Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à BFM Business le 27 octobre 2022, sur les bénéfices de Total, les entreprises face aux prix de l'énergie, EDF, la réforme des retraites, la situation au Royaume-Uni, la politique monétaire européenne et les voitures électriques.

Texte intégral

 

LAURE CLOSIER
Bruno LE MAIRE, ministre des Finances, de la Souveraineté numérique et industrielle. Bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

LAURE CLOSIER
Merci d’être avec nous ce matin. On va essayer d’en savoir plus sur les annonces d’Emmanuel MACRON hier soir, sur la crise énergétique, on va essayer d’en savoir plus sur le dispositif sur les petites, les moyennes et les grosses entreprises. Mais avant cela, je voudrais juste que l’on parle des résultats de TotalEnergies, parce qu’ils viennent juste de tomber, TotalEnergies annonce une hausse de 43% de son bénéfice net au 3e trimestre, à 6,6 milliards de dollars. Qu’est-ce que vous vous dites : chouette, des impôts ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, je me dis " tant mieux ", j’en oublie un peu une chose que l’on devrait se rappeler, TOTAL est une entreprise française. Donc quand une entreprise française réussit, je pense que nous devrions tous être satisfaits de cette réussite, et nous devrions tous être fiers d’avoir une grande entreprise énergétique, qui soit française, comme TOTAL. Je rappelle que ça permet de payer une remise sur les carburants dans les 15 jours qui viennent, qui va être maintenue à 20 centimes d’euro par TOTAL. Je rappelle que ça a permis d’avoir des remises sur les carburants, importantes, au cours des semaines passées. Je rappelle que ça permet d'augmenter les salaires de TOTAL. Je rappelle que ça permet de donner un 13e mois aux salariés de TOTAL. Donc qu'est-ce qu'on veut ? Des salariés qui soient bien payés, un industriel qui réussisse et qui crée des emplois ? Moi c'est ce que je souhaite pour notre pays. Soyons fiers d'avoir une entreprise énergéticienne comme TOTAL qui soit française.

STEPHANE PEDRAZZI
Mais ça alimente évidemment le débat sur les surprofits.

BRUNO LE MAIRE
Mais ils paient, mais bien sûr. Enfin, le président de la République a été très clair et je veux l'être aussi ce matin : tous les énergéticiens qui font des profits considérables, uniquement parce que les prix du gaz ou les prix de l'électricité ou les prix du pétrole vont augmenter, paient. Ils paient d'ailleurs beaucoup plus qu'avec la taxation sur les superprofits. La taxation sur les superprofits telle qu’elle a été mise en place en Grande-Bretagne, en Italie, elle rapporte beaucoup moins que notre mécanisme de prélèvements sur la rente énergétique. Ce mécanisme, il nous a rapporté 8 milliards en 2022, il va nous rapporter 26 milliards d'euros en 2023, c'est-à-dire que tous ces profits considérables qui ont été faits, une grande partie va permettre de payer la facture des Français. Parce que si je peux aujourd'hui mettre en place un bouclier sur le gaz, un bouclier sur l'électricité, et avoir des prix qui sont les plus contenus parmi tous les pays européens, c'est parce que nous avons prélevé cette rentre, que nous avons taxé si vous aimez ce mot, parce que certains adorent ce mot, les rentes des énergéticiens.

