Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à RTL le 9 février 2026, sur la violence dans les écoles, l'interdiction des téléphones portables dans les établissements scolaires, et le rythme scolaire.

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Média : RTL

Texte intégral

OLIVIER BOY
Vous avez été nommé en octobre dernier dans le Gouvernement LECORNU, septième ministre de l'Éducation nationale depuis trois ans et demi. Et toujours cette question : nos enfants sont-ils en sécurité à l'école ? Mardi dernier, une professeure a été poignardée par l'un de ses élèves de 14 ans à Sanary-sur-Mer. Elle était dans un état grave. Sa famille disait qu'il fallait attendre plusieurs jours avant de se prononcer sur le pronostic vital. Comment va-t-elle ce matin ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Écoutez, des dernières nouvelles, sa situation s'améliore un petit peu. Il faut attendre en réalité une semaine pour être sûr, donc on croise les doigts jusqu'à demain soir. Si demain soir son état est resté identique, on aura de bonnes raisons d'espérer son rétablissement rapide.

OLIVIER BOY
Elle est toujours hospitalisée. Elle a subi plusieurs opérations.

ÉDOUARD GEFFRAY
Oui, tout à fait.

OLIVIER BOY
Vous vous êtes rendu sur place la semaine dernière pour parler aux enseignants et aux élèves. Et je voulais vous faire entendre une réaction. On a eu la semaine dernière sur RTL un homme qui s'appelle Stéphane VOIRIN. Ça vous dit quelque chose ce nom, Stéphane VOIRIN ? C'est l'homme qui avait dansé devant le cercueil de sa femme à Saint-Jean-de-Luz en 2023, elle qui avait aussi été poignardée et mortellement blessée en l'occurrence par un élève. Écoutez ce qu'il vous adressait directement.

STÉPHANE VOIRIN, ANCIEN COMPAGNON D'AGNÈS LASSALLE
Arrêtez de compatir à chaque fois devant les victimes. Agissez, agissez. Sept ministres de l'Enseignement national depuis moins de trois ans depuis le meurtre d'Agnès, quelles mesures ont été prises ? Cessez de brasser de l'air.

OLIVIER BOY
Voilà, Stéphane VOIRIN qui a l'impression de voir les ministres de l'Éducation ou de l'Intérieur défiler à chaque fois qu'il y a un drame et que rien n'est suivi d'effets. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Par définition, ce monsieur lui-même a connu un drame. Et donc, toute réaction est dérisoire face au drame. Et donc, d'abord, c'est quelque chose que je respecte, que je comprends, et avec lequel je souffre comme lui. Ensuite, tout ça c'est une chaîne. Il faut d'abord… On peut traiter un certain nombre de symptômes. Comme par exemple le fait que les jeunes, aujourd'hui, certains jeunes viennent avec des couteaux à l'école. Avec Laurent NUÑEZ, entre mars et décembre dernier, on a fait en moyenne 1 500 contrôles de sac par mois, 1 500 par mois donc systématiques, à l'entrée d'établissement, aux abords d'établissement. On a envoyé une instruction aux préfets et aux recteurs pour densifier encore ces opérations. On a trouvé dans ces opérations, en moins d'un an, 525 couteaux. Et moi, pour l'Éducation nationale, on a fait 1 600 conseils de discipline…

OLIVIER BOY
525 élèves venus à l'école avec un couteau.

ÉDOUARD GEFFRAY
525 élèves ont été interceptés par les forces de police avec un couteau entre mars et décembre dernier.

OLIVIER BOY
Il est terrifiant ce chiffre.

ÉDOUARD GEFFRAY
Et vous pouvez rajouter que, moi j'ai fait 1 600 conseils de discipline liés à des intrusions d'armes. Alors tout ça a ramené au fait qu'on a 14 millions de personnes tous les jours dans nos murs, c'est un Français sur cinq…

OLIVIER BOY
Ils sont exclus de leur établissement pour être venus avec un couteau dans leur sac ?

ÉDOUARD GEFFRAY
À partir du moment où un élève vient avec une arme dans son sac, par définition, il est exclu. Ça, c'est la première chose. Et aujourd'hui, à 14h, je vais réunir tous les recteurs en visio pour là aussi m'assurer que toutes les mesures de sécurisation des établissements peuvent être prises.

OLIVIER BOY
Quelles consignes allez-vous leur rappeler, leur marteler cet après-midi ?

ÉDOUARD GEFFRAY
D'abord, consignes de fermeté absolue, enfin de densification et de fermeté. Densification, c'est-à-dire qu'on travaille avec les services de police, on cible les établissements, on fait du contrôle aléatoire pour intercepter le maximum de choses et, en fait, pour dissuader aussi les élèves de venir avec des couteaux. Et puis, évidemment, fermeté absolue, c'est-à-dire que dès qu'on détecte quelque chose, le conseil de discipline, c'est l'exclusion.

