Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la souveraineté alimentaire, à France Info le 7 janvier 2026, sur la contestation des agriculteurs contre l'accord avec le Mercosur et les abattages pour lutter contre la dermatose bovine.

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Média : France Info

Texte intégral

AGATHE LAMBRET
Bonjour Annie GENEVARD.

ANNIE GENEVARD
Bonjour.

AGATHE LAMBRET
Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Paul.

PAUL LARROUTUROU
Bonjour Agathe. Bonjour Madame la Ministre.

AGATHE LAMBRET
Je vous dis merci d'être là juste avant de prendre la direction de Bruxelles au moment où la colère des agriculteurs repart. Ça fait bientôt un mois que vous vous débattez avec cette crise, entre détresse, maladie, fake news et Mercosur, ce traité maudit, on va y revenir. Vous n'avez pas le job le plus simple du Gouvernement, c'est un euphémisme. D'autant plus qu'après deux jours de consultation à Matignon, on a entendu ça, dans l'ordre : FNSEA, Coordination Rurale puis Confédération Paysanne.

INTERVENANT
Ce qui compte aujourd'hui, ce ne sont plus les mots mais les actes.

INTERVENANT
De toute façon à Paris, on y montera quoi qu'il en coûte et là, on se heurte à un mur. Alors vous savez, la Coordination Rurale, on est têtus et sur nos revendications, on ne lâchera pas.

INTERVENANTE
Ce que le Premier ministre a dû annoncer, c'est clairement pour répondre à des faux sujets qui ne sont pas le coeur même de la colère. On leur a dit : tant que vous ne lâcherez rien, on continuera.

AGATHE LAMBRET
Ces réunions, ces efforts, Annie GENEVARD, ça n'a servi à rien ?

ANNIE GENEVARD
Oh non, on ne peut pas dire ça. D'abord, on a passé avec chaque syndicat agricole près de deux heures, donc des conversations qui ont été d'abord respectueuses, attentives. Le Premier ministre a souhaité ces rencontres pour montrer que les questions agricoles sont prises en compte au plus haut niveau de l'État. L'ensemble du Gouvernement était réuni hier pour évoquer les différents sujets agricoles qui concernent la consommation, le budget, la recherche, l'environnement. Donc le Gouvernement est vraiment mobilisé sur les sujets qui préoccupent les agriculteurs.

PAUL LARROUTUROU
D'accord, mais vous entendez leur mécontentement, là ?

ANNIE GENEVARD
Mais bien sûr que nous l'entendons. D'abord, il y a des raisons structurelles à ça. Depuis longtemps, les agriculteurs considèrent que leur travail est entravé par trop de normes, par trop de contraintes, que souvent ils sont l'objet d'attaques injustes, injustifiées, que leur rôle, qui est infiniment précieux, qui est de nourrir la population, n'est pas suffisamment reconnu. Que les contraintes internationales comportent des risques : c'est la PAC, c'est le Mercosur, c'est la taxe carbone aux frontières. Donc il y a une conjonction de choses-là qui suscite de l'inquiétude, et puis bien sûr sur fond de maladies sanitaires qui s'en prennent à nos cheptels bovins.

AGATHE LAMBRET
Et on va prendre dans l'ordre tous ces sujets qui préoccupent particulièrement les agriculteurs. Mais la Coordination Rurale par exemple accentue la pression à l'issue de ces réunions. Elle prévoit de monter à Paris malgré l'interdiction par arrêté préfectoral des convois de tracteurs. Bertrand VENTEAU assure que les membres de son syndicat iront d'une façon ou d'une autre, même si la moitié doit finir en garde à vue. Qu'est-ce que vous répondez ?

ANNIE GENEVARD
Ne soyons pas alarmistes. D'abord, manifester, c'est un droit dans notre pays. Donc chacun peut manifester, mais ça obéit à certaines règles qui supposent des dépôts de demandes d'autorisation. Vous n'organisez pas une manifestation quand vous êtes un grand syndicat agricole comme l'est la Coordination Rurale, comme ça, de votre propre autorité, sans se coordonner avec les pouvoirs publics. C'est toujours comme ça que ça se fait.