LAURE CLOSIER
Il y a la facture des Français, il y a la facture des entreprises. Alors, dites-moi si j'ai bien compris le président de la République hier : un bouclier tarifaire pour les petites entreprises, la garantie d’un prix raisonnable pour les moyens, et un guichet d’aides au cas par cas pour les gros. Il y avait un problème sur le milieu, les PME, les ETI, qui ne se retrouvaient pas dans les dispositifs existants, aujourd'hui qu'est-ce qui va se passer, est-ce que l'Etat va faire une remise électricité directement sur leur facture ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, on peut dire ça, et je pense que pour simplifier les choses. D’abord nous voulons protéger toutes nos entreprises, tout notre tissu industriel, qui est aujourd'hui exposé à la flambée des prix d'électricité et du gaz. Très concrètement, les entrepreneurs qui nous écoutent, ils ont leurs factures devant eux et ils se disent « je ne peux pas payer ». Il faut qu'ils puissent payer. Il n’y a aucune raison. C’est aussi simple que cela, il faut qu'un boulanger qui ne pas payer sa facture, puisse la payer. Il faut que des décolleteurs de la Vallée de l’Arve, qui voient flamber leur facture de gaz, puissent la payer. Il faut que la très grande entreprise industrielle ARC International ou d'autres grands énergo-intensifs, puissent payer leurs factures pour que l’on ne détruise pas l'outil industriel français. Donc c'est ça notre objectif. Notre objectif est très clair : éviter des dégâts économiques sur des entreprises qui ne peuvent pas aujourd'hui payer leurs factures. Combien est-ce qu'on met sur la table ? 10 milliards d'euros. Il y a 10 milliards d'euros à répartir entre le boulanger et la très grande entreprise, la très grande sidérurgie. C'est toute la difficulté de l'exercice. Comment est-ce que l'on fait ? Eh bien on sépare les différents types d'entreprises, parce que chacune est dans des situations très différentes. Vous avez les très petites entreprises, c'est le 1er cas. Elles, les TPE, elles continueront, elles sont 1,5 million environ, à bénéficier d'un tarif régulé, exactement comme les ménages, exactement comme les particuliers. Donc pas plus de 15% d'augmentation. Ensuite, vous avez les PME. Donc le choix que nous avons fait avec la Première ministre, et nous préciserons avec Elisabeth BORNE tous ces éléments vraiment dans le détail cet après-midi, il me reste encore des consultations à faire dans la matinée, mais pour les PME, jusqu'à 250 salariés, il y aura un dispositif spécifique pour amortir la facture d'électricité. Ce qu'on appelle une garantie électricité. Aujourd'hui…

STEPHANE PEDRAZZI
De quel ordre de grandeur ?

BRUNO LE MAIRE
De quel ordre de grandeur, ça va être plusieurs milliards qui vont être accordés aux PME. Mais regardons comment est-ce que fonctionne une facture aujourd'hui d'électricité d'une PME. 50%, c'est le tarif régulé, l’ARENH, à 42 € le mégawatt. Ça peut être 40, ça peut être 50, ça peut être 60, environ la moitié de la facture. Ça on n'y touche pas. Les PME continuent à en bénéficier, je rappelle que c'est un cas unique en Europe. Ensuite, il reste 50% de la facture qui est exposé aux marchés, avec des prix qui peuvent atteindre 800 000, 1 000, 1 200 € le mégawatt. Et ça, ça terrifie légitimement nos PME. Eh bien nous prendrons sur ces 50%, la moitié, 25%, que nous mettrons dans un couloir de prix, de façon à alléger la facture et accorder cet amortisseur, cette garantie électricité aux PME, avec ces 25% qui seront dans un couloir de prix. Je peux vous dire que ça va alléger très substantiellement la facture de toutes les PME, et ça leur donnera ce qu’ils nous réclament, de la visibilité. Qu’ils sachent à quoi…

LAURE CLOSIER
Un couloir de prix, qui va correspondre à quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Il y aura un plancher et il y aura un plafond. Le plancher a été fixé à 325 € le mégawatt, et sur le plafond nous allons en discuter avec la Première ministre, en discuter avec les entreprises, encore ce matin. Et puis il reste les entreprises de taille intermédiaire, 5 000 salariés, et les très grandes entreprises. Là, le choix n’était pas évident à faire, mais pour vous exposer le choix politique et le choix économique, qui étaient devant nous, c'était soit accorder la même aide à tout le monde, au risque de trop aider ceux qui n'en ont pas réellement besoin, et de ne pas aider suffisamment ceux qui en ont vraiment besoin, ou cibler. Nous avons fait le choix du ciblage, avec un guichet qui va être simplifié et massif, pour ceux qui en ont réellement besoin, parmi les ETI et parmi les grandes entreprises.

