Déclaration à la presse de Mme Catherine Colonna, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'Union européenne face au conflit en Ukraine et à la répression en Iran, à Bruxelles le 23 janvier 2023.

Texte intégral

Depuis le mois de décembre, un certain nombre de situations ont évolué et justifient que nous en parlions aujourd'hui. Je pense à la fois à l'Iran et à la Russie. La Russie poursuit sa guerre en Ukraine, avec son lot de crimes et d'exactions. Nous allons donc poursuivre notre aide à l'Ukraine qu'elle soit économique, financière, diplomatique, politique, humanitaire, mais aussi, bien sûr, militaire. Donc nous allons renforcer notre aide à ce titre. La France a livré les matériels de défense anti-aérienne qu'elle devait donner à l'Ukraine et le Président de la République a pris la décision de donner à l'Ukraine un certain nombre de chars AMX-10. Je crois que c'est le signe de notre détermination à soutenir l'Ukraine aussi longtemps qu'il le faudra et au niveau qu'il convient de le faire. A Bruxelles, nous allons discuter de la possibilité d'octroyer une nouvelle tranche de 500 millions d'euros dans ce que l'on appelle la facilité européenne de paix, et je n'ai pas de doute que c'est la décision que nous prendrons aujourd'hui.

Pour ce qui concerne l'Iran, la répression se poursuit, les droits des Iraniennes et des Iraniens à manifester pacifiquement ne sont pas reconnus, les exactions continuent, les arrestations arbitraires se poursuivent et même, vous l'avez vu, des exécutions. Face à cette escalade, nous allons sanctionner un certain nombre de responsables de la répression supplémentaires par rapport aux décisions qui ont déjà été prises. Je précise qu'il ne s'agit pas de mesures qui vont affecter le peuple iranien ou l'économie iranienne, mais les responsables de la répression qui sont incapables de répondre aux aspirations légitimes des Iraniens à jouir des libertés fondamentales.

Il est temps, je pense, qu'en Européens, nous réfléchissions aux réponses à apporter à cette politique d'otages d'Etat que pratique désormais l'Iran. Cela doit être pris en considération dans nos réflexions et dans les décisions que nous serons amenés à prendre à l'avenir.

Il y a aussi d'autres sujets, tels que la situation en Arménie avec, je l'espère, la prolongation de la mission européenne qui permet, en étant du côté arménien de la frontière, d'apaiser les tensions et d'éviter une reprise du conflit.

D'autres situations seront discutées et j'ai tenu à ce que nous évoquions aussi la question des ingérences étrangères, non pas seulement dans le contexte que vous connaissez, parce que j'ai saisi le Haut Représentant, Vice-Président, Josep Borrell, dès cet été, sur cette question des ingérences étrangères. Nous devons protéger notre démocratie européenne et il est bon que l'on ait un débat sur les ingérences ou les influences que tentent d'exercer un certain nombre de groupes qui ne partagent pas, loin s'en faut, les valeurs de l'Union européenne.


Q - Certains disent que la seule solution pour la résolution du conflit est que les ukrainiens gagnent. N'avez-vous pas peur que les Russes se tournent vers la guerre nucléaire ?

R - Les choses doivent être rappelées de la façon la plus claire dans cette guerre que la Russie a choisi de mener en Ukraine. Il y a un agresseur et un agressé : l'agresseur est la Russie, l'agressé est l'Ukraine, et l'Ukraine a le droit de se défendre selon la Charte des Nations unies. Et nous devons l'aider à ce titre, aussi parce que c'est notre intérêt. Nous aidons l'Ukraine à assurer ses droits souverains à recouvrer sa souveraineté, son indépendance, l'intégrité de son territoire et nous ne confondons pas les choses - et ne les confondez pas s'il vous plaît, la situation est hélas aussi claire que ce que je viens de rappeler : il y a un agresseur et un agressé.

Q - Il y a beaucoup d'activités de Daech en Irak, que faites-vous là-bas ?

R - Nous faisons partie de la coalition anti-Daech qui maintient ses activités, parce qu'il est nécessaire de les maintenir. La lutte contre Daech n'est pas terminée.

Q - Avez-vous déjà fait une demande auprès de l'Allemagne pour l'export des chars et des tanks Léopard 2?

R - Nous sortons d'un Conseil des ministres franco-allemands, suivi d'un Conseil de défense. Vous avez entendu le Chancelier Olaf Scholz s'exprimer hier, vous avez également entendu le Président de la République Emmanuel Macron s'exprimer. Pour ce qui nous concerne, toutes les options sont ouvertes, après une décision qui a consisté, d'ores et déjà, à proposer un certain nombre de chars légers du côté français, mais la suite se fera en concertation, entre alliés, en examinant collectivement quels sont les besoins et quelles sont les réponses à apporter. Le Chancelier s'est exprimé pour ce qui concerne l'Allemagne.

