Déclaration de Mme Catherine Vautrin, ministre des armées et des anciens combattants, sur les grandes orientations de la Direction générale de l'armement, à Toulon le 22 janvier 2026.

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Texte intégral

Monsieur le préfet, 
Monsieur le délégué général,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Mesdames et messieurs les directeurs, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, personnels civils des armées, agents, ouvriers, techniciens, ingénieurs,
Mesdames et messieurs,

Vous qui êtes réunis cet après-midi autour de moi, vous incarnez le cœur battant d'un héritage exceptionnel

Ce triptyque indissociable formé par la direction générale de l'armement, nos armées, notre industrie. Ce triptyque de défense tel que porté par la vision de Michel Debré, de Pierre Messmer, du général de Gaulle.

Ces trois hommes avaient une conviction forte : la puissance ne se proclame pas, elle se construit.

Elle se construit avec des savoir-faire d'exception, des femmes et des hommes capables de projets ambitieux, et une volonté politique : celle d'investir dans la durée pour protéger notre Nation.

Dès les lendemains de sa création, il y a 65 ans en 1961, celle qu'on appelait alors la délégation ministérielle pour l'armement, la DMA, a permis à la France d'établir son programme de dissuasion, tous nos grands programmes d'armement, dont aujourd'hui encore nous récoltons les fruits, demeure l'un des plus beaux héritages gaulliens.

Pilier de la souveraineté française.

Socle de notre modèle militaire et industriel.

Là où l'intention stratégique se transforme en capacité opérationnelle.

Là où le besoin des forces se convertit en systèmes d'armes.

Bref, là où se forgent les armes de la France, comme on le dit à la DGA.

Ici, à Toulon, au Mourillon, au centre technique naval, nous mesurons l'excellence de la DGA, à la pointe de l'innovation dans son domaine.

Ici, vous intervenez sur tous nos grands programmes: du PANG, au SNLE 3G, en passant par la rénovation à mi-vie de nos frégates, sans oublier le prochain arrêt technique majeur du porte-avions Charles de Gaulle.

Votre plan de charge particulièrement intense n'est autre que le sismographe de l'actualité.Parce que la mission de la DGA est la traduction concrète des besoins opérationnels.

Cette mission découle de la réalité des conflits, et de ce dont nos soldats, nos marins, nos aviateurs doivent pouvoir disposer, ici et maintenant, pour tenir, durer, l'emporter et, autant que faire se peut, dissuader avant même de combattre.

C'est précisément parce que le monde a changé que la DGA doit encore accélérer, encore se transformer, toujours demeurer à la hauteur du moment historique, même si le moment historique évolue non plus d'année en année, non plus de mois en mois, pratiquement plus de semaines en semaines, mais presque de jour en jour !

Vous l'avez vu, ces dernières semaines d'ailleurs, la DGA elle-même a connu quelques changements, et je voudrais tout particulièrement saluer l'arrivée de Patrick Pailloux.

Monsieur le délégué général pour l'Armement, vous connaissez la confiance du Gouvernement.

Vous mesurez combien la mission que nous vous confions est claire: conduire l'évolution de la direction pour qu'elle puisse, sans rien renier de sa rigueur, gagner encore en vitesse, en agilité, en puissance d'entraînement, au service des armées et au service de notre Nation.

Ce qui se joue ici, mesdames et messieurs, dépasse de loin une simple réforme interne : c'est notre capacité à rester souverains dans un monde qui se réarme.

Voilà ce qui est en jeu.

Ce que nous demandons à la DGA, ce que je demande à nos forces : c'est d'être au rendez-vous de notre temps et du retour de la haute intensité.

En somme, cette DGA telle que je la vois, c'est une DGA de combat. Aujourd'hui, nous n'avons plus le luxe d'un fonctionnement de temps de paix.

Nous sommes entrés dans un monde où les temps politiques, industriels, opérationnels se contractent.

Il faut reconnaître avec humilité que la période de transition ouverte en 2001 s'achève.

Les dividendes de la paix ne sont plus là. Nous sommes passés d'un monde marqué par la fin de la Guerre froide et la prééminence d'un ordre hérité de 1945, à un monde où la normalité sera peut-être l'extraordinaire des temps passés.

Nous vivons la fin d'un monde westphalien.