STEPHANE PEDRAZZI
Ce guichet il existe déjà, les entreprises grosses consommatrices d'énergie nous disent : ça n'a pas très bien fonctionné jusqu'à présent.

BRUNO LE MAIRE
Ah mais je sais beaucoup plus sévère qu’elles, ça n'a pas marché du tout.

STEPHANE PEDRAZZI
Oui.

BRUNO LE MAIRE
Ce guichet n'a pas marché du tout, d'ailleurs on l'avait dit à la Commission, que les critères étaient trop compliqués. Cela fait 3 semaines environ que quasiment 2 fois par semaine je négocie avec la commissaire européenne Margrethe VESTAGER, une simplification et un renforcement des critères de ce guichet. Nous avons eu gain de cause, à l'heure où je vous parle, il faut encore la confirmation définitive, donc je reste prudent, sur tous les points que nous avions demandés. Nous avions demandé sur ce guichet, première chose, que pour être éligible il fallait que votre facture n'ait pas été multipliée par 2, parce que c'est trop, notamment pour les ETI industrielles, mais qu'elles aient augmenté uniquement de 50%. Je pense que nous aurons gain de cause là-dessus, si votre facture a augmenté de 50 % par rapport à l'année dernière, vous serez éligible, avant c'était fois 2. Deuxième chose très importante, vous savez que le critère d'éligibilité, le deuxième critère, c'est que l'énergie doit représenter 3% de votre chiffre d'affaires. Mais tout dépend de quand on le calcule. Vous avez des entreprises, elles étaient à 1% ou 2 % en 21, aujourd'hui c'est 6 ou 7%. Donc le calcul doit se faire comme référence, non pas en 2021, comme c'était le cas auparavant, mais fin 2022, au moment où le prix de l'énergie est le plus élevé. Je pense que nous aurons gain de cause là-dessus. Enfin, dernière chose, les aides étaient plafonnées à 2,25 et 50 millions d'euros, je vais vous dire, pour certaines très grandes entreprises, ça n'est pas suffisant. Donc nous avons obtenu le doublement à 4, 50, 100 millions d'euros, ce qui va permettre pour des très très grandes entreprises, très énergo-intensives, d'avoir des aides qui vraiment leur permettront de passer l'année 2023 dans les meilleures conditions. Je rajoute un tout dernier point qui est très important, le président de la République l'a souligné hier. Je sais que beaucoup d’entrepreneurs ont le couteau sous la gorge, et que de très grandes entreprises ont le couteau sous la gorge, elles sont à une semaine ou 15 jours près, elles pourront donc demander un acompte à ce guichet, elles évalueront le montant auquel elles auront le droit, elles auront tout de suite l’acompte, et puis ensuite, si jamais elles ont trop-perçu, elles auront une somme à rembourser, mais si jamais cet acompte correspond à ce qu'elles ont effectivement payé, au moins ça leur redonnera de la trésorerie immédiate pour pouvoir passer les semaines qui viennent en toute confiance.

LAURE CLOSIER
Et elles en feront la demande, ça marchera toujours comme le système de guichet.

BRUNO LE MAIRE
Ça marchera toujours sur un système de guichet, mais très simplifié.

LAURE CLOSIER
Plus simplifié.

BRUNO LE MAIRE
J'ai mobilisé la Direction générale des finances publiques, en leur disant : c'est une priorité absolue. Vous devez être au service des entrepreneurs, au service d'entreprise, derrière il y a notre tissu industriel en jeu, notre tissu de PME, vous avez les commerçants, des indépendants, des gens qui sont inquiets et angoissés, vous avez réussi à nous sauver pendant le Covid, je vous demande de sauver le tissu industriel et économique français, face à l'inflation des prix de l'énergie.