Q - What are you going to do about Iran and what is your position vis-à-vis the Revolutionary Guards designation as a terrorist group?

R - These are two separate questions. On Iran, I just spoke and said that we do condemn the repression and we do ask for the civil liberties to be respected as they should. May I recall that Iran did sign the UN Pact on human rights and civil rights. Now, regarding the Islamic Revolutionary Guard Corps, may I recall you that they are already, as a group, under sanction since 2010 because of their participation to proliferation activities on massive destruction arms. We are considering, but this is not a decision to be made today, to sanction them under another regime. We are looking closely at it and nothing is ruled out.

Q (BBC News) - It's not on the agenda today but it is something you know a lot about: EU-UK relations. We are approaching the second anniversary of Brexit. What do you hope EU-UK relations might look like going forward? Obviously, there have been some pretty tense times recently.

R - I do respect Brexit and we all do respect the result of a referendum, but I'm not sure I'm going to celebrate that anniversary. In any event, we have good relations with the British government and as you know, there will be a Franco-British Summit coming soon, early March, and then hopefully a concretization of the visit of King Charles III announced and we're really privileged and happy to see both of them.

Q - Do you think a trading relationship could emerge over time?

R - That is not our choice to decide. You know the UK decided to split from the EU and split from its major market. So, this is to be considered by the UK first and foremost.

Q - Madame la Ministre, votre collègue luxembourgeois a dit qu'il faut au moins 300 chars pour l'Ukraine pour être efficaces. Combien de chars la France serait prête à livrer à l'Ukraine ?

R - Vraiment, sur ce sujet, je crois qu'il serait très important, si l'on veut aider l'Ukraine comme il le faut, de ne pas parler uniquement de cette question des chars. Aujourd'hui, les besoins de l'Ukraine, ce sont essentiellement, et nous sommes en dialogue constant avec eux sur ce point, des besoins en matière de défense anti-aérienne, de munitions, de maintenance aussi du matériel que nous avons livré, les uns et les autres. Et donc, nous devons aider l'Ukraine dans cet effort maintenant et réfléchir comme nous le faisons pour l'avenir à d'autres besoins qui pourraient être exprimés. Mais il serait important de se concentrer sur les besoins du terrain. C'est ce que nous faisons jour après jour avec les Ukrainiens, et donc n'anticipez pas trop vite et ne vous écartez pas de la réalité des besoins de l'Ukraine aujourd'hui.

Q - Le président Zelensky a exprimé lui-même que cela faisait partie des besoins immédiats d'avoir des chars.

R - Les besoins les plus pressants, tels que les autorités ukrainiennes, avec lesquelles nous sommes en contact constant, nous les présentent, ce sont d'abord des besoins de munitions, de défense anti-aérienne, de véhicules de l'avant blindés qui ont été donnés, de protection, de munitions et de maintenance du matériel qui, du fait de la guerre, a un taux d'usure qui est particulièrement important, comme c'est normal. Donc voilà la priorité du moment et nous les aidons dans tous ces volets.

Q - Est-ce que vous supportez le propos d'un tribunal hybride pour le crime d'agression en ce qui concerne la Russie ?

R - Nous faisons partie du groupe de pays qui y réfléchit, sachant qu'il ne saurait y avoir d'impunité pour les crimes de guerre et peut-être les crimes contre l'humanité qui sont commis par la Russie en Ukraine, qu'au sommet de l'ordre international existant dans ces matières se situe la Cour pénale internationale que nous aidons concrètement, politiquement et financièrement.

En tout cas, nous aidons l'Ukraine concrètement et financièrement en donnant des laboratoires ADN, en ayant envoyé des équipes et en étant aux côtés des juridictions ukrainiennes. Et puis, par ailleurs, nous réfléchissons avec d'autres Etats à la possibilité de créer une juridiction ad hoc qui ne peut avoir d'intérêt, je veux le rappeler tout de même, que si elle a la légitimité nécessaire et si une valeur ajoutée peut se dégager par rapport à ce que peut faire la Cour pénale internationale. Et ce que peut faire la Cour pénale internationale, c'est aussi, gardez-le en tête s'il vous plaît, mettre en cause dans la chaîne de responsabilité, jusqu'au plus haut niveau, ceux qui ont décidé de cette guerre et décidé des atrocités qui sont commises jour après jour en Ukraine dont ils devront rendre compte.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 24 janvier 2023

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