AGATHE LAMBRET
Là, ils ne l'ont pas fait.

ANNIE GENEVARD
Là, ils n'ont pas voulu, ils n'ont pas souhaité le faire. Donc il y a aussi des questions, et particulièrement en ce moment avec les conditions météo, il y a quand même quelques conditions à remplir.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que c'est parce que la crise agricole vous échappe, qu'elle vous échappe et qu'elle n'est pas forcément encore pilotable politiquement, que vous en êtes à interdire les tracteurs ?

ANNIE GENEVARD
Non. Alors il ne s'agit pas de piloter politiquement la crise agricole, il s'agit d'avoir des réponses. Moi, depuis que je suis arrivée à la tête de ce ministère, c'est ce que j'ai fait continuellement. Leur première demande, c'est une demande de simplification. J'ai mis en place le contrôle unique, qui d'ailleurs fait école au niveau de l'Union européenne. Ils voulaient un texte de loi qui consacre l'agriculture comme étant d'intérêt général majeur : c'est ce qu'on a fait avec la Loi d'Orientation Agricole. Lever les entraves qui pèsent sur l'agriculture, c'est ce qu'on a fait avec la loi dite la loi DUPLOMB. C'est la réforme sur les 25 meilleures années pour la prise en compte de la retraite. Et c'est ce que nous venons de faire. C'est la lutte contre la concurrence déloyale, c'est la décision que je viens de prendre d'interdire, avec l'accord du Premier ministre, des substances qui sont interdites…

PAUL LARROUTUROU
… Au journal officiel ce matin, quatre substances…

ANNIE GENEVARD
Cinq substances qui vont donc empêcher l'importation de productions qui ne respectent pas les normes européennes. On se bat pour avoir une PAC digne de ce nom, on se bat contre le Mercosur dans les risques auxquels il expose notre agriculture.

AGATHE LAMBRET
Mais à court terme, Annie GENEVARDS, est-ce que Paris sera bloqué demain ? Qu'est-ce que ça signifie « interdire les tracteurs » ? Ça veut dire que c'est terminé l'indulgence avec les agriculteurs ?

ANNIE GENEVARD
Non, ça veut dire qu'on peut manifester, mais on ne peut pas bloquer Paris. On ne peut pas bloquer Rungis, qui nourrit dix millions de Français en Île-de-France. Non, on peut manifester, on ne peut pas bloquer, on ne peut pas dégrader.

PAUL LARROUTUROU
Ça veut dire que vous allez arrêter, avec le ministre de l'Intérieur Laurent NUNEZ, tous les agriculteurs qui sont actuellement sur leurs tracteurs, sous la neige qui vont sur Paris ?

ANNIE GENEVARD
Ça, ça relève de la compétence du ministre de l'Intérieur. Mais il est clair qu'on ne peut pas bloquer Paris. Il y a des gens qui viennent travailler à Paris, qui doivent pouvoir continuer de venir travailler. Et du reste, je pense qu'il y a une solidarité entre gens qui travaillent, il faut aussi le respecter.

AGATHE LAMBRET
Annie GENEVARD, la bête noire des agriculteurs, c'est le Mercosur, cet accord de libre-échange avec des pays d'Amérique du Sud. Là aussi, vous avez échoué ? Vous n'avez pas réussi à épargner les agriculteurs de ce traité ?

ANNIE GENEVARD
Alors, plusieurs choses. Nous nous battons contre ce projet d'accord parce qu'il expose des filières sensibles : le boeuf, le poulet, le sucre, l'éthanol, le miel... Donc il est dangereux pour certaines de nos filières. Ensuite, il a été décidé autoritairement d'en signer un projet, il y a un an, par la présidente de la Commission, à un moment où la France était, c'est vrai, en difficulté. Le Gouvernement BARNIER avait été censuré, nous étions en affaires courantes. Donc pour un pays fondateur comme la France, ce n'était pas très élégant, ce n'était pas très loyal de faire ça.

PAUL LARROUTUROU
D'accord, vous vous battez, mais vous perdez ce combat… On pourrait signer le Mercosur au Paraguay dès lundi ?

