Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à LCI le 20 janvier 2023, sur la réforme des retraites et la question énergétique.

Texte intégral

ADRIEN GINDRE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Adrien GINDRE.

ADRIEN GINDRE
Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. On l'a vu ce matin, 2 millions de manifestants d'après la CGT, un petit peu moins selon la CFDT mais malgré tout bien au-dessus d’un million même pour les autorités. C'est le chiffre donné par le ministère de l'Intérieur. C'est un succès pour les syndicats cette manifestation contre la réforme des retraites ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La mobilisation elle était annoncée, elle est importante et ce n'est pas surprenant. Ce n'est pas surprenant parce que la retraite, c'est un des enjeux qui nous concerne tous.

ADRIEN GINDRE
Mais elle est plus importante que ce que les syndicats avaient anticipé et que ce que le Gouvernement avait anticipé.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'on ne va pas faire une bataille de chiffres. La réalité c'est que c'est une réforme qui mobilise tout le monde, qui suscite des questions, qui suscite des inquiétudes…

ADRIEN GINDRE
Qui suscite des oppositions.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui suscite des oppositions et c'est une réforme qui demande des efforts et donc, je ne connais pas de réforme qui demande des efforts qui fassent l'unanimité. Après ce qui est en jeu, c'est quelque chose d’extraordinairement important et c'est pour ça que nous le portons en responsabilité avec le Gouvernement : il s'agit de sauver notre régime des retraites.

ADRIEN GINDRE
Mais est-ce que vous reconnaissez malgré tout, même si vous défendez votre projet et c'est bien normal, que les syndicats ont remporté un succès hier ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi vous savez, je ne suis pas dans la question de savoir s'il y a les gagnants, les perdants, un bras de fer. Moi je suis en responsabilité, je suis au sein d'un Gouvernement qui veut sauver le régime des retraites, qui doit porter une réforme qui permette de corriger aujourd'hui des injustices majeures. Est-ce que vous trouvez normal, Adrien GINDRE, que les femmes aient en moyenne une retraite inférieure de 42% aux hommes ? Est-ce que vous trouvez ça normal ?

ADRIEN GINDRE
Les syndicats pourraient vous répondre : est-ce que vous trouvez normal que des carrières longues vont se retrouver à travailler plus longtemps que des cadres ? En fait la justice, on voit bien, c'est votre argument, c'est malgré tout subjectif parce que chacun a sa définition de sa propre justice.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, et c’est pour ça qu’un débat doit s'engager. C'est pour ça que la démocratie, c'est aussi porter des arguments pour et contre. C'est pour ça que le ministre du Travail Olivier DUSSOPT et la Première ministre ont laissé leur porte ouverte 4 mois et ont enrichi cette réforme, mais je crois qu'il faut maintenant aborder le sujet et quelles sont les propositions qui sont faites justement pour sauver notre régime de retraite, pour faire en sorte que les femmes qui se sont occupées de leurs enfants, qui ont eu des carrières hachées ont une retraite digne. Nous ce que nous proposons, c'est une retraite qui va par exemple permettre à tous les retraités d'avoir au minimum 1 200 euros brut de retraite. Vous savez qu’aujourd'hui chaque année 25% des retraités partent à la retraite. Ils ont fait une carrière complète et ils n'ont pas ce montant-là.

ADRIEN GINDRE
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous dites et la Première ministre l'a dit à nouveau hier en s'exprimant sur Twitter : on va continuer à débattre et à convaincre. Mais est-ce que vous pensez que les syndicats et les personnes qui sont opposés à la réforme peuvent encore se laisser convaincre par vos arguments ? Ils ont les leurs. On est un peu rentré dans un dialogue de sourds malgré tout.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas. Je crois qu'on a fait des propositions qui étaient fortes justement sur les carrières longues, et c'est important de le souligner, et qui sont des pas en avant par rapport à l'existant. Parce qu’on peut parler d'un idéal mais parlons de ce qui existe aujourd'hui, et aujourd'hui vous avez des gens qui démarrent avant 16 ans et qui en réalité travaillent plus que cadres. Ça, c’est la réalité du sujet aujourd’hui. Mais pardon, regardons les inégalités d'aujourd'hui, regardons les injustices et discutons de la manière de les équilibrer. Et je peux vous dire que ce projet, lorsqu'on regarde dans le détail sur la pénibilité, sur les carrières longues, sur les femmes et sur le minimum apporte beaucoup.

