Interview de M. Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à CNews le 9 novembre 2022, sur les activistes de l'écologie, la COP 27, les questions énergétiques, l'industrie productrice de gaz à effet de serre, la taxe foncière et la coupe du monde de football.

Texte intégral


LAURENCE FERRARI
Bonjour Monsieur le Ministre.

CHRISTOPHE BECHU
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Ministre de la Transition écologique. On va parler de vos sujets, bien sûr, peut-être un mot d’abord des activistes écolos qui multiplient les actions radicales, hier, c’était en Australie, contre une oeuvre d’Andy WARHOL, où l’on se colle la main ou le front, en fonction, avec de la super glue. En France, on arrête la circulation sur le périphérique. Mais il y a aussi des dégradations, 104 dégradations et actes de malveillance depuis le début de l’année. Ce sont les chiffres du ministère de l’Intérieur, publiés dans Le Figaro, avec des dégradations d’antennes-relais, d’installations de fibre optique, ou encore d’éoliennes. On est face à une escalade de ce type d’activités, jusqu’où est-ce qu’on peut aller selon vous, Monsieur le Ministre ?

CHRISTOPHE BECHU
D’abord, ma conviction profonde, c’est que toutes ces actions violentes, de dégradations, qui sont faites pour choquer, elles desservent la cause, et ensuite, dans les exemples que vous donnez, on voit bien qu’on sait où ça commence, mais on ne sait pas où ça s’arrête…

LAURENCE FERRARI
Parce que là, on dégrade les éoliennes…

CHRISTOPHE BECHU
Parce que des éoliennes, pour certains écologistes, dire qu’il faut casser les éoliennes parce que ça irait contre la transition écologique ça va à l’encontre du besoin d’accélérer sur les énergies renouvelables que nous connaissons, donc si chacun commence à expliquer qu’il peut désobéir aux règles qu’il souhaite ou dégrader les biens qu’il souhaite, parce que ce ne serait pas conforme, ni à ses valeurs ni à ses convictions, eh bien, on n’est plus en société.

LAURENCE FERRARI
Mais il n’empêche qu’il y a des actions commandos qui inquiètent, notamment contre des fibres optiques, il y a eu une action commando menée il y a quelques jours, le 18 octobre, perpétrée en 15 minutes, tout ça pour couper des câbles optiques. Il y a quelque chose du complotisme aussi ?

CHRISTOPHE BECHU
Je pense qu’il y a deux choses, il y a des militants sincères, qui peuvent être des lanceurs d’alerte, mais il y a dans cette nébuleuse aujourd’hui des gens qui sous couvert d’écologie, derrière le paravent de raisons écologiques, se livrent à des actions qui n’ont rien à voir avec la cause. Quand on sectionne un câble sous-marin, quand on dégrade une installation de télécommunications, quand on menace une éolienne, quand on jette des boules de pétanque sur les forces de l’ordre, très sincèrement, c’est comme ça qu’on pense qu’on va faire en sorte d’accélérer la lutte contre le réchauffement climatique ? ! On dessert la cause. On montre une image extrémiste, et on se sert de l’écologie pour laisser libre court à la violence, c’est évidemment totalement inacceptable. L’enquête que vous décrivez, elle est la résultante de ce que le ministère de l’Intérieur a mis en place, une cellule spéciale pour justement suivre et faire en sorte de punir les auteurs de ces actes.

LAURENCE FERRARI
La résistance civile, disent-ils, ces activistes, est notre dernière chance pour enrayer la catastrophe en cours. Il y a un discours extrêmement anxiogène qui est véhiculé. Est-ce que nous n’avons plus que trois ou quatre ans avant que la planète soit foutue, comme ils le disent ?

CHRISTOPHE BECHU
D'abord, il faut être conscient qu’on a un réchauffement climatique qui est une réalité, qui s'accélère, ce que les experts disent depuis des années, c’est là, c'est en ce moment, et l'été a permis de faire en sorte que les quelques climato-sceptiques qui restaient, je pense, ont bien compris que ce n'était pas pour dans 50 ans ou dans 100 ans, on est en ce moment même en Egypte à la COP 27, en train de faire en sorte que les pays se mobilisent pour qu'on ait le sursaut qui permette d'accélérer pour la baisse des émissions. Et aujourd’hui, il n’y a que 20 pays dans le monde…

LAURENCE FERRARI
Les autres COP n’ont pas fonctionné, Monsieur le Ministre, elles servent à quoi ces COP ?

