Interview de M. Mathieu Lefèvre, ministre délégué, chargé de la transition écologique, à France 2 le 6 février 2026, sur les Jeux olympiques d'hiver et l'écologie, la politique de l'énergie, les pesticides et les Zones à faible émission.

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Média : France 2

Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. Les JO d'hiver vont débuter, du moins la cérémonie d'ouverture va avoir lieu, aujourd'hui, à Milan et à Cortina d'Ampezzo, mais au ministre chargé des questions écologiques que vous êtes, c'est les questions d'environnement, bien sûr, qu'on a envie de poser. Ces jeux sont une défaite pour la montagne, vous savez ce que disent les écologistes italiens. Est-ce que c'est bien raisonnable à l'heure du réchauffement climatique, par exemple, qu'il y ait 2 millions de mètres cubes d'eau qui sont utilisés pour la production de neige artificielle ?

MATHIEU LEFEVRE
En tout cas, s'agissant des jeux en France en 2030, nous donnons les moyens de concilier performances environnementales et performances sportives, avec Marina FERRARI, on suit ce dossier de très près, le ministre des Sports, et je vais vous dire, c'est possible d'avoir des jeux qui soient sobres financièrement et sobres écologiquement. S'agissant de l'eau, par exemple, il n'y aura pas un mètre cube qui va être prélevé pour de la neige artificielle sans qu'il y ait une conciliation des usages entre les différents usages de l'eau.

JEFF WITTENBERG
Néanmoins, Monsieur LEFEVRE, les experts ont chiffré à une empreinte carbone qui serait comprise entre 700 et 800 000 tonnes de CO2 pour ces jeux de 2000, excusez-moi, qui auront lieu en France en 2030. Encore une fois, est-ce que la nature, le réchauffement climatique permet encore d'organiser des jeux d'hiver ? On dit qu'il n'y aurait plus qu'une dizaine de domaines dans le monde entier qui peuvent organiser de tels jeux compte tenu du fait qu'il n'y a plus de neige à basse altitude ?

MATHIEU LEFEVRE
Non, ce sont les jeux les plus sobres jamais organisés. Vous évoques le chiffre de 800 000 tonnes, c'est deux et demi fois moins que les jeux de Paris qui étaient d'ores et déjà exemplaires au plan environnemental. On se donne les moyens d'agir sur tous les leviers, sur le transport qui représente environ 60% du coût carbone des jeux avec une offre de transport décarboné pour l'ensemble des billets, sur la question de l'alimentation, sur la question du plastique recyclable, sur la question également de l'artificialisation. Il y a seulement 15 hectares qui vont être artificialisés.

JEFF WITTENBERG
Donc, ce seront des jeux verts.

MATHIEU LEFEVRE
Ils seront exemplaires, mais surtout, il y aura un héritage à ces jeux. Ces jeux ne sont pas là, ce qui sera fait pour les jeux restera pour les massifs alpins, avec notamment une transformation au plan des transports, la ligne Briançon-Marseille. Donc, ce ne sera pas uniquement pour les jeux, ce sera également pour l'avenir et c'est bien ça qui est important.

JEFF WITTENBERG
Donc on peut faire des jeux divers pendant tout le XXIe siècle, au-delà de l'exemple de la France ?

MATHIEU LEFEVRE
On peut continuer à concilier performances écologiques et exigences sportives pour une raison très simple, c'est qu'il y a deux solutions. Soit on se dit qu'on ne fait plus rien dans la vie, qu'on est incapable d'organiser des choses, soit on se dit qu'on fait une écologie pragmatique qui regarde les sujets avec grande attention et qui, à la fin, apporte des réponses aux territoires montagnards, qui sont les premiers concernés par le dérèglement climatique.

JEFF WITTENBERG
La transition écologique, donc votre secteur ministériel, c'est bien sûr la question de l'énergie. Et je vous pose cette question parce que le Premier ministre reçoit, aujourd'hui, les représentants des différentes filières énergétiques pour parler de quoi ? De la feuille de route énergétique. Et si l'on a bien compris, en tout cas votre collègue, le ministre de l'Économie Roland LESCURE, on va aller vers un peu moins de solaire, un peu moins d'éolien et plus de nucléaire. Est-ce que j'ai bien résumé la situation ?

MATHIEU LEFEVRE
D'abord, il faut qu'on se dote d'une programmation pluriannuelle de l'énergie. Le Premier ministre a mené d'intenses consultations et il les poursuit aujourd'hui. Mais il y a deux chiffres très importants. On importe chaque année entre 50 et 70 milliards d'euros d'énergie fossile. Ça coûte 2 000 euros par an et par français.

JEFF WITTENBERG
Alors pourquoi moins d'éolien et de solaire ?

MATHIEU LEFEVRE
Il n'y aura pas de moratoire sur les énergies renouvelables. Le Premier ministre l'a dit, le ministre de l'Économie l'a redit. Mais ce qui est très important de faire, c'est de poursuivre l'électrification des usages. Regardez, c'est la raison pour laquelle le Premier ministre va lancer un grand plan d'électrification. Et pour ça, on avait besoin d'un budget pour la nation, pour aller vers plus de voitures électriques, pour aller vers des bâtiments publics mieux rénovés.

JEFF WITTENBERG
Néanmoins, excusez-moi, je reviens, pardon, j'insiste un petit peu, mais vous confirmez qu'il y aura, dans ce plan, dans cette feuille de route énergétique, moins de place pour l'éolien et le solaire et on voudrait comprendre pourquoi.

