Interview de M. Marc Fesneau, ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à Radio J le 1er décembre 2022, sur les agriculteurs face à la crise de l'énergie, l'agroalimentaire, les relations commerciales avec les Etats-Unis, la sécheresse, les retenues d'eau, l'abattage rituel, l'entrée de la baguette au patrimoine mondial immatériel de l'humanité et le MoDem.

Texte intégral


CHRISTOPHE BARBIER
Marc FESNEAU, bonjour.

MARC FESNEAU
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Comment vont les agriculteurs face à la crise de l'énergie ? Est-ce que c'est aussi rude pour eux que pour les artisans ou les industriels ?

MARC FESNEAU
C’est rude de la même manière. On est face au mur des coûts énergétiques qui viennent s'ajouter pour les agriculteurs a déjà une hausse très importante du coût des intrants. Je pense aux engrais, pour l'alimentation animale au coût des céréales, augmentation des céréales duquel se double un événement climatique et la sécheresse de cet été, et donc c'est l'ensemble des choses qui vient compliquer leur tâche. On a le même niveau de difficulté sur la question énergétique, donc on a déployé un certain nombre de mesures, et dire qu'on est encore en train de travailler sur un certain nombre de mesures parce que le cycle agricole n'est pas forcément un cycle très classique. Par ailleurs, c’est des productions qu'on ne peut pas arrêter pour des tas de raisons qui sont simplement que c'est la vie qui continue et donc quand ça pousse, il faut récolter et transformer. C'est pareil pour le lait, c'est pareil pour la viande et donc on a besoin de travailler, on continue à travailler. Il y aura des déploiements qui vont se préciser dans les jours et les semaines qui viennent pour faire en sorte qu'on puisse leur dire qu'est-ce qui va être amorti et qu'est-ce qu'on va prendre en charge…

CHRISTOPHE BARBIER
Une sorte de guichet spécial pour les agriculteurs ?

MARC FESNEAU
Non. Il y a un guichet unique qui est en train d’être déployé mais il faut qu'on regarde si on a des trous dans la raquette. Ce qu'on avait fait d'ailleurs quand vous regardez sur le Covid : on avait ajusté au fur et à mesure les dispositifs. L’idée, c'est d'avoir des dispositifs qui prennent bien en compte la difficulté des agriculteurs. Je vous donne un seul exemple. Par exemple dans le secteur des endives, vous avez des gens qui avaient 80 000 euros de facture énergétique et qui passe à 800 000. Et donc vous voyez bien que tout ne peut pas être dans les prix, sinon nous aurions une inflation qui serait galopante et on a besoin d'essayer de trouver des amortisseurs.

CHRISTOPHE BARBIER
Hier à votre place, votre collègue Roland LESCURE attirait l'attention sur l'alimentaire. Par exemple disait-il, quand on fait de la confiture il faut des pots et produire un pot en verre aujourd'hui c'est très cher. C'est aussi une filière qui vous inquiète ?

MARC FESNEAU
C’est une filière, on en a parlé et on s'est vu il y a deux jours avec Laurent LESCURE, il a raison d'alerter sur l'agroalimentaire parce qu'aux surcoûts des prix de la matière première vient s'ajouter le surcoût des emballages, parfois le verre parfois le carton, parce que tout ça c'est de l'énergie. Le verre c'est de l'énergie, les cartons c'est de l'énergie et donc au fond, l'énergie vient se diffuser dans l'ensemble des produits : les produits de matières premières et les produits dont on a besoin pour transformer et donc tout ça vient des surcoûts. Là aussi c'est la question du bouclier qu'on pourra mettre en place pour essayer d'amoindrir les surcoûts.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que le comportement des marchés est correct ? Est-ce qu'il y a des profiteurs de guerre, des spéculateurs ?

MARC FESNEAU
Non, je ne crois pas qu’il y ait des profiteurs de guerre. Alors après, il faudrait que tous les acteurs jouent le jeu mais les profiteurs - d'ailleurs il y a eu un rapport d'inspection qui avait été demandé par Bruno LE MAIRE, Roland LESCURE et Olivia GREGOIRE et qui montre qu'il n'y a pas de profiteurs réellement de guerre. Après, comme on est dans un moment de tension où parfois on a des hausses qui sont très brutales ou des baisses qui sont assez hop !, d'une journée sur l'autre, sur les céréales par exemple ou une semaine sur l'autre, on a besoin d'avoir des opérateurs. La distribution, la transformation, les producteurs évidemment mais je pense à la distribution en particulier qui joue mieux le jeu du passage de hausses quand il y a besoin de passer des hausses et puis de prendre l'ensemble des coûts pour faire en sorte que tout le monde trouve son équilibre. Il y a aujourd'hui des entreprises qui perdent de l'argent si jamais elles produisent, et donc ça ne peut pas être durable de ce point de vue-là.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous craignez un effondrement de la consommation ? On n'achète plus de gâteaux, on n’achète plus de viande parce que c'est trop cher.