OLIVIER BOY
Un recteur peut avoir ligne directe avec le commissaire, le directeur de la sécurité ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Il a lune ligne directe avec le préfet.

OLIVIER BOY
Je sens quelque chose, il faut venir chez nous.

ÉDOUARD GEFFRAY
On a des lignes directes entre les rectorats et les préfectures et ça nous permet d'agir. Mais la deuxième chose, je me permets d'insister là-dessus aussi, c'est que tout ne dépend pas de l'école.

OLIVIER BOY
Mais qui fouille les sacs, pardon, juste pour revenir là-dessus ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Les forces de police.

OLIVIER BOY
Ce sont les forces de police qui fouillent les sacs. Les surveillants, les profs, le CEP n'ont pas le droit de fouiller un sac d'un élève ?

ÉDOUARD GEFFRAY
On peut demander à un élève d'ouvrir son sac, mais quand on fait des fouilles systématiques comme celles dont je vous parle, ce sont les forces de police qui les font. Mais l'autre volet - pardon d'insister là-dessus parce que c'est important - c'est qu'on ne peut pas tout demander à l'école. Il y a un moment, si vous voulez, où notre rôle, c'est d'instruire et puis c'est de protéger dans l'enceinte scolaire. Mais il faut aussi que tout le monde s'y mette et que, par conséquent et pardon d'appeler à ce jour ce collectif, mais je crois que c'est nécessaire que les parents discutent avec leurs enfants de la violence en général. Parce que ce à quoi on assiste, c'est une explosion de l'hyperviolence, mais qui en fait trouve ses racines dans une espèce de violence banalisée. Les gamins maintenant s'insultent, etc., de manière assez facile. Ce n'est pas acceptable. Et donc, il y a un moment où il faut que tout le monde, si je puis dire, un peu relève le gant. Et moi, je demande vraiment aux parents de parler avec leurs enfants, de leur dire qu'on ne part pas avec un couteau de manière générale, qu'on ne s'en prend pas aux gens de manière générale, et qu'en état de cause, il y a un tabou absolu, il y a un tabou absolu, c'est qu'on ne touche jamais un professeur.

OLIVIER BOY
Mais pourquoi vous avez dit "acte isolé" alors, la semaine dernière, quand vous êtes allé à Sanary-sur-Mer ? Je retiens ce mot, car d'ailleurs, étonné et choqué, Stéphane VOIRIN sur RTL. Vous venez de nous décrire exactement ce… pas un acte isolé.

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, parce que l'acte paroxystique auquel on a assisté, il n'y avait pas… D'ailleurs, le procureur… il n'y avait pas, je n'en sais rien, de background religieux, politique, etc. Ce n'était pas un acte organisé. C'est un élève seul. D'ailleurs, aucun des professeurs que j'ai rencontrés ne m'a dit "on s'y attendait". Aucun. Personne ne s'y attendait. C'est un élève seul qui a commis un acte fou et sauvage. C'est pour ça que j'ai appelé ça d'acte isolé.

OLIVIER BOY
Mais vous le regrettez, ce mot, "acte isolé" ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Enfin, pardon, mais la qualification, c'est bien celle-ci. C'est un individu isolé qui commet un acte délirant. En revanche…

OLIVIER BOY
Mais 525 élèves qui viennent depuis 6 mois avec un couteau dans le sac, ça n'est pas un acte isolé.

ÉDOUARD GEFFRAY
Mais ce sont deux choses différentes. En revanche, ça se passe dans un contexte où, effectivement, de plus en plus de jeunes vivent comme naturel le fait de partir avec un couteau dans la poche, mais dans la rue, comme à l'école, comme ailleurs. Et une fois qu'on a un couteau, par définition, quand on a une frustration, quand on s'énerve, etc., on a plus la tentation de s'en servir. Donc la première chose à faire, c'est quand un enfant part le matin de chez lui, il part sans couteau et d'ailleurs sans idée de violence.

OLIVIER BOY
Vous avez évoqué l'impact des réseaux sociaux, du téléphone portable. Il y a un grand projet qui vous concerne, et un objectif ambitieux à la rentrée prochaine, le fait de limiter et d'interdire les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, mais aussi de lutter contre le téléphone portable dans les établissements. Et le projet de loi, il a été édulcoré la semaine dernière. On ne parle plus d'interdiction du téléphone au lycée, on le dépose à l'entrée, on profite de la journée d'école sans avoir l'écran devant les yeux en permanence. Il en est où, ce projet de loi, et quel est le vrai objectif sur le téléphone portable ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors d'abord, il est passé en première lecture à l'Assemblée, il va aller au Sénat. Et comme vous le savez, l'amélioration, au fur et à mesure, elle est affinée, c'est normal. D'accord ? L'objectif, c'est qu'on interdise l'usage du téléphone portable au lycée, comme il est déjà aujourd'hui interdit, à l'école et au collège. C'est-à-dire qu'un élève, il fait sa scolarité sans téléphone.