Les fissures de l'ordre international se sont muées en fractures stratégiques.

Fractures qui nous imposent d'accélérer sans délai les transformations que vous avez déjà engagées.

En 2014, un nouveau cycle s'était enclenché avec l'annexion de la Crimée.

Il se poursuit aujourd'hui, non seulement avec la guerre en Ukraine, mais aussi par la multiplication des conflits régionaux, de l'lndopacifique au Moyen-Orient, du Caucase aux portes du territoire national, et s'accompagne systématiquement d'un usage désinhibé de la force.

Regardez, mesdames et messieurs, ne serait-ce que les premiers jours de cette année 2026.

Le monde a connu l'opération américaine au Venezuela ; les prétentions américaines sur le Groenland ; la mobilisation du peuple d'Iran pour s'affranchir du joug de la République islamique ; je n'oublie pas les affrontements en Syrie.

J'y ajoute la poursuite de l'agression russe en Ukraine, avec l'usage pour la seconde fois d'un missile balistique Orechnik par le régime de Moscou, signalement stratégique sans ambiguïté qui s'inscrit incontestablement dans une grammaire nucléaire.

Et nous ne sommes que le 22 janvier. Qu'en dire ?

Premièrement, que cette accélération s'accompagne d'un réarmement mondial qui ne souffre d'aucune exception, qu'il s'agisse de nos compétiteurs comme de nos partenaires.

Quelques chiffres suffisent à mesurer l'ampleur du mouvement : en 2024, les dépenses militaires mondiales ont atteint un record historique, à 2 718 milliards de dollars.

Au sein de l'Union européenne, les budgets de défense ont franchi des seuils inédits : 343 milliards d'euros en 2024, et une projection à 381 milliards en 2025.

Certains de nos partenaires se placent désormais sur une trajectoire de véritable économie de guerre : la Pologne vise 4,7% de son PIB en 2025 ; l'Allemagne s'est dotée d'un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour moderniser ses forces.

Je ne parle pas de la Russie, qui en 2024 a alloué plus de 8% de son PIB à la guerre.

Le monde s'engage dans une compétition de puissance, de masse, et de vitesse.

Partout, des puissances sont capables de produire ce qu'elles étaient totalement incapables de faire il y a seulement dix ou quinze ans.

Je pense évidemment à la Chine, mais pas uniquement.

Par ailleurs, si ces bouleversements entraînent dans leur sillage une course au réarmement, ils emportent aussi une modification profonde des façons de faire la guerre, à portée de soldat.

Oui, le champ de bataille connaît aujourd'hui le plus grand bouleversement depuis la Première Guerre mondiale.

Le soldat ne peut plus faire un pas hors de sa tranchée sans être vu par un drone.

Voilà le sort du soldat, et particulièrement celui du soldat ukrainien qui est probablement celui qui peut nous dire, nous parler de la bascule que nous connaissons.

Il communique sous brouillage, doit être sans cesse en mouvement pour ne pas devenir une cible.

Il porte l'inquiétude permanente d'être frappé sur la ligne de front, mais aussi de voir ceux qui le soutiennent, à plusieurs centaines de kilomètres en arrière, exposés aux feux de longue portée russes.

Ce qu'il nous dit aussi, ce soldat, c'est qu'il ne tiendra que s'il innove plus vite que son adversaire.

Sur son téléphone, il nous montre les échanges avec ses camarades : un objectif désigné depuis un char, un avion, une unité au contact.

Il égrène les consommations : obus d'artillerie, munitions téléopérées, missiles de courte et moyenne portée.

Il programme les flux logistiques et sanitaires via des robots terrestres et il résume l'ensemble simplement: s'il a tenu jusque-là, c'est par sa ténacité, c'est par sa créativité.

Sans transposer mécaniquement cette réalité à nos propres besoins, nous devons entendre ce que vivent les soldats ukrainiens aujourd'hui : c'est à cela que nous devons nous préparer.

Et j'ajoute le flou et les zones grises qui sont la nature des conflits hybrides, avec des actions non revendiquées dans les grands fonds, dans l'espace, et le cyber.

Une conflictualité nouvelle qui se déploie sans déclaration, sans signature, et se joue des lignes rouges.

Mesdames, messieurs, voilà où nous en sommes.

La guerre se transforme et impose une adaptation et une accélération permanentes.

