Interview de Mme Carole Grandjean, chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels, à France Bleu Gironde le 20 octobre 2022, sur le recours au 49.3, les amendements retenus et la réforme des lycées professionnels.

Texte intégral

JOURNALISTE
Bonjour Carole GRANDJEAN.

CAROLE GRANDJEAN
Bonjour à tous.

JOURNALISTE
Merci d’être avec nous ce matin. D’abord, une réaction sur l’information de la nuit et de matinée, ce nouveau refus d’obtempérer hier soir en Haute-Gironde, un gendarme gravement blessé, percuté par un chauffard. Vous avez un message ce matin pour les forces de l’ordre.

CAROLE GRANDJEAN
Ecoutez, déjà, je tiens à apporter tout mon soutien et tous mes voeux de rétablissement à ce gendarme grièvement blessé, vous l’avez dit, évidemment pour lequel nous souhaitons tous lui apporter notre soutien. Et puis, hier, à quel point les forces de l’ordre sont là pour nous protéger et nous devons aussi tous effectivement la responsabilité de condamner ce type d’action. Le fuyard est évidemment encore recherché, mais toute la lumière doit être faite sur les faits et les responsabilités prises. C’est extrêmement grave. Et évidemment, ce nouvel acte vient nous montrer à quel point les forces de l’ordre sont exposées, et nous devons effectivement tous ensemble apporter notre soutien à ce témoignage et aussi de prompt rétablissement à ce gendarme.

JOURNALISTE
Soutien également de votre collègue au Gouvernement, Gérald DARMANIN à l'Intérieur. Carole GRANDJEAN, l'actualité politique, c'est évidemment ce recours au 49.3 par votre Gouvernement. Le budget adopté sans vote des députés. Le macronisme est-il devenu un autoritarisme, comme le dit Mathilde PANOT, la patronne des députés Insoumis ?

CAROLE GRANDJEAN
Ecoutez, après sept jours de débats, soixante heures de débats et plus de mille amendements étudiés sur les 3 500 déposés, je crois que le Gouvernement prend des responsabilités. Il est temps désormais de permettre à ce budget d'être appliqué. C'est aussi une manière de débloquer le pays ; il nous faut pouvoir agir pour les Français. Et donc le Gouvernement prend par-là ses responsabilités et permet à la France de d'agir en fait. Et nous sommes dans l'action et cherchons à dépasser l'obstruction.

JOURNALISTE
Vous l'avez dit, une centaine d'amendements retenus à peu près, y compris ceux venant de l'opposition, les communistes, le rétablissement de la demi-part des voeux pour les anciens combattants. En revanche, celui sur la taxation des superdividendes, est-ce qu'il sera retenu cet amendement ?

CAROLE GRANDJEAN
Ecoutez, le Gouvernement s'est exprimé en défaveur de cet amendement.

JOURNALISTE
Et pourtant, il a été porté par le MoDem. Ce sont vos alliés historiques. On ne comprend pas. Il a été même voté par les députés de la majorité.

CAROLE GRANDJEAN
Ce n'est pas le choix que nous avons fait et que le Gouvernement a fait, qui est celui de responsabiliser les acteurs, par des actions qui vont être finalement multiples selon les secteurs d'activité et selon les entreprises, et selon évidemment aussi les profits qui sont effectués. Donc nous avons fait le choix de faire confiance aux chefs d'entreprise. On a fait aussi la demande explicite auprès d'eux pour qu'ils agissent auprès de leurs salariés et auprès des consommateurs pour partager effectivement ces profits et partager finalement l'enjeu qui est celui du pouvoir d'achat des Français, et c'est ce sur quoi nous sommes concentrés aujourd'hui.

JOURNALISTE
L'examen du budget de la Sécurité sociale débute ce jeudi, avec peut-être encore à la clé l'usage, le recours au 49.3 ?

CAROLE GRANDJEAN
Ecoutez, on va donner évidemment sa chance au dialogue et évidemment à la démocratie parlementaire, nous y tenons. Et donc j'espère que ce texte-là sera débattu sereinement de manière à pouvoir avoir un vote du Parlement sur ce texte. Evidemment, là encore, s'il était nécessaire, le Gouvernement prendrait ses responsabilités.

