Déclaration de Mme Rima Abdul-Malak, ministre de la culture, à l’occasion des cinq ans du Louvre Abu Dhabi, à Abu Dhabi le 14 novembre 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Déclaration conjointe avec M. Mohamed Khalifa Al Mubarak, président du département de la Culture et du Tourisme d’Abu Dhabi, à l’occasion des cinq ans du Louvre Abu Dhabi

Prononcé le

Texte intégral

Aujourd’hui nous célébrons les 5 ans d’un musée unique au monde, c’est l’anniversaire d’une coopération franco-émirienne d’une grande ambition, d’une utopie humaniste devenue réalité. Il y a 5 ans, nombreux sont celles et ceux parmi vous qui étaient là pour l’inauguration. C’était un moment fort, celui de l’aboutissement d’un projet dont la gestation avait commencé bien plus tôt, en 2005. Ce que nous célébrons aujourd’hui, c’est en fait 17 années de coopération, 17 années d’amitié.

C’est l’histoire de ces 17 années de travail en commun qui explique la maturité et la solidité de ce projet exceptionnel. 5 ans après l’inauguration, et malgré les difficultés engendrées par la crise sanitaire, le succès est pleinement au rendez-vous. Avant la pandémie de Covid 19, le Louvre Abu Dhabi accueillait plus d’un million de visiteurs par an, soit 3,2 millions de visiteurs depuis l’ouverture, bien au-delà de toutes les prévisions. La force de son architecture, la qualité de ses collections, de ses expositions et plus globalement de sa programmation sont saluées dans le monde entier, depuis l’exposition d’ouverture en 2017, « D’un Louvre à l’autre: ouvrir un musée pour tous » (ce titre, c’était déjà tout un manifeste !) jusqu’à la nouvelle exposition impressionniste présentée aujourd’hui en collaboration avec le Musée d’Orsay, d’une ampleur exceptionnelle, rassemblant 150 chefs-d’œuvre.

En seulement cinq ans, le Louvre Abu Dhabi est venu bousculer l’histoire mondiale des musées en cumulant les exceptions : premier « musée universel » du monde arabe et premier musée hors du territoire français à porter le nom de Louvre, cette jeune institution est aussi la seule au monde à être née d’un partenariat diplomatique entre deux pays. 300 œuvres prêtées par les musées français ont trouvé leur place au sein des collections permanentes du Louvre Abu Dhabi au cours de ses cinq premières années d’existence. Un autre chiffre impressionnant : 120 000 enfants et jeunes en visite scolaire depuis l’ouverture.

Au-delà des chiffres, de quoi le Louvre Abu Dhabi est-il le nom ? Il incarne le dialogue des civilisations, le décloisonnement, le décentrement des regards. Ce musée a permis de réactualiser la vocation universelle du Louvre, mais à partir d’un autre point de vue. Il n’a jamais été conçu comme une copie du Louvre mais comme un projet spécifique, unique. J’insiste sur ce mot : ce lieu est unique. Il n’existe qu’ici, à Abu Dhabi, et il ne ressemblera jamais à aucun autre projet ailleurs. En se lançant ensemble dans ce pari, nous avons créé un laboratoire d’une nouvelle manière de travailler. A l’époque, l’idée a germé après le drame du 11 septembre 2001. Depuis, la planète n’a cessée d’être secouée de crises, de guerres, d’attentats, le repli sur soi et les dérives extrémistes ont continué à gagner du terrain, mais continuons à affirmer ensemble des valeurs communes, un idéal humaniste partagé. Ici, nous avons décidé de croire ensemble en la force de l’éducation et de la culture pour donner aux futures générations les clés pour construire un monde meilleur. Oui, c’est cet idéal qui a guidé toutes celles et tous ceux qui se sont impliqués dans le projet depuis la première heure.