Elle nous intime de faire notre propre révolution dans la manière d'anticiper le besoin opérationnel, dans la manière de concevoir, d'acquérir, de produire et de maintenir.

C'est bien sûr une révolution technique.

C'est une révolution d'organisation.

C'est avant tout une révolution des mentalités.

Car si nous ne pouvons savoir avec certitude ce à quoi nous aurons à faire face, nous savons que, pour vaincre, nous aurons besoin de nous adapter plus vite que notre adversaire.

Conformément, je dirais, à une alchimie très française entre génie tactique, rupture technologique, et ressort humain.

Souvenons-nous de nos plus belles victoires : elles ont toujours été le doux mélange d'intelligence et d'audace.

Comme en 1918, notre capacité à intégrer sans cesse des innovations sera décisive.

Et comme en 1918, les ingénieurs de l'armement joueront un rôle clé, à l'image de ces entrepreneurs d'innovation à l'origine du casque Adrian, du char FT-17, qui ont conduit à la victoire.

Tout cela doit nous conduire à une question qui doit guider tout le reste : Comment garantir, durablement, la supériorité réelle des Armées de France?

La supériorité réelle, oui, celle qui, quelque part, fait la différence entre subir et maîtriser, entre être surpris et surprendre, entre céder et tenir.

Le voilà, l'objectif et le sens de la DGA de combat.

La première réponse à cette question, c'est le réarmement, avec en ligne de mire la possibilité d'un engagement de haute intensité.

Depuis 2017, le budget de nos armées a engagé une trajectoire historique : il aura été quasiment doublé sur la décennie.

La loi de programmation militaire 2024-2030 porte un effort sans précédent  413 milliards d'euros.

Au-delà de la marche prévue, le Président de la République a pris la décision d'une surmarche et d'une actualisation, parce que l'époque nous impose d'aller plus vite et plus fort.

Et je le dis devant vous, mesdames et messieurs, ce budget est une nécessité, ce n'est en aucun cas un luxe.

C'est ce qui nous permettra d'être au rendez-vous de la dissuasion, des munitions, des stocks, des capacités de masse, des commandes, du maintien en condition opérationnelle de notre modèle d'armée.

Et je veux ici devant vous rendre hommage à mon prédécesseur, notre Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a porté avec constance cette exigence de réarmement.

Là réside, finalement, l'essence même du rôle de votre ministre, le ministre des Armées : permettre au président de la République, chef des armées au titre de l'article 15 de notre Constitution, de disposer de la force armée.

Pour le reste, mesdames et messieurs, votre ministre a besoin de vous.

Aujourd'hui, nous disposons déjà d'un merveilleux outil de travail collaboratif " forces/DGA/BITD ".

Cet outil collaboratif fonctionne parce qu'il nous a apporté de quoi garantir la supériorité de nos forces : nos sous-marins sont parmi les plus discrets du monde, nos Rafale sont redoutés, nos CAESAR ont démontré leur efficacité, y compris en Ukraine.

D'ailleurs, ils s'exportent bien, comme nos Rafale !

L'excellence de nos industriels, elle aussi, est reconnue, les résultats à l'export des systèmes d'armes français en sont la preuve: la France demeure le deuxième exportateur d'armes au monde.

Gardons tous en tête que notre BITD n'est soutenable que parce qu'elle exporte.

C'est une condition de survie industrielle, et c'est " en même temps " un outil de puissance, car là où nos équipements sont déployés, notre influence stratégique s'enracine.

Beaucoup a été fait.

Je pense à l'accélération mise en place depuis 2022.

Pour exemple, le quadruplement de la production de missiles Mistral ; Je pourrais parler du triplement de la production de canons CAESAR. L'impulsion, incontestablement, a été donnée ces dernières années.

Pour autant, elle doit devenir une culture qui essaime partout.

Nous devons finalement avancer à la vitesse des changements.

Et plus singulièrement à la vitesse des changements d'aujourd'hui.

C'est tout le sens du projet d'accélération et d'innovation que porte DANAE.

Vous voyez, je suis entourée de ce que vous nous avez montré ce matin.

Et je voudrais particulièrement saluer Exail, Key4Sea, Marineîech, SeaOwl, Sirehna, Thales, ces 7 entreprises qui ce matin nous ont montré leur engagement, et nous avons vu combien finalement ces engagements, cette audace, sont autant de promesses pour notre sécurité que pour notre souveraineté.

