Texte intégral
BENJAMIN DUHAMEL
Bonjour Roland LESCURE.
ROLAND LESCURE
Bonjour. Bonjour à tous.
BENJAMIN DUHAMEL
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
ROLAND LESCURE
Merci à vous.
BENJAMIN DUHAMEL
Alors que vous rentrez de Washington où vous avez participé au G7 des ministres des Finances, vous nous direz dans un instant ce que vous a dit votre homologue américain alors que Donald TRUMP a des vues sur le Groenland, veut prendre la main sur la banque centrale américaine. Mais d'abord une question très concrète qui concerne des millions de Français. Le nouveau taux du Livret A sera connu aujourd'hui. Il pourrait passer au 1er février de 1,7% à 1,4%. C'est ce qui est dans la presse ce matin. Est-ce que vous nous confirmez qu'il y aura une baisse du taux du Livret A ?
ROLAND LESCURE
Oui, alors ça fait partie des prérogatives du ministre des Finances. Deux fois par an, il fixe sur la base d'un calcul effectué par le gouverneur de la Banque de France, lui-même sur la base d'un chiffre de l'INSEE qu'on connaîtra d'ici une heure. Donc le chiffre précis, je vous l'annoncerai dans la journée. Ce qui est vrai, c'est qu'il est encore à 1,7% et que ça va baisser légèrement au 1er février, légèrement. Ce qui est vrai aussi, c'est que le taux du Livret A va rester significativement supérieur à l'inflation. L'inflation, elle était à 5% il y a trois ans. Elle était à 2,5%. Elle est peut-être même un peu en dessous. Vous l'avez dit, on est à 1,7%. On sera un peu en dessous de ça au 1er février.
BENJAMIN DUHAMEL
Mais le chiffre de 1,4%, c'est l'hypothèse plausible ou ça pourrait être un peu plus ?
ROLAND LESCURE
Ça fait partie des hypothèses plausibles, mais je vais attendre d'avoir le droit et la capacité à vous l'annoncer. Pour vous l'annoncer, vous serez parmi les premiers renseignés. Je m'y engage.
BENJAMIN DUHAMEL
Je l'espère bien et donc vous nous confirmez cette baisse. C'est une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d'achat des Français ? Il y a, je crois, 58 millions de Français qui ont un Livret A, qui attendent tous les ans d'avoir les intérêts permis par ce Livret A. C'est une mauvaise nouvelle pour eux ?
ROLAND LESCURE
Alors, ça baisse moins que l'inflation. Donc ça veut dire qu'on reste supérieur à l'inflation. Et surtout, moi j'insiste là-dessus. Il y a un livret qui s'appelle le Livret d'Épargne Populaire. Il y a onze millions de Français qui en ont. Il y a plus de trente millions de Français qui y ont droit. Et lui, il est 1% au-dessus du Livret A. 2,7%. Et moi, je souhaite que cet écart, il perdure. Donc je fixerai aussi le taux du Livret d'Épargne Populaire. Et je souhaite qu'il reste 1% au-dessus du Livret A.
BENJAMIN DUHAMEL
Roland LESCURE, je le disais, vous rentrez à peine de Washington, où vous avez rencontré vos homologues ministres des Finances du G7, dont le secrétaire au Trésor, Scott BESSENT. Est-ce qu'on peut avoir des relations normales avec une administration qui veut annexer le Groenland, un territoire de l'Union européenne et qui interdit de territoire un ancien commissaire européen, Thierry BRETON ?
ROLAND LESCURE
Non. On se connaît depuis 250 ans, et je peux vous dire que les relations aujourd'hui, elles sont particulièrement difficiles. Mais pour autant, il faut garder les canaux ouverts. Moi, j'hésitais avant de me rendre à Washington, parce que c'était quelques jours après les premières déclarations un peu à l'emporte-pièce du Président des États-Unis.
BENJAMIN DUHAMEL
Vous auriez pu ne pas y aller ?
ROLAND LESCURE
J'aurais pu ne pas y aller, évidemment. J'ai décidé d'y aller parce que je souhaitais avoir une discussion franche avec Scott BESSENT. On a évoqué le Groenland, même si ce n'est pas ni dans son portefeuille, ni dans le mien. On a évoqué un sujet qui est difficile, qui, lui, est dans son portefeuille et dans le mien, c'est la régulation du numérique. Vous savez, vous l'avez mentionné d'ailleurs, que suite à l'amende de plus de 120 millions d'euros dont a fait l'objet X, ex-TWITTER, par la Commission européenne, Thierry BRETON a été interdit de séjour. D'abord, un, ça prouve qu'on touche juste, parce que c'est finalement une réaction à une régulation européenne qui les ennuie. Ensuite, je pense que vous recevez Giuliano DA EMPOLI…
BENJAMIN DUHAMEL
Mais juste sur Thierry BRETON, vous lui avez demandé de revenir sur cette interdiction de territoire ?