CHRISTOPHE BECHU
Aujourd'hui, il n’y a que 20 pays dans le monde qui ont commencé à baisser leurs émissions, dans ces 20 pays, il y a la France, mais même nous, mêmes les pays européens, qui ont commencé à baisser, on n'est pas dans le bon rythme, face à ça, il y a deux attitudes, il y a ceux qui vous disent : tout est foutu, pour moi, ça, c'est du climato-défaitisme, ça n'aide pas l'action, et il y a ceux qui disent : le sursaut, on ne l'obtiendra pas en faisant de l'écologie la guerre de tous contre tous, mais en montrant les actes positifs sur lesquels on peut agir. Donc il faut accélérer au niveau des Etats, mais il faut aussi que chaque citoyen, dans son comportement, mesure qu'il a une part de la réponse, et ça, c'est une écologie positive dans laquelle, sous couvert d'écologie, on ne parle pas de lutte des classes, de taxation, de punition, de contraintes, mais on incite, on encourage à la rénovation, à faire en sorte de changer son véhicule, enfin, bref…

LAURENCE FERRARI
Mais vous pensez que les Français ne sont pas conscients de ça, ils savent très bien, ils voient leurs factures d'électricité, de gaz, de fuel, ils savent qu'il faut économiser l'énergie, est-ce qu'il y a besoin de les infantiliser, est-ce qu'il y a besoin de les culpabiliser en permanence, ils sont face à la crise, ils la prennent de plein fouet, cette crise ?

CHRISTOPHE BECHU
Je ne dis pas ça, je dis au contraire qu'il faut être capable de souligner que ce qui est bon pour le climat peut aussi l'être pour le pouvoir d'achat, et sur les énergies fossiles, c'est le meilleur exemple, l'explosion des factures d'énergies, elles sont liées au fait qu'on est dépendant d'énergies que nous ne produisons pas, qui sont faites dans des pays qui ne sont pas tous en plus des démocraties, et qui viennent impacter notre pouvoir d'achat, et en plus, réchauffer l'atmosphère, et donc menacer les conditions d'existence sur la planète. Typiquement, sortir des énergies fossiles, ce n'est pas emmerder les Français en leur expliquant qu'il va falloir changer de véhicule, c'est de faire en sorte de retrouver de la souveraineté et du pouvoir d'achat.

LAURENCE FERRARI
En attendant, on subventionne à plein régime les énergies fossiles, sans cela, les Français, je pense à la prime carburant, ne s'en sortiraient pas. Il y a un paradoxe ?

CHRISTOPHE BECHU
Il n’y a pas de paradoxe, il y a une nécessité, qui est de penser à la fin du monde, mais de réaliser que si on le fait contre ceux qui ont des problèmes de fin de mois, on ira dans le mur. Et quand vous avez un cap clair, vous pouvez tirer un bord, parce qu'il y a un récif sociale, sanitaire, mais à condition de revenir sur ce cap, le cap, c'est la décarbonation, les récifs, c'est la nécessité de penser qu'on ne fera pas la transition écologique ni contre les Français ni sans eux.

LAURENCE FERRARI
Les Français, alors, vous dites décarbonation, eux, ils disent inflation. Il y a un tsunami d’inflation dit Michel-Edouard LECLERC, comment faire, comment concilier les deux notions, décarbonation/inflation, les Français, ils sont à l'euro près…

CHRISTOPHE BECHU
Bien sûr, et c'est la raison pour laquelle la France est le pays d'Europe qui a mis en place les mesures de bouclier qui sont les plus puissantes, ça ne veut pas dire qu'on a réussi à stopper l'inflation, ça veut dire qu'elle est moins élevée en France que dans tous les pays qui nous entourent, cette nuit-même, à l'Assemblée nationale, dans le cadre d'un projet de loi de finances rectificative, de nouvelles mesures anti-inflation ont été mises en oeuvre. L'équilibre, c'est d’aider suffisamment les plus fragiles, et en même temps, de ne pas aller subventionner de manière massive des activités ou des produits qui sont néfastes à la planète, parce qu'on a besoin, typiquement, on reparle de l'essence, on prolonge une prime aujourd'hui à la pompe, parce qu'on sait que pour beaucoup de Français, c'est absolument incontournable, mais il ne faut pas durablement qu'on soit dans un monde dans lequel on paye une partie de la facture d'essence en allant alimenter des pays qui produisent ces énergies fossiles, et en accentuant aussi le risque qu'on retarde les investissements dans les bornes électriques, dans l'évolution de notre industrie automobile, pour qu'on produise en France des voitures, et qu'on ne soit amené à les importer…

LAURENCE FERRARI
Mais là, on est à l'horizon de 10 ans, pour changer complètement de modèle de voiture, là, les Français, c’est aujourd'hui, c'est maintenant…

CHRISTOPHE BECHU
Vous avez raison, et c'est la raison pour laquelle dans les semaines qui viennent, nous allons présenter un plan extrêmement ambitieux de soutien au covoiturage, pour la raison pour laquelle il y a eu des éléments autour du vélo, la raison pour laquelle, il ne faut pas seulement ce…

LAURENCE FERRARI
C’est quoi le plan ambitieux, c’est 100 euros, c’est ça, une petite prime de 100 euros ?

