Déclaration de M. Stéphane Séjourné, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à trois questions sur le conflit en Ukraine, à l'Assemblée nationale le 27 février 2024.

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Circonstance : Questions au Gouvernement, en séance publique, à l'Assemblée nationale

Texte intégral


Monsieur le député Julien Bayou,

Permettez-moi d'excuser le ministre des armées.

Le Président de la République l'a dit hier, nous devons maintenir notre soutien à l'Ukraine dans la durée. Nous devons le faire, et le faire peut-être de manière plus continue, avec davantage de soutien, et le faire également différemment, dans notre manière d'envisager ce soutien.

Nous partons d'ailleurs d'un constat qui est unanime, celui de l'intensification de l'agressivité russe en Ukraine, mais également de son agressivité par rapport à nous, les Européens. La Russie veut détruire la sécurité européenne et nous ne pouvons pas laisser faire.

C'est pourquoi l'Europe est mobilisée. Elle a décidé d'un soutien économique important ces derniers mois. Elle définira d'ailleurs les contours de son appui militaire pour 2024 au mois de mars, en privilégiant - et cela a été un combat pour nous, Européens - des équipements européens à fournir à l'Ukraine.

La conférence internationale de soutien à Kiev s'est tenue hier, à l'initiative effectivement du Président de la République. Elle vise à consolider et à coordonner cet élément de soutien supplémentaire. Il faut faire plus pour l'Ukraine : plus de munitions, plus d'équipements, plus de défense également. Et il faut probablement faire différemment, en envisageant de nouvelles missions. Le Président de la République l'a dit hier : rien ne doit être exclu dans ce domaine.

Enfin, il faut penser à la reconstruction et au financement, vous l'avez dit, Monsieur le Député. Je vous sais engagé sur ce sujet. L'Union européenne travaille à un schéma qui permettrait de taxer les revenus issus des avoirs russes. C'est une piste que la France soutient fortement. Cela permettrait d'ailleurs d'engager des ressources très significatives pour la reconstruction de l'Ukraine, uniquement dans le cadre du droit international.


Monsieur le député Benjamin Haddad,

Le Président de la République a pris cette initiative d'une réunion et a appelé à un sursaut collectif de la part des partenaires de l'Ukraine. La France est au rendez-vous, alors que la posture russe contre l'Ukraine se durcit, je l'évoquais à l'instant. Elle se durcit également en interne, par un assassinat politique et l'oppression des opposants politiques. Et elle se durcit également vis-à-vis de l'extérieur : la Russie conduit des actions de déstabilisation contre les pays européens, des actions de manipulation de l'information, et des cyberattaques massives.

Monsieur le Député, nous devons collectivement prendre la mesure du défi à la sécurité européenne et nationale qui est posé par l'agressivité russe. Il nous faut être très clair et très lucide : une victoire russe sur l'Ukraine mettrait gravement en cause notre sécurité et celle de l'Europe également. Son coût serait incalculable pour nos finances publiques et également pour notre sécurité collective européenne.

Surtout, il faut être conscient que la Russie ne s'arrêtera pas là. C'est pourquoi le Président de la République a organisé cette conférence internationale de soutien à l'Ukraine, qui s'est tenue hier à l'Elysée. Elle nous a permis de coordonner, entre alliés, nos actions vis-à-vis de l'Ukraine, qu'elles portent sur la question du financement ou sur la livraison de munitions qui doivent être intensifiés, ou encore sur la nature de notre soutien.

Toutes ces réflexions, Mesdames et Messieurs les Députés, auront vocation à être discutées au Parlement dans le cadre d'un débat prévu à l'article 50-1 [de la Constitution], à l'initiative du Gouvernement. Et la représentation nationale aura, dans ce cadre-là, à en débattre.


Monsieur le député Bastien Lachaud,

Les mots ont un sens. Malgré les pertes énormes sur le plan humain, sur le plan matériel, sur le plan financier, malgré la stagnation sur le terrain, la Russie n'a aucunement renoncé à ses objectifs militaires. Cela, nous pouvons peut-être le partager. Elle pense d'ailleurs avoir imposé l'idée de sa victoire. C'est faux, et la réunion qui s'est tenue hier à l'Elysée devait permettre, d'abord, de le rappeler.

Nous avons soutenu et nous soutiendrons dans la durée l'Ukraine.

Face aux attaques russes et à la déstabilisation de l'Europe qu'elles provoquent, le soutien à l'Ukraine doit donc s'accroître. L'urgence, c'est la question de la livraison des munitions, dont l'Ukraine a besoin, et il s'agissait d'avancer de manière très coordonnée pour produire plus et livrer de nouvelles capacités.

Au-delà, nous devons envisager de nouvelles actions de soutien à l'Ukraine. Celles-ci doivent répondre à des besoins très précis. Je pense notamment au déminage, au cyber, à la production d'armes sur place, sur le territoire ukrainien. Certaines de ces actions pourraient nécessiter une présence sur le territoire ukrainien, sans franchir le seuil de belligérance. Rien ne doit être exclu. C'était et c'est toujours la position, aujourd'hui, du Président de la République.

Et au fond, il s'agit de dire quelques vérités. D'abord, que la Russie agresse l'Ukraine ; ce n'est pas l'Ukraine qui agresse aujourd'hui la Russie. D'autre part, ce n'est pas à la Russie de nous dire comment nous devons aider l'Ukraine. Et puis, une vérité certaine, c'est que cette guerre peut s'arrêter à n'importe quel moment si la Russie décide de retirer ses troupes en Ukraine.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 février 2024