ANNIE GENEVARD
Je voudrais vous dire une chose : tant qu'un combat n'est pas achevé, il n'est pas perdu. Donc ce combat, il est mené, il sera mené jusqu'au bout. J'ajoute un point important pour vos téléspectateurs : ce n'est pas la fin de l'histoire le 12. Ce n'est pas la fin de l'histoire. Tout simplement parce que le 12, le Conseil des chefs d'État va se prononcer, mais après, ça va partir au Parlement européen. Et ce sera l'affaire des parlementaires européens. Et moi, j'entends bien sensibiliser les parlementaires européens. Et du reste, vous savez, il n'est pas du tout garanti que l'accord soit validé par le Parlement européen.

AGATHE LAMBRET
Mais vous êtes seule aujourd'hui, avec la Pologne, la Hongrie... Ce que vous n'avez pas réussi à faire pendant deux mois, Annie GENEVARD, vous pensez vraiment, mais sincèrement, vous pensez vraiment que c'est réaliste aujourd'hui de trouver une minorité de blocage et de bloquer ce traité pour la France ? Vous le pensez vraiment ou vous dites ça pour temporiser ?

ANNIE GENEVARD
Ça fait six mois que je vais de capitale en capitale rencontrer mes homologues et la France a pris le lead sur ces sujets parce que la France est regardée dans les décisions qu'elle prend. Vous parlez de la Pologne, vous parlez de la Hongrie, de l'Autriche, la Belgique, l'Irlande, l'Italie, tous ces pays nous ont aidés à repousser.

PAUL LARROUTUROU
Oui, enfin, l'Italie, elle nous a lâché.

ANNIE GENEVARD
L'Italie... L'Italie probablement votera en faveur du Mercosur.

AGATHE LAMBRET
Et c'est fini pour la France.

ANNIE GENEVARD
C'est fini pour la France… Comme je viens de vous le dire, le combat n'est pas achevé et il continuera. Le 12, l'histoire n'est pas achevée. Et ce projet d'accord, nous n'avons eu de cesse que d'en corriger les effets négatifs. C'est à la demande de la France. Elle a pris le lead sur la clause de sauvegarde, sur la réciprocité des normes, sur les contrôles. Maintenant, il n'empêche que même si nous avions toutes ces améliorations — et nous les aurons sans doute si l'accord est validé — néanmoins, d'abord aujourd'hui le compte n'y est pas, d'une part. Et d'autre part, ce projet d'accord, c'est un vieil accord. C'est un accord d'un autre âge. C'est un mauvais accord et c'est…

PAUL LARROUTUROU
Ça fait 25 ans qu'il est en négociation, qu'il est en conversation. J'aimerais juste qu'on écoute la conférence de presse de Jean-Luc MÉLENCHON hier soir qui cible le président de la République.

JEAN-LUC MÉLENCHON, FONDATEUR DE LA FRANCE INSOUMISE
Sur l'affaire Mercosur, il est coupable. Parce qu'il n'a pas fait ce qu'il fallait faire à temps. Il pouvait tout bloquer avant.

PAUL LARROUTUROU
" Tout bloquer avant ". On ne veut pas parler d'un vieil accord. Depuis 25 ans, Emmanuel MACRON s'y était opposé publiquement. Il avait dit publiquement que ça ne se passerait pas. Ça va passer. Est-ce que c'est une humiliation pour le président de la République ?

ANNIE GENEVARD
Non, je crois qu'il faut raison garder dans les mots qu'on utilise. L'Union européenne est faite de 27 États membres qui sont souverains dans leurs décisions. La France est regardée, la France est écoutée, la France pèse. Mais pour autant, la France ne décide pas pour les 26 pays de l'Union européenne. Ce que demandent les agriculteurs, c'est qu'il y ait une équité, une justice. On ne peut pas admettre — et ça c'est inacceptable — imaginer que des produits qui n'obéissent pas aux règles auxquelles ils sont assujettis eux-mêmes, auxquelles nos paysans doivent répondre, soient tolérés de la part de productions importées. Ce n'est pas possible.

