Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur les relations franco-américaines et les questions internationales, à Washington le 1er décembre 2022.

Intervenant(s) :

Circonstance : Conférence de presse conjointe avec M. Joe Biden, PRrésident des Etat-Unis d’Amérique

Prononcé le 1er décembre 2022

Texte intégral

Monsieur le Président, cher Joe, merci infiniment pour ces mots qui reflètent complètement l'échange que nous venons d'avoir. Merci surtout pour votre accueil et nous étions très heureux avec mon épouse en effet, de partager ce moment hier à vos côtés, aux côtés de votre épouse. Je veux vous dire combien nous sommes, je le disais ce matin, à la fois ému, honoré ma délégation et moi-même d'être accueillis par vous en cette première visite d'Etat sous votre administration.

Au fond, cette relation, nous l'avons l'un et l'autre dit ce matin, vous venez de le rappeler, se bâtit sur une histoire qui nous oblige et nous dépasse parce qu'elle est faite de sang versé, parce qu'elle est faite d'engagements réciproques. Et je dirais, à l'échelle des siècles, à chaque fois que les choses vitales et essentielles ont été en jeu, nous avons été là l'un pour l’autre. Sans coup férir et sans aucun doute. Et c'est ce qui doit structurer le reste. C'est cet esprit qui prévaut dans le contexte que nous vivons depuis le mois de février dernier, vous l'avez rappelé.

Je ne vais pas redire ce qu’a parfaitement décrit le Président BIDEN. Mais cher Joe, vous avez très bien dit ce que nous faisons ensemble en Ukraine. Nous avons très clairement condamné cette guerre, immédiatement, nous avons mené toutes les actions diplomatiques pour condamner cette guerre et les crimes de guerre qui sont commis par la Russie sur le sol de l'Ukraine. Nous soutenons à la fois l'armée ukrainienne dans sa résistance et la population civile pour résister. Je veux ici vraiment remercier les Etats-Unis d'Amérique pour la nature et la magnitude de l'aide qui est fournie. Parce que cette guerre touche le sol européen, elle nous touche, je dirais, encore plus directement et vous avez fait le choix de déployer beaucoup de moyens pour participer à l'effort collectif.

Dans ce contexte-là, la discussion de ce matin nous a permis, d'une part, de confirmer les initiatives que nous prendrons encore dans les prochains jours et prochaines semaines pour renforcer l'aide aux troupes ukrainiennes et leur permettre de résister. Nous avons aussi décidé de continuer d'agir ensemble pour aider la population civile ukrainienne à résister. Car on le voit bien aujourd'hui, l'effort de guerre russe se concentre sur les infrastructures civiles, multiplie les exactions pour désespérer la population civile et rendre l'hiver impossible. C'est ce pourquoi nous avons décidé d'organiser, le 13 décembre prochain, une conférence de soutien à la résilience ukrainienne à Paris. Et je vous remercie pour le soutien apporté, l'étroite coordination en la matière.

Nous avons souhaité aussi continuer le travail étroit avec en particulier le Président ZELENSKY autour des dix points qui ont été proposés par ce dernier. Je veux saluer aussi l'effort qui est fait par le Président ZELENSKY pour engager un chemin de paix possible et durable en même temps qu'il conduit une résistance héroïque depuis maintenant plusieurs mois. Je crois que nous avons toujours été sur la même ligne : aider l'Ukraine à résister, ne rien céder à nos valeurs et aux principes de la Charte des Nations unies, éviter toute escalade incontrôlée dans ce conflit et acter qu’au moment qui sera opportun, dans les conditions pour leur territoire, qu’il revient aux Ukrainiens et aux Ukrainiens de décider. Nous serons là pour aider à bâtir la paix. Je pense qu'à cet égard, avoir la clarté des positions qui sont les vôtres est pour nous important car notre objectif, nous l'avons discuté, est de bâtir une paix durable.