LAURE CLOSIER
Ça c'est pour le dispositif dans son ensemble, mais encore faut-il avoir de l'énergie, et là on en vient au sujet EDF. Hier audition de Luc REMONT, le nouveau patron d'EDF, potentiel nouveau patron. Il a expliqué qu'EDF traversait une crise très sérieuse, avec l'indisponibilité du parc nucléaire français. Il y a évidemment la question des corrosions, mais il y a aussi des conflits sociaux chez EDF. Est-ce qu’on est sûr qu'il y a un accord, est-ce qu'on a la garantie qu'on ne va pas se retrouver dans un mois avec à nouveau un conflit social chez EDF ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord, nous avons un nouveau dirigeant, vous l'avez indiqué, Luc REMONT, qui est la bonne personne au bon moment. Et nous allons faire en sorte qu'il puisse prendre ses fonctions le plus rapidement possible. C'était prévu fin novembre, pour des raisons d'auditions, il les a passées maintenant sans difficultés, il a répondu aux questions qui lui étaient posées. Nous, nous souhaitons qu'il puisse entrer en fonction mi-novembre, pour accélérer le processus. Deuxième chose, moi je me félicite de la qualité du dialogue social chez EDF. Je vois qu’aujourd'hui la plupart des organisations syndicales ont bien travaillé, bien travaillé avec la Direction, je pense que pour moi c'est un modèle de dialogue social. Elles avaient des revendications salariales légitimes, la Direction a tout fait pour y répondre avec Jean-Bernard LEVY qui reste pour le moment directeur d’EDF, mais c'est une bonne chose. C'est ça une bonne négociation salariale.

LAURE CLOSIER
Accord en vue.

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'un accord est possible, et qu'un accord est souhaitable. Et qu’il faudra rendre hommage au sens des responsabilités des organisations syndicales. Enfin troisième chose, c'est quoi l'urgence absolue ? C'est évidemment de remettre en route les réacteurs qui ont été affectés par ces problèmes de corrosion sous contrainte. Et moi je veux saluer avec beaucoup de force, le travail des salariés, des ouvriers, des soudeurs, des ingénieurs. Je vois ce qu'ils sont en train de réaliser, c'est un exploit de réaliser ces soudures dans des conditions difficiles, au plus près des réacteurs, avec une exposition à la radioactivité. Enfin, je veux vraiment saluer le sens de l'intérêt général de ces ingénieurs, de ces ouvriers, de ces techniciens, de ces soudeurs, parce que chacun doit comprendre, ça paraît très technique, ça paraît très loin, c'est des réacteurs qui peuvent paraître très loin de la vie quotidienne des gens, mais notre capacité à nous éclairer, à nous chauffer, à faire fonctionner nos usines, à faire tourner nos entreprises, dépend de ces ouvriers et dépend de ces salariés.

LAURE CLOSIER
Et le calendrier sera tenu.

BRUNO LE MAIRE
Le calendrier, je pense qu’il doit être tenu, nous faisons tout pour qu'il soit tenu, et nous le devrons à ces ouvriers, à ces salariés d'EDF qui ont montré une nouvelle fois leur exemplarité, leur compétence et leur sens de l’intérêt général.

STEPHANE PEDRAZZI
J’aimerais que l’on parle de la réforme des retraites, le chef de l'Etat en a parlé hier soir, il se dit ouvert à un report de l'âge de départ à seulement 64 ans au lieu de 65, si dans le même temps on rallonge la durée de cotisations. Vous pensez que c'est une avancée qui peut être suffisante pour pouvoir construire un vrai dialogue avec les partenaires sociaux ?