Vous le savez, dans la majorité des musées encyclopédiques universels, les créations des différentes civilisations sont présentées dans des départements séparés. En France, la création du Louvre Lens dans le Nord du pays a permis de faire évoluer la division traditionnelle du Louvre en départements et a fait émerger une vision plus globale de l’histoire de l’art. Au Louvre Abu Dhabi, c’est aussi cette vision globale de l’histoire de l’art qui a prévalu et qui a été poussée encore plus loin, moins européano-centrée, guidée par la même foi en l’universalisme, mais en montrant une histoire des civilisations dont l’Occident n’est pas le centre. Il s’agit de donner à voir les corrélations entre les peuples, les croisements entre les civilisations, les hybridations. Toutes les œuvres réunies ici nous rappellent, au fond, notre humanité commune. Le fait qu’elles soient présentées en résonance donne chair à ce qui nous relie : une statue océanienne d’ancêtre Uli de Nouvelle Irlande peut dialoguer avec une peinture de Rembrandt ou de Piet Mondrian. Ensemble, nous avons inventé ici un nouveau genre de musée universel. Cette réinvention a été une source d’inspiration pour le Louvre Paris, pour le Louvre Lens et pour tant d’autres musées à travers le monde.

Ces hybridations prennent tout leur sens ici car les Emirats arabes unis sont un véritable point de convergences, un carrefour, où se rencontrent l’Europe, l’Afrique et l’Asie, comme du temps des routes de l’encens ou des épices. Nous sommes ici sur un territoire où 180 nationalités se croisent.

Ces croisements, nous les avons développés aussi entre les arts, entre les époques, entre les générations. Il n’a jamais été question de construire un musée uniquement tourné vers le passé. Ce qui fait l’ADN du Louvre, c’est bien ce lien constant entre l’histoire et les artistes vivants, entre l’archéologie et l’art contemporain ou la mode, la peinture du 18ème siècle et les performances d’aujourd’hui (théâtre, danse, musique…). Je suis heureuse de voir que la célébration du 5ème anniversaire permet ainsi d’inviter des artistes internationaux comme Jenny Holzer, Yan Pei Ming, Michelangelo Pistoletto aux côtés d’artistes émiriens comme la réalisatrice et poétesse Noujoum El Ghanem.

Je me réjouis aussi de la dimension éducative du Louvre Abu Dhabi avec notamment son musée des enfants. Très tôt, cet enjeu de la transmission, de l’éducation, de l’éveil des nouvelles générations nous a rassemblés. C’est un enjeu fondamental.

Nous ne serions pas réunis ici aujourd’hui si un certain nombre de personnalités clés n’avaient pas cru en ce projet. Je veux d’abord saluer la volonté politique extrêmement forte des chefs d’Etat qui ont porté cette vision : côté Emirien : le regretté son Altesse le cheikh Zayed, le regretté son Altesse Cheikh Khalifa, et son Altesse Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Côté Français : le président Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron qui l’a inauguré.

Je tiens également à saluer le rôle crucial de son Altesse Cheikh Sultan Bin Tahnoun puis de son Excellence Mohammed el Moubarak. Et bien entendu, notre très cher Son Excellence Docteur Zaki Nusseibeh.

Je veux aussi rendre hommage à mes prédécesseurs sans qui ce projet n’aurait pas pu voir le jour ni aller à son terme : en tout premier lieu Renaud Donnedieu de Vabres, pour son rôle pionnier dès 2005. Tous les ministres de la Culture qui ont ensuite porté et développé le projet jusqu’à Françoise Nyssen qui l’a inauguré, puis Franck Riester et Roselyne Bachelot qui ont œuvré à la prolongation de notre accord intergouvernemental pour projeter le Louvre Abu Dhabi encore plus fortement dans l’avenir.

Au fil des quinze dernières années, il y a eu plusieurs soubresauts, plusieurs tempêtes, mais à chaque fois le cap a été tenu, le projet en est ressorti renforcé, réaffirmé. Ce sont parfois les épreuves qui scellent les plus belles et les plus longues histoires d’amour !

Un mot également pour les architectes : Jean Nouvel, Hala Wardé et toutes les équipes qui ont œuvré à leurs côtés. Comme le disait Jean Nouvel, le Louvre Abu Dhabi a été conçu « à la fois comme une ville et comme un Palais ». Dans ce bâtiment en parfaite osmose avec la mer, les salles du musée s’inspirent des médinas, ces quartiers typiques des villes arabes et ce dôme magnifique permet de faire danser le soleil. Cher Jean Nouvel, nous ne vous remercierons jamais assez pour ce chef d’œuvre, qualifié par le Président Macron de « temple de la beauté ».