Nous avons également évoqué les conséquences directes et indirectes de cette guerre et les conséquences en matière de sécurité alimentaire et énergétique pour l'ensemble de la planète. Nos initiatives communes au G20 comme au G7 vont dans ce sens et nous avons pu le rappeler également ensemble, ce matin, pour pouvoir essayer, pour nombre de pays, de pallier les conséquences de ce conflit sur leurs économies.

Nous avons aussi ce matin eu une très bonne discussion sur l’IRA et les textes récemment pris par l'administration américaine. Nous avons décidé ensemble, comme vient de dire le Président, que nous allions synchroniser nos approches et nos agendas pour investir dans les industries émergentes critiques telles que les semi-conducteurs, l'hydrogène, les batteries, les sujets industriels qui sont absolument décisifs parce qu'au fond, nous partageons la même vision et la même volonté. Le Président BIDEN veut créer des emplois industriels dans la durée pour son pays et bâtir une industrie forte et sécuriser ses approvisionnements. C'est exactement la même vision que nous portons. C'est pourquoi nous avons donné mandat à nos équipes de poursuivre ce travail en coordination étroite pour pouvoir trouver des solutions sur les sujets identifiés et surtout, avec une coordination avec l'ensemble des Européens d'une part, et avec vous, pouvoir bâtir un agenda qui nous permet d'avoir plus d'emplois industriels aux Etats-Unis et en Europe et garantir la force et la résilience de nos chaînes d'approvisionnement de manière intégrée à notre volonté et de garder une forte intégration à cet égard.

Ce travail en Européens, c'est aussi celui que nous voulons conduire sur à peu près tous les sujets de l'agenda. Mais vous l'avez rappelé Président, à l'instant, ce que nous voulons faire aussi, c'est développer plusieurs sujets d'avenir. Les séances de travail que nous avons pu avoir hier, ce que nos ministres et nos équipes ont pu préparer, nous permettent d'acter aussi un agenda, je dirais, d'avenir et d'espérance, je l’évoquais ce matin, dans plusieurs domaines : le spatial, avec à la fois des sujets de recherche, d'exploration, mais aussi des sujets industriels d'avenir ; le nucléaire civil avec là aussi les nouveaux sujets de recherche communs en particulier sur les techniques les plus avancées, car je crois pouvoir dire que pour l'un et pour l'autre, le nucléaire civil fait partie de la solution énergétique dans laquelle nous croyons et qui seul permet de réussir à créer des emplois, avoir une énergie sûre, compétitive et atteindre notre objectif de neutralité carbone en 2050. Nous avons eu aussi l'occasion d'avoir beaucoup d'échanges sur le quantique entre nos différents acteurs. Et en matière de technologie et justement d'innovation, là aussi, nos délégations sont là pour illustrer tout le travail qui est fait, pour continuer d'avancer sur un agenda commun.

Enfin, c'est aussi nos engagements sur les grands sujets internationaux qui irriguent notre relation. Je ne saurais trop redire ici combien nous avons été heureux de voir votre choix qui correspondait à vos engagements historiques et à vos engagements de campagne, de revenir sur les grands sujets internationaux, qu'il s'agisse du climat ou de la santé. Cela change la donne. Et là où nous avons pu résister pendant quelques années, nous avons pu réengager les efforts.

En cette journée mondiale de lutte contre le sida, je veux ici dire de concert avec vous combien nous continuons à tenir cet agenda d'éradication en 2030. Et combien nos deux pays ont de concert œuvré ces dernières années dans le financement du Fonds mondial, dont nous sommes les principaux contributeurs, pour lutter évidemment contre le VIH, mais également contre la malaria et plusieurs autres virus qui ravagent, en particulier, les pays les plus fragiles, les populations les plus fragiles. Nous continuerons cet effort sans relâche.

