Texte intégral
THOMAS SOTTO
Il est le ministre de l'Économie et des Finances, Roland LESCURE est l'invité de RTL Matin. Bonjour et bienvenu sur RTL, Roland LESCURE.
ROLAND LESCURE
Bonjour, merci à vous de m'inviter.
THOMAS SOTTO
Le monde va décidément très vite avec Donald TRUMP, on l'évoquait avec François, on se couche hier soir, c'est quasiment la guerre au Groenland, on se réveille se matin, on apprend qu'il a trouvé un cadre sur un accord sur le Groenland et qu'il lève ses menaces de droits de douanes. Vous connaissez, vous les tenants et les aboutissants de l'accord dont il parle ou pas ?
ROLAND LESCURE
Non, pas le détail, ce que je sais en revanche, c'est que suite à des réactions extrêmement fermes, notamment des européens, notamment de la France par la voie du président de la République avant-hier, il y a un début de recul. Alors, on est le 22 janvier…
THOMAS SOTTO
Vous y croyez ?
ROLAND LESCURE
On est le 22 janvier, le 1er février, c'est dans neuf jours, comme vous le dites, il peut se passer beaucoup de choses en neuf jours, on va se coucher et se réveiller neuf fois pour reprendre votre expression. Mais en tout cas, il y a eu une réaction très forte. De l'Europe d'abord, de la France, de l'Allemagne et de quelques autres, du Canada, François LENGLET en parlait, le Premier ministre…
THOMAS SOTTO
Oui.
ROLAND LESCURE
…Était très ferme. Et je pense que l'Europe a commencé à convaincre le Président américain qu'il fallait trouver d'autres voies et moyens que la force. Il a dit qu'on n'avait pas la force et les tarifs commerciaux. Voyons si ça se confirme, qu'il a dit qu'il n'utiliserait pas non plus des…
THOMAS SOTTO
Vous êtes rassuré, soulagé, sceptique, quel est votre état d'esprit ?
ROLAND LESCURE
Vigilant. Vigilant, c'est un premier bon signe qui va dans la bonne direction. C'est au fond ce qu'on cherchait. Le mot magique des 48 dernières heures c'était la désescalade. Bon ben là, on désescalade.
THOMAS SOTTO
Vous ne vous sentez pas en confiance totale quand vous l'écoutez quand même.
ROLAND LESCURE
Non mais c'était intéressant la chronique de François LENGLET.
THOMAS SOTTO
C'est toujours intéressant.
ROLAND LESCURE
Toujours mais particulièrement. La caractéristique première du président des États-Unis c'est l'imprévisibilité. Donc ce n'est pas très bon pour les affaires. Et moi j'ai échangé avec des grands investisseurs internationaux qui confirment ce que disait François LENGLET. C'est qu'aujourd'hui on se diversifie. Y compris d'ailleurs en allant en Europe. Parce qu'en Europe on n'est peut-être pas assez vite, on n'est peut-être pas assez fort, mais au moins on est prévisible. Et ça c'est une bonne chose. L'imprévisibilité ce n'est pas bon pour les affaires. Ce n'est pas très bon non plus pour la géopolitique.
THOMAS SOTTO
En fait il y a deux sujets. Il y a les droits de douane qu'il voulait imposer à un pays qui lui résiste sur le Groenland. C'est cela qui était prévu pour le 1er février et qui semble être sur pause pour l'heure. Et puis il y a le Conseil de la Paix. En l'occurrence, il a évoqué comme ça 200% sur le champagne et le vin français. Est-ce que cette menace vous la prenez au sérieux ? Est-ce qu'elle existe toujours ce matin ?
ROLAND LESCURE
Alors il faut toujours prendre les menaces au sérieux. Il faut être extrêmement ferme sur notre capacité à répondre.
THOMAS SOTTO
Ça serait quoi la réponse ?
ROLAND LESCURE
Non mais on n'est pas là.
