Déclaration de M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, sur Parcoursup, à l'Assemblée nationale le 10 février 2026.

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Intervenant(s) : 
  • Philippe Baptiste - Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace

Circonstance : Déclaration lors du débat sur les limites actuelles et perspectives d'améliorations du système d'orientation post-bac, à l'Assemblée nationale.

Texte intégral

Mme la présidente
L'ordre du jour appelle le débat sur le thème : "Limites actuelles et perspectives d'améliorations du système d'orientation post-bac". Ce débat a été demandé par le groupe Union des droites pour la République.
La conférence des présidents a décidé d'organiser ce débat en deux parties : dans un premier temps, nous entendrons les orateurs des groupes, puis le gouvernement ; nous procéderons ensuite à une séquence de questions-réponses.

(…)

La parole est à M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace.

M. Philippe Baptiste, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace
Je vous remercie pour l'inscription à l'ordre du jour de ce débat sur un sujet fondamental pour la nation – l'accès à l'enseignement supérieur. Dans vos propos liminaires, vous avez abordé de nombreux sujets connexes : l'équité territoriale – enjeu majeur –, la place du baccalauréat ou le montant des bourses, par exemple. Je ne pourrai pas tous les traiter dans mon propos liminaire, mais je veillerai bien entendu à vous répondre par la suite.

Nous avons tous été confrontés, un jour, à cette question fondamentale : qu'ai-je envie de faire demain ? La plupart d'entre nous ont dû se poser la question au lycée. Notre responsabilité, en tant que gouvernement, est d'abord de permettre aux lycéens de se poser cette question dans les meilleures conditions possibles, avec les meilleurs conseils d'orientation, sachant qu'ils ne bénéficient évidemment pas tous du même environnement familial ou socioprofessionnel, ce qui constitue l'une des sources majeures d'inégalités – quel que soit le système que nous pourrions construire.

Une fois que les élèves ont apporté une réponse à cette question, nous devons faire le maximum pour que chacun puisse accéder à la formation qu'il a choisie.

Je reviens un instant sur le chemin parcouru depuis la loi du 8 mars 2018 relative à l'orientation et à la réussite des étudiants (ORE). En huit ans, le système d'accès à l'enseignement supérieur a été profondément remanié.

En 2017, le Conseil d'État avait condamné le recours au tirage au sort – non prévu par la loi, mais rendu inévitable par le système d'admission postbac de l'époque. C'est pour répondre à cette décision, et à l'impérieuse nécessité d'offrir à nos jeunes une procédure équitable, que Parcoursup a été créé.

Si l'on remonte encore plus loin, souvenez-vous également – pour ceux d'entre nous qui ont connu cette époque – des files d'attente devant les universités, à l'aube, pour s'inscrire à l'aide de dossiers papier, ou du 3615 Ravel. Il fallait alors limiter ses choix du fait même du support papier.

Parcoursup, c'est un univers des possibles ; c'est le choix. La plateforme propose 24 000 formations territorialisées – elles ne sont évidemment pas toutes différentes, mais ce sont bien 24 000 formations –, ce qui offre à chaque lycéen un très large éventail de possibilités pour construire son avenir. C'est une force mais aussi, parfois, une source d'inquiétude pour les jeunes qui se retrouvent face à cet univers des possibles.

Parcoursup est efficace : grâce à la plateforme, plus de neuf lycéens sur dix reçoivent une proposition d'admission, dans des délais très courts – les trois quarts des candidats obtiennent désormais une réponse positive dès la première semaine.

Je veux le dire de nouveau aujourd'hui de manière extrêmement claire : Parcoursup n'est pas un algorithme. Les étudiants candidatent, ils déposent un dossier et, en retour, des professeurs, des professeurs des universités, des professeurs de classe préparatoire, de BTS – brevet de technicien supérieur –, se mettent autour de la table, consultent les dossiers et classent les candidatures. Il s'agit d'un travail énorme. Ils examinent les dossiers un par un et, s'ils s'aident parfois d'algorithmes locaux, ce sont bien des hommes et des femmes qui sont à la manœuvre.

