Interview de M. Marc Fesneau , ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à France Bleu Vaucluse le 21 octobre 2022, sur les difficultés rencontrées par les agriculteurs, notamment la sécheresse, la hausse des prix de l'énergie et l'artificialisation des terres.

Texte intégral

HUGO LAROCHE
Le ministre de l’Agriculture, Marc FESNEAU, est en visite à Avignon ce vendredi, il se rend au Congrès des producteurs de légumes de France, au Parc des expos. Avant ça, il est notre invité, l’invité du 6/9 France Bleu Vaucluse, il est avec vous ce matin Camille LABROUSSE.

CAMILLE LABROUSSE
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CAMILLE LABROUSSE
Pour faire pousser des légumes, et d’ailleurs toute production agricole, il faut de l’eau. Le Vaucluse en a cruellement manqué cet été, et la sécheresse d’ailleurs se poursuit, même si elle est un peu moins visible en ce moment. Quelles solutions pour que cette sécheresse ne pénalise pas trop, ni la quantité, ni la qualité des productions des prochains mois en Vaucluse ?

MARC FESNEAU
Eh bien vous avez tout à fait raison, on a fait face cette année à un épisode de sécheresse, doublé d’un épisode de canicule, d'ailleurs, qui n'est pas complètement terminé. Sans eau, il n’y a pas d'agriculture, quelles que soient les productions, donc il faut déployer un plan, qui est issu d'ailleurs de travaux qui ont été faits il y a une année environ, qui s'appelle le Varenne de l’eau. Alors, il y a trois leviers, si je peux dire. Le premier, c'est le système assurantiel qui vise à faire en sorte qu’on ait un système qui soit plus robuste, qui permette à plus d'agriculteurs d'accéder à l'assurance. Deuxième élément, c'est l'évolution des pratiques. Dans France relance, on a mis en place un certain nombre de dispositifs, qui visent à changer tel et tel matériel d'irrigation ou telle et telle pratique, telle ou telle pratique agricole. Et puis le troisième sujet, sur lequel il faut que nous travaillions et nous avancions et sans doute plus vite, désormais que les projets sont sur la table, c'est la constitution de réserves en eau, qui permettront aux agriculteurs d'accéder dans les périodes de sécheresse, à l'eau dont ils ont tant besoin et qui leur a cruellement manqué cet été, comme d'autres épisodes. Et donc il faut qu'on puisse réguler cette eau, pour faire en sorte qu’on la capte quand il y en a trop, et que l’on puisse la destiner en partie à l'irrigation quand il n’y en a pas assez. Donc c’est sur ces trois leviers qu’il faut jouer.

CAMILLE LABROUSSE
Et ça, ça va être fait dans les tous prochains mois ? Dans les tous prochains mois il va y avoir ces systèmes de récupération ?

MARC FESNEAU
Dans les tout prochains mois. Moi je fais une revue de projet depuis 15 jours, région par région, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur la semaine prochaine, si j'ai bonne mémoire, pour regarder les projets, où ils en sont, les éléments de blocages, administratifs, juridiques, et pour qu'on déploie le Varenne de l'eau.

CAMILLE LABROUSSE
Plus globalement, comment accompagner les agriculteurs dans le dérèglement climatique qui va s'intensifier, on le sait, dans les prochaines années ?

MARC FESNEAU
Alors, c'est ce que je disais, c'est un peu le deuxième pilier de notre travail, c'est de faire en sorte que par le changement des pratiques, par le changement du matériel d'irrigation, par l'évolution parfois des cultures, on puisse les accompagner dans le grand mouvement qui est celui du dérèglement climatique, dont on sait qu’il est sur la table, il est sur la table pour des dizaines d'années, ce qui n'empêche pas d'ailleurs qu'il faut essayer d'agir pour éviter que ça s'accélère. Et donc c'est bien par l'investissement, l'innovation, la recherche. Il y a des sélections variétales qui permettent sur un telle ou telle culture, de faire en sorte qu’on puisse avoir des variétés que soient plus résistantes au stress hydrique ou au stress températures, et c'est là-dessus qu'il faut travailler. Et puis toujours, ce que je vous disais à l’instant, la question des réserves en eau.

CAMILLE LABROUSSE
Le Vaucluse compte beaucoup, Marc FESNEAU, d'arboriculteurs qui ont besoin de frigos en ce moment pour mettre au frais leurs récoltes, des frigos qui consomment énormément, et ils s'inquiètent beaucoup ces arboriculteurs pour les factures qui vont tomber cet hiver. Comment les rassurer ?

MARC FESNEAU
Alors, on a deux sujets importants cette semaine, le Conseil européen qui est en train de se dérouler et qui doit permettre de trouver des mécanismes, soit de plafonnement des prix du gaz et de l’électricité, soit des mécanismes qui permettent de décorréler l'augmentation du prix de l'électricité qui est artificiel, parce qu'il est tiré par le prix du gaz, ça c'est les éléments européens, c’est de faire en sorte que par des mécanismes européens on régule cette inflation folle, et qui fait que, vous avez raison, pour des arboriculteurs, pour des serristes ou pour d'autres, c'est un Himalaya qui n'est pas franchissable. Et puis deuxième série de mesures, c'est des mesures plus nationales, on a envoyé il y a quelques jours à la Commission européenne un nouveau régime d'aides, pour faire en sorte que ce qu'on appelle les structures des entreprises énergo-intensives, celles qui consomment le plus d'énergie, et qui en ont le plus besoin, qu'elles puissent bénéficier d'aides pour compenser le surcoût lié à l'énergie.

CAMILLE LABROUSSE
Un autre sujet qui inquiète beaucoup les agriculteurs du Vaucluse, c'est l'artificialisation des terres. Des projets d'entrepôts, de supermarchés, de zones d'activité se concrétisent, pêle-mêle à Entraygues, à Pertuis ou à Cavaillon, est-ce qu'il ne faudrait pas plutôt sanctuariser ces terres. Quelle est votre position à ce sujet ?

MARC FESNEAU
Mais, la position elle est celle issue d'ailleurs des travaux de la Convention citoyenne sur le climat, du projet de loi Climat et résilience, qui vise à l'objectif de 2050, de zéro artificialisation nette. D'ici 2030, c'est une réduction qu’il va falloir opérer. Il y a besoin parfois d'artificialiser, mais il faut le faire dans des conditions qui soient qu'on ne gaspille pas la terre, en considérant que c'est un bien nécessaire à notre souveraineté alimentaire, et donc de faire en sorte que dans les projets qui sont construits, on essaie d'être économe. Premier élément. Et puis deuxième élément, d'avoir une stratégie territoriale qui dise : on a besoin de garder des bassins de production, et on a besoin d'avoir des espaces agricoles qui soient préservés. Ça n'a jamais été l'agriculture qui est allée à l'urbanisation, c'est l'urbanisation qui a grignoté sur l'agriculture. Et donc à chaque fois qu'on fait de l'urbanisation, il faut se poser la question de, est-ce qu'on maintient une capacité quand même dans les terres qui restent agricoles, à pouvoir produire sans qu'il y ait de la conflictualité immédiatement qui prospère ou qui se développe. Et donc c'est là-dessus qu'il faut qu'on travaille. Je sais que c'est compliqué, mais je crois que c'est un chemin qui n'est pas seulement pour l'agriculture, c'est un chemin qui est d'intérêt national, parce que c'est un chemin qui nous permet de garantir à terme notre souveraineté.

CAMILLE LABROUSSE
Merci beaucoup Marc FESNEAU, ministre de l'Agriculture, en déplacement donc à Avignon aujourd’hui.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 24 octobre 2022