Déclaration de M. Benjamin Haddad, ministre délégué, chargé de l'Europe, sur la proposition de résolution européenne visant à soutenir le Danemark et le Groenland et à œuvrer en faveur d'une plus grande coopération en matière de défense, à l'Assemblée nationale le 3 février 2026.

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Circonstance : Discussion à l'Assemblée nationale d'une proposition de résolution européenne

Texte intégral

M. le président
L'ordre du jour appelle la discussion de la proposition de résolution européenne visant à soutenir le Danemark et le Groenland et à œuvrer en faveur d'une plus grande coopération en matière de défense (nos 1170, 1490).
Je vous rappelle que la conférence des présidents a prévu que les travaux des semaines de l'Assemblée se déroulent dans le respect des horaires de séance. En conséquence, je lèverai la séance à minuit pile.

(…)

La parole est à M. le ministre délégué chargé de l'Europe.

M. Benjamin Haddad, ministre délégué chargé de l'Europe
Le Groenland n'est ni à vendre ni à prendre, et toute remise en cause de son statut ou de ses frontières est inacceptable. Face aux menaces américaines et aux volontés extérieures de décider de son avenir à la place de ceux qui y vivent, la position de la France est claire, constante et sans ambiguïté. C'est au peuple groenlandais, au Groenland et au Danemark seuls de décider des questions qui les concernent. La souveraineté ne se négocie pas ; l'intégrité territoriale ne se marchande pas. Ces principes intangibles fondent la position invariable de la France sur la scène internationale, à propos du Danemark et du Groenland comme de l'agression de l'Ukraine par la Russie.

La France a exprimé son soutien au plus haut niveau et à plusieurs reprises. Le président de la République l'avait déjà annoncé à Nuuk le 15 juin 2025, faisant de la France le premier pays d'Europe et du G7 à se mobiliser. La semaine dernière encore, alors qu'il accueillait la première ministre danoise Mette Frederiksen et le premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen à Paris, il a réaffirmé que la France continuerait de se tenir aux côtés du Danemark et du Groenland.

Votre initiative transpartisane, messieurs les rapporteurs, montre une fois de plus la constance de notre position et l'unité de la nation à ce propos. La diplomatie parlementaire est utile, voire essentielle, face aux défis actuels afin de relayer et amplifier la voix de notre pays sur la scène internationale. Le gouvernement sera évidemment favorable à l'adoption de cette résolution qui reflète tout ce que nous avons défendu en paroles et en actes.

Notre relation avec le Danemark et le Groenland ne date pas d'hier –? et je sais, monsieur le rapporteur, que vous revenez tout juste du Groenland et que vous avez pu le constater sur place. (M. Vincent Caure, rapporteur, acquiesce.) Cette relation repose sur des liens de confiance, sur des échanges économiques et culturels anciens et sur des valeurs communes.

Nos partenaires savent qu'ils peuvent compter sur nous pour que nous assurions ensemble notre indépendance et renforcions notre coopération dans le domaine économique –? le tourisme, l'énergie ou les minerais critiques –, la recherche scientifique et la coopération culturelle. C'est dans cet esprit que la France ouvrira dans les prochains jours un consulat général à Nuuk, comme le président de la République s'y était engagé. Nous le faisons au service des intérêts de toutes les parties et dans le respect du principe groenlandais « rien sur nous sans nous ».

Le Groenland n'est pas un objet de transaction mais un sujet de souveraineté, directement lié à l'indépendance stratégique européenne. Les événements récents ont été à la fois un révélateur et un accélérateur. Ils confirment les positions de la France depuis des années en matière de souveraineté européenne, sur laquelle portait le discours de la Sorbonne du président de la République en 2017. Dans un monde brutal, être faible invite à l'agression. Pour nous faire respecter, nous défendrons nos intérêts et assumerons des rapports de force. La France n'a jamais voulu d'une Europe soumise ou vassale.

Face aux appétits des nouveaux prédateurs, l'Europe ne peut plus dépendre des autres pour assurer sa sécurité ou ses approvisionnements stratégiques, pour défendre son voisinage ou pour protéger ses démocraties face à la désinformation et aux ingérences. C'est un appel au réveil stratégique européen que nous lançons. Nous devons, dans tous les domaines, assumer cette indépendance.

Les Européens ont répondu avec fermeté et unité aux pressions. Nous avons réaffirmé notre attachement aux principes de la Charte des Nations unies que sont l'inviolabilité des frontières et le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale. Nous ne nous sommes ni divisés ni laissés intimider. Nous avons mis les instruments dont nous disposons sur la table : l'instrument anticoercition permet par exemple de barrer l'accès à des marchés publics, de taxer les services numériques ou de saisir les licences de propriété intellectuelle. Voilà notre manière très concrète de faire levier de la puissance du marché intérieur européen qui, je le rappelle, représente 450 millions d'individus. L'Union européenne est en effet un partenaire économique de premier plan pour la plupart des puissances mondiales. En utilisant ces outils pour assumer sans naïveté des rapports de force, nous avons fait reculer la menace. Nous avons agi. Enfin, à la demande du Danemark, la France a participé à l'exercice Endurance arctique. L'Europe a donc montré qu'elle savait prendre sa sécurité en main : nous poursuivrons les efforts entrepris en la matière.

Toutefois, ne nous trompons pas : nous n'en resterons pas là. Le Groenland se situe au cœur de l'Arctique, un espace stratégique majeur au centre des rivalités de puissances. Face à la Russie, face à la Chine et face à la politique de certains partenaires, la France s'engagera comme d'autres pays européens à renforcer la sécurité du Grand Nord. C'est tout l'objet de la stratégie polaire française, actualisée à la demande du président de la République et dont les objectifs sont clairs : la paix et la stabilité dans les régions polaires, la compréhension des phénomènes climatiques et la préservation de la soutenabilité environnementale.

Au-delà de l'exercice Endurance arctique, nous souhaitons renforcer la posture de l'Alliance atlantique, ce qui doit se faire avec les Américains. La France se tient prête à participer. L'objectif est simple : éviter que l'Arctique ne devienne un espace de confrontation à nos portes. Si nos alliés souhaitent que nous prenions davantage de responsabilités pour assurer la sécurité de la région, qu'ils répondent à cette invitation à y travailler au sein de l'Alliance ! Des efforts collectifs doivent être déployés et notre sécurité n'a pas de prix. C'est pourquoi la France a engagé la révision de la stratégie de l'Union européenne sur l'Arctique, qui devra définir des priorités communes et mutualiser ses moyens, notamment budgétaires. L'UE est une puissance polaire à travers ses États membres. Nous les défendrons et défendrons les choix des habitants du Groenland.

Mesdames et messieurs les députés, le gouvernement est évidemment favorable à l'adoption de cette PPRE (proposition de résolution européenne). C'est avec cohérence que nous continuerons à agir aux côtés du Groenland, du Danemark et de nos partenaires européens pour nos concitoyens et notre indépendance commune. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. –? M. Jimmy Pahun applaudit également.)


source https://www.assemblee-nationale.fr, le 5 février 2026