MATHIEU LEFEVRE
Non, ce que je vous dis, c'est qu'il y aura une feuille de route qui sera à la fois exigeante et réaliste et qui marchera sur ses deux jambes du nucléaire et du renouvelable parce que c'est un enjeu de souveraineté.

JEFF WITTENBERG
Il n'y a pas un sujet politique aussi sur les éoliennes qu'on voit dans ces images qui ne plaisent pas à tout le monde dans la population ?

MATHIEU LEFEVRE
C'est d'abord un enjeu de souveraineté quand les énergies fossiles nous coûtent 50 à 70 milliards d'euros par an et 2 000 euros par Français. Il faut donc avoir un mix énergétique qui soit à la fois réaliste et ambitieux. C'est bien l'objectif du Premier ministre.

JEFF WITTENBERG
Un autre sujet qui vous touche indirectement, c'est parce que vous occupez, encore une fois, des questions d'environnement, c'est le retour de la loi DUPLOMB du nom du sénateur Laurent DUPLOMB. On rappelle ce que c'est cette loi. Il veut porter à nouveau un texte qui permettrait l'utilisation, j'espère que je ne vais pas buter sur les mots, de l'acétamipride et de la figura d'hypurone. Ce sont deux pesticides, deux produits phytosanitaires que veulent les agriculteurs, mais que deux millions de personnes ont rejetés dans une pétition. Pourquoi finalement le Gouvernement soutient plus ou moins cette mesure ?

MATHIEU LEFEVRE
C'est une initiative sénatoriale parlementaire. Je pense qu'il faut traiter ce sujet avec beaucoup de prudence et de rigueur. Il y a d'abord un enjeu de sécurité juridique. Je rappelle que le président du Sénat a saisi le Conseil d'État. Attendons de voir ce que va dire le Conseil d'État mais le Gouvernement agit.

JEFF WITTENBERG
Est-ce que vous, Mathieu LEFEVRE, ministre chargé de la transition écologique, vous êtes favorable au retour de ces pesticides ?

MATHIEU LEFEVRE
Ce que je dis, c'est que le Gouvernement agit en faveur des agriculteurs en renégociant la PAC, en aidant les projets hydrauliques à se faire, en aidant également l'installation des régimes d'élevage. On a fait cette semaine, avec Annie GENEVARD, des décrets pour simplifier la vie des agriculteurs.

JEFF WITTENBERG
Il faut faire plaisir aux agriculteurs quitte à déplaire aux associations écologiques ?

MATHIEU LEFEVRE
Ce n'est pas faire plaisir. Je pense qu'il faut faire confiance aux agriculteurs. On peut continuer à simplifier sans rien renier de nos exigences environnementales.

JEFF WITTENBERG
Mais vous êtes favorable au retour de ces pesticides ?

MATHIEU LEFEVRE
Je pense qu'il y a, dans la population, une inquiétude qui s'est manifestée. Il faut l'entendre et il faut y répondre avec rigueur.

JEFF WITTENBERG
Un autre sujet, c'est les ZFE, les Zones à faible émission. Ce sont les centres-villes qui sont, en quelque sorte, exemptés de voitures les plus polluantes. Pourquoi ce débat cristallise autant les passions ? Parce que, pour l'instant, il n'a pas été tranché à l'Assemblée nationale. On devait les supprimer. Finalement, ces ZFE sont maintenus. Beaucoup de Français qui sont obligés d'utiliser leur voiture râle, pardonnez-moi l'expression, quelle est votre position là-dessus ?

MATHIEU LEFEVRE
Force est de constater que si ce texte était arrivé à l'Assemblée nationale, il aurait été rejeté et avec lui, toutes les mesures qui sont utiles, notamment pour nos TPE et nos PME. La pollution de l'air, c'est un enjeu sanitaire absolument important. C'est 40 000 décès prématurés par an. Ce sont des maladies cardiovasculaires, des maladies respiratoires. Est-ce que l'outil est parfait ? La réponse est non. Est-ce qu'on peut travailler en politique responsable pour l'améliorer, pour être plus souple, plus différenciant, pour améliorer l'accès des artisans, des commerçants, des associations au centre-ville ? Je crois que c'est possible. C'est tout le sens du travail qu'on va engager dans les prochaines semaines.

JEFF WITTENBERG
Il y aura un remaniement dans les prochains jours. C'est la porte-parole du gouvernement Maud BREGEON qui l'a laissé entendre. Vous confirmez ?

MATHIEU LEFEVRE
C'est la prérogative stricte du Président de la République et du Premier ministre.

JEFF WITTENBERG
Mais on vous entend davantage que votre ministre de tutelle, Monique BARBUT, qui est la ministre de l'Écologie antique, qui s'occupait avant du WWF France. C'est plutôt vous qu'on voit dans les médias. Est-ce que ça veut dire qu'il y a un ajustement, sans doute, qui va se faire dans votre secteur ?

MATHIEU LEFEVRE
J'ai beaucoup de chance de travailler sous l'autorité d'une femme aussi légitime et aussi compétente que Monique BARBUT.

JEFF WITTENBERG
Vous avez bien préparé les arguments là-dessus. Merci beaucoup Mathieu LEFEVRE, actuel ministre délégué chargé de la transition écologique. On verra dans les prochains jours. Et c'est la suite de Télématin. Merci Mathieu LEFEVRE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 février 2026