Texte intégral
Q - Madame la Ministre, je vous souhaite la bienvenue, tout d'abord.
R - Merci beaucoup. Bonsoir.
Q - Bonsoir. Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour cette opportunité de communiquer, de vous poser quelques questions. Je propose que mon collègue de RFI Roumanie vous pose la première, et puis moi je vais continuer.
Q - Madame la ministre, bienvenue aussi, de la part de RFI Roumanie. Vous êtes à la fin d'une tournée diplomatique à Odessa, à Chisinau, à la base de Cincu, à Bucarest... Quels sont les messages-clés de votre tour diplomatique dans la région ?
R - J'espère qu'en citant le nom de ces villes, chacun verra qu'il y a une cohérence dans mon déplacement de journée. Un déplacement court mais intense, qui m'a permis de faire beaucoup de choses. Et cette cohérence, c'est de montrer que nous sommes présents, ici, en Roumanie, à Cincu, à Bucarest, où vous êtes. Et je suis heureuse de saluer la rédaction de RFI Roumanie et tout ce qu'elle fait pour l'Ukraine et pour la liberté de la presse en générale.
Mais non seulement nous sommes présents ici, mais nous sommes aux côtés de la Moldavie et aux côtés de l'Ukraine. Et nous savons bien que ce message de proximité est aussi un message de vigilance avec non seulement ce que nous avons pu faire aujourd'hui ensemble, à trois pays, mais ce que j'ai pu faire, hier, en rencontrant la présidente de Moldavie, et hier en me rendant à Odessa, en voyant mon collègue Dmytro Kuleba. Je crois que c'est aussi un message que nos pays, certes doivent voir, mais que ceux qui nous regardent, au-delà des pays européens, au-delà des pays amis et alliés, doivent comprendre : nous sommes vigilants, nous sommes présents sur le flanc Est de l'Alliance atlantique. Nous sommes présents sur cette partie du continent Européen, et nous rappelons qu'Odessa c'est l'Ukraine. Et je crois que c'est un message que chacun doit entendre, au-delà de l'Europe.
Q - En continuant ce que vous avez dit : depuis mai dernier, lorsque vous êtes devenue la ministre des affaires étrangères, vous vous êtes déjà rendue quatre fois en Ukraine. Donc vous êtes très bien au courant de la situation là-bas. Hier, vous étiez à Odessa, donc vous connaissez de première main ce qui s'y passe. La guerre est entrée dans le douzième mois. Bien sûr que nous, tout le monde, tant en Ukraine qu'en Europe, nous sommes unis par le même désir : que cette terrible guerre se termine le plus vite possible. Pour les Ukrainiens, la fin de la guerre, c'est une défaite militaire de la Russie et la restitution de tous les territoires ukrainiens, avec la Crimée. Donc, ma question : dans quelle mesure la France est-elle prête à soutenir l'Ukraine dans cette position ?
R - Je crois que nous avons vraiment le même objectif. Non seulement la France, mais tous ceux qui sont aux côtés de l'Ukraine et l'aident dans la légitime défense qui est la sienne, et dans l'objectif qui est le sien de recouvrer son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale. Vous savez que si nous sommes aux côtés de l'Ukraine, c'est aussi parce que nous défendons une vision du monde, des valeurs, les principes du droit international, mais tout simplement nos intérêts : si personne ne respecte l'ordre fondé sur les règles, si chacun peut envahir son voisin sans conséquence, je crois que nous en pâtirions tous, sur la planète, et bien au-delà de l'Europe. Alors aujourd'hui, malheureusement, l'heure est aux armes. Nous aidons l'Ukraine à se défendre dans cet objectif.
Nous savons que pour qu'elle puisse envisager des nouvelles étapes, dans un dialogue qui a existé mais qui a été interrompu, il lui faut retrouver un meilleur rapport de force et, peut-être - mais c'est à elle de le dire, le moment sera le sien et les conditions seront les siennes - peut-être à elle de dire qu'elle sera prête à engager une deuxième étape. Encore faut-il que - non seulement l'Ukraine le rappelle, comme le président Zelensky l'a fait, avec la présentation de son plan de paix en dix points - qu'elle ait un partenaire pour cela ; un partenaire de bonne foi, qui est l'autre partie, la Russie. Une partie qui, jusqu'ici, n'a donné aucun signe de sa disposition à engager un dialogue productif, engager un dialogue de bonne foi ; et qui, au contraire, a violé méthodiquement tous ses engagements, aussi bien ses engagements internationaux que les engagements qui étaient les siens, pris au moment de la dissolution de l'Union soviétique. Donc il faut d'abord établir ce nouveau rapport de force, aider l'Ukraine à reconquérir ce qu'elle doit reconquérir, et espérer ensuite que sur cette base une nouvelle étape pourra s'engager.
Q - Merci. Ma deuxième question, c'est : l'année dernière, la France a annoncé le début des travaux sur un tribunal chargé d'enquêter sur l'agression russe en Ukraine. Dans quelle forme pourrait prendre ce tribunal ? Et à votre avis, est-ce réaliste de penser que les responsables russes pourront être traduits, un jour, devant ce tribunal ?
R - Oui, parce qu'il le faut. On sait qu'il n'y aura pas de paix durable sans que la justice soit faite. Et donc nous sommes résolument engagés dans cette lutte contre l'impunité, avec comme vous l'évoquez un travail qui est en cours, au sein d'un groupe de pays, dont la France fait partie - mais elle n'est pas seule, nous sommes une vingtaine -, pour réfléchir à la possibilité de créer un tribunal ad hoc, qui pourrait juger le crime d'agression. La voie juridique est complexe, les travaux n'ont pas encore été achevés, mais c'est une possibilité à laquelle nous devons réfléchir, et à laquelle nous réfléchissons volontiers. Mais ceci doit être bien vu comme étant complémentaire de ce qui existe d'ores et déjà. C'est la compétence des juridictions ukrainiennes, que nous aidons, matériellement. Vous savez ce que la France a fait pour envoyer plusieurs équipes d'enquêteurs, pour fournir un laboratoire ADN, et bientôt un deuxième, qui arrivera en avril. C'est aussi les justices nationales : il y a par exemple des actions introduites en France et dans d'autres pays. Et puis, c'est surtout la justice internationale, avec au sommet de l'ordre international dans ces matières, la Cour pénale internationale de La Haye, que nous aidons également comme d'autres pays, qui est compétente, et dont je dois rappeler qu'elle peut monter dans la chaîne de responsabilité. Le procureur général le dit, je le redis, mais il faut que chacun s'en souvienne : il est possible, non seulement de poursuivre celui qui a tiré, celui qui a tué, mais celui qui a donné l'ordre et même celui qui a donné l'ordre d'invasion. Il est arrivé, dans le passé, que des Chefs d'Etat soient mis en cause par la Cour pénale internationale ou par les cours internationales qui préexistaient à la création de la CPI et avant le Statut de Rome. Donc il y a des voies de droit possible, et il le faut. C'est indispensable.
Q - Merci beaucoup.
R - Merci, et je tiens à vous féliciter et à vous rendre hommage, pour tout ce que vous faites.
Q – Merci.
Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 février 2023