CHRISTOPHE BECHU
Ce sera bien plus que ça, ce sera au contraire le fait d’aller accompagner ceux qui covoiturent, parce que c'est le moyen immédiat de diminuer les factures et de diminuer l'empreinte carbone, et qu’un des sujets, ce n'est pas seulement de la lutte contre la voiture, c'est le fait que dans 90 % des cas, quand on part le matin de chez soi, on est tout seul dans sa voiture, et donc, que si on réussit à faire en sorte qu'il y ait ce qu’on appelle moins d’autosolisme, on réussira à la fois à améliorer la situation du pouvoir d'achat et du climat, c'est un exemple, il y en a d'autres. On a beaucoup parlé de véhicules électriques, ce n'est pas grand public, mais il y a aujourd'hui une filière qui est en train de se structurer pour faire en sorte qu’on garde la voiture, mais on change le moteur. Ce qui évite de se retrouver avec des sommes qui sont aussi importantes, ce qui évite de se retrouver avec des bornes de recharge. Mais ce qui permet, de manière très concrète, d'améliorer à la fois la situation de la qualité de l'air, et puis, la situation climatique.

LAURENCE FERRARI
Un petit mot de la voiture, puisque vous en parlez, la Convention citoyenne pour le climat avait proposé de revenir à 110 km/h sur autoroute, est-ce que vous y êtes favorable ?

CHRISTOPHE BECHU
Je pense que tous ceux qui partagent cette mesure ne sont pas obligés d'attendre que le gouvernement modifie une règle pour pouvoir s'en saisir, vous m’avez dit…

LAURENCE FERRARI
Non, mais vous, vous y êtes favorable ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous m'avez dit, il y a quelques minutes, qu’il ne fallait pas infantiliser les Français, c'est ma conviction la plus profonde, on est dans une démocratie, et quand on leur donne…

LAURENCE FERRARI
Donc on ne leur imposera pas les 110km/h…

CHRISTOPHE BECHU
Quand on leur donne des consignes trop précises sur la manière dont ils doivent s'habiller, se comporter et réagir de telle ou telle manière, on ne traite pas les citoyens en adultes, et pourtant, c'est qu'ils sont, donc il y a des quantités de mesures dans lesquelles au lieu d'appeler à la loi, on peut faire en sorte qu'il y ait des évolutions de comportement qui s'appuient précisément sur la prise de conscience individuelle.

LAURENCE FERRARI
Un mot des entreprises, et vous l'avez évoqué, l'industrialisation est un enjeu pour notre pays. Face à la démesure des factures d'électricité ou d'énergie, certains font le choix de délocaliser, est-ce que, encore une fois, on n’est pas, là encore, dans un paradoxe total ?

CHRISTOPHE BECHU
Il y a sur ces sujets une approche qui doit être nuancée et complexe, là où beaucoup d'écologistes, où beaucoup d'activistes sont dans du : il y a qu'à, faut qu’on. L'industrie n'est pas l'ennemie du climat par essence, elle a au contraire, dans beaucoup de domaines, une partie de la solution, parce qu'on va avoir besoin d'innovations technologiques, de procédés et de constructions qui soient plus sobres, et ce n'est pas tout à fait un hasard si hier après-midi, le président de la République a réuni les 50 entreprises de France les plus émettrices.

LAURENCE FERRARI
Il leur a dit quoi ?

CHRISTOPHE BECHU
Il leur a dit : 50 sites en France représentent la moitié des émissions de gaz à effet de serre de l'industrie. On va construire pour chacun de vos sites des feuilles de route pour que vous soyez moins émetteurs et plus propres, pour deux raisons, 1°) : pour vous aider à assurer cette transition. Et 2°) : pour montrer le chemin, et parce qu'on a besoin de conserver une industrie en France, parce que si, demain, nos usines ferment, ce sera bon en apparence pour nos émissions, mais ce sera très hypocrite, parce que ça veut dire qu'on importera des produits qui sont faits au bout du monde et qui nécessiteront…

LAURENCE FERRARI
Et qu’on perdra des emplois, beaucoup d’emplois…

CHRISTOPHE BECHU
Bien sûr…

LAURENCE FERRARI
Mais ça veut dire que c’est l’Etat qui va mettre à la poche pour aider ces 50 sites pollueurs ?