Alors, aujourd'hui, nous sommes encore largement en modèle basé sur la planification. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous dire qu'il faut oublier la planification.

Je pense simplement que nous devons passer d'un modèle basé sur la stricte planification à un modèle peut-être un peu plus axé sur l'adaptation.

Parce que évidemment le temps long reste important.

Un projet comme le PANG ne peut pas se concevoir en trois mois ; un sous-marin nucléaire ne se fabrique pas à la semaine ; la dissuasion exige une rigueur et une continuité absolues.

Mais l'adaptation est devenue un complément indispensable pour toutes les raisons que je viens d'évoquer.

Et nous devons nous tenir sur nos deux jambes, en conjuguant impératifs du temps long et nécessités du temps court.

Et c'est ici que la DGA a un rôle de pivot ; dans ce lien entre les besoins opérationnels et la réalité industrielle ; entre l'innovation rapide et la cohérence d'ensemble.

C'est finalement cette mission d'architecte de la DGA à laquelle nous sommes tous tellement attachés.

C'est le sens de l'ouverture des centres techniques référents, dédiés aux domaines clés, fortement évolutifs, et répartis sur tout le territoire que je suis heureuse d'annoncer aujourd'hui.

Ces centres seront par nature des accélérateurs, par nature des lieux où l'on va casser les silos.

Des lieux où l'on conjugue les compétences, où l'on rapproche la conception et l'usage, des lieux où l'on met au point des prototypes, où l'on corrige vite et bien.

Et le centre de Toulon, où nous sommes réunis aujourd'hui, est un exemple : ici, au contact, en cohésion, en accompagnement avec la Marine nationale, en lien direct avec les industriels de toute taille, En lien direct avec les réalités opérationnelles, vous avez la capacité de réduire les délais et de produire du concret.

Ce que cela implique est extrêmement clair :

Raccourcir la boucle entre l'acquisition d'une information et la délivrance du feu : c'est ce que doivent faire nos forces.

Raccourcir la boucle entre la détection d'un besoin opérationnel et la livraison d'une capacité : c'est précisément la mission de la DGA.

Les états-majors ont pris l'habitude de faire travailler ensemble des spécialités différentes pour être plus efficaces et plus rapides.

La DGA de combat fait de même aujourd'hui en court-circuitant au maximum les lourdeurs inutiles.

Et je peux vous dire que vous aurez le plein soutien de votre ministre.

Et je suis même à l'écoute des lourdeurs y compris vis-à-vis du ministère. Je dirais même que je suis presque là pour ça.

Ensemble nous devons avoir la capacité à décider vite: ce qui veut bien sûr dire maîtriser ce que nous faisons, et donc être en capacité de nous appuyer sur une expertise technique d'excellence.

C'est ce que vous représentez mesdames et messieurs dans la diversité de vos fonctions, de vos connaissances et de vos métiers.

Cela signifie évidemment une logique d'essais, d'expérimentations, d'itérations, sans attendre la perfection théorique pour livrer une première capacité utile.

Evidemment nous devons maîtriser. La perfection est probablement plus longue à atteindre et c'est le chemin que nous devons trouver entre la perfection absolue et l'efficacité.

Cela signifie la capacité à prototyper rapidement, lorsque l'urgence l'exige, à passer de quelques unités à une montée en série, dans des délais qui ne se comptent plus en années, mesdames et messieurs, j'ose dire en semaines, je ne rêve pas encore de jours, mais je rêve de semaines !

Alors quand on dit semaines, je suis consciente que huit semaines, ce sont deux mois. Peut-être que cela peut rassurer certains.

En tout cas, la maîtrise technique est absolument cruciale.

C'est elle qui doit nous permettre de réduire l'incertitude au combat, dans un environnement où les repères se brouillent et où l'âpreté des affrontements exige des systèmes d'armes toujours plus performants, mais aussi toujours plus adaptés à celles et ceux qui les manient.

Cela signifie, enfin, un élément décisif : la capacité, pour l'État, de rester maître des architectures, et notamment des architectures numériques.

Parce qu'aujourd'hui, la supériorité ne réside pas exclusivement dans l'objet, elle réside dans l'évolutivité et la capacité à intégrer rapidement une brique nouvelle sans remettre en cause l'ensemble.