Parcoursup ne fait que récolter les choix des élèves. Derrière, il n'y a pas d'algorithme ; c'est tout sauf une boîte noire. C'est au contraire une boîte totalement transparente, où sont recueillis les dossiers, pour être ensuite distribués aux professeurs, dans les universités et les classes prépa, à charge pour ces derniers de faire le travail. Je le répète, ce sont des milliers d'hommes et de femmes qui œuvrent pour cela.

Parcoursup, c'est aussi un effort démocratique. En 2025, près d'un million de lycéens et d'étudiants ont participé à la procédure, soit 200 000 de plus qu'en 2017. Sur ce million de candidats, seuls 38 élèves, 38 élèves de trop, n'ont pas trouvé de formation. Ce résultat, on le doit non seulement à la plateforme mais aussi à la mobilisation des commissions d'accès à l'enseignement supérieur, qui repêchent, un par un, les candidats en difficulté : là encore, des hommes et des femmes – et non des algorithmes –, traitent chaque cas individuel.

Au-delà de ces aspects liés à la sélection, la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur reste le principal moteur de justice en ce domaine. Les quotas sociaux introduits dans Parcoursup ont permis à des milliers de lycéens boursiers d'accéder à des formations qui leur semblaient inaccessibles – je pense notamment aux bouleversements majeurs dans le recrutement de Sciences Po Paris par exemple, où la part des boursiers a triplé depuis son intégration dans Parcoursup ; je pense aussi aux écoles vétérinaires, qui ont considérablement diversifié leur recrutement. Les Cordées de la réussite démontrent également leur efficacité, et les chiffres parlent d'eux-mêmes : les lycéens qui participent à ces dispositifs ont un taux d'admission supérieur de près de 3 points à la moyenne nationale, taux qui monte à 6 points pour les bacheliers professionnels. C'est la preuve que l'accompagnement personnalisé paie.

Notre politique volontariste en faveur des bacheliers technologiques et des bacheliers professionnels porte aussi ses fruits. La moitié des bacheliers technologiques candidats à un BUT – bachelor universitaire de technologie – reçoivent aujourd'hui une proposition d'admission, tandis que les trois quarts des bacheliers professionnels trouvent une place en BTS, alors qu'en 2017 ces formations étaient en train de se transformer en pseudo-classes préparatoires. Nous sommes donc, en quelque sorte, revenus à l'essence du BTS.

Ces résultats sont le fruit d'un travail de fond pour adapter les formations aux profils des élèves, qui peuvent se voir proposer un dispositif d'accompagnement personnalisé et adapté, comme le dispositif "oui si", qui bénéficie à plus de 26 000 étudiants chaque année, dans les universités et dans les écoles, et qui a permis de diviser par trois le taux d'abandon de ces publics.

Les usagers eux-mêmes reconnaissent ces progrès. Selon une enquête de l'institut CSA, plus de 70 % des lycéens considèrent que Parcoursup les aide à construire leur projet d'orientation. Les nouveaux outils, les sites d'entraînement, les comparateurs de formation, les systèmes de favoris répondent à leurs attentes ; la messagerie de contact, les chats en direct, les réseaux sociaux, tous ces canaux permettent un accompagnement au plus près des besoins.

L'accompagnement, enfin, a été enrichi grâce au programme Avenir(s) piloté par l'Onisep, l'Office national d'information sur les enseignements et les professions. Ce programme innovant permet un suivi personnalisé dès la classe de cinquième, avec des outils adaptés à chaque âge. Il favorise la découverte des métiers, l'exploration des formations, la construction progressive du projet d'orientation, y compris en intégrant des techniques d'intelligence artificielle, non pas pour fermer ou pour téléguider les jeunes vers telle ou telle formation, mais pour ouvrir le monde des possibles à chaque jeune qui le souhaite.

Promettre à chacun d'entre eux de construire un parcours choisi et réussi dans l'enseignement supérieur, c'est un enjeu de justice sociale, un enjeu d'efficacité économique. Notre pays a besoin de tous les talents pour relever les défis qui sont devant nous. Des marges de progrès subsistent, des inégalités territoriales – cela a été souligné par plusieurs d'entre vous – sont présentes et persistantes : nous devons y travailler. Nous devons aller plus loin dans l'orientation, dans la formation des enseignants, en particulier dans la formation des enseignants du secondaire en matière d'orientation. Enfin, nous devons poursuivre le travail d'articulation entre secondaire et supérieur.