THOMAS SOTTO
Bah si.
ROLAND LESCURE
Non, non. Aujourd'hui vous l'avez dit, on est dans une menace assez vague, il n'y a pas de date, etc. C'était à l'occasion, j'allais dire, d'un dégagement sur le Conseil de la Paix. L'élément important de ce Conseil de la Paix, c'est que nous considérons que l'Organisation des Nations Unies, c'est le Conseil de la Paix. Et qu'une alternative n'est pas la bonne manière.
THOMAS SOTTO
En gros il crée son ONU privée, il faut payer un milliard pour rentrer dans le Conseil de la Paix et la France a dit : " Non, on n'ira pas ". Voilà ce qu'il a fait.
ROLAND LESCURE
Si la France était la seule... le Royaume-Uni n'a pas l'air très enclin à rejoindre. Le Canada non plus. Si l'Europe, une fois de plus, apparaît unie, là encore je pense qu'on aura de l'impact.
THOMAS SOTTO
Mais moi pardon, ce n'est pas au ministre des Affaires étrangères que je m'adresse, c'est au ministre de l'Économie, Roland LESCURE. Si effectivement il y a ces droits de douane, parce qu'il est capable de tout. Est-ce que le Gouvernement est censé présenter la France ?
ROLAND LESCURE
On l'a fait en tout cas quand la Chine a mis des droits de douane sur le cognac. On les a aidés d'abord à négocier les meilleurs accords. Évidemment. Mais ce qu'il faut surtout éviter que ça ait lieu. On l'a vu depuis une semaine.
THOMAS SOTTO
Ça veut dire quoi ? Il faut se coucher sur le Conseil de la Paix ou il faut tenir bon ?
ROLAND LESCURE
En tout cas ce que je montre toujours c'est qu'il vaut mieux être ferme et dissuader qu'être mou et se coucher, pour reprendre votre expression. Non, on est arrivé à un stade, et je pense que s'il y a une leçon de Davos, dont le slogan c'était " le dialogue ça paye ", la réalité c'est que la fermeté aujourd'hui, dans un monde où la loi du plus fort a tendance parfois à s'imposer, c'est important. Ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter de dialoguer, ça ne veut pas dire qu'il faut arrêter de s'engager. Le président de la République souhaite réunir un G7, moi, je réunis un G7 Finances la semaine prochaine. Ce sera la semaine prochaine, on est en train de fixer la date, sans doute en milieu de semaine. C'est important qu'on continue à se parler, mais en étant, à la fois franc, sincère et ferme.
THOMAS SOTTO
Autre très gros dossier sur votre bureau de ministre de l'Économie, le budget qui a donc pris l'autoroute du 49.3. Est-ce qu'il faut vraiment se contenter de ce texte qui mécontente tout le monde ? Ça grogne chez les macronistes. Les LR sont pas contents. LFI, le RN déposent des motions de censure. Les socialistes, les écologistes, les communistes ne veulent pas le voter non plus.
ROLAND LESCURE
Je vous trouve sévère.
THOMAS SOTTO
Non, c'est factuel. Si, si.
ROLAND LESCURE
D'abord, l'alternative, ce n'est pas de budget. Et ça, je peux vous dire, personne n'en veut, mis à part les Insoumis et le Rassemblement National que vous avez mentionnés. Il y a aujourd'hui une majorité de parlementaires, à l'Assemblée nationale qui ont l'air, on verra dans les dix jours qui viennent si ça se matérialise, d'être prêts à accepter ce budget et à ne pas censurer le Gouvernement. Donc ça prouve qu'il ne satisfait pleinement peut-être personne, mais au moins, on est prêts à le faire passer.
THOMAS SOTTO
En tout cas, il ne plaît pas aux entreprises. On parlait de l'instabilité et des risques d'instabilités au niveau international. C'est vrai aussi en France. Il faut dire que vous avez trouvé votre vache à lait avec les entreprises encore. La surtaxe sur les bénéfices des 300 plus grandes entreprises françaises, elle devait être de quatre milliards dans la copie initiale en mois d'octobre. Elle est de huit milliards ?
