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JOURNALISTE
Il est 7 h 47, un plan pour accompagner les 800 collèges les plus en difficulté présenté ce matin à Amiens. Le ministre de l'Éducation vient le détailler en personne au collège Rosa-Parks, quartier Etouvie. En quoi cela va consister ? Quels moyens mis en œuvre alors que la France n'a toujours pas de budget ? Et pour cette année, Nicolas FILLON, vous posez toutes ces questions au ministre de l'Éducation nationale.
NICOLAS FILLON
Bonjour Édouard GEFFRAY.
ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.
NICOLAS FILLON
En direct sur ICI PICARDIE, la liste de ces 800 collèges, dont 29 en Picardie, a été établie en fonction d'un critère. Dans ces collèges, 40 % des élèves ont eu moins de 8 sur 20 en français et en maths, au brevet. Pourquoi avoir choisi ce critère précisément ? Est-ce que ça ne risque pas d'exclure un petit peu d'autres établissements également en difficulté ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, il n'y a pas que ce critère, ça a été le critère principal et ensuite on a regardé évidemment la situation de chaque établissement. Mais ce que ce critère nous dit, c'est que vous avez au moins 40 % d'élèves qui sont en grande difficulté scolaire dans ces établissements. Et l'un des problèmes de la France, c'est de traiter la grande difficulté scolaire. C'est une de nos grandes difficultés historiques. Et donc moi ce que je souhaite, c'est qu'effectivement on fasse porter l'effort sur ces établissements pour tout simplement changer la trajectoire des élèves comme des enseignants.
NICOLAS FILLON
Mais on l'entend ce matin sur ICI PICARDIE, les syndicats enseignants disent qu'ils manquent déjà de moyens pour accompagner les élèves et qu'ils ne comprennent pas l'utilité de ce plan concrètement. Quelle enveloppe est prévue pour ce dispositif ? Parce qu'il n'y a pas de budget 2026 encore.
ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, on attend le budget 2026, mais si on l'attend pour commencer à travailler, on ne va pas y arriver. Donc, on prend plutôt les choses dans le bon sens. C'est-à-dire qu'un, on part de la situation de chaque collège, comme le collège Rosa-Parks où je vais ce matin, et les 29 collèges de l'Académie d'Amiens qui sont concernés. On fait un peu une espèce de diagnostic. Chaque équipe fait le diagnostic de ses besoins. Ensuite, on ajustera les moyens en fonction. Mais ce n'est pas qu'une question de moyens. C'est une question de pratiques pédagogiques, c'est une question d'accompagnement médical et social. Moi, je porte 300 créations de postes d'infirmières, de psychologues dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Ces postes-là, ils seront notamment affectés dans les établissements qui sont concernés. C'est une question de fonds sociaux aussi. Vous savez, les fonds sociaux, ce sont ces enveloppes qu'on donne aux élèves qui sont dans une situation sociale problématique pour, par exemple, payer la cantine. Il y en a 25 % au niveau national, 50 % par niveau national, qui n'est pas consommé. Ces millions d'euros, on va les remettre dans ces établissements au profit des élèves.
NICOLAS FILLON
Concrètement, comment est-ce que vous comptez faire en sorte que les notes s'améliorent puisque c'est un peu votre cheval de bataille ?
ÉDOUARD GEFFRAY
La note, c'est le révélateur du reste. Ce qu'il faut, c'est permettre de la 6e jusqu'à la 3e que les élèves puissent améliorer leur niveau. Ça passe une fois encore par des pratiques pédagogiques. Ça passe par un accompagnement avec les familles. On sait que l'implication des familles dans la sécurité de leur enfant est déterminante mais elles ne savent pas toujours comment s'impliquer. Ça passe par la formation initiale des nouveaux enseignants qui sont affectés dans ces établissements. Ce n'est pas tout à fait la même chose d'être affecté dans un établissement où vous avez 40 % d'élèves en grande difficulté ou d'être affecté dans un établissement où 100 % des élèves ont un brevet. C'est tout un ensemble de leviers sur le cœur de métier qui permettent aux élèves de s'améliorer. C'est ce qu'on a vu à Rosa-Parks. À Rosa-Parks, c'est un collège qui a expérimenté, l'année dernière, le plan collège d'Académie d'Amiens. Et les résultats au brevet ont bondi. Ils ont bondi en un an. Et on va encore faire mieux.
JOURNALISTE
Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation nationale, est notre invité ce matin, il est 07h50.
NICOLAS FILLON
Les listes de collèges classés REP et REP+, pour Réseau d'Éducation Prioritaire, n'ont pas été actualisées depuis 2014. Pourquoi ne pas donner la priorité à ces collèges pour dédoubler des classes, donner plus de moyens ? Parce que certains établissements n'y figurent pas alors qu'ils auraient toute leur place. D'autres, au contraire, devraient peut-être ne plus y figurer.
ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, alors, c'est deux sujets différents. Le sujet de l'éducation prioritaire, c'est le sujet de la concentration de la pauvreté. Là, moi, ce que je fais, c'est une action pédagogique, donc indépendamment de la carte d'éducation prioritaire, sur les collèges qui concentrent la grande difficulté scolaire. Ça ne se recoupe pas. 40 % des collèges dont je vous parle ne sont pas en éducation prioritaire. Il faut le savoir. Donc, il faut s'occuper de tout le monde. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que la carte d'éducation prioritaire, vous avez raison, elle est en grande partie périmée. Le problème, c'est qu'il faut 14-18 mois pour la réviser et qu'on va rentrer dans une période qu'on appelle de réserve à cause des élections municipales et qu'ensuite, on va avoir une autre période de réserve en fin d'année qui est l'élection présidentielle. Donc, je n'ai pas l'espace-temps politique pour faire cette révision. Je la prépare pour que les suivants soient prêts à l'enclencher. On y travaille énormément, mais je n'ai pas le temps matériel, si vous voulez, de la faire entre les échéances électorales.
NICOLAS FILLON
Avec ce dispositif supplémentaire, les syndicats redoutent une couche en plus dans le mille-feuille de leur organisation au collège. Qu'est-ce que vous pouvez leur répondre ?
ÉDOUARD GEFFRAY
Que c'est pas du tout une couche en plus parce que ce n'est pas une question de changement d'organisation. Les bouleversements d'organisation, justement, je n'en veux pas parce que je pense qu'il faut que les enseignants aient une stabilité dans l'organisation du collège comme du lycée comme de l'école. Ils feront la même rentrée en 2025-2026 en termes d'organisation. En revanche, moi, ce que je souhaite, c'est que dans ces établissements-là, ils puissent bénéficier d'un accompagnement renforcé. Ils ont besoin d'être formés, on met en place les formations. Ils ont besoin d'aller voir comment travaillent leurs collègues, ce qu'on appelle des observations croisées, on les remplace pour qu'ils puissent le faire. Ils ont besoin d'une infirmière scolaire parce qu'il n'y en a pas et qu'ils ont des jeunes qui sont en situation de détresse, on en met une de plus. Moi, je réponds au problème, je n'en crée pas. Donc, ce n'est pas un mille-feuille, c'est plutôt une simplification et surtout, c'est une aide sur le cœur du métier de l'éducation, c'est-à-dire instruire et prendre soin.
NICOLAS FILLON
Merci Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation, qui sera à Amiens au collège Rosa-Parks de 10 h à 14 h 30 pour détailler votre dispositif à destination des collèges les plus en difficulté. Vous étiez en direct sur ICI Picardie. Bonne journée.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2026