Et là encore, le retour d'expérience ukrainien nous interpelle : les drones peuvent rester identiques, mais leurs logiciels se mettent à jour chaque semaine.

De même, un bâtiment de surface, un sous-marin, une frégate, un char ont vocation à durer trente ans.

Pourtant leurs radars, leurs systèmes de guerre électronique, leurs capteurs, leurs systèmes de combat changent à un rythme beaucoup plus rapide.

La DGA doit imposer des architectures ouvertes, et prévenir toute dépendance critique sur les briques les plus sensibles, je pense évidemment au numérique et à l'IA.

12 La maîtrise technique de briques technologiques et de segments capacitaires très divers est une condition de vie ou de mort stratégique.

Elle distingue une puissance souveraine d'une puissance dépendante.

Mesdames et messieurs,

Au-delà de la méthode de ces centres que j'évoquais, je veux dire combien ils vont également permettre d'ancrer encore plus la DGA dans les territoires.

Et là, permettez à votre ministre de mettre en avant sa casquette d'élue locale et de vous faire part de l'expérience qui est la mienne.

Chaque centre devra jouer collectif, avec les élus, les représentants de l'État, les collectivités, les industriels, le monde académique et bien sûr nos forces.

Parce que notre capacité à capter l'innovation se joue dans cette proximité.

Et je pense notamment à nos liens avec le monde académique et donc à la formation de nos jeunes, qui vont constituer demain les bataillons qui permettront de participer à ces recherches et à ces évolutions technologiques, qui demain seront en capacité de rejoindre nos équipes.

Nous devons promouvoir cette concentration de l'expertise et valoriser le rôle du tissu industriel local.

Je salue ici l'engagement de la Région Sud, avec laquelle une convention a été signée : elle doit nous permettre de déployer et d'approfondir la démarche " PEPS ", le plan d'action en faveur des ETI, des PME et des start-ups.

Avec ces entreprises qui vont vite, qui innovent, qui osent, qui prennent des risques, et qui développent souvent des technologies duales et font notre fierté.

Il est normal que de nouveaux acteurs viennent défier les acteurs historiques de la BITD.

La concurrence a cette vertu : elle oblige à se remettre en question et à ne jamais renoncer à l'audace. Et je salue les nouveaux acteurs:

Je pense à Delair, je pense à Alta Ares, je pense à Mistral, à Helsing, à Fabentech, à HyPrSpace, mais il y a tous ceux qui vont arriver demain, ceux qui vont arriver après-demain.

Je veux remercier et souligner la capacité de la DGA à les connaître, à les rencontrer et à travailler avec eux.

Et je prendrais cet exemple d'Harmattan Al, cette société créée en avril 2024 et qui avec l'orientation de la DGA, au sein du Pacte drones a su répondre à un appel d'offres allégé, et sur un très court préavis, six mois, juin 25-décembre 25, a été en capacité de fournir 1000 drones qui ont été spécialement conçus pour l'exercice Orion qui va débuter dans quelques jours.

Cette réactivité doit être finalement notre nouvelle norme.

C'est peut-être notre nouvelle échelle de temps.

La DGA et nos grands acteurs industriels historiques doivent pouvoir pleinement intégrer ces acteurs dans l'écosystème de défense.

On parle beaucoup et à raison de l'équipe de France de l'export.

Je n'oublie pas non plus notre équipe de France à domicile, celle qui doit livrer nos armées.

Cette équipe-là aussi évidemment fait des efforts pour être plus ouverte, plus rapide, plus exigeante.

Parce que là encore, nous avons deux jambes extrêmement importantes: la DGA, la BITD.

Et l'Etat doit en se réformant se donner la capacité à participer à cet effort national de rapidité en allant plus loin et bien sûr en étant lui-même en capacité d'aller plus vite avec un exemple très simple, c'est celui des programmes d'intérêt national majeur, qui facilitent les implantations sur le territoire, qui facilitent évidemment les éléments du code de l'environnement.

Et je ne suis pas en train de dire que l'environnement n'est pas un enjeu majeur, je suis simplement en train de dire que nous avons une nécessité là encore à articuler les choses et c'est la raison pour laquelle l'Etat s'y est engagé.