AGATHE LAMBRET
Annie GENEVARD, est-ce que cet accord n'a pas été aussi diabolisé ? C'est une opportunité aussi pour certaines filières agricoles. Pour le lait, pour les vins et spiritueux, pour le fromage. On parle de droits de douane qui étaient à 30%, qui vont revenir autour de 7 %. On parle d'un marché de centaines de millions de consommateurs. Pour eux, vous dites quoi ?

ANNIE GENEVARD
Alors je dis, d'abord, on les a peu entendus.

PAUL LARROUTUROU
Les pro-agriculteurs.

ANNIE GENEVARD
On les a peu entendus, parce qu'il y a une chose qui est propre au monde agricole, c'est qu'il est solidaire. Et cette solidarité contre le Mercosur, elle s'est exprimée aussi de cette façon-là. Ensuite, s'il y a des filières qui sont gagnantes, et je pense qu'il y en aura, tant mieux pour elles. Mais on ne peut pas ignorer que pour beaucoup d'autres, et notamment pour l'élevage, et pour l'éthanol — c'est-à-dire une filière qui concerne énormément d'agriculteurs en France — ce sera très, très défavorable.

AGATHE LAMBRET
Mais on disait la même chose pour le CETA à l'époque, Annie GENEVARD. On disait qu'on allait être submergés de viande bovine, et finalement, il n'y en a quasiment pas en provenance du Canada. Et les exportations sont plus importantes que les importations aujourd'hui. Alors qu'on avait dit le pire sur ce traité. Est-ce qu'on n'est pas aujourd'hui un peu dans la même logique ?

ANNIE GENEVARD
Nous verrons bien ce qu'il en sera lorsque s'appliqueront les droits de douane sur les productions canadiennes, s'il n'y aura pas un refléchage sur l'Union européenne des productions. Mais heureusement que les accords de libre-échange ne sont pas tous mauvais. On n'est pas des protectionnistes qui ne voulons plus d'accords de libre-échange. La France veut commercer avec les autres pays, qu'ils soient des États membres ou des pays tiers. Mais à des conditions qui soient équitables, qui soient justes. Or, ce projet d'accord, quand je dis que c'est un vieil accord, c'est qu'il a été pensé il y a 25 ans, à une époque où les conditions géopolitiques étaient tout à fait différentes. On voit bien ce qu'il se passe aujourd'hui. Vous avez d'un côté la Chine qui fait des enquêtes anti-dumping, qui augmente ses droits de douane. Vous avez de l'autre les États-Unis qui augmentent les droits de douane de façon très importante, et qui perturbent énormément les conditions économiques de nos producteurs en Europe et singulièrement en France. Donc, c'est pour ça qu'aujourd'hui, les accords de libre-échange, ils doivent être équilibrés. Ils doivent être profitables aux deux parties. Ça ne peut pas être " volaille contre voiture ". Ça ne marche pas. Les peuples se rebellent. Les agriculteurs se rebellent. Et moi, ma position a été constante. Vous le savez, je ne suis pas favorable à cet accord. Je n'y suis pas favorable. Et je l'ai dit de toutes les façons. Parce que moi, je suis la voix des agriculteurs et je suis aussi leur bouclier. Donc, je ferai tout pour les protéger de ça.

AGATHE LAMBRET
Mais est-ce que vous savez leur parler, aux agriculteurs, notamment s'agissant de la dermatose nodulaire contagieuse ? On en parle dans un instant. D'abord, il est 8 h 46 et c'est l'info en une minute avec Maureen SUIGNARD.

(…)

Avec Annie GENEVARD, ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Paul, on va aborder un autre sujet, celui de la dermatose nodulaire contagieuse et ces réactions à la gestion du Gouvernement.

PAUL LARROUTUROU
Oui, Agathe. Madame la ministre de l'Agriculture, pendant le fil info, vous nous confiez que vous étiez une fille de la montagne et que vous n'aviez pas peur de la neige. Mais nous, on va continuer à dérouler cette crise agricole. Et hier, un ancien président de la République était sur votre chaise et il vous a laissé un message.

