et un déficit sous les 3 % " vous dit Pierre MOSCOVICI, et puis alors le MEDEF, vive critique du MEDEF hier qui critique le manque d'ambition de votre budget, " la France continue à vivre au-dessus de ses moyens, les dépenses sont en hausse, aucune des problématiques structurelles de la France n'est réglée ", le MEDEF parle de votre " accoutumance à la dette publique " et en appelle à la sobriété budgété. Comment avez-vous reçu ce tir groupé ?

BRUNO LE MAIRE
Très bien, je vous rassure, depuis près de six ans que je suis ministre des Finances j'ai l'habitude des critiques quand nous présentons un budget.

LEA SALAME
Là, celui-là, c’est massif !

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais c’est normal, parce que nous sommes dans une période de très grande incertitude, donc certains visiblement perdent le nord, mais nous nous n'avons pas perdu le nord et nous savons exactement où nous voulons aller avec le président de la République et la Première ministre. Nous avons voulu un budget qui tient l'équilibre entre la protection de nos compatriotes et des entreprises face à la flambée des prix du gaz, des prix de l’électricité, ça coûte cher, et nous revendiquons cette protection, parce qu'on ne va pas laisser les gens tout seuls face à des factures d'électricité et de gaz qui auraient pu augmenter de 100%, et de l'autre côté le rétablissement des finances publiques, avec un objectif clé, tenir les déficits à 5% de notre richesse nationale en 2023, ce qui fait que j'ai dit que la France était à l'euro près parce que nous sommes effectivement à l'euro près si nous voulons tenir ces 5%…

LEA SALAME
Pas vraiment, vraiment…

BRUNO LE MAIRE
Nous sommes à l’euro près…

LEA SALAME
Cette phrase on va vous la ressortir parce qu’on n’y est pas vraiment.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Léa SALAME, cette phrase je la revendique, j’ai pesé mes mots, nous sommes à l’euro près si nous voulons tenir les 5%…

LEA SALAME
A 150 milliards d’euros près…

BRUNO LE MAIRE
Quand nous avons fait le PLFR, nous sommes entrés avec 22 milliards d'euros de dépenses en août à l'Assemblée nationale, et j'ai dit que nous sortirions des débats à l'Assemblée nationale avec 22 milliards d'euros, à l'euro près, nous sommes sortis avec 22 milliards d'euros, je dis exactement la même chose…

NICOLAS DEMORAND
Là il y a 500 milliards d'euros de dépenses dans ce budget, 350 milliards de recettes, ça fait 150 milliards d’euros près.

BRUNO LE MAIRE
Mais, oui, Nicolas DEMORAND, je connais ces chiffres, oui, ça s’appelle le budget de la France…

LEA SALAME
+24 milliards de défense.
BRUNO LE MAIRE

Le budget de la France, par définition, ce n’est pas des clopinettes, c'est beaucoup d'argent et beaucoup de responsabilités pour nous, c'est bien pour cela que je redis nous entrons dans le débat à l'Assemblée nationale avec 5% de déficit public, c'est déjà beaucoup 5 % de déficit, surtout quand vous regardez par rapport à nos partenaires européens, donc je n'accepterai pas des amendements qui alourdiraient la dépense et qui nous feraient sortir de ces 5% de déficit public, c'est pour ça que je dis que la France est à l'euro près pour tenir ses comptes publics. Quant aux critiques du MEDEF, moi je vais reprendre les termes d'une personnalité pour laquelle j'ai beaucoup de respect, c'est le président de la commission des finances du Sénat, Claude RAYNAL, qui pourtant n’est pas de mon bord politique, qui a dit que c'était tout de même un peu fort de café, c'est tout de même un peu fort de café. Le MEDEF trouve qu'on alourdit la dette et qu'on alourdit les déficits publics, eh bien je leur fais une proposition, il n’y a qu’à renoncer à baisser les impôts de production, ça coûte 8 milliards d'euros, on fera une économie. Si le MEDEF veut véritablement que nous réduisions les déficits et la dette, mais dans ce cas-là qu'il arrête de soutenir du bout des lèvres la réforme des retraites, et qu’il la soutienne avec enthousiasme…

LEA SALAME
Il ne l’a soutient même pas du tout, il dit ce n’est pas le moment.

BRUNO LE MAIRE
Avec détermination.

LEA SALAME
Le MEDEF ne veut pas de votre réforme des retraites.