C'est la même détermination qui prévaut dans notre relation pour avancer ensemble sur les sujets de climat et de biodiversité. Au-delà de cette volonté d'avancer sur les innovations, un agenda de solutions sur le climat, nous avons acté là aussi plusieurs initiatives lors de cette visite d'Etat. Bâtir des solutions de financements innovants pour aider les pays émergents et les pays les plus fragiles pour leur permettre de nous accompagner sur cette route du développement et du climat. Et à cet égard, vous aurez un rôle essentiel dans le sommet que nous comptons organiser à l'été prochain de nouveaux partenariats entre le Nord et le Sud, qui s'inscrit pleinement, d’abord dans la logique de ce que nous avons fait ensemble pour réallouer plus de moyens dans les pays du Sud, mais aussi de l'agenda de réformes de nos institutions multilatérales financières qui est indispensable pour réussir cet objectif, en particulier la réforme de la Banque mondiale et l’amélioration de nos instruments financiers existants.

Et puis, en matière de biodiversité, nous avons eu l'occasion hier de parler avec le Caucus compétent. Nous avons eu des discussions à plusieurs reprises ensemble. Notre volonté est, là aussi, d'avoir un agenda extrêmement ambitieux et en particulier, nous œuvrerons ensemble pour préparer le One Forest Summit qui se tiendra sur le sol africain au Gabon à la fin du premier trimestre prochain, ce sujet étant aussi au cœur de ce que vous voulez soulever avec les États africains que vous accueillerez dans quelques jours à Washington. Et donc, là aussi, sur ce volet, il y a une forte convergence entre nos vues.

Enfin, nous continuerons d'être engagés ensemble dans la lutte contre le terrorisme et pour la paix. En étant à vos côtés, j'ai évidemment une pensée pour nos soldats qui sont tombés en Afghanistan, au Proche et Moyen-Orient, en Afrique, durant ces dernières années pour se battre pour la sécurité de ces régions du monde et de nos pays. Et je veux ici, une fois encore, vous redire notre engagement. Nous continuons à être engagés dans notre coalition internationale au Proche et Moyen-Orient, à travers notre action militaire, et nous continuerons de l'être de manière très étroite, car nous n'avons pas fini ce combat, et je pense qu'il est important de le rappeler à tous nos alliés et tous nos partenaires. Nous devons continuer d'agir contre le terrorisme islamiste dans le Proche et Moyen-Orient, cet agenda n'est pas terminé.

Je voulais vous remercier aussi pour l'aide précieuse que vous nous avez apportée durant toutes ces dernières années, et que vous continuez de nous apporter, dans la lutte contre le terrorisme au Sahel et en Afrique de l'Ouest. Cette aide est précieuse et nous a permis, ces dernières années, y compris ces dernières semaines, d'avoir des résultats extrêmement concrets. Et donc, nous continuerons, là aussi, d'œuvrer ensemble. Je pourrais également passer l'après-midi de concert avec vous à égrener tous les sujets sur lesquels nous travaillons ensemble dans l'Indopacifique, et plus particulièrement la réorganisation de notre présence dans l'océan Indien.

Je voudrais avoir un mot pour, au fond peut-être, remettre les choses dans le bon ordre. Cher Joe, tu as eu l'élégance de remercier la France pour son aide sur l’accord qui a été trouvé, historique, entre Israël et le Liban. Nous avons fait le maximum pour aider à finaliser. Je crois quand même que l'honnêteté me conduit à dire que c'est essentiellement vous qui avez fait le travail. Et donc, je pense que dans ce moment, c'était un travail essentiel, et je veux tout particulièrement vous en remercier pour le Liban qui nous est si cher et qui avait besoin de cet accord au-delà des sujets qui sont au cœur de l'agenda libanais pour les prochaines semaines et les prochains mois.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais dire. Pour finir, je souhaitais vraiment remercier le Président Joe BIDEN parce que ce qu'il a dit, je peux le dire à son endroit. Ce n'est pas simplement un dirigeant avec lequel nous partageons beaucoup de valeurs, beaucoup de combats, c'est un dirigeant avec lequel nous avons des discussions très franches et très directes, respectueuses et engagées sur tous les sujets. C'est aussi devenu un ami et je tenais à te remercier pour l'accueil qui nous est fait, l'honneur qui nous est fait, mais surtout l'importance dans ce moment de pouvoir passer du temps ensemble et prendre des décisions pour notre avenir commun. Merci infiniment.