CHRISTOPHE BECHU
L'Etat va conditionner et lier son effort aux résultats de la baisse des émissions de gaz à effet de serre, donc, on n'est pas sûr : je paye et vous faites ce que vous voulez…

LAURENCE FERRARI
Alors, attendez, oui, c’est ça…

CHRISTOPHE BECHU
C’est : plus vous ferez des efforts d'un point de vue climatique, moins vous émettrez, plus on accompagnera la filière.

LAURENCE FERRARI
Mais on paye dans tous les cas, enfin, l’Etat paye dans tous les cas ?

CHRISTOPHE BECHU
L'Etat va accompagner le développement d'une filière hydrogène, regarder comment autour de la captation du carbone, de la biomasse, il y a des efforts qu'on peut faire, et va se concentrer sur un certain nombre de zones industrielles pour en faire des zones industrielles bas carbone, je me rends dans quelques minutes à Grand-Couronne, sur l'axe Seine, pour précisément aller à la rencontre d'entreprises sur une zone industrielle qui a vocation à devenir une zone industrielle bas carbone, à la rencontre de ces industries.

LAURENCE FERRARI
Et la métallurgie, qui a besoin d'énormément d'énergie, elle fait comment pour être à bas carbone ?

CHRISTOPHE BECHU
Très exactement, pour qu'elle soit bas carbone, c'est la relance du nucléaire, c'est le développement des énergies renouvelables, parce qu'il faut que l'énergie avec laquelle on approvisionne ces sites, dont on a besoin, ce soit une énergie qui soit décarbonée.

LAURENCE FERRARI
Un petit mot des forêts, vous avez évoqué hier, lors d'une émission de télévision, l'adaptation des forêts au changement climatique, avec un budget de 50 millions d'euros, ça veut dire quoi l'adaptation des forêts ?

CHRISTOPHE BECHU
Malheureusement, le réchauffement climatique, il contribue à faire dépérir une partie de nos forêts, et donc aujourd'hui, on commence à avoir des études extrêmement précises qui montrent que l'aridité des sols, qui favorise ensuite les départs d'incendies, la nature des essences qui sont plantées, font que la forêt joue moins son rôle qu’auparavant pour capter une partie du CO2…

LAURENCE FERRARI
Donc on élimine les pins par exemple, dans les Landes ?

CHRISTOPHE BECHU
Non, on lance une étude qui va permettre de regarder dans le détail comment il faut qu'on adapte nos forêts, il y a deux éléments, il y a le climat, mais il y a la nature des sols, et on ne va pas changer la nature des sols. Donc la réponse, elle ne peut pas, là aussi, être aussi basique, je suis désolé d'être le ministre qui aussi fait en sorte de rappeler parfois qu’un peu de nuances, c'est ce qui permet d'avoir un débat qui soit un débat adulte, démocratique, ouvert et responsable.

LAURENCE FERRARI
Un mot de la maire de Paris, qui annonce une hausse de la taxe foncière de 50 %, reniant au passage sa promesse de ne pas augmenter les impôts, elle pointe du doigt l'Etat, elle dit : voilà, c'est à cause du dérèglement climatique, de la crise énergétique, de l'inflation, l'Etat n'est pas aux côtés des communes.

CHRISTOPHE BECHU
Etre un responsable politique, c'est assumer ses décisions, et ce n'est manifestement pas ce que fait Anne HIDALGO. Le gouvernement, pour l'année qui arrive, dans le contexte que nous connaissons, met sur la table 5 milliards d'euros, 2 milliards de fonds vert pour aider les collectivités, dans le cadre du dérèglement climatique, à pouvoir faire des investissements, c'est sans précédent, nous réaugmentons la dotation globale de fonctionnement, ça n'était pas arrivé depuis 13 ans, et nous mettons en place un dispositif d'amortisseur et de filet de sécurité dans le cadre de l’énergie de 2,5 milliards. Donc, qu'elle assume le fait que derrière cette augmentation, il y a des choix, celui du temps de travail des agents, celui du nombre de collaborateurs de la Mairie de Paris, celui de réformes ou de décisions qui n'ont pas été prises, parce que, se défausser sur les autres, sincèrement, ça ne fait pas avancer le débat.

LAURENCE FERRARI
Les proches d'Anne HIDALGO soulignent qu'à Angers, ville que vous connaissez bien, la taxe foncière est deux fois plus importante qu'à Paris, c'est vrai ?