ROLAND LESCURE
Oui, alors j'en ai parlé en privé. Je lui ai dit effectivement ce que j'en pensais. La raison pour laquelle je n'ai pas fait de réaction officielle, c'est que Thierry BRETON, il est interdit en tant que commissaire européen. C'est à la Commission européenne…
BENJAMIN DUHAMEL
... En tant qu'ancien commissaire, oui.
ROLAND LESCURE
Il était commissaire européen à l'époque, et c'est pour ces raisons-là qu'il est interdit. Donc c'est à la Commission européenne, je dirais, de formellement intervenir auprès des États-Unis. Mais j'ai dit à Scott BESSENT ce que j'en pensais.
BENJAMIN DUHAMEL
Vous avez tapé un peu du poing sur la table ?
ROLAND LESCURE
Oui, je pense que... Mais attention. Un, je trouve ça, évidemment, symbolique, mais dommage. Mais deux, ça montre qu'on a touché juste. Pourquoi ? Par la régulation du numérique. Et ça, je lui ai dit, franchement, sincèrement, et assez clairement. La régulation du numérique européen, c'est juste non négociable. En Europe, le racisme, l'antisémitisme sur les réseaux sociaux, c'est interdit. La pédocriminalité sur les réseaux sociaux, c'est interdit. Le narcotrafic sur les réseaux sociaux, c'est interdit. Les mineurs sur les réseaux sociaux, en dessous de quinze ans, ça va bientôt être interdit. En tout cas, en France. Les ingérences étrangères, c'est non également. Donc, il m'a dit, il n'aime pas les amendes. Je lui ai dit, bah, s'ils n'aiment pas les amendes, ils ont qu'à, soit quitter l'Europe, soit respecter le droit. Donc, on a eu une discussion assez franche là-dessus. C'est un vrai désaccord fondamental, autour de ce que Giuliano DA EMPOLI appelle les " grands prédateurs ". Les grands prédateurs, nous, soit ils respectent la loi... et ce que je voulais vous dire, c'est très simple, c'est que l'Europe ne courbera pas l'échine.
BENJAMIN DUHAMEL
Peut-être que l'Europe ne courbera pas l'échine, mais vous n'êtes pas revenu avec des États-Unis qui seraient revenus sur cette interdiction de territoire pour Thierry BRETON ?
ROLAND LESCURE
Non, en revanche, j'apprends aujourd'hui, et j'allais dire, je m'en félicite, même si c'est un peu trop peu, un peu trop tard, que GROK va arrêter de vous déshabiller ou de me déshabiller sur les plateformes. Oui, je sais, ça serait sans doute plus sexy si c'était vous que si c'était moi. Mais jusqu'à hier, GROK pouvait prendre une photo de Benjamin DUHAMEL et le mettre littéralement à poil sur les réseaux sociaux, c'est terminé. Et c'est terminé parce qu'on a réagi de manière extrêmement ferme. Moi, ce qui me gêne, c'est qu'on réagit de manière ferme. En général, ils se mettent au niveau, ça a été le cas de SHEIN aussi, sur les produits chimiques, c'est trop lent. Faut qu'on réagisse plus vite, faut qu'on soit plus ferme et qu'on soit plus rapide.
BENJAMIN DUHAMEL
Revenons en France, Roland LESCURE, où quand on parle du budget, même l'utilisation de l'expression " un jour sans fin " est en train de devenir un poncif. On ne sait toujours pas si et quand le Gouvernement décidera enfin d'utiliser le 49.3 ou les ordonnances pour que l'État soit enfin doté d'un budget. Il est temps d'en finir, là, non ?
ROLAND LESCURE
Oui, j'ai eu l'occasion de dire qu'il était temps de passer à autre chose. Je vais vous dire trois choses. Un, il nous faut un budget. En France, un allié de 250 ans envisage d'annexer un territoire souverain de l'Union européenne, mais aussi des associations qui risquent de manquer de budget, des entreprises qu'on souhaite décarboner et maintenir la compétitivité. Il nous faut un budget. Deux, on peut avoir un budget. Ça fait des mois, des semaines, des jours et des heures, jusqu'à ces dernières heures, que j'échange avec des groupes parlementaires qui souhaitent avoir un budget.