MARC FESNEAU
Alors structurellement non. En quantité il n’y a pas un effondrement, il y a une re-répartition qui est très différente, c'est-à-dire qu'on a une dégradation de la consommation des produits sous label, de ces produits de qualité et des produits bio vers des produits première marque. Et donc là pour le coup, il y a une dégradation peut-être de qualité des produits qui sont consommés mais surtout pour les producteurs français et pour l’industrie agroalimentaire qui avait fait le choix - c'était un bon choix et ça reste un bon choix - d'avoir des produits sous signe et sous label de qualité. Là il y a des mouvements qui sont puissants. Alors est-ce que ça durera longtemps ou est-ce que c'est juste le passage de ce moment inflationniste qui sera marqué et après on reviendra à un flux normal, c'est ça sur lequel il faut être vigilant. Moi j’ai une grande vigilance. D’ailleurs on va mener des travaux très rapidement là-dessus sur les producteurs bio et les produits bio parce que là, on a des baisses de 10, 15, 20, 25% de la consommation et là pour le coup, ça déstructure le marché.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce qu'au contraire la France a des cartes à jouer ? Par exemple sur les céréales, puisqu'il y a des difficultés à cause de la crise en Ukraine, est-ce qu’on exporte mieux, plus cher ?

MARC FESNEAU
On exporte par nature plus cher puisque le marché des céréales est un marché mondial. Ça permet de dire quand même qu'on voit bien que dans ce type de crise, on a besoin d'être en capacité d'exporter. Parfois vous savez, on a des débats en France sur le refus d'accords internationaux. Il faut être vigilant pour que nos intérêts soient défendus en particulier nos intérêts agricoles. Mais par ailleurs dans un monde qui est très déréglé - les dérèglements climatiques, vous l’avez évoqué, les dérèglements économiques, les dérèglements géopolitiques - on ne peut pas être dans une situation où on est à la merci d’une situation guerrière, d'un dirigeant tel ou tel qui déciderait bloquer sa frontière et d'empêcher les échanges. Et donc on a une carte à jouer sur les céréales, sur le lait, sur la viande, sur un certain nombre de produits. Il me semble que là, on a des cartes à jouer. Il faut qu'on garde notre capacité exportatrice et pour garder notre capacité exportatrice, il faut garder notre compétitivité.

CHRISTOPHE BARBIER
À propos d'intérêts agricoles, le président de la République est en voyage aux Etats-Unis. Il défend beaucoup l'industrie contre les lois anti-inflation prises aux Etats-Unis. L'agriculture n'a pas d'enjeu dans ce voyage ?

MARC FESNEAU
Si, si, il y a des enjeux autour de ce qu'on appelle la taxe Trump, vous savez, qui avait été une taxe de rétorsion notamment sur les produits viticoles qui a lourdement pesé. Il y a un moratoire aujourd'hui qui a été décidé par le président BIDEN. L’idée c'est de sortir de ça. C'était un contentieux qui était lié pour le coup à l'aéronautique, mais les mesures de rétorsion avaient porté sur les produits agricoles en particulier vitivinicoles.

CHRISTOPHE BARBIER
On voit le bout ?

MARC FESNEAU
On verra bien comment se sont déroulés les échanges mais on voit bien qu'il y a quelques tentations protectionnistes aux Etats-Unis, donc il faut qu'on essaie de regarder dans quelle mesure on peut lever ces doutes. Ça a pesé lourdement sur la filière. On sait très bien que les Etats-Unis c'est un des grands marchés des débouchés des produits viticoles.

CHRISTOPHE BARBIER
La Chine aussi est un marché, elle est en crise en ce moment, économique et politique.

MARC FESNEAU
Elle en crise économique et politique d'un choix qui a été celui de ce qu'on appelait le 0 Covid, qui n'a pas été le choix des pays européens et pas en particulier le choix de la France. Et donc on voit bien qu'il y a des risques profonds de récession parce que c'est des régions entières qu'on ferme, des activités économiques qui ferment et avec des risques de déstabilisation à l'intérieur et puis des risques de déstabilisation économique donc c'est un sujet qui doit attirer notre attention. On voit bien d'ailleurs quand on regarde ce qui se passe en Ukraine évidemment avec ce que fait Vladimir POUTINE, les tensions qu'on a en Chine, les tentations protectionnistes, on est quand même sur des éléments qui doivent nous interroger sur les tentations de repli sur soi qu'on a au niveau mondial, et puis le fait au niveau européen il ne faille pas être naïf.