Tels sont bien les sujets du débat de ce jour, et je répondrai évidemment à vos différentes questions.

Mme la présidente
Nous en venons aux questions. Je vous rappelle que la durée des questions ainsi que celle des réponses est limitée à deux minutes, sans droit de réplique.
La parole est à M. Maxime Michelet.

M. Maxime Michelet (UDR)
Avant de devenir député, j'ai été, en parallèle de mes études doctorales, gestionnaire de scolarité pendant plusieurs années, ce qui m'a conduit à gérer cinq procédures Parcoursup pour les deux établissements dans lesquels j'ai travaillé. Je rejoins tous les collègues ici présents sur l'importance pour leur avenir des choix que doivent faire les élèves entre 15 et 18 ans et je vous entends lorsque vous dites vouloir offrir à chacun un parcours choisi. Pour avoir travaillé dans de grandes prépas parisiennes, je vous répondrai néanmoins qu'en matière de gestion, il faut gérer la frustration, la frustration de ne pas avoir vu ses vœux exaucés. Un bachelier sur quatre environ postule pour une classe préparatoire mais, compte tenu de leur faible nombre, beaucoup s'en voient refuser l'accès.

J'aimerais vous entendre sur ces échecs, dont on a peu parlé, et sur tous ces élèves qui ont reçu des propositions mais n'ont pu obtenir la filière de leurs rêves – l'expression de certains collègues laisse penser qu'il faudrait que chacun ait la garantie d'y accéder. Que propose l'enseignement supérieur en guise de passerelles pour ces élèves déçus dont les choix faits à dix-huit ans ne doivent pas engager leur vie entière ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Monsieur le député, je partage totalement votre analyse. Une des premières choses que je dis aux lycéens à qui je rends visite – j'étais il y a une dizaine de jours à Fontainebleau – c'est qu'ils ne jouent pas leur vie sur Parcoursup. C'est évidemment une étape importante, mais ils ont le droit à l'erreur. Je ne dis pas que c'est formidable, mais on peut se tromper et se réorienter : sur le million de jeunes qui passent par Parcoursup, 200 000 sont en réorientation. Certes, cela coûte cher, et, pour les finances publiques, on pourrait souhaiter qu'ils soient moins nombreux, mais je n'ai aucun doute sur le fait qu'on doit pouvoir changer de filière, car il n'est pas toujours évident de trouver sa voie quand on a 17, 18 ou 19 ans. J'ajoute, au risque d'énoncer un lieu commun, que le monde a radicalement changé et que le système très tubulaire que nous avons connu, dans lequel on commençait des études dans une discipline pour les suivre jusqu'au bout, a vécu. On essaie, on se trompe beaucoup plus qu'auparavant.

Pour ce qui concerne les classes préparatoires, vous conviendrez avec moi que le fait qu'à cause d'un nombre de places limité tout le monde ne puisse pas entrer à Henri IV ou à Louis-le-Grand n'est pas un sujet totalement nouveau. C'était déjà le cas bien avant 2017 !

M. Maxime Michelet
Tout à fait !

M. Philippe Baptiste, ministre
Ce qui a profondément changé en revanche, c'est que, longtemps cantonnée aux classes prépa, l'excellence n'est plus leur apanage. Les universités ont développé des filières d'excellence : bachelors, doubles cursus, doubles masters, écoles intégrées… Les parcours se sont diversifiés et la liberté, notamment celle de trouver ailleurs des formations d'excellence, offerte aux très bons élèves qui n'auront pas trouvé leur place à Louis-le-Grand, est plus grande.

Mme la présidente
La parole est à Mme Anne Sicard.