ROLAND LESCURE
Ce que je peux vous dire, c'est qu'en 2025, on avait prévu à peu près huit milliards. Je vous annonce qu'on aura à peu près huit milliards de recettes. Ça n'a pas empêché la croissance d'être au rendez-vous et l'investissement d'être au rendez-vous.
THOMAS SOTTO
Là, ça sera encore huit milliards en 2026 ?
ROLAND LESCURE
À peu près. Là, ce sera un peu moins. On sera plutôt un peu au-dessus de sept. En partie parce qu'on a exonéré ce qu'on appelle les entreprises de taille intermédiaire. 7,3 milliards. L'année prochaine, on est un peu en dessous de huit ce qui était exactement ce qu'on avait prévu.
THOMAS SOTTO
Sauf que, Roland LESCURE...
ROLAND LESCURE
Non mais attendez, j'insiste. Excusez-moi.
THOMAS SOTTO
Allez-y.
ROLAND LESCURE
On est dans un budget 2026 où on ne touche pas au Pacte Dutreil, on ne touche pas au Crédit Impôt Recherche, on ne touche pas au Crédit Impôt Industrie Verte, on ne touche pas à l'impôt de 99% des entreprises. Et oui, on met à contribution les 300 plus grandes entreprises.
THOMAS SOTTO
…Règles sur la transmission d'entreprises…
ROLAND LESCURE
…Qui gagnent de l'argent, oui, pardon, c'est pour assurer la transmission des entreprises familiales…
THOMAS SOTTO
J'entends tout ça…
ROLAND LESCURE
On accompagne le pouvoir d'achat de ceux qui travaillent. On préserve les retraités.
THOMAS SOTTO
Est-ce qu'on peut vous faire confiance ? L'an dernier, promis juré, cette fameuse surtaxe sur les grandes entreprises, c'était pour un an, pas plus. On pourrait dire pareil politiquement de la non-utilisation du 49.3. " Non, non, non, on ne le fera pas. " Vous êtes comme Donald TRUMP, en fait, vos promesses se périment très vite, non ?
ROLAND LESCURE
Non, moi je vous trouve, là encore, extrêmement sévère. On est arrivé à un stade…
THOMAS SOTTO
La CVAE, Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, ça touche les PME. Promis, trois fois promis, ça allait baisser, ce n'est pas le cas
ROLAND LESCURE
Non, c'était dans le budget. Il a fallu un compromis. Moi, le ministre de l'Économie et des Finances, si on pouvait ne peut pas taxer les entreprises, avoir un budget en dessous de 3% et une croissance à 2%, il en serait très heureux.
THOMAS SOTTO
Ça fera combien, le budget, là ?
ROLAND LESCURE
La réalité, aujourd'hui, c'est qu'on était à 5,4% l'année dernière. Et la bonne nouvelle, c'est qu'on le confirme. Et qu'on sera à 5% l'année prochaine.
THOMAS SOTTO
La dernière fois que vous êtes venu, vous avez dit : " Il ne faut pas aller au-delà de 4,7 % ".
ROLAND LESCURE
Non, j'ai dit, il ne faut pas aller au-delà de 5. On visait 4,7%, pas au-delà de 5. Là-dessus, reprenez mes déclarations. Je pense que j'ai été constant et cohérent depuis que j'ai été nommé.
THOMAS SOTTO
…La dernière fois et l'avant-dernière fois… Je vous l'accorde.