FRANÇOIS HOLLANDE, DEPUTE PS DE CORREZE
C'est très douloureux pour des agriculteurs, et j'en connais ici dans mon propre département, la Corrèze, de vivre la destruction de leur cheptel. Il faut chercher à chaque fois des alternatives quand elles sont possibles. Et c'est ce que la ministre de l'Agriculture doit trouver. Et trouver aussi les mots. Il y a un moment, être au pouvoir, c'est prendre une responsabilité.

PAUL LARROUTUROU
" Le Gouvernement n'a sans doute pas su trouver les mots ", dit François HOLLANDE. C'est aussi un argument utilisé massivement par ceux qui, actuellement, sont sur l'A64 entre Toulouse et Bayonne et qui la bloquent. Vous ne trouvez pas les mots, Madame la Ministre de l'Agriculture ?

ANNIE GENEVARD
Vous savez, je viens d'un territoire d'élevage. Ça fait trente ans que je travaille avec les éleveurs. J'y compte beaucoup d'amis. Et je peux vous dire que lorsque cette maladie terrible a surgi, j'ai pris immédiatement la mesure de ce que cela représentait pour un éleveur de perdre son cheptel. D'ailleurs, toute l'histoire de l'élevage est traversée par ces grandes épidémies qui ont conduit à des abattages. C'est la fièvre aphteuse, c'est la vache folle, c'est la tuberculose bovine, aujourd'hui la DNC. Et chaque fois, la mémoire de ces abattages reste, non seulement chez l'éleveur lui-même, mais dans sa famille, dans les villages. Et il continue d'en parler longtemps après parce que c'est quelque chose d'infiniment, profondément bouleversant. Et chaque fois que la maladie a surgi, que ce soit en Savoie, en Haute-Savoie, dans le Jura et en Occitanie aussi, je suis allée à la rencontre des premiers éleveurs dont les cheptels avaient été abattus. Je n'en ai pas fait état. Je n'ai pas amené les caméras, je n'ai pas amené mes services, mon cabinet, le préfet, je les ai rencontrés en tête-à-tête pour les écouter.

AGATHE LAMBRET
On lui fait un faux procès. Est-ce qu'il y a de la désinformation ou de l'instrumentalisation dans cette crise agricole depuis plusieurs semaines ?

ANNIE GENEVARD
Il y a eu beaucoup de bêtises qui ont été racontées dans les médias, beaucoup de désinformation, beaucoup d'instrumentation. D'ailleurs, ça a été signalé par certains de vos confrères, certaines puissances étrangères ont instrumentalisé sur les réseaux sociaux des ingérences étrangères, on va dire.

AGATHE LAMBRET
Et vous avez fait quelque chose ?

ANNIE GENEVARD
Nous, ce qu'on essaie de faire, c'est de ramener de la raison. Cette maladie, elle est terrible. Elle est dangereuse. Elle peut affecter l'intégralité du cheptel bovin français, fait de seize millions de bêtes d'une qualité exceptionnelle. Et il nous faut la vaincre. L'ennemi, c'est le virus.

PAUL LARROUTUROU
On en est où d'ailleurs de cette crise ?

ANNIE GENEVARD
L'épidémie, elle est sous contrôle sanitaire aujourd'hui. Depuis le 11 décembre, il y a eu neuf foyers.

PAUL LARROUTUROU
Principalement dans le Sud-Ouest ?

ANNIE GENEVARD
Oui, en Occitanie. On a surtout déployé la vaccination. Parce que la façon la meilleure de lutter contre l'épidémie, l'épizootie, c'est la vaccination. On est aujourd'hui à 80% de bêtes vaccinées, une à une. Je ne sais pas si vous mesurez l'exploit. Et je voudrais rendre hommage aux vétérinaires, les vétérinaires libéraux, les vétérinaires d'État, les vétérinaires militaires, parce qu'on a sollicité l'armée. Les éleveurs qui ont aidé à la vaccination... 80% des 750 000 bêtes occitanes du Sud-Ouest ont été vaccinées.