Mme Anne Sicard (RN)
Comme cela a été exposé, Parcoursup est une machine grippée. Si cette plateforme est devenue une boîte noire indéchiffrable, c'est aussi parce que nous lui demandons l'impossible : orienter des élèves que l'on refuse de sélectionner. En effet, la première limite de notre système d'orientation, c'est l'effondrement de la valeur du baccalauréat. Avec 91 % de réussite globale et 96 % pour le bac général, ce diplôme qui était un outil de sélection s'est transformé en un simple certificat de présence. Pendant trente ans d'égalitarisme éducatif, on a préféré baisser la barre plutôt que d'élever le niveau. L'introduction massive du contrôle continu a achevé de dissoudre toute exigence. Or un 15/20 à Henri IV ou à Louis-le-Grand ne vaut évidemment pas un 15/20 reçu dans un lycée d'éducation prioritaire. C'est là le paradoxe le plus accablant : Parcoursup ne prend même pas en compte les notes du baccalauréat, et l'affectation repose sur le dossier scolaire, qui n'a rien de comparable d'un établissement à l'autre.

Le baccalauréat, c'est pourtant la promesse républicaine d'une épreuve nationale anonyme, identique pour tous. Il est aujourd'hui doublement humilié, vidé de son exigence par le contrôle continu, puis ignoré par l'algorithme censé orienter nos lycéens. On fait croire à chaque bachelier qu'il est apte aux études dites supérieures. Pire, certains établissements, sous la pression, gonflent les notes pour ne pas confronter leurs élèves à leur niveau réel. L'échec de plus d'un étudiant sur deux en première année n'est que le résultat de la politique du bac pour tous, autrement dit, de la réussite pour personne !

Ma question est donc simple : continuerons-nous à financer ce gâchis humain ou allons-nous enfin restaurer l'exigence nationale pour orienter nos forces vives vers les filières scientifiques et technologiques, dont la souveraineté française dépend ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Tout d'abord, sont proposées, au sein de Parcoursup, des formations sélectives et des formations non sélectives, comme cela a toujours été le cas. L'accès aux formations sélectives ne repose pas, et n'a jamais reposé, sur les notes terminales du baccalauréat, puisque les épreuves terminales arrivent mécaniquement beaucoup trop tard pour que les établissements se fondent sur elles. Tout cela n'est pas nouveau, et pardon si je rappelle une évidence.

Nous avons uniformisé, au sein de Parcoursup, la procédure concernant les formations sélectives et non sélectives, avec une nouveauté depuis cette année, puisque deux notes du baccalauréat seront directement prises en compte : la note du bac de français et celle de l'épreuve anticipée de mathématiques, ce qui, d'une certaine façon, répond à vos préoccupations.

Ensuite, vous avez en effet raison d'évoquer la difficulté posée par le gonflement des notes. Cela doit être régulé mais je ne doute pas que nous y arriverons, comme y sont arrivés les autres pays qui fonctionnent avec des systèmes similaires.

Enfin, permettez-moi de faire remarquer que, si le contrôle continu peut être source de pression pour les élèves qui sont en effet mis sous tension dans la durée, c'est aussi un moyen, pour certains, de corriger le tir en cours de scolarité, et donc un moteur de réussite.

Mme la présidente
La parole est à M. Jordan Guitton.

M. Jordan Guitton (RN)
En 2025, 103 000 jeunes ont été abandonnés par Parcoursup après la phase principale, dont 70 000 lycéens sans aucune proposition, alors que le taux de réussite au baccalauréat a dépassé les 90 %. Parallèlement, parmi ceux qui intègrent une licence, presque 60 % échouent en première année, ce qui est, bien sûr, un gâchis d'orientation. Le système actuel est injuste, opaque, inefficace. Parcoursup, c'est la sélection déguisée, l'arbitraire des algorithmes et l'angoisse pour des milliers de familles qui nous font d'ailleurs part chaque année de leurs préoccupations en nous adressant des mails.

Au Rassemblement national, nous avons un plan clair pour clarifier l'orientation. Le baccalauréat redeviendra un examen terminal, national et anonyme, avec des notes qui comptent vraiment pour l'accès à l'université. Aujourd'hui, le bac n'est plus qu'un diplôme dévalué, ignoré par Parcoursup. Nous y mettrons fin, mais cela m'amène à une première question : pourquoi ne pas avancer la date des épreuves du baccalauréat, pour permettre de les inclure dans l'orientation postbac ?

Le brevet, lui, deviendra un examen d'orientation post-troisième, pour permettre une véritable revalorisation des filières, notamment professionnelles, qui ont bien besoin d'accueillir de nouveaux étudiants. Un système de passerelles devra être mis en place pour permettre le passage d'un enseignement à l'autre.