ADRIEN GINDRE
Oui mais Agnès PANNIER-RUNACHER, le secrétaire général de la CFDT ne dit pas l’inverse sur ce point. Il était sur ce plateau hier. Il se félicite qu'il y ait des avancées mais dit : ce sont des contreparties à une mesure qu'il refuse qui est la mesure d'âge. Il dit : on part du principe que nous, non, on ne veut pas de report de l'âge légal. Est-ce que vous, vous lui répondez sur ce point qui est en réalité le point essentiel et le point de clivage : non, non et non, on n'y renoncera pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi ce que je réponds, c'est que par rapport aux avancées que nous devons faire il y a nécessairement des efforts collectifs et comment on les positionne ces efforts. Et nous, nous avons fait une proposition qui est équilibrée, qui est une réforme de justice. Vous venez de le dire d'ailleurs, et même Laurent BERGER reconnaît que cette réforme apporte, et je suis heureuse de l'entendre, du plus. Du plus aux plus vulnérables, du plus aux femmes, du plus à ceux qui ont eu des carrières modestes.

ADRIEN GINDRE
Mais vous ne bougerez pas sur l'âge. Disons les choses clairement parce qu'en fait je vous disais " dialogue de sourds ", vous refusez le qualificatif, très bien, mais la réalité c'est que les syndicats vous disent " il faut bouger sur l'âge " et vous dites " on ne bougera pas sur l'âge ".

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce qu'on dit, c'est qu'on présentera un projet en conseil des ministres dans les prochains jours et que ce projet sera débattu à l'Assemblée nationale et au Sénat, c'est-à-dire l'endroit où des élus de la République seront en capacité d'améliorer, de discuter de ce projet.

ADRIEN GINDRE
Alors prenons par exemple dans votre secteur parce que vous êtes concernée, je le disais tout à l'heure, il y a les industries gazières, énergétiques, électriques, à quoi vous pourriez renoncer ? Ils ont un régime spécial aujourd'hui. Est-ce que vous pourriez renoncer à le supprimer et leur dire : finalement on vous a entendus ? Qu’est-ce qui peut encore être donné comme gage en leur direction ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, ce sera, encore une fois au débat qui se nouera à l'Assemblée nationale et au Sénat de définir les points de progrès, de mener cette discussion. Je veux dire, on est au coeur du débat démocratique. S'agissant des régimes spéciaux, je le rappelle, l'enjeu c'est de dire : tout le monde fait un effort collectif et en particulier ceux qui ont eu les carrières les meilleures, parce que c'est de ça aussi qu'il s'agit. Quand on va compenser ceux qui ont eu les carrières les plus modestes, leur donner un minimum de retraite, faire en sorte que les femmes puissent avoir une meilleure retraite, faire en sorte que les jeunes aient une retraite. Moi j’habite Lens, je discute assez régulièrement sur les marchés, les jeunes ils vous disent : je ne crois pas que j'aurais de retraite.

ADRIEN GINDRE
Absolument.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C’est ça la réalité aujourd’hui.

ADRIEN GINDRE
Mais il y a aussi des jeunes qui étaient dans la rue hier, il y a des organisations de jeunesse qui appellent à manifester demain. Elles ne croient pas à leur retraite mais elles ne croient pas non plus à votre réforme.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est pour ça que parlons-en. Les jeunes eux-mêmes sont conscients que notre régime de retraite est en danger et nous faisons des propositions en responsabilité. Et encore une fois, ce n'est pas des propositions qui sont simples à mettre en oeuvre puisque chacun d'entre nous devra faire un effort. Ce qu'on essaie de faire, c'est que cet effort soit proportionné, qu'il fasse en sorte que les carrières longues soient mieux reconnues, qu'il fasse en sorte que les métiers les plus pénibles soient mieux reconnus, et qu’il fasse en sorte que ceux qui ont le plus capacité de faire des efforts puissent faire ces efforts. C’est ça la réalité. Et donc il y a aussi beaucoup de fausses nouvelles qui circulent et qui vont je dirais aussi imprimer.

ADRIEN GINDRE
Oui mais il y a aussi des désaccords Agnès PANNIER-RUNACHER. Il n’y a pas que des fausses nouvelles.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc c’est important de dire les avancées de cette réforme.