BRUNO LE MAIRE
Ça, ce sera au ministre du Travail, Olivier DUSSOPT, qui fait un travail remarquable sur ce sujet, d’évaluer les choses, c'est lui qui est responsable de la discussion. Mais ce qu'a montré le président de la République, de manière très claire et très forte hier, c'est que, un, si nous voulions garantir le financement de notre modèle de protection sociale, garantir notre prospérité, il fallait qu'il y ait un volume global de travail plus important, que nous travaillions tous davantage, c'est la réforme des retraites. Et deux, que nous n'étions pas fermés à la discussion, qu'au contraire il y avait des options qui étaient sur la table. Il y a ce qui a été proposé pendant la campagne présidentielle, et puis il y a ce qui va sortir des discussions. Et le président de la République a montré clairement hier que notre état d'esprit était l'ouverture et le dialogue. Je pense que c'est une des garanties du succès pour la réforme des retraites, qui est si nécessaire pour notre pays.

LAURE CLOSIER
Avant qu’Emmanuel LECHYPRE nous rejoigne dans 2 minutes pour nous livrer la substantifique moelle de sa réflexion, il écoute en coulisses cet entretien, il va nous rejoindre dans un instant, je voudrais qu'on parle d'un mot de la Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne sort de 44 jours très compliqués, où elle a présenté un budget non-financé, qui lui a valu des grosses difficultés sur les marchés, il y a eu des tensions très fortes sur les pensions des Anglais. Est-ce que ça vous fait peur, le mot est peut-être un peu fort, mais est-ce que vous vous dites : voilà, on a un risque aujourd'hui, les marchés peuvent nous lâcher et faire tanguer le pays. Comment vous regardez la situation britannique ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il y a beaucoup de leçons, vous avez parfaitement raison, à tirer de ce qui s'est passé en Grande-Bretagne. Beaucoup de leçons. La première, c'est un avertissement sérieux, on ne peut pas faire n'importe quoi en matière budgétaire, et quand je dis que la France est à l'euro près, je le redis, nous n'avons pas ouvert tout grand les vannes pour les entreprises, nous avons dit : nous avons une enveloppe de 10 milliards d'euros, cette enveloppe est fermée, il faut la répartir, il ne faut pas faire n'importe quoi en matière budgétaire, c'est un premier avertissement. Deuxième chose, l'euro protège, et la zone euro protège. Si la Grande-Bretagne a eu autant de difficultés, c'est aussi parce qu'il n'y a pas cette protection collective que vous donne l'euro. Enfin, troisième leçon à tirer, elle est essentielle, il faut une coordination parfaite entre la politique monétaire et la politique budgétaire.

LAURE CLOSIER
Journée « baissée » aujourd’hui.

BRUNO LE MAIRE
Mais oui, mais quand la politique monétaire devient plus restrictive, parce qu'il faut combattre l'inflation et que notre objectif stratégique à tous c'est de revenir à 2% d'inflation, parce que cette inflation est insupportable pour les ménages comme pour les entreprises. Quand la Banque centrale européenne restreint sa politique monétaire, il faut que la politique budgétaire soit elle aussi plus responsable, c’est ce à quoi je m'emploie.

STEPHANE PEDRAZZI
En un mot rapidement : est-ce que la hausse des taux a été trop rapide ? C’est ce que disent plusieurs pays en Europe.

BRUNO LE MAIRE
Mais je n'ai pas à commenter les décisions de la Banque centrale européenne. en revanche j'ai à m’assurer avec tous les autres ministres des Finances européens et je le fais chaque jour que nos politiques budgétaires sont coordonnées avec les politiques monétaires et que nous ne faisons pas le contraire au niveau des budgets des Etats de ce qui a été décidé par la Banque centrale européenne car notre objectif collectif, je le redis, notre priorité, notre ambition, notre combat, c'est revenir à une inflation plus raisonnable parce que l'inflation est insupportable pour les ménages, on pourrait parler des prix alimentaires, on pourrait parler des prix de l'énergie et que la vie sera meilleure pour tout le monde quand on aura une inflation plus raisonnable. Moi j'ai engagé ce combat et je ne lâcherai rien jusqu'à ce que nous soyons revenus à des niveaux d'inflation plus raisonnables.