Vous prétendez que Parcoursup n'est pas un algorithme. Dans ce cas, soyez transparents et publiez les critères de sélection, expliquez-nous ce que signifie la fin de l'opacité dans les admissions et le rôle que jouent les établissements dans le choix des critères de sélection. Davantage de transparence nous permettrait d'éclairer le travail parlementaire et les réponses que nous devons fournir chaque année aux familles désespérées qui nous contactent par mail.

Au Rassemblement national, notre objectif est clair : zéro jeune sans solution – j'espère que c'est aussi le vôtre, monsieur le ministre – avec un système qui récompense le mérite, protège les enseignants et prépare ce qui constitue l'avenir de la France. Ma question est simple : sur ce sujet, comme sur tant d'autres, pourquoi rien n'a changé en 9 ans de macronisme ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Permettez-moi de contester un ou deux points que vous mentionnez. Non, la plateforme n'a pas abandonné 70 000 jeunes. Sur le million de jeunes inscrits, nombre d'entre eux changent de projet, quittent la plateforme parce qu'ils ont décidé de travailler et de ne pas poursuivre leurs études, parce qu'ils ont trouvé une formation d'enseignement supérieur à l'étranger, parce qu'ils ont décidé de redoubler, etc. Certains jeunes préviennent, et se désinscrivent de la plateforme, d'autres pas. Je peux vous assurer que ceux qui n'ont pas d'affectation ne sont pas du tout abandonnés : ils sont relancés par e-mail, par téléphone et ceux qui veulent continuer leurs études et restent sans solution sont pris en charge par les CAES, les commissions d'accès à l'enseignement supérieur, composées de professeurs du secondaire et des universités, de personnels du rectorat, que je suis allé voir, et qui passent leurs mois de juillet et d'août à caser les élèves un par un dans des formations. Finalement, comme je l'ai déjà indiqué, seuls 23 jeunes sont restés sans solution l'an dernier.

Si vous voulez que les notes du baccalauréat comptent pour Parcoursup, au vu du temps nécessaire pour examiner les dossiers, il faudrait organiser le baccalauréat en février. Dans ce cas, on perdrait des mois de formation puisque l'année de terminale durerait quatre mois. Je suis ouvert à toutes les bonnes idées, mais je crains que celle-ci ne fonctionne pas. Pardonnez-moi, j'ai été long ; je n'ai pas pu répondre sur tous les points que vous avez évoqués.

Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Lalanne.

Mme Sandrine Lalanne (EPR)
Ma première question concerne les conseils et la formation privée. L'orientation postbac est un moment déterminant dans la vie des jeunes, qui devrait reposer sur une information fiable et pluraliste. Or, sur le terrain, de nombreux forums d'orientation, censés aider les lycéens à construire leur projet, sont dominés par des formations privées, parfois au détriment des filières publiques, très absentes, et de la diversité réelle des parcours existants. Ces forums devraient être des espaces d'échange humains permettant une information individualisée, des discussions approfondies sur le contenu des formations, les débouchés réels et les conditions de réussite. Ils deviennent trop souvent des vitrines commerciales où les stratégies de marketing les plus agressives prennent le pas sur l'intérêt des élèves.

Cette logique s'inscrit dans un contexte plus large de foisonnement de formations privées dont certaines ne sont pas reconnues par l'État, mais qui investissent massivement les lieux d'orientation, les réseaux sociaux, les établissements scolaires, avec des promesses parfois peu transparentes sur la qualité des diplômes, leur reconnaissance ou leurs débouchés professionnels.

Face à cette situation, la question n'est pas seulement celle de la coexistence du public et du privé, mais celle de la régulation, de la lisibilité de l'offre de formation et de la capacité du service public à garantir une orientation éclairée et émancipatrice pour tous les jeunes, quel que soit leur milieu social. Je rajoute le foisonnement de conseils prodigués par des organismes privés, très coûteux pour les parents.