ADRIEN GINDRE
Alors dans votre secteur il y a une particularité, c'est que vous avez la CGT qui est très active. Qui avait promis des coupures d'électricité contre ceux qui soutiennent cette réforme, qui a promis des baisses de production d'électricité, on va prendre tout ça dans l'ordre. Des coupures il y en a eu hier, ENEDIS par exemple a fait état d'une coupure à Massy dans l'Essonne qui a visé en particulier une zone industrielle, une coupure à Chaumont en Haute-Marne qui visait des bâtiments administratifs. Est-ce que vous avez eu connaissance d'autres coupures sur la journée d'hier ou est-ce que ça s’est limité à ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ma connaissance il n'y a pas eu d'autres coupures, et je veux le dire très calmement ici : manifester dans la rue, exprimer son point de vue, c'est la base de la démocratie. C'est ce que nous permet la démocratie. Faire des coupures c'est illégal, ça peut parfois être dangereux, et donc ce n'est pas je pense la manière la plus responsable de se mobiliser.

ADRIEN GINDRE
Donc qu'est-ce que risquent les agents qui ont procédé à ces coupures pour protester ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors ça c'est l'application de la loi. Il appartiendra à ENEDIS qui est l'opérateur et qui est concerné de faire appliquer la loi et de défendre son point de vue.

ADRIEN GINDRE
Hier à votre place, le ministre du Travail Olivier DUSSOPT considérait également regrettables les baisses de production d'électricité. Il y en a eu. Il y a eu en l'occurrence un montant qui représente l'équivalent de deux fois la consommation de Paris. Est-ce que vous dites la même chose ? Est-ce que ça vous paraît être aussi - alors regrettable, je ne sais pas si c’est le terme - condamnable même peut-être comme type d’action ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je le redis, c'est la même chose, lorsque vous êtes en grève effectivement, le fonctionnement des sites concernés par les grèves est ralenti ou interrompu. Ça, il n’y a pas de surprise et encore une fois, le droit de grève comme le droit de manifester font partie des avancées qu'autorise, que permet la démocratie, donc je n’ai pas à contester ce point-là. En revanche, il faut être vigilant. L'enjeu c'est de ne pas perturber la vie des Français. Je crois qu'il ne faut pas rajouter de la difficulté à la difficulté, et je crois en responsabilité. Certains d'ailleurs responsables syndicaux l'ont dit : ils ne valident pas ce mode d'action. Autant ils sont prêts à porter leur point de vue en manifestant, en prenant la parole, en faisant la grève…

ADRIEN GINDRE
Donc là il y a une part d’irresponsabilité.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Autant il est important aujourd'hui de préserver notre système électrique parce que je crois qu'aucun des salariés d'EDF n’ont envie de mettre la France finalement en situation de dépendance vis-à-vis par exemple des pays auprès desquels nous devons exporter de l'électricité quand on a des baisses de tension.

ADRIEN GINDRE
Il y a un paradoxe, c'est que ces coupures et ces baisses de production elles interviennent dans une semaine où RTE a communiqué pour dire d'une certaine manière : ouf, le risque de coupure est derrière nous, lié à la fois aux diminutions de consommation - on va en reparler - et puis à l'amélioration de la production avec la reprise de certains réacteurs nucléaires. Est-ce que vous dites : ça y est, l'hiver est sauvé, on peut respirer et on a échappé au risque de coupure pour cet hiver ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi ce que je dis, c'est qu'on a travaillé justement pour ne pas être en situation d'avoir des tensions sur notre système électrique. On a travaillé avec un plan de sobriété auquel les grandes entreprises, les grandes administrations, les grandes collectivités locales ont participé mais aussi tous les Français. Et ce plan de sobriété, il s'est traduit très concrètement dans les faits. C'est au moment où on a eu un pic de froid début décembre, l'équivalent de 7 réacteurs qui ont été collectivement économisés par nous tous, et je veux vraiment remercier les Français pour leur implication dans ce plan sobriété. Et je rappelle que ce n'est pas juste un plan pour passer l'hiver, c'est un plan pour lutter contre le réchauffement climatique. C'est un des éléments importants si on veut tenir notre trajectoire de baisse des gaz à effet de serre.

ADRIEN GINDRE
Donc on ne peut pas reprendre une consommation normale maintenant ? On ne peut pas se dire : l'hiver est passé, on est tranquille, on reprendre une consommation habituelle ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non. L’enjeu il est très clair. C’est que ces habitudes que nous souhaitons installer dans les entreprises, dans les grandes administrations, ces efforts d'économies sur l'éclairage, sur le chauffage, sur l'eau chaude, sur le carburant qui n'est pas en tension mais qui est un enjeu important en termes d’émissions de gaz à effet de serre, ce sont des changements d'habitude qui doivent être le plus durable possible. Et nous avons effectivement collectivement, et en particulier les plus gros consommateurs, un objectif, une responsabilité de baisser notre consommation d’énergie.