BENJAMIN DUHAMEL
Avec quel véhicule, Roland LESCURE ? Vous savez très bien, les socialistes l'ont dit, ils ne voteront pas le budget, le reste de l'Assemblée votera contre. Est-ce que c'est 49.3 ? Est-ce que ce sera ordonnance ?
ROLAND LESCURE
Et ce que je vais vous dire, ce que je vais vous dire, Benjamin DUHAMEL, c'est qu'il faut un budget, on peut avoir un budget. Et je pense qu'on va avoir un budget. Une fois qu'on aura un accord sur le fond…
BENJAMIN DUHAMEL
D'accord, mais vous ne répondez pas à ma question. Est-ce que tout est sur la table ? Est-ce que toutes les hypothèses sont sur la table ?
ROLAND LESCURE
Bien sûr, on ne va pas se priver d'un outil qui nous permettrait d'avoir un budget, mais il faut d'abord qu'on ait un accord sur le fond. Donc, on travaille le fond, on est dans les dernières heures, et une fois qu'on aura un accord sur le fond, on trouvera le moyen de le faire adopter.
BENJAMIN DUHAMEL
Est-ce le 49.3, ça veut dire engager la responsabilité du Gouvernement, ou les ordonnances, ce qui est un procédé jamais utilisé sous la Ve République pour mettre en oeuvre un budget, est-ce que vous avez une préférence ? Est-ce qu'il y a des avantages et des inconvénients des deux procédés ?
ROLAND LESCURE
Non, moi, je ne commente pas ce qui pourrait être utilisé. Ce que je peux vous dire, c'est qu'on ne s'interdit rien pour que la France ait un budget parce qu'on en a besoin et qu'on peut l'avoir.
BENJAMIN DUHAMEL
Un dernier mot, Roland LESCURE. Votre prédécesseur, Éric LOMBARD, a jeté un pavé dans la mare dans les colonnes de Libération en disant la chose suivante : " La Direction générale des finances publiques a regardé parmi les personnes les plus fortunées, des milliers ont un revenu fiscal de référence de zéro. Ils ne paient aucun impôt sur le revenu. Le tout, en se rémunérant à travers des holdings ". Éric LOMBARD, ce n'est pas exactement un gauchiste, un Insoumis, donc vous êtes à la tête d'une administration fiscale qui a acté qu'il y avait des gens très fortunés qui payaient zéro euro d'impôt sur le revenu.
ROLAND LESCURE
Écoutez, j'ai échangé avec ma collègue Amélie DE MONTCHALIN parce qu'elle était là il y a un an. Elle m'a dit : " Il y a un an, cette note n'existait pas. " Ce que je peux vous dire, cette note n'existe pas non plus.
BENJAMIN DUHAMEL
Il ne parle pas d'une note, Éric LOMBARD, il dit, la Direction générale des finances publiques…
ROLAND LESCURE
Il n'y a pas de papier qui explique qu'il y a des milliers de Français qui ne paient pas d'impôt. C'est vrai en revanche…
BENJAMIN DUHAMEL
Donc, il ment, Éric LOMBARD ?
ROLAND LESCURE
Vous lui demanderez. En tout cas, moi je ne connais pas ce papier. Ce qui est vrai en revanche, c'est important. Et on l'a dit, et c'est pour ça qu'on a mis ce qu'on appelle la taxe holding dans le budget. C'est qu'il y a des contribuables, aujourd'hui ; qui font ce qu'on appelle de l'optimisation fiscale et qui paient moins que ce qu'ils devraient au vu de leurs revenus.
BENJAMIN DUHAMEL
Est-ce qu'il y a Roland LESCURE, des Français fortunés qui paient zéro euro d'impôt sur le revenu ?
ROLAND LESCURE
Il n'y a pas de document à Bercy ou ailleurs qui dit qu'il y a des milliers de Français, comme je l'ai entendu dans la bouche de mon prédécesseur, qui paient zéro impôt.
BENJAMIN DUHAMEL
Vous ne savez pas s'il y en a peut-être certains qui paient zéro euro d'impôt ?
ROLAND LESCURE
Non, ce que je peux vous dire aujourd'hui, c'est qu'il y a des ménages très fortunés, c'est important, qui paient moins d'impôt en pourcentage que sans doute vous et moi. Ça, on a voulu que ça change. On a mis dans le budget une taxe holding. Elle a été refusée hier par l'Assemblée. Elle a été refusée. Elle avait été dévitalisée par le Sénat. Le Gouvernement a fait une proposition. On va voir si, in fine, elle est retenue dans le budget final. En tout cas, nous, on a proposé quelque chose pour corriger ça.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2026