OLIVIER BOY
Toute la journée, de 9h du matin à 17h, il n'a pas son téléphone portable sur lui, il n'a pas le droit de l'allumer ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Il n'a pas le droit de l'utiliser, ce n'est pas pareil, sauf dans des circonstances qui sont éventuellement autorisées par le chef d'établissement. Quand il faut, par exemple, bipper pour la cantine, ou quand les élèves sont à l'internat. Ça, c'est la première chose. Et l'objectif, il est très clair, c'est qu'on a un enjeu de santé publique. On a un enjeu cognitif aussi, c'est-à-dire que nos jeunes n'arrivent plus à se concentrer. On a un enjeu civique, c'est qu'ils sont bombardés de contenus, de fake news, etc., alors même qu'ils n'ont pas encore le discernement et la conscience civiques qui sont totalement construits. Et donc, l'idée, c'est de dire aussi, en parallèle, que les réseaux sociaux, ce n'est pas avant 15 ans.

OLIVIER BOY
Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation nationale, on va parler maintenant du rythme scolaire. Emmanuel MACRON s'est redit à nouveau favorable à une adaptation de ces rythmes scolaires, avec des journées plus courtes, mais en échange, des vacances scolaires, et notamment les grandes vacances d'été, plus courtes également. Est-ce que ça va se traduire dans les faits ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur le calendrier et cet objectif-là ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, pour la rentrée 2026, la réponse est clairement non. On n'est pas aujourd'hui… Déjà, on a une situation qui a été contrainte par l'adoption tardive du budget. On n'est pas en situation aujourd'hui de changer la règle pour la rentrée 2026.

OLIVIER BOY
Aucun changement pour septembre 2026 ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non. Après, ce que le Président a dit, à la suite d'ailleurs de la Convention citoyenne, c'est qu'effectivement, on a des vacances d'été qui sont longues. Ça a des effets sur les jeunes.

OLIVIER BOY
Est-ce qu'il y a des études qui montrent qu'il y a une perte de niveau entre juin et septembre d'une même année scolaire… en deux années scolaires ?

ÉDOUARD GEFFRAY
En éducation prioritaire, c'est-à-dire pour les élèves les plus défavorisés, le mois et demi d'été ou les deux mois d'été de vacances, ça correspond à un mois de perte d'apprentissage. C'est-à-dire que vous récupérez vos enfants avec le niveau qu'ils avaient le 30 mai au lieu du 30 juin, pour faire simple. Donc oui, c'est parfaitement démontré et oui, c'est un problème.

OLIVIER BOY
Ce serait quoi la durée parfaite, selon vous, des grandes vacances scolaires ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je ne suis pas sûr de pouvoir, moi, déterminer ça tout seul. Mais on voit bien qu'au-delà de… on va dire 4-5-6 semaines…

OLIVIER BOY
4-5-6 semaines ? Entre un mois et demi de vacances ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Oui.

OLIVIER BOY
Et qu'est-ce qu'ils vont dire, les enseignants, là-dessus ? Vous en avez déjà parlé, on imagine qu'il va y avoir…

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, parce que pour le coup, pour moi, c'est une vraie question de 2027. Parce que derrière, ça touche aussi au rythme scolaire, ça touche aux calendriers annuels, etc. Et d'ailleurs, la Convention citoyenne n'a pas réussi à tomber d'accord sur le paramètre durée des vacances d'été. Donc c'est un sujet compliqué, qui est épineux.

OLIVIER BOY
Quand est-ce que vous allez en discuter ? C'est le débat 2027, ou d'ici là, il y aura des débats avec des experts qui vont apporter de l'eau au moulin ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Il y a déjà eu un débat dans ce qu'on appelle le Conseil supérieur d'éducation, qui réunit tous les acteurs de l'éducation nationale, qui a lieu d'ailleurs aussi en ce moment. Il fait des travaux un peu récurrents. En revanche, le débat politique, au sens de cette décision politique, c'est du 2027.

OLIVIER BOY
Merci beaucoup, Édouard GEFFRAY, d'avoir été avec nous ce matin sur RTL, ministre de l'Éducation nationale.

ÉDOUARD GEFFRAY
Merci à vous.

OLIVIER BOY
Vous restez ministre de l'Éducation nationale, vous ne changez pas avec le remaniement…

ÉDOUARD GEFFRAY
Écoutez, ce n'est pas moi qui en décide, et moi, je suis là pour servir, c'est tout.

OLIVIER BOY
Et vous souhaitez rester ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Je souhaite continuer à servir si on considère que je suis utile, et sinon, j'entrerai chez moi.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 février 2026