LAURE CLOSIER
Nous nous commenterons beaucoup les décisions de politique monétaire à partir de 14h00 sur BFM Business Éditions sociales spéciale. Emmanuel LECHYPRE va nous rejoindre, il a écouté évidemment cette interview en coulisses. Emmanuel qui entre sur le plateau, qui va s'installer à côté de Stéphane PEDRAZZI, Emmanuel qui est évidemment un oeil à la fois macro-économique et micro-économique et qui a des questions sur la trajectoire, car Emmanuel veut voir loin, il est un peu comme les entreprises.

BRUNO LE MAIRE
Il a raison.

LAURE CLOSIER
Allez-y Emmanuel, Bruno LE MAIRE est à vous.

EMMANUEL LECHYPRE
Bonjour Monsieur le Ministre.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Emmanuel LECHYPRE.

EMMANUEL LECHYPRE
Jamais sur une période aussi courte, c'est-à-dire pour faire simple la grosse dizaine d'années que nous avons devant nous, autant de mesures, certains diront même des ultimatums n'ont été imposés aux Français pour bouleverser leur mode de vie. Je pense aux zones à faibles émissions qui vont quand même interdire les centres-villes à des millions d'automobilistes. Je pense à toutes les contraintes sur la rénovation énergétique, à tous les propriétaires qui n'auront pas forcément les 30 ou 50 000 euros pour rénover leur logement. Je pense évidemment à l'abandon des voitures thermiques en 2035 et quand on essaie de voir la trajectoire, la Cour des comptes européenne par exemple estime que pour financer toute cette transition il faudrait 6 point de PIB par an, c'est 10 points de dépenses publiques. et donc on se dit mais est-ce que finalement ces dates butoirs ne sont pas trop proches, est-ce qu'on ne va pas trop vite avec trop peu de moyens puisque je rappelle que les sommes que donne la Cour des comptes urbaine c'est 5 fois plus que ce qu'on a engagé aujourd'hui en France pour la transition écologique, est-ce qu'on ne va pas trop vite avec trop peu de moyens au risque de martyriser le corps social français dans les 10 années qui viennent avec des potentiels bombe gilet jaunes à n'en plus finir ?

BRUNO LE MAIRE
D’abord nous notre politique avec le président de la République, avec la Première ministre, c'est l'incitation et le soutien. Prenez l'exemple des véhicules thermiques, on accompagne les ménages pour qu'ils puissent changer de véhicule, ça s'appelle la prime à la conversion prendre avoir des véhicules moins polluants. Pour ceux qui le peuvent, on les accompagne en donnant une subvention pour l'achat de véhicules électriques, on va même l'augmenter pour les ménages les plus modestes à 7000 euros.

EMMANUEL LECHYPRE
Oui mais Bruno LE MAIRE, est-ce que vous croyez que celui qui n’a pas profiter de la prime à 6000 euros, est-ce que vous croyez que la mettre à 7000 ça va changer quelque chose pour lui ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que 1000 euros, ça n'est pas négligeable et je pense que le leasing qu'on va mettre en place à 100 euros, lui sera très attractif pour les ménages les plus modestes. Pourquoi est-ce qu'il faut aller vite ? Il y a évidemment le climat, le réchauffement climatique qui est une urgence absolue pour tout le monde. On ne peut pas dire qu'il y a urgence au réchauffement climatique et pas urgence sur les politiques économiques, ce serait totalement incohérent. La 2e chose si on a un raisonnement purement financier et purement économique, ce qui ce qui nous intéresse ce matin, l'inflation est un transfert de richesse massif et sans précédent dans l'histoire récente de l'Europe vers les pays producteurs d'énergie fossile. À chaque fois que nous déversons des milliards d'euros sur les remises sur les carburants ou sur les boucliers tarifaires sur le gaz, ça va aux pays producteurs d'énergies fossiles, producteur de gaz ou producteur de pétrole, moi je n’ai pas envie de continuer à déverser autant d'argent public de la France ou de l'Europe vers les pays producteurs. Donc il faut accélérer la construction de notre indépendance énergétique et donc accélérer sur les réacteurs nucléaires, accélérer sur le renouvelable, accélérer sur l'électrique pour faire de l'Europe un grand continent électrique indépendant qui arrête pour parler très simplement de claquer de l'argent en pure perte pour les énergies fossiles que nous ne produisons pas. Il n’y a pas de dépenses plus inutiles, plus bêtes, plus stupides que de dépenser de l'argent public, c'est-à-dire le vôtre et celui du contribuable pour des pays étrangers producteurs d'énergie fossile.