Dès aujourd'hui, un premier dossier est à l'instruction pour faire du développement de capacités de production souveraines de munitions, un projet prioritaire pour la Nation.

Le ministère, à travers la DGA, continuera à être l'aiguillon de l'industrie de défense, pour garantir une performance industrielle maximale.

Cela va aussi passer, rassurez-vous, par une analyse sans concession aucune des coûts, de la performance industrielle et de la gouvernance quand cela est nécessaire.

L'enjeu n'est pas de contrôler : il est de garantir les coûts, la qualité, les délais, pour que l'effort national se traduise concrètement par le réarmement de nos forces.

Cette maîtrise des coûts, j'oserais dire que c'est déjà quasi le quotidien de la DGA : elle est le premier investisseur de l'État, avec des commandes massives qui témoignent de notre engagement.

L'année dernière, c'est près de 38 Md€ de commandes qui ont été passées, c'est un record.

Mais la DGA c'est aussi l'un des meilleurs acheteurs au monde que nombre de pays d'ailleurs nous envient : les contrats qu'elle passe allient maîtrise des coûts dans un budget contraint, crédibilité technique incontestable et cohérence d'ensemble de notre modèle d'armée, notamment en matière d'interopérabilité.

Vous le savez, le contexte budgétaire que connaît notre pays nous oblige : à moyens contraints, l'obligation de résultat doit guider chacune de nos actions, par la standardisation, un accès plus direct aux PME, à la commande publique, par des processus innovants de contractualisation.

Et c'est avec cette rigueur que nous pourrons continuer à avancer, à évoluer. C'est une exigence démocratique parce que, à un moment où nous parlons de budget, à un moment où le budget de la défense comporte une hausse de 6,7 Mds€, l'exigence démocratique, c'est que nos concitoyens soient certains que le budget de la défense est utilisé au mieux pour la souveraineté, la sécurité de leur pays.

Vous connaissez l'adage: les amateurs parlent de tactique, les professionnels étudient la logistique.

Et c'est vrai.

Les guerres ne sont pas seulement gagnées ou perdues par les guerriers sur le champ de bataille, mais aussi par les professionnels des acquisitions et de l'industrie qui façonnent finalement le combat des années avant qu'il ne se déroule.

C'est exactement le cœur de votre métier.

Cela me conduit à vous parler de l'enjeu le plus important, l'enjeu humain.

Les centres référents, la boucle courte, la maîtrise technique, la pression sur les coûts, tout cela ne tient que si nous réussissons la transformation des ressources humaines.

La bataille des talents.

Le cyber, la data, l'IA ; compétences rares, recherchées, souvent captées par d'autres secteurs, parfois même par d'autres Etats.

Elles sont vitales pour notre pays, elles sont vitales pour nos armées.

Concrètement, cela signifie prioriser les recrutements externes sur des compétences rares ; accélérer l'acquisition de nouvelles compétences via le Campus DGA ; organiser le redéploiement interne; adapter les régimes de travail et les processus RH au scénario de haute intensité ; monter en puissance sur la réserve : sur la réserve opérationnelle, bien sûr, mais aussi sur la réserve industrielle de défense, pour renforcer les chaînes de production et de maintien en condition opérationnelle.

A ce titre, le Service national aura aussi un rôle à jouer dans le potentiel de détection de futurs talents qui pourront se voir confier des missions dans des domaines d'expertise de la DGA.

Enfin, le DGA aura aussi à renforcer les parcours de carrière pour mieux reconnaître l'expertise, la valoriser, et soyons clairs, la retenir.

Je veux être très directe : si nous ne gagnons pas la bataille des compétences, nous perdrons la bataille de la supériorité.

La France ne peut pas se le permettre.

Je sais combien nous pouvons compter sur vous, cher Patrick Pailloux, et avec l'ensemble des équipes du COMEX.

Enfin, je voudrais en venir au volet européen.

L'Europe de la défense, nous devons pleinement l'habiter.

En saisir les opportunités, particulièrement en matière d'innovation et de production.

Multiplier les partenariats, les diversifier, et savoir détecter les coopérations qui renforceront à la fois notre influence et notre résilience.

Bref, être plus européens dans nos stratégies industrielles, sans aucune naïveté. Le SAMP/T nouvelle génération est un très bon exemple.

JEWEL en est un autre.