JOURNALISTE
Vous écoutez France Bleu Gironde, 7h48. La ministre déléguée à l'Enseignement et à la Formation professionnelle, Carole GRANDJEAN est notre invitée ce matin en direct.

JOURNALISTE
Carole GRANDJEAN, autre sujet de discorde : la réforme des lycées professionnels. Des enseignants étaient en grève mardi, nombreux d'ailleurs en Gironde. Avec votre projet, y aura-t-il des suppressions de postes de profs dans les lycées pros ?

CAROLE GRANDJEAN
Alors je tiens à donner déjà la lisibilité sur cette réforme.

JOURNALISTE
C’est quoi son objectif ?

CAROLE GRANDJEAN
Elle vise effectivement à faire mieux réussir les élèves. On sait qu'ils sont plus fragiles. On sait que, souvent, on a des orientations subies. On sait qu'on a des évolutions économiques qui font que les métiers évoluent. On sait que, du coup, le lycée professionnel a un taux d'insertion qui n'est pas satisfaisant : seul un élève sur deux, moins d'un élève sur deux réussit à s'insérer dans l'emploi après obtention de son diplôme. Et donc notre défi collectif, notre responsabilité commune est de porter une réforme qui permet la réussite de ces élèves, de les soutenir dans la capacité qu'ils ont à avoir un socle de connaissances mais aussi à mieux se préparer au monde professionnel. Et donc nous allons investir sur les lycées professionnels, et il n'est pas question de supprimer des postes ; il est question, au contraire, d'investir et dans les savoirs fondamentaux et dans cette relation école/entreprise.

JOURNALISTE
Cette réforme, elle prévoit notamment plus de stages en entreprise pendant que les élèves sont en stage. Pas besoin de profs donc. Vous comprenez l'inquiétude de ces enseignants qui protestaient avant-hier ?

CAROLE GRANDJEAN
Alors, déjà, ces enseignants, ils vous diront à quel point ils accompagnent les élèves qui sont en entreprise pendant ces stages, et donc ils sont évidemment mobilisés. Et puis quand ces élèves sont en entreprise, évidemment, ces professeurs restent des professeurs et peuvent accompagner d'autres élèves sur ces fameux enseignements : lecture, calcul, Histoire-Géographie, enfin, tous ces enseignements qui font le futur citoyen. Je pense que c'est important de dire à quel point on a des élèves aussi qui parfois sont plus fragiles, qu'il faut accompagner dans leurs projets, avec de vraies difficultés en lecture, écriture, calcul, culture générale ; et puis aussi avec des projets. Et quand ils souhaitent par exemple poursuivre des études, il faut qu'on fasse tout ce qu'il faut pour qu'ils réussissent ces études demain et qu'ils réussissent toutes les étapes pour réussir leur parcours professionnel. Notre défi à tous, c'est que ces jeunes, ils ont choisi - plutôt que d'autres - l'insertion professionnelle et le projet professionnel, et notre responsabilité est de les accompagner pour réussir leur insertion.

JOURNALISTE
Dernière question, très rapide : la voie professionnelle, est-ce que c'est encore une filière dénigrée ? On parlait à une époque de « voies de garage ». Vous, vous avez une formation de directrice des ressources humaines, est-ce que vous avez recruté à une époque des personnes venant de cette filière-là ? Est-ce que vous aviez des a priori comme certains recruteurs ?

CAROLE GRANDJEAN
Non mais c'est une formidable voix avec de formidables réussites. Et aujourd'hui, dans mon cabinet par exemple, j'ai des personnes qui viennent de la voie professionnelle, et on voit qu'elles mènent à tout cette voie professionnelle. Et, au contraire, il faut leur donner toutes les chances et j'y crois profondément. Faisons de la voie professionnelle une voie de réussite.

JOURNALISTE
Et c'est ce que vous direz aujourd'hui au World Skills à Bordeaux.

CAROLE GRANDJEAN
Absolument.

JOURNALISTE
Merci Carole GRANDJEAN, ministre déléguée chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnelle. Merci d’avoir été notre invitée ce matin.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 21 octobre 2022