BRUNO LE MAIRE
Dans ce cas-là qu’on ne nous fasse pas de leçons sur la dette et sur les déficits, si véritablement le MEDEF veut que nous réduisons les dépenses publiques, la Commission Labaronne, qui est un député de la majorité, qui elle a fait un très bon travail d'examen des dépenses publiques que nous pourrions réduire, a identifié tous les crédits d'impôt, dont bénéficient les entreprises, qui permettraient de réduire les déficits et de réduire la dette, donc si le MEDEF veut véritablement réduire la dette et réduire les déficits, qu'il vienne avec nous travailler à ce sujet, qu'il soutienne la réforme des retraites avec beaucoup de volonté car c’est 8 à 9 milliards d'euros d'économie au bout du quinquennat, qu'il vienne identifier avec nous les crédits d'impôts que nous pourrions réduire et qu’il fasse preuve d'un tout petit peu de cohérence.

LEA SALAME
Votre ton est menaçant ce matin pour les entreprises et le MEDEF…

BRUNO LE MAIRE
Non.

LEA SALAME
Vous êtes en colère, honnêtement ça vous a mis en colère toutes les… soyez honnête.

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas un homme de colère…

LEA SALAME
Vous me l’avez dit avant de rentrer, vous m’avez dit je suis en colère, ça m’a énervé.

BRUNO LE MAIRE
Léa SALAME, je ne suis pas un homme de colère…

LEA SALAME
Oui, oui, colère froide.

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne suis pas un homme de colère, je suis un homme de cohérence, et je vais vous dire, dans toutes les critiques que j’entends, ce sont les mêmes qui vous disent qu'il faudrait réduire plus les déficits et plus les dettes, et qui font assaut de propositions en matière de nouvelles dépenses publiques, ils me disent " mais vous dépensez trop, mais il faut mieux protéger collectivités locales ", " vous dépensez trop, mais il faudrait un bouclier tarifaire pour toutes les entreprises ", nous nous avons, avec toute la majorité, avec les députés qui nous soutiennent, avec les sénateurs, avec le président de la République, le mérite de la cohérence, nous savons où nous voulons aller, nous tenons le bon équilibre entre réduction des dépenses et protection de nos compatriotes, et moi j'invite chacun à faire une révolution mentale, à rentrer dans ce débat sur le budget, non pas en se disant systématiquement je serai populaire, parce que je vais proposer de nouvelles dépenses, mais je serai responsable parce que je vais proposer de nouvelles économies.

NICOLAS DEMORAND
Si on est à l'euro près, comme vous le dites Bruno LE MAIRE, pourquoi ne pas chercher des sources de financement ailleurs, par exemple en taxant les superprofits comme le réclame la NUPES ? Dans un texte déposé le 21 septembre la NUPES annonce sa volonté de taxer ces grandes entreprises majoritairement multinationales, au chiffre d'affaires supérieur à 750 millions d'euros, tous secteurs confondus, TotalEnergies, SANOFI, CMA CGM, dans des secteurs où ont été réalisés des bénéfices exceptionnels, décorrélés de toute innovation, gains de productivité ou décisions stratégiques internes à l'entreprise. N’est-ce pas là une bonne idée ?

BRUNO LE MAIRE
Non.

NICOLAS DEMORAND
Pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que nous récupérons déjà le produit des rentes, le produit des rentes des énergéticiens est ce qui finance le bouclier sur le gaz et sur l'électricité. Je rappelle que les tarifs auraient dû augmenter de 100%, ils vont augmenter de 15%, je rappelle que ça coûte, en coût brut, c'est-à-dire ce que l'Etat va sortir, 45 milliards d'euros, mais en coût net 16 milliards d'euros seulement. Pourquoi ? Parce que nous récupérons la rente des énergéticiens, d’ENGIE, de TOTAL, d’EDF, c'est-à-dire que nous leur avons garanti…

LEA SALAME
Assez, vous la récupérez assez ?

BRUNO LE MAIRE
20 milliards d’euros quand même !

LEA SALAME
Oui, mais enfin, Bruno LE MAIRE, quand leur chiffre d’affaires, à ENGIE et à TOTAL, double grâce à la guerre d’Ukraine…

BRUNO LE MAIRE
Mais 20 milliards d’euros ce n’est pas négligeable et c'est bien la preuve que nous récupérons les rentes, je suis contre les rentes, contre les bénéfices exceptionnels qui sont liés uniquement à la flambée des prix et pas du tout à des investissements, nous récupérons cet argent et nous finançons, grâce à cela, le bouclier tarifaire.