ROLAND LESCURE
Deux, il faut partager les efforts entre hausse d'impôts et baisse des dépenses. On fait à peu près moitié-moitié. Trois, il faut préserver la croissance. Je pense qu'on le fera. La croissance a été bonne l'année dernière. Alors déjà, l'année dernière, on était à 0,7%, on va sans doute finir à 0,9%. Donc, on a eu de bonnes nouvelles. Pour l'année prochaine, on est à 1. On apparaissait optimiste. Il y a trois mois, tout le monde nous a rejoint, donc, on verra. Moi, je ne préfère pas raser gratis ou promettre la lune. Mais pour l'instant, du côté de la croissance, ça tient. Ça tient mieux qu'en Allemagne, mieux qu'en Italie, mieux qu'en Europe.
THOMAS SOTTO
Donc, ça ne va pas si mal. Il y a un sentiment d'injustice fiscale dans le pays, Roland LESCURE, votre prédécesseur au ministère de l'Économie, Éric LOMBARD, a dit il y a quelques jours, que les contribuables parmi les plus fortunés, il ne parle pas des milliardaires, il parle des plus fortunés, ont un revenu fiscal de référence de zéro et ne payent aucun impôt sur le revenu. Est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux ?
ROLAND LESCURE
Moi, j'ai cherché les notes qui diraient ça, je ne les ai pas trouvés. Ce qui est vrai en revanche et on le sait, et c'est en partie pour ça qu'on a mis en place la contribution différentielle sur les hauts revenus, qu'on voulait mettre en place une taxe au sein du budget, c'est qu'il y a des contribuables qui gagnent très très bien leur vie et qui, pour des raisons d'optimisation fiscale, ne payent pas autant d'impôts en pourcentage que la plupart des Français. Et ça, il faut qu'on le corrige.
THOMAS SOTTO
Ça, ça va se corriger ?
ROLAND LESCURE
On a commencé à le faire, avec ce qu'on appelle la contribution différentielle sur les hauts revenus. On avait mis en place une taxe holding qui est essentiellement aujourd'hui concentrée sur ce qu'on appelle les biens somptuaires, c'est-à-dire les voitures de luxe, les bateaux, les châteaux, etc. mais on a commencé à le faire et je pense, sur le travail, il va falloir continuer à le faire parce que vous avez raison. La justice fiscale, aujourd'hui, c'est au fond la condition sine qua non de la volonté, l'acceptation fiscale de tous les Françaises et les Français.
THOMAS SOTTO
J'ai une dernière question. La Banque de France a proposé de baisser le taux du Livret A à 1,5% au 1er février. Vous nous confirmez qu'en tant que ministre de l'Économie, vous allez suivre cette recommandation ?
ROLAND LESCURE
Alors, je l'ai annoncé en fait. Effectivement, je l'ai annoncé, on sera à 1,5%. On était à peu près à deux fois au-dessus il y a un an, 3,4%. Bon, la bonne nouvelle, c'est que la raison pour laquelle on baisse les intérêts, c'est que l'inflation a baissé. On a gagné le combat contre l'inflation.
THOMAS SOTTO
La mauvaise nouvelle, c'est que les Français, pour la première fois depuis 2015, ont retiré plus d'argent de leur Livret A qu'ils n'en ont placé. On appelle ça la décollecte. Elle vous inquiète, cette décollecte ?
ROLAND LESCURE
Non, parce que d'abord, elle est logique. Les taux d'intérêt baissent. Elle n'est pas massive, mais elle est importante. Et deux, ça veut dire que les Françaises et les Français, je l'espère en tout cas, sont prêts à remettre de l'argent dans l'économie, à consommer. On a un taux d'épargne extrêmement élevé en France aujourd'hui. Si la confiance revient le budget, ça sert aussi à redonner confiance à tout le monde.
THOMAS SOTTO
On va attendre en dessous de 1,5% ? Ou vous ferez pour le coup, vous direz non, il ne faut pas trop baisser après ?
ROLAND LESCURE
Non, écoutez, on verra ce que les taux d'intérêt donnent et ce que l'inflation donne. 1,5% aujourd'hui, c'est très bas. On verra ce qui se passe dans les six mois qui viennent, mais a priori, pour l'instant, on reste là.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 janvier 2026