ADRIEN GINDRE
Mais là Agnès PANNIER-RUNACHER, il y a les particuliers et on va dire les gestes du quotidien, et il y a aussi des industriels qui ont interrompu leur production dans cette période hivernale. En grande partie à cause des coûts aussi parce que c'était insupportable pour eux, ce n’est pas qu'une bonne nouvelle cette sobriété. Elle a aussi été en partie contrainte et forcée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je vais vous répondre Adrien GINDRE. Le plan sobriété, ce n’est pas la baisse de la consommation d'énergie dans les industries. C'est la lutte contre toute l'énergie qui est gaspillée parce qu’on a des niveaux de température ou parce qu’on continue à éclairer la nuit, parce qu'il y a des enseignes qui restent éclairées. C'est tous ces éléments-là. Et vous avez raison de souligner que pour les entreprises, l'enjeu c'est au contraire qu'elles puissent continuer à travailler et qu'elles puissent continuer à employer les salariés, qu'elles puissent continuer à produire, ce d'autant que la France est un pays où les émissions de gaz à effet de serre de nos industries sont plutôt plus faibles que dans d'autres pays. Donc c'est un intérêt aussi climatique d'avoir les industriels qui produisent. Et c'est pour cela que nous avons parallèlement avec la Première ministre, le président de la République des mesures pour amortir le coût de l'énergie et de l'électricité. Faire en sorte que nos industriels passent ce cap difficile.

ADRIEN GINDRE
Juste une question parce que là, on évoquait le volet consommation, il y a le volet production, est-ce que là, le niveau du parc nucléaire vous permet, je repose la question, de dire : c'est sûr on n’aura pas de coupures cet hiver, c'est bon, on a passé ce cap ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas, grâce aux salariés d'EDF, nous avons aujourd'hui le nombre de réacteurs dont nous avions besoin pour passer en sécurité l'hiver. Alors, il faut être attentif, il faut être vigilant.

ADRIEN GINDRE
On est à combien aujourd'hui de réacteurs qui sont en fonctionnement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd’hui, on a 14 réacteurs qui ne sont pas en fonctionnement. Alors on varie entre 12 et 14 ces derniers jours puisqu'on peut avoir des arrêts fortuits ou des réacteurs qui sont sur l'économie en combustible ….

ADRIEN GINDRE
Sur la grosse cinquantaine de réacteurs qu’on a …

AGNES PANNIER-RUNACHER
…pour des raisons aussi de faible niveau de consommation d'électricité globale. Donc au-delà de ça, ce qui est important, c'est que l'effort, nous devons le continuer si nous voulons terminer l'hiver mais surtout l'enjeu, c'est de continuer à maintenir notre parc électrique pour que l'année prochaine, nous ayons le maximum de réacteurs nucléaires qui fonctionnent tout l'hiver et nous allons rentrer dans une période, fin de l'hiver début du printemps, où des réacteurs vont être déconnectés pour être mis en maintenance et pouvoir être prêts pour l'hiver prochain.

ADRIEN GINDRE
Parce que l'hiver prochain, c'est aussi une source d'inquiétude et alors, il y a un moment, on disait " on a fait les stocks de gaz pleins pour cet hiver, on n'est pas sûr d’en avoir pour l'hiver prochain " et en même temps on dit " on a trop de gaz finalement, il va falloir vider certains stocks. "

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui alors ça c'est un paradoxe géologique de nos stockages de gaz, c'est-à-dire, on a beaucoup de gaz aujourd'hui, tout le travail qui a été fait pour préparer l'hiver et qui nous a permis effectivement d'être à plus de 90% et même être au maximum de remplissage de nos stockages de gaz fait qu'aujourd'hui, on est un peu près 20 points au-dessus de ce que nous avions d'habitude dans nos stockage de gaz. Or pour des raisons géologiques, je ne vais pas rentrer dans le détail mais il faut vider un peu nos stockages de gaz pour qu'ils soient vraiment efficaces l'année prochaine quand on voudra renvoyer du gaz.