Je tiens aussi à saluer le travail et la mobilisation de l’Agence France Muséums : son conseil d’administration, son comité d’audit, ses directeurs successifs, aujourd’hui Hervé Barbaret, et toute son équipe, qui travaille au quotidien avec Manuel Rabate, Soraya Noujaim et toute l’équipe du Louvre Abu Dhabi.

Je veux enfin avoir un mot particulier pour les 3 présidents du Louvre qui ont insufflé passion, exigence et audace à ce projet : Henri Loyrette, Jean Luc Martinez et maintenant Laurence des Cars. Je veux associer à mes remerciements les directions et les équipes de toutes les institutions culturelles françaises partenaires du Louvre Abu Dhabi. 

Car si le Louvre Abu Dhabi s’appelle Louvre, il ne faut pas oublier que derrière ce nom, il y a tout un réseau d’établissements culturels qui sont mobilisés : Orsay, Guimet, le Centre Pompidou, Versailles, la RMN-Grand Palais, le Quai Branly, la BNF, Fontainebleau, Chambord, Cluny, le musée d’archéologie de St Germain en Laye, Rodin, Sèvres, le MAD, l’Ecole du Louvre, l’Institut National du Patrimoine, le musée de l’armée, ou encore le musée des Beaux-arts de Lyon.

C’est ce qui rend le projet du Louvre Abu Dhabi si unique : cette alliance hors du commun entre autant d’institutions qui forment, toutes ensemble, la famille du Louvre Abu Dhabi. Une famille qui a tissé des liens depuis 15 ans et qui donne à ce projet toute l’épaisseur d’une aventure humaine exceptionnelle.

Nous pouvons être fiers et heureux du chemin accompli et prendre maintenant appui sur ces 5 belles années pour nous projeter, ensemble, dans l’avenir, « pour au moins les trois décennies qui viennent, et bien davantage encore », avait prédit le Président Macron lors de l’inauguration. Nous y croyons profondément. C’est pourquoi nous avons acté ensemble la prolongation de notre accord intergouvernemental pour dix années supplémentaires, jusqu’en 2047. Notre partenariat unique s’ancre dans le temps long, et cela donne des ailes ! Il y a encore 25 ans devant nous, un demi-siècle ! Un demi-siècle de projets et de rêves à concrétiser ! C’est ce que nous devons à notre jeunesse.

L’avenir qui se dessine présage de liens toujours plus proches entre l’Agence France Muséums, les institutions françaises qui la constituent et le Louvre Abu Dhabi.

Les partenaires français continueront, par leurs prêts et leur accompagnement scientifique, à soutenir l’action du Louvre Abu Dhabi de la manière la plus forte et la plus marquante possible.

Les questions de formation, de recrutement et de développement des carrières seront également au cœur de nos réflexions communes. Nous souhaitons renforcer notre alliance dans le domaine de la formation aux métiers des musées, de l’accueil des publics à la conservation et restauration des œuvres, de la programmation à la direction d’établissement. 

Ensemble, nous ne relâcherons pas nos efforts pour continuer à faire du Louvre Abu Dhabi ce qu’il a déjà réussi à devenir en cinq ans : un acteur majeur sur la scène mondiale des musées et de la culture. Nous nous réjouissons de l’arrivée à ses côtés d’autres institutions de rang international : je pense notamment à la maison de la famille Abrahamic qui va renforcer le dialogue entre les religions et les cultures, le musée national Cheikh Zayed, le Museum d’Histoire Naturelle, le Guggenheim ou encore le Team Lab.

Au-delà du Louvre Abu Dhabi, nous continuerons à développer ce partenariat stratégique que nous avons su construire entre la France et les Émirats arabes unis, que ce soit dans le domaine de la musique, des industries créatives, mais aussi en portant un combat commun pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit à travers l’alliance internationale ALIPH.

J’ai pleinement confiance dans l’avenir de nos relations et dans notre capacité à coopérer avec audace et imagination, pour construire des ponts entre nos pays, mais aussi avec d’autres pays et d’autres zones du monde, contribuer à construire, à l’échelle mondiale, une culture de paix, une culture de dialogue et d’ouverture.


Source https://www.culture.gouv.fr, le 16 novembre 2022