Quelles mesures le gouvernement entend-il prendre pour garantir que les forums d'orientation reflètent la diversité des formations, privilégier l'échange humain, encadrer plus strictement la présence et les pratiques des formations privées et protéger les jeunes des dérives commerciales ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Tout d'abord, les lycéens sont fondamentalement inégaux suivant leur environnement social. Ils sont plus ou moins nourris en matière d'orientation selon le métier de leurs parents, selon ce que font les collègues. Je crois profondément que l'égalité républicaine doit être portée par le lycée, en particulier par les professeurs principaux, qui ont un rôle crucial d'accompagnement à jouer, et que les heures déclarées pour l'orientation dans les lycées techniques, professionnels ou généraux, doivent être réellement consacrées à l'orientation.

Mme Soumya Bourouaha et Mme Sandrine Lalanne
Ce n'est pas le cas !

M. Philippe Baptiste, ministre
Or on sait que ce n'est pas toujours le cas, que le disciplinaire a tendance à avaler les heures consacrées à l'orientation. C'est un enjeu majeur, car les jeunes les moins favorisés en pâtissent. On ne peut pas interdire le recours aux conseils privés, mais je veux dire aux lycéens qu'ils ont toute l'information sur Parcoursup, que les plateformes de l'Onisep, qui intègrent un peu d'IA, sont très accessibles. Par contre, ils doivent se renseigner très tôt, sans attendre. Le vrai problème – je vais dire les choses un peu brutalement – c'est de parvenir à réveiller plus tôt les jeunes qui ne s'en préoccupent qu'une semaine ou 10 jours avant la date fatidique de clôture.

Une charte déontologique des salons étudiants, active à partir du mois d'avril, permettra de les réguler, pour que nous soyons certains qu'ils apportent de l'information, sans adopter une démarche mercantile sur les questions d'orientation.

Enfin, sur la question des formations de l'enseignement supérieur privé, vous savez qu'un projet de loi relatif à la régulation de l'enseignement supérieur privé devrait être examiné dans peu de temps, je l'espère, par votre assemblée.

Mme la présidente
La parole est à Mme Sandrine Lalanne pour sa seconde question.

Mme Sandrine Lalanne (EPR)
Elle concerne l'inadéquation entre les profils des élèves de première et de terminale, suivant leurs choix de spécialités, et l'offre de formation supérieure car je tiens à dire que l'absence des mathématiques en terminale constitue un problème pour l'orientation.

Certaines formations, comme les classes préparatoires, ne font pas le plein, même en économie-gestion, car beaucoup d'élèves ne suivent pas l'enseignement de mathématiques en terminale. Ce phénomène se produit souvent.
Qu'on le veuille ou non, les mathématiques restent une matière de sélection pour les études supérieures en France. C'est même le cas dans certaines formations comme des IEP qui demandent les notes de mathématiques. D'autres filières, à l'université, offrent trop peu d'effectifs, notamment en région parisienne, par rapport aux spécialités suivies. Les étudiants peuvent ainsi obtenir une place, mais leur échec est programmé.

Pouvons-nous nous pencher sur le profil des lycéens et l'offre dans le supérieur ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
L'option mathématiques expertes existe en terminale pour ceux qui souhaitent la suivre. Mais je comprends bien que votre question concerne les autres élèves qui, auparavant, faisaient des mathématiques dans leur filière, sans que ce soit nécessairement leur objectif. Cependant, la réforme du baccalauréat n'a pas eu d'effet statistique majeur sur l'orientation dans les études supérieures. La proportion de filles qui s'orientent vers des disciplines scientifiques n'a pas baissé. En revanche, moins de jeunes suivent des mathématiques en terminale, c'est-à-dire qu'ils les abandonnent un peu plus tôt. C'est un sujet sur lequel nous devons travailler.

L'adéquation est une question multiple. Il faut prendre en compte le profil des jeunes qui évolue au gré des choix et des modes, les capacités d'accueil des formations – qu'on ne peut faire évoluer d'un claquement de doigts parce qu'on ne transforme pas un professeur d'allemand en un professeur de physique ou d'énergie – et – pardon de le dire – le bassin d'emploi.

Mme Sandrine Lalanne
Bien sûr !