Je voudrais d'ailleurs reprendre l'expression d'une de mes prédécesseurs, Florence Parly, qui appelait de ses vœux une grammaire des équipements européens: des équipements capables de communiquer, des équipements capables d'agir de concert, interopérables, utiles sur les théâtres d'opérations. Nous ne pouvons pas parler d'Europe de la défense sans produire et acheter européen.

Et aujourd'hui, l'Europe des équipements se réveille l'effort progresse, les achats franchissent des seuils historiques.

Mais le Président de la République l'a rappelé la semaine dernière à Istres : les clients d'hier sont les compétiteurs, non pas de demain, mais les compétiteurs d'aujourd'hui. Nous devons donc être offensifs.

Nous devons donc être stratèges.

C'est une autre direction que je vous donne : la DGA doit être considérablement plus offensive sur le théâtre européen.

Sans doute là encore cela passera par des évolutions.

Nous devrons être capables de mieux peser au sein de l'OTAN.

Je vous donne un exemple: moi quand on me parle à l'OTAN d'acquisitions sur liste PURL, qui consiste à de l'achat sur étagère, notamment venant des États-Unis, je réponds : il y a CURL.

CURL, c'est précisément de l'achat sur la BITD européenne.

Voilà un exemple très concret de notre pertinence sur des solutions techniques et capacitaires, dès lors que nous sommes capables de la proposer à nos alliés, notamment en matière de numérisation, dans un monde dans lequel le combat est centré sur la maîtrise de la donnée, par un travail rigoureux qui donnera corps à l'interopérabilité par les standards sur lesquels est fondée notre Alliance.

Nous avons là des réponses très concrètes à mettre en avant, parce qu'il y va de notre liberté d'appréciation, de décision et d'action futures.

L'actualité, je crois, nous montre depuis 20 jours combien ces enjeux ont un caractère absolument primordial.

Et enfin, nous devons lucidement faire des choix : ce qui est au cœur doit évidemment rester souverain, et on doit à côté, regarder ce qui peut être mis en commun lorsque cela permet de renforcer notre souveraineté collective, et particulièrement européenne.

Mesdames et messieurs,

Il s'agit désormais que les initiatives du " faire autrement " s'ancrent dans la nouvelle DGA de combat.

Le contrat signé le mois dernier avec le constructeur automobile Renault et l'entreprise Turgis & Gaillard pour le drone CHORUS en est l'illustration : nous contribuons ainsi au développement de la filière drone française tout en proposant à nos forces armées une nouvelle capacité à un coût maîtrisé.

Projet totalement audacieux qui aurait été totalement inimaginable il y a encore quelques années : et vraiment, je crois que ce projet ne doit pas nous surprendre.

Ils doivent devenir notre quotidien.

Vous l'avez compris : c'est en accélérant les modes d'action pour livrer plus vite, pour être prêt à engager une haute intensité, pour conserver notre supériorité dans un monde où le temps stratégique se contracte, que nous pouvons aller plus loin et finalement combiner à la fois l'exigence qui fait votre force et l'agilité qui permet notre supériorité.

Alors pour cela évidemment il faut articuler le temps long, le temps court, la dissuasion, l'innovation, le PANG et la boucle logicielle, la maîtrise et l'adaptation.

Chacun d'entre vous, ici, a fait une promesse : servir notre pays et œuvrer pour la protection des Français.

Vous le réalisez, chacun à votre manière, chacun à votre niveau.

Dans la mission qui est la vôtre.

En patriotes.

Parce que la défense, ce n'est pas exclusivement le soldat au combat.

La défense, c'est aussi l'ingénieur qui garantit la supériorité.

C'est l'expert qui sécurise une architecture numérique.

C'est l'acheteur qui négocie au juste prix.

C'est l'équipe qui travaille d'arrache-pied et en mode agile pour raccourcir les délais.

C'est l'État qui assume ses choix.

Et c'est une Nation qui décide de rester souveraine et de s'en donner les moyens de manière crédible.

Et je vous le redis, avec confiance, je vous le redis avec exigence : il nous faut avancer à la vitesse de la menace.

La vitesse de la menace d'aujourd'hui.

Au service et pour le succès des armes de la France.

Vive la DGA de combat !

Vive la République ! Vive la France !


Source https://www;defense.gouv.fr, le 26 janvier 2026