AGATHE LAMBRET
C'était vraiment la seule solution, Annie GENEVARD ? Pardon, mais par exemple, Les Insoumis, les responsables politiques, disent qu'il n'y a pas de consensus chez les scientifiques sur cet abattage de tout un troupeau pour une seule bête. Vraiment, il n'y avait pas d'autre solution ?

ANNIE GENEVARD
D'abord, je veux redire que les abattages, c'est en dernière extrémité. Et c'est quand il y a de l'infection. Et le narratif qui consiste à dire " Une bête malade, on abat tout le troupeau "... En réalité, quand une bête est malade, d'autres bêtes sont malades aussi. Toujours, on l'a vu dans tous les foyers qui ont été concernés par la maladie. Mais il faut un chemin d'espoir pour les éleveurs, parce que, d'abord, cette maladie peut être vaincue. On l'a vaincue en Savoie, dans le Rhône, dans l'Ain.

PAUL LARROUTUROU
Quand est-ce qu'on saura…

ANNIE GENEVARD
Et dans le Jura, elle est sur le point d'être éradiquée, puisqu'on va lever la zone réglementée. Et la vie va pouvoir reprendre son cours.

PAUL LARROUTUROU
À combien de temps, quel est votre calendrier pour la vaincre, cette maladie ?

ANNIE GENEVARD
Moi, je pense qu'une fois qu'on aura tout vacciné, là, on va voir ce qui s'est passé dans les autres territoires. Les contaminations s'effondrent.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce qu'il pose un problème massif pour les exports ? On est entre cinq et dix milliards d'euros, c'est cela ?

ANNIE GENEVARD
Oui.

PAUL LARROUTUROU
Il y a une très grosse inquiétude économique aujourd'hui ?

ANNIE GENEVARD
Bien sûr, bien sûr, parce que dès que vous êtes en zone réglementée, c'est-à-dire une zone dans laquelle la maladie a frappé, il n'y a plus de mouvement possible. Et il ne faut pas qu'il y ait de mouvement, parce que ce sont les mouvements qui propagent la maladie. Donc, je le redis aux éleveurs : pas de mouvement. Là, le froid nous aide beaucoup, parce qu'il fait très froid dans les Pyrénées, et les mouches ne se développeront pas avec de telles températures. Donc, merci la météo. Et puis, donc, pas de mouvement pour ne pas disséminer la maladie. Et la vaccination est la protection. Un animal vacciné, au bout de 21 jours, s'il est piqué par une mouche, il ne sera pas infecté. C'est ça notre chemin d'espoir.

AGATHE LAMBRET
Mais Annie GENEVARD, les agriculteurs, certains syndicats s'opposent toujours à cette méthode. Il y a aussi le Mercosur qui s'apprête à être signé. De nouvelles mobilisations sont annoncées dans les jours qui viennent. Comment vous faites pour mettre fin à cette crise ? Est-ce que ça va durer encore des mois ?

ANNIE GENEVARD
Écoutez, j'espère que ça ne durera pas deux mois. D'abord parce que c'est épuisant pour les agriculteurs eux-mêmes. Ils sont dans le froid, ils sont dans des conditions difficiles. Forcément, les manifestations ont une incidence sur la vie locale. Et c'est compliqué avec la population quelquefois. Même si les agriculteurs jouissent d'un grand soutien de la population. Et ça, c'est quelque chose qui est réjouissant. Ça veut dire que ce lien particulier de la population avec les agriculteurs est très fort. Ce qui explique aussi le rejet du Mercosur de l'ensemble de la société, du Parlement. Et singulièrement de leur ministre.

PAUL LARROUTUROU
Avant la question qui... Vous disiez merci le froid d'empêcher les moustiques de piquer les vaches. Mais vous allez le braver le froid pour aller à Bruxelles. Réunion extrêmement importante avec tous les ministres de l'Agriculture, tous vos homologues européens. Pour parler du Mercosur, pour parler de la PAC. Très concrètement, qu'espérez-vous obtenir aujourd'hui ?