CHRISTOPHE BARBIER
Il faut se protéger.

MARC FESNEAU
Il faut aussi se protéger mais en même temps, on voit bien ce à quoi a mené le protectionnisme il y a des années ou des dizaines d’années.

CHRISTOPHE BARBIER
Au nationalisme et à la guerre.

MARC FESNEAU
Eh oui, et donc il faut faire attention quand même à ces mouvements-là qui sont dans un certain nombre de pays.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous l'évoquiez, il y a le réchauffement climatique au-dessus de tout ça. La France a subi une sécheresse cet été, vous avez fait une sorte de tour de France, un déplacement encore récent sur le sujet. Quels sont les dégâts ?

MARC FESNEAU
C’est des dégâts de nature différente. Alors sur les céréales, pas principalement puisque, au fond, la plupart d'entre elles sont récoltées au mois de juin. En revanche sur le maïs, des dégâts très importants et puis des dégâts surtout sur les prairies. On a déjà plus d'une dizaine de départements qui ont été classés au titre des calamités agricoles. Donc c'est des dégâts d'alimentation pour le bétail puisque…

CHRISTOPHE BARBIER
Le fourrage n’est plus là.

MARC FESNEAU
Le fourrage, le maïs, tout ça c'est des éléments qui manquent avec des prix qui sont élevés, donc ça fait une double peine pour un certain nombre d'éleveurs. Tout ça et puis un certain nombre de culture, et c'est là qu’on voit en quoi l'accès à l'eau est un accès déterminant. Je pense au maraîchage, je pense à l'arboriculture, je pense parfois à la vigne qui ont souffert très puissamment de cet épisode de sécheresse dont je dis quand même au passage qu'il n'est pas complètement terminé.

CHRISTOPHE BARBIER
On a un hiver sec.

MARC FESNEAU
On a un hiver qui pour l'instant est sec et qui fait que… Alors on va laisser passer l'hiver, on est qu'en entrée d’hiver mais quand même avec ce qu'on annonce y compris sur le mois de décembre, la pluviométrie va rester très déficitaire sur l'année 2022 et il va falloir absolument – on ne maîtrise pas les cieux - mais il va falloir absolument qu'on essaie de reconstituer cette réserve, sinon nous aurions une année 2023 qui pourrait être à risque.

CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que les bassines de Sainte-Soline seront creusées toutes ?

MARC FESNEAU
C’st la volonté qui est la nôtre. C'est des décisions qui ont été prises localement. Il y a eu des décisions et des recours de justice qui ont donné droit à ceux qui portaient les projets. Je rappelle toujours que sur Sainte-Soline, on était sur un projet où aujourd'hui on prélève 21 millions de mètres cubes, au bout on va en prélever 12 millions, et sur les 21 millions tous étaient prélevés en été et la moitié de ce qui reste, c'est-à-dire les 12 millions, ça va être prélevé l'hiver. Donc on a réduit de deux tiers le prélèvement en été. Donc c'est un projet vertueux dans lequel on essaie de sécuriser la ressource, et en même temps les agriculteurs s'engagent sur la réduction de consommation. Et donc on a besoin d’eau ; enfin ce n'est pas une question du maïs, c'est globalement une question de toutes les cultures. En mode de dérèglement climatique, on a besoin dans les périodes où il y a trop d'eau de pouvoir la collecter.

CHRISTOPHE BARBIER
La bassine c'est l'avenir, quoi.

MARC FESNEAU
Sous cette forme-là, les réserves, les retenues d'eau, les retenues de substitution parfois c'est des ouvrages qui sont plus importants. Je dis souvent ça, quand vous regardez l'étiage du niveau de la Seine cet été à Paris il a très peu baissé. Pourquoi il a très peu baissé ? Parce qu'en amont il y a des grands lacs, qui avaient été faits d'ailleurs avec l'accord des agriculteurs, qui l'hiver servent plutôt à lutter contre les inondations de la région parisienne. On va d'ailleurs continuer cette politique-là. Les agriculteurs ont accepté y compris d'être inondés l’hiver, et donc ces grands lacs ils permettent l’hiver d'éviter les inondations et ils permettent l’été d'assurer l'irrigation, l'alimentation en eau potable et le soutien du niveau de la Seine donc avec un intérêt écologique. Donc on a besoin d'ouvrages pour réguler ces flots d'eau qui sont… On a une forme d'arythmie météorologique qui fait qu'on a des périodes sans eau du tout et puis des périodes avec beaucoup d'eau et donc c'est ça qu'il faut réguler.

CHRISTOPHE BARBIER
La justice a pris des peines, a donné des peines symboliques contre les écologistes qui ont commis des violences lors du rassemblement anti-Sainte-Soline. Ça a créé de la colère parmi les agriculteurs cette indulgence, cette relative indulgence ?