ADRIEN GINDRE
Pour renouveler, mettre du nouveau gaz, on va dire, pour dire les choses très simplement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
En fait, c’est une question de … le gaz va s'étendre, va prendre toute la place dans les cavités de stockage et donc lorsqu'on va vouloir pomper pour le renvoyer sur le réseau, ça sera moins efficace. Je ne suis pas ingénieure ; je le dis avec mes mots et donc on va avoir un effet un peu paradoxal, on va baisser nos stockage de gaz pour pouvoir remonter plus fort et avoir plus de stockage l’année prochaine.

ADRIEN GINDRE
On le disait, il y a la dimension du prix, ça fait des mois qu’on vous demande et que vous dites même, on va réussir à changer les règles européennes. Bon ça, ce n’est pas fait, ça c'est pas fait assez vite, ça ne s’est pas fait assez fort, est-ce que là pour l'hiver prochain, on aura un changement des mécanismes et des règles qui sera suffisamment efficace pour voir une vraie différence sur les prix ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D’abord, première chose, Adrien GINDRE, les prix aujourd'hui que payent les ménages français et les prix que payent les très petites entreprises, ce sont les prix les plus bas d'Europe. Donc nous n'avons pas attendu la réforme du marché de l'électricité pour agir.

ADRIEN GINDRE
Oui mais elle se fait attendre !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et en face nous avons avec notamment une contribution sur la rente infra-marginale - qui est en fait, pour le dire en termes plus simples, ce que payent les producteurs d'énergie du fait des prix très élevés de l'électricité dont ils profitent et donc ils rendent cela aux consommateurs - pu financer ces boucliers énergétiques.

ADRIEN GINDRE
Donc vous dites " ça va ".

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc nous avons un système qui protège les très petites entreprises, les ménages, nous avons un amortisseur pour les PME et nous avons des systèmes pour les plus gros industriels qui sont très consommateurs d'électricité ça, c'est le premier point mais il nous faut une réforme structurelle, c'est-à-dire on ne peut pas continuer à avoir des systèmes un peu exceptionnels en permanence et donc nous avons obtenu que la Commission européenne dépose un texte au premier semestre de l'année prochaine qui porte cette réforme du marché de l'électricité. Ca c'est le président de la République, c’est les ministres qui l'ont porté et ce texte, il a vocation effectivement à être discuté pour rentrer en vigueur. Moi, je rappelle une chose. On nous a dit que vous n’auriez …on aurait dit qu'on n'aurait jamais le plafonnement du prix du gaz, on l'a eu le 19 décembre et c'est grâce au président de la République et à ma mobilisation que nous avons obtenu ce résultat.

ADRIEN GINDRE
Le président de la République a aussi demandé une renégociation des contrats excessifs par les fournisseurs d'énergie pour les très petites entreprises, est-ce que vous savez combien de contrats ont déjà été renégociés ? On en est où ? C'était il y a 2 semaines qu'il l'a demandé. Est-ce que ça a déjà eu un effet ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, en fait c'est automatique, c'est-à-dire que ce n'est pas une renégociation. C’est un avenant à votre contrat qui est automatique.

ADRIEN GINDRE
Donc pour toutes les TPE, c’est fait !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour toutes les TPE qui ont … alors déjà toutes les TPE aujourd'hui bénéficient du bouclier énergétique, celles qui sont en dessous d'une certaine puissance.

ADRIEN GINDRE
Sur les renégociations sur les tarifs !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc ça, elles n'ont rien à changer et c’est les 3 quarts des TPE et pour le quart des TPE qui utilisent beaucoup de puissance, les boulangers parce qu'ils ont des fours par exemple, ce contrat est automatiquement mis à jour. Elles ont une chose à faire et je les invite à le faire très vite pour celles qu'ils ne l’auraient pas fait avant le 31 janvier, à aller sur leur espace client de leurs fournisseurs d'énergie et à cocher dans l'attestation, la croix dans " je suis une TPE, je peux bénéficier du tarif de 2 80 euros du mégawatt sur toute l'année " et ça sera automatique sur leur facture donc pour le mois de janvier qui arrivera évidemment en février.

ADRIEN GINDRE
Vous dites TPE. Il se trouve que TotalEnergies dit " on va faire la même chose pour les PME ", la taille juste au-dessus. Est-ce que vous demandez aux fournisseurs d'énergie de le faire pour toutes les PME également ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je vous rassure, nous avons évidemment discuté avec les fournisseurs d'énergie, TOTAL au premier chef pour leur demander de regarder les situations de manière plus spécifique.