ANNIE GENEVARD
Alors aujourd'hui, on va parler de la PAC. Bon, il y a une déclaration qui a été faite hier sous la forme d'un courrier adressé aux États membres par la présidente de la Commission qui augmente le budget de la PAC. Donc ça, c'était une demande forte de notre part. Maintenant, il y a encore des choses à négocier. En réalité, la négociation de la PAC commence aujourd'hui. Nous, ce que nous voulons, la demande de la France qui est celle de très nombreux pays européens, c'est un budget suffisant, un budget autonome, une politique agricole qui soit véritablement commune, communautaire. Et aujourd'hui, il faut bien considérer que cette négociation, elle va être très importante parce qu'on a encore des gains à obtenir. Et notamment sur le fait que dans le budget de la PAC, on tienne compte de l'inflation.

AGATHE LAMBRET
Donc ça n'est pas garanti encore. Juste, Annie GENEVARD, pardon…

ANNIE GENEVARD
Mais une chose, pardon, Agathe LAMBRET, une chose importante : le Premier ministre et moi avons dit très clairement : " Les 65 milliards de la PAC aujourd'hui seront garantis dans la future PAC a minima ".

AGATHE LAMBRET
Annie GENEVARD, juste, y aura-t-il des vaches au Salon de l'Agriculture en février ?

ANNIE GENEVARD
Je l'espère, on fait tout pour. Je lisais ce matin que la Montbéliarde, qui est la race de chez moi, sera présente au Salon de l'Agriculture. Les Charolais, la race charolaise également, qui est une race magnifique.

PAUL LARROUTUROU
Mais pas l'Occitanie du coup ?

ANNIE GENEVARD
Alors, tout ce qui est dans les zones réglementées ne pourra pas, sauf si dans 45 jours... mais ça fait un mois et demi, ça risque d'être juste en effet. Et je pense que dans les zones réglementées, les bêtes ne bougeront pas. En revanche, il y a des zones indemnes, il y a des zones où les bêtes ont été vaccinées. Peut-être que les éleveurs accepteront de venir au Salon. Je voudrais dire aussi qu'il y a, évidemment, les vaches sont les stars du Salon, mais il n'y a pas que les vaches, il y a beaucoup d'autres animaux. Et on aura la vache égérie du Salon : elle est Mahoraise, comme vous le savez.

AGATHE LAMBRET
Vous reviendrez en parler sur France Info à ce moment-là, Annie GENEVARD, parce que comme tous les jours, c'est le moment de la " Question Qui " à retrouver sur les réseaux sociaux de France Info. Aujourd'hui, la question qui pardonne : Vous avez été suspendue de LR après votre entrée au Gouvernement. Si demain, Bruno RETAILLEAU se lance pour 2027, vous lui dites quoi ? " Je te soutiens, tout est pardonné " ou " Tu m'as suspendue, tu te débrouilles " ?

ANNIE GENEVARD
Alors vous savez, je connais bien mon parti, j'en ai occupé à peu près toutes les fonctions dirigeantes. Bon, la décision qui a été prise, j'en prends acte, je la regrette, je regrette que Bruno RETAILLEAU ait quitté le Gouvernement. Mais c'est ainsi, en tout cas, ce que je souhaite... Moi j'appartiens toujours à mon parti, vous savez, je n'en ai pas changé.

AGATHE LAMBRET
Et vous le soutiendrez Bruno RETAILLEAU ?

ANNIE GENEVARD
Ce que je souhaite, c'est que LR pèse dans l'élection présidentielle. Je souhaite que LR pèse de tout son poids, parce que nous avons un message à délivrer, nous avons une histoire à honorer, nous avons un projet à proposer, et donc LR doit être présent. Après, le départage entre les différents candidats, nous verrons bien.

PAUL LARROUTUROU
Est-ce que vous allez payer votre cotisation LR pour 2026 ? Et est-ce que vous envoyez vos voeux à Bruno RETAILLEAU ?

ANNIE GENEVARD
Mais alors, d'une part, j'acquitte toujours scrupuleusement ma cotisation, je suis toujours présidente de ma fédération départementale, donc je suis pleinement membre de mon parti. Simplement, je ne peux pas m'exprimer au nom du parti nationalement. Vous savez, l'histoire n'a pas dit son dernier mot.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 janvier 2026