EMMANUEL LECHYPRE
Encore une fois compte tenu des sommes en jeu, comment vous donnez parce que c'est ça qui compte la confiance aux Français dans les trajectoires que vous nous avez annoncé sur par exemple le nombre de bornes qu'on va construire pour les voitures électriques, sachant que dans les années passées on a déjà eu quand même beaucoup de déception et même pour les PME, comment vous donner cette visibilité dont tout le monde a besoin finalement ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois qu'il faut une méthode et que c'est la méthode que nous avons appliquée. La méthode c'est de la transparence, quand ça marche on le reconnaît, quand ça marche pas, par exemple sur les bornes, il y a un an Jean-Baptiste DJEBBARI était ministre des Transports, on s'est aperçu que ça n’avançait pas bon rythme, on a rassemblé tous les acteurs, les concessions d'autoroutes, les énergéticiens, on leur a dit voilà, il faut accélérer sur les bornes et on a de meilleurs résultats. Il faut des clauses de revoyure, on a une clause de revoyure sur les véhicules électriques en 2028 pour se dire est-ce qu'on tient bien la trajectoire ou est-ce qu'on dérive ? Il faut se poser les questions aussi de à qui nous donnons les aides ? Président de la République hier a soulevé une question majeure en disant mais est-ce qu’il ne faut pas que nous réservions nos aides européennes à des véhicules produits en Europe, est-ce qu'il ne faut pas une préférence européenne ? Moi j'y suis très favorable. Enfin fin on ne peut pas avoir la Chine qui oblige à l'achat de véhicules chinois avec des batteries chinoises en Chine, on ne peut pas avoir les Etats Unis qui vous disent on réserve les aides uniquement aux véhicules produits aux Etats-Unis et puis l'Europe au milieu de tout ça qui se laisse broyer par la Chine et par les Etats-Unis. Il faut que nous réagissions, que nous réagissions avec force pour redéfinir nos politiques commerciales dans un sens plus conforme à nos intérêts économiques. Donc c'est tout cela que nous construisons, que nous voulons faire avancer dans les mois qui viennent.

LAURE CLOSIER
C'est la fin de la mondialisation, ça sonne comme ça quand on vous entend, mais vous reviendrez faire de la philosophie économique avec nous.

BRUNO LE MAIRE
C’est une nouvelle mondialisation.

LAURE CLOSIER
Ah c’est une nouvelle mondialisation.

BRUNO LE MAIRE
Ce n’est pas la fin de la mondialisation.

STEPHANE PEDRAZZI
Les Allemands sont d’accords avec vous là-dessus.

BRUNO LE MAIRE
Mais c’est une nouvelle mondialisation, je pense que nos amis allemands ont parfaitement compris qu’il y avait urgence à défendre une industrie européenne qui risque d’être sinon broyée entre d’un côté un continent chinois qui se ferme et de l’autre des Etats-Unis qui ont des prix de l’énergie plus faibles et une politique qui s’appelle inflation reduction act, politique protectionniste qui réserve ses aides uniquement aux biens américains.

STEPHANE PEDRAZZI
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté numérique et industrielle.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 28 octobre 2022