LEA SALAME
Pourquoi pas une taxe exceptionnelle, pas permanente, exceptionnelle ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que ce que propose la NUPES, et là je crois que les masques sont tombés sur cette taxation exceptionnelle sur les superprofits. Ça, ça sonne très bien, tout le monde a envie de dire " oui, taxation exceptionnelle sur les superprofits ", mais regardez la réalité de la proposition, est-ce que c'est vraiment les superprofits ? sont concernées toutes les entreprises dont les bénéfices ont augmenté de plus de 25% depuis 2017, eh bien des entreprises qui depuis cinq ans ont vu leurs bénéfices augmenter de plus de 25 %, sans que ça ait quoi que ce soit à voir avec la crise énergétique, c'est quasiment toutes les grandes entreprises françaises du CAC 40, et beaucoup de grandes entreprises de taille intermédiaire, donc ce n’est pas les profits exceptionnels, c'est tous les profits, et ce n’est pas une taxation exceptionnelle puisqu’ils nous disent qu’ils vont la faire en 22, en 23, en 24, jusqu’en 25, donc c'est une taxation permanente, donc derrière cette supercherie de la taxation exceptionnelle sur les superprofits se taxe dans le fond le réflexe pavlovien de cette partie-là de l'échiquier politique, taxer tout le temps, tout le monde, qu'il soit gros ou qu'il soit petit. Moi je préfère, de loin, la proposition européenne à laquelle, pour le coup je souscris totalement, c'est-à-dire récupérer les rentes, mettre en place un mécanisme de marché qui fait que quand un énergéticien à des bénéfices exceptionnels, uniquement parce que les prix flambent sur le marché, on récupère l'argent et il va au financement de la protection des gens.

LEA SALAME
Alors, vous êtes contre une taxe exceptionnelle, Elisabeth BORNE n’est pas tout à fait d'accord avec vous, hier encore elle disait notamment demander de manière exceptionnelle aux laboratoires pharmaceutiques qui font des profits extraordinaires de mettre la main à la pâte, ce sont ses termes.

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr. Par définition, je vais vous dire, et en plus par goût personnel, nous sommes du même avis avec la Première ministre.

LEA SALAME
Pas tout à fait.

BRUNO LE MAIRE
Si, tout à fait. Nous récupérons aussi des bénéfices qui ont été faits par des entreprises qui le reversent directement aux Français, regardez TOTAL, grâce à TOTAL vous avez 20 centimes d'euros de ristourne à la pompe, regardez ce que fait CMA CGM, regardez ce sur quoi se sont engagées les banques…

LEA SALAME
Et les labos pharmaceutiques, Bruno LE MAIRE…

BRUNO LE MAIRE
Qui vont plafonner les tarifs bancaires à 2 %, même chose pour les laboratoires pharmaceutiques.

LEA SALAME
Est-ce qu’ils donnent assez ou il faut qu’ils donnent plus ?

BRUNO LE MAIRE
Mais bien sûr que les laboratoires vont donner, bien sûr qu'ils vont bénéficier à 70 % du remboursement par la Sécurité sociale de certaines analyses et qu'ils doivent contribuer, mais ça a été notre philosophie, avec la Première ministre, depuis le début, toutes les entreprises qui ont les moyens doivent participer à la protection des Français contre l'inflation, les banques, les assureurs, les pétroliers, les transporteurs maritimes, et les laboratoires de biologie.

NICOLAS DEMORAND
Avant de donner la parole aux auditeurs un mot des partenaires sociaux qui ont jugé lundi, hier donc, inacceptable d'imposer à l'organisme Action logement, qu'ils gèrent, une ponction de 300 millions d'euros, comme c'est envisagé dans le budget pour 2023, " affront au paritarisme " disent-ils, ils demandent le retrait de cette ponction, que leur répondez-vous ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
Je leur réponds qu’il n’y a pas de ponction, ces 300 millions d'euros vont aller au financement du logement social.

NICOLAS DEMORAND
Donc ils se trompent ?

BRUNO LE MAIRE
Donc je pense qu’ils se trompent, je pense que c’est bien d’avoir 300 millions d’euros…

NICOLAS DEMORAND
Ils ont mal lu ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu’ils n’ont pas forcément compris ce que nous voulions faire, ces 300 millions d'euros iront au financement du logement social, je pense que ça doit satisfaire tout le monde.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 28 septembre 2022