ADRIEN GINDRE
Mais là, ça ne sera pas automatique pour les PME ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a beaucoup moins de PME que des TPE ; TPE, on parle de plusieurs centaines de milliers d'entreprises. Les PME, on est sur plusieurs dizaines de milliers d'entreprises, toutes n’ont pas des tarifs qui se sont envolés mais certaines l’ont et on a effectivement demandé aux fournisseurs d'électricité de regarder au cas par cas ce qui peut être fait sachant que par ailleurs nous avons des dispositifs pour les PME qui va permettre de baisser la facture dès le mois de février lorsqu'elles recevront la facture de janvier.

ADRIEN GINDRE
La semaine prochaine, aura lieu au Sénat le vote sur le projet de loi nucléaire que vous portez sur la construction de nouvelles installations nucléaires, il y a déjà eu des critiques au-delà des critiques politiques, des organisateurs du débat public qui est en cours sur le sujet du nucléaire sur l'avenir du nucléaire et qui considèrent qu'en fait les sénateurs vont un peu trop vite en besogne parce qu'ils décident déjà de ce que sera le nucléaire de demain alors que c'est pas le sujet du texte. Est-ce que vous partagez cette critique qui est adressée aux sénateurs ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Complètement et je l'ai dit très directement aux sénateurs : on ne peut pas à la fois appeler de ses voeux d'avoir du débat public sur l'avenir de notre mix énergétique, d'écouter les Français et en même temps voter dans un texte, préempter le résultat de ce débat public et c'est pour cela que le Gouvernement s'est opposé à cet amendement, a fait une proposition complémentaire. Bon nous avons été battus, nous n'avons pas la majorité au Sénat et je le dis très clairement, nous avons un débat public sur le mix énergétique dans notre pays qui est avec des garants de la Commission nationale du débat public. En ce moment, se réunissent 200 jeunes tirés au sort venus de toute la France pour évoquer des questions extrêmement importantes, jusqu'où on va dans la baisse de consommation ? On parlait de sobriété, qu'est-ce qu'on change dans nos habitudes ?

ADRIEN GINDRE
Donc vous dites, la parole aux citoyens avant …

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement …

ADRIEN GINDRE
…que les élus discutent !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Quel type d'électricité ou d'énergie on produit ? Est-ce que c'est du nucléaire, du renouvelable, de l’éolien ? Et comment on finance ? Et ce débat public, il a vocation à se faire avant qu’on prenne des décisions.

ADRIEN GINDRE
Le sujet qu'on évoque là, vous dites " on n'a pas la majorité ", il se trouve qu'effectivement, elle est de droite au Sénat, vous allez avoir aussi la semaine prochaine la commission mixte paritaire pour mettre députés et sénateurs d'accord sur la question des énergies renouvelables cette fois. Bon Les Républicains, vous en avez aussi besoin sur les retraites, tout ça mis bout à bout ça faisait dire à Eric CIOTTI cette semaine dans Le Figaro " nous ne serons pas les supplétifs d'un pouvoir qui achève sa course ", qu'est-ce que vous lui répondez ? Est-ce que vous pouvez vraiment travailler avec un parti qui vous considère comme un pouvoir qui achève sa course ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je suis très claire : le projet de loi sur les énergies renouvelables, il a été voté au Sénat à la quasi unanimité et ça, c'est le résultat d'une méthode de concertation que j’ai mise en place.

ADRIEN GINDRE
Avec la droite au Sénat, avec la gauche à l’Assemblée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C’est quatre mois de travail avec la droite et la gauche au Sénat, tous les groupes ont voté cette loi sauf le Parti communiste qui s'est abstenu.

ADRIEN GINDRE
Votre réponse donc à Eric CIOTTI pour conclure.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc ma réponse-là Éric CIOTTI c'est que nous en responsabilité, on construira des majorités projet par projet et il leur appartiendra de prendre leurs responsabilités ou pas, texte de loi par texte de loi mais personne ne comprendrait que la droite ne vote pas un texte sur la production des énergies renouvelables alors qu'on sait que dans les 15 ans qui viennent, c'est la seule source de production additionnelle d’électricité, que nous sommes dans une crise énergétique et climatique majeure aujourd'hui.

ADRIEN GINDRE
Ça, c'était le message pour Les Républicains. On verra donc mardi le résultat de cette commission mixte paritaire sur le projet de loi énergies renouvelables. Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER d'avoir été avec nous ce matin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup !


Source : Service d’information du Gouvernement, le 23 janvier 2023