CHRISTOPHE BECHU
C'est exact en termes de taux, pas en termes de rendement, mais ils devraient en profiter pour rajouter que depuis que je suis maire, cette taxe n'a jamais augmenté, et que les seules décisions qui aient été prises depuis que je sois maire, c’est en particulier de baisser la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour rendre aux Angevins une partie des économies qu'on a faites en triant mieux, et en faisant en sorte d'améliorer notre bilan environnemental.

LAURENCE FERRARI
Un petit mot de la Coupe du monde de football, Didier DESCHAMPS annonce ce soir la liste des 23 joueurs qui vont se rendre au Qatar, la tradition veut que le président de la République se rende sur place, dans le pays hôte, Emmanuel MACRON s'était rendu en Russie. Doit-il se rendre au Qatar ou pas ?

CHRISTOPHE BECHU
Je pense que derrière votre question, il n’y a pas le fait de savoir si la liste de ce soir sera satisfaisante ou pas pour la majorité des Français, vous évoquez…

LAURENCE FERRARI
Je ne me place pas sur le plan footballistique, effectivement…

CHRISTOPHE BECHU
Vous évoquez évidemment en creux le fait que cette Coupe du monde, elle fait couler beaucoup d'encre, notamment parce qu'elle va se tenir dans des stades qui sont des stades climatisés, je ne vais pas revenir aujourd'hui sur une décision qui a été prise en 2010, j'aimerais croire…

LAURENCE FERRARI
Non, non, je vous demande, est-ce que le Président doit s’y rendre ou pas ?

CHRISTOPHE BECHU
J'aimerais croire que la décision, si elle devait être prise aujourd'hui, ce ne serait pas d'aller attribuer une manifestation de ce type dans un pays avec un tel bilan climatique, ce qui m'inquiète davantage, c'est quand il y a 10 jours, les pays asiatiques ont décidé d'attribuer leurs Jeux d'hiver à l'Arabie Saoudite en décidant qu'on allait créer au milieu de nulle part une station de ski, là où il ne pleut pas, là où il va falloir importer de la neige artificielle, ça veut dire qu'on n'a pas encore bien compris quelle était l'importance de l'urgence climatique, et face à ça, je pense que ne pas donner trop d'écho à cette Coupe du monde d’un point de vue politique, me semble être quelque chose de souhaitable…

LAURENCE FERRARI
Donc ça veut dire ne pas forcément qu’il y ait un déplacement du président de la République au Qatar, c’est ça que vous nous dites ?

CHRISTOPHE BECHU
Je ne suis pas maître…

LAURENCE FERRARI
Soyons clairs…

CHRISTOPHE BECHU
Je ne peux pas être plus clair qu'en vous disant que, 1°) : je ne suis pas responsable de l'agenda et du calendrier du président de la République, loin s'en faut, et je lui fais confiance pour prendre la décision qu’il jugera appropriée, et que, 2°) : il ne s'agit pas d'aller jeter le sport avec le climat, mais il s'agit de faire en sorte qu’on soit aligné, et que dans tous les domaines, le discours qu'on porte sur la nécessité de tenir compte du climat, dans toutes nos décisions, on se l'appliquer à soi-même.

LAURENCE FERRARI
Un dernier mot, est-ce que vous êtes un ministre en sursis, est-ce que le spectre de la dissolution qui plane sur l'Assemblée nationale est quelque chose qui vous préoccupe au quotidien ou pas du tout, vous dites : c'est du fantasme ?

CHRISTOPHE BECHU
Etre ministre, c’est être au service de son pays, et c'est savoir que ça peut s'arrêter à n'importe quel moment, dissolution ou pas dissolution, c'est l'état d'esprit dans lequel je suis, être utile tant que je suis dans cette responsabilité.

LAURENCE FERRARI
Mais c’est inscrire son action dans la durée quand même…

CHRISTOPHE BECHU
C'est tout le paradoxe…

LAURENCE FERRARI
Surtout sur votre dossier…

CHRISTOPHE BECHU
C’est qu’il faut évidemment être dans le temps long, mais se rappeler encore une fois qu'il y a eu quelqu'un avant, qu'il y aura quelqu’un après, que personne n'est irremplaçable, mais qu’on doit aux Français, à nos concitoyens, d'être le plus investi et le plus engagé à sa tâche, avec un objectif : tenir les engagements qui ont été pris devant les Français par le président.

LAURENCE FERRARI
Merci Monsieur le Ministre d'être venu ce matin dans la Matinale de Cnews.

CHRISTOPHE BECHU
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 16 novembre 2022