MARC FESNEAU
Oui, c’est… Moi, il ne m’appartient pas de commenter les décisions de justice. En tout cas nous avions mis les moyens, Gérald DARMANIN avait mis les moyens humains, les forces humaines pour éviter les débordements quand bien même il y en a eu, et pour montrer qu’à la fin force doit rester à la loi. Parce que si c'est dans la rue qu'on décide de la viabilité ou non d'un projet, c'est la force et la violence qui dicte la viabilité d'un projet, alors à ce moment-là on n'est plus en démocratie. On est sous une autre forme de régime, ce que j'appellerais un régime autoritaire pour ne pas dire pire, et donc il faut que force reste à la loi. Certains appellent ça de la désobéissance civile : non, ce n'est pas de la désobéissance civile, c'est fondamentalement le refus d'appliquer des règles de droit. Et quand vous êtes dans cette logique-là, vous prenez des grands risques pour la démocratie.

CHRISTOPHE BARBIER
La communauté juive, la communauté musulmane sont inquiètes de voir l'abattage rituel régulé pendant ce quinquennat, voire modifié, voire interdit. Est-ce que vous pouvez les rassurer ?

MARC FESNEAU
Oui, il n’y a aucune difficulté à les rassurer. Ça n'est pas la volonté du gouvernement, ça n'est pas ma volonté. Il y a un équilibre qui a été trouvé, ça procède d'ailleurs d'une réglementation européenne qui autorise ces dérogations. Il faut respecter aussi chacun dans son culte. Il y a des efforts qui ont été faits y compris la modernisation des abattoirs pour procéder à ces abattages rituels dans de bonnes conditions sanitaires et dans de bonnes conditions en général pour les animaux. Et donc il n’y a nulle volonté chez nous d’aller rouvrir ce débat qui a été rouvert 20 fois ou tenté d'être rouvert 20 fois. Il me semble que là, on a un équilibre qu'il faut tenir.

CHRISTOPHE BARBIER
Hier on a appris que la baguette entrait au patrimoine mondial immatériel de l'humanité. Est-ce que ça peut aider aussi les producteurs de céréales ? Pas de baguette sans farine.

MARC FESNEAU
Oui. D’abord ça permet de mettre en valeur l'ensemble d'une filière qui commence par les céréaliers, les gens qui produisent les céréales qui sont nécessaires à la production de baguettes, et puis au bout de la chaîne les boulangers et le savoir-faire français. C'est un élément très symbolique, y compris parfois dans l'iconographie extérieure au pays que la baguette. On a souvent été représenté de cette façon-là donc c'est un élément du patrimoine qui est important. Et puis ça permet de montrer la valeur qu'on donne aux choses, et en particulier les céréales. Les prix des céréales se tiennent en ce moment pour les raisons que j'évoquais au début de notre entretien, mais évidemment ça permet de montrer l'intérêt de conforter cette filière.

CHRISTOPHE BARBIER
Un mot du MoDem. Est-ce que le Modem est déjà en train de penser à l'après Macron ? Qu’est-ce que vous allez faire en 2027 ?

MARC FESNEAU
D’abord on est 6 mois après l'élection du président de la République. Le MoDem a toujours pensé, ce n'est pas la question de l'après-Macron, de l'après-président de la République. Il ne faut jamais se mettre dans ces postures-là parce que…

CHRISTOPHE BARBIER
Ça personnalise trop.

MARC FESNEAU
Ça personnalise et, par ailleurs, ça donne le sentiment de brûler les étapes. Et moi, vous savez qu'au MoDem on est plutôt sur des sujets de temps long, on essaie de réfléchir plutôt les choses comme ça, ce qui n'est pas facile dans le monde dans lequel on vit. La question en revanche qui est devant nous et qu’il faut sans cesse revisiter pour l'espace central que nous représentons, que nous avons incarné avec François BAYROU et que nous continuons d'incarner avec François BAYROU, c'est celui de comment on trouve une force d'équilibre au centre de l'échiquier politique et comment on la construit. C'est ça le travail que nous avons à faire.

CHRISTOPHE BARBIER
Et on sait qu’il peut être candidat en 2027. Il l’a dit.

MARC FESNEAU
Oui, il l’a dit. D’ailleurs j’ai trouvé que c'était assez injuste le procès qui lui avait été fait. Il a dit qu'il ne s'interdisait rien mais vous demanderez à la plupart des responsables politiques du niveau national, le mieux c’est de s’interdire rien parce qu’on ne sait jamais ce qui arrive dans la vie politique.

CHRISTOPHE BARBIER
Marc FESNEAU, merci et bonne journée.

MARC FESNEAU
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 2 décembre 2022