M. Philippe Baptiste, ministre
L'enseignement supérieur a une double vocation : l'ouverture et la compréhension du monde, inscrite dans l'ADN de nos universités, mais aussi la préparation à des métiers qui évoluent à très grande vitesse. C'est vraiment très compliqué, c'est pourquoi les cartes de formation sont pensées sur la base de contrats d'objectifs et de performance au cœur desquels on trouve les universités qui définissent leur stratégie. La présence, autour de la table, des régions, des entreprises et de l'État permet que tout le monde s'aligne sur cette stratégie et s'accorde sur cette carte.

Mme la présidente
La parole est à M. Arnaud Saint-Martin.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP)
La semaine dernière, en ouvrant ma boîte mail électronique de parlementaire, quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'ai découvert une offre de formation d'une improbable école "Robert de Sorbon" : 500 euros de frais de jury pour un diplôme bidon, qui ne vaut rien sur le marché de l'emploi, et 1 200 euros pour une procédure accélérée. Robert de Sorbon est pourtant un multirécidiviste connu des services de l'État, condamné pour arnaque aux faux diplômes et pratiques commerciales douteuses. On pourrait en sourire, tant c'est grossier, mais les études postbac sont bel et bien en proie à une Robert de Sorbonnisation des formations supérieures.

Le nombre d'établissements privés à visée lucrative a explosé ces dernières années, aidé par l'inaction des gouvernements macronistes qui, faute de réguler sévèrement ce commerce douteux, préfèrent proposer des réformes paramétriques ou pire, un projet de loi qui achève de brouiller les frontières entre le public et le privé, normalisant l'idée que les études supérieures sont un business parmi d'autres – vieux mantra de la stratégie de Lisbonne. Peut-être espérez-vous faire oublier des années d'attentisme. Sur les quatre-vingts établissements contrôlés par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), 56 % présentaient des anomalies graves, allant de la publicité mensongère à la proposition de diplômes sans habilitation. Les contrôles de la qualité des formations sont insuffisants, les sanctions sont rares et les exclusions quasi inexistantes.

Le gouvernement annonce de nouveaux labels, de nouveaux agréments, un nouveau tri sur Parcoursup, mais l'accumulation de labels du répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) – Qualiopi, accréditation privée, et autres – a déjà rendu le système incompréhensible, sans empêcher les fraudes. Les salons de l'étudiant sont de véritables miroirs aux alouettes, remplis de ces fausses universités qui prolifèrent aux côtés de celles du public, promettant aux étudiants un bachelor ou un mastère sans passer par Parcoursup en oubliant de spécifier que ces diplômes n'existent pas. Quelle aubaine ! Combien faudra-t-il encore d'étudiants endettés et en détresse, faute d'orientation fiable, pour des diplômes sans valeur, avant que l'État assume enfin sa responsabilité ? Quand interdirez-vous l'enseignement supérieur privé lucratif qui prospère sur l'abandon du service public ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
À l'issue d'une augmentation très forte au cours des vingt dernières années, 25 % des élèves suivent désormais des formations d'enseignement supérieur privé, lucratives ou non lucratives. Un projet de loi sera étudié dans les prochaines semaines afin de réguler l'enseignement supérieur privé, mais réguler ne signifie, en aucun cas – nous avons probablement un point de désaccord ici –, interdire l'enseignement supérieur privé lucratif ou non. La très grande majorité de ces formations d'enseignement supérieur privé sont de qualité, voire de très grande qualité si vous prenez l'exemple des grandes écoles de commerce privées, très reconnues en France et dans le monde. C'est un exemple parmi d'autres.

Il y a donc d'excellentes formations et nombre d'entre elles sont bonnes mais il en a aussi qui sont problématiques. Nous avons quelques exemples, dont celui que vous avez mentionné, et d'autres ont été cités dans différents ouvrages. Dans le cadre actuel, il est très difficile de les contrôler. Vous avez raison sur ce point. La faible régulation fait qu'il est plus simple d'ouvrir une formation d'enseignement supérieur que d'ouvrir un restaurant ou un commerce. La régulation prévue par le projet de loi est donc nécessaire.

Dans le cadre actuel, nous utilisons beaucoup Parcoursup pour contrôler les formations qui se trouvent sur la plateforme, ce qu'il est plus difficile de faire pour celles qui n'y sont pas. Ainsi, plusieurs déréférencements ou rappels à l'ordre de formations sont prononcés chaque année parmi les formations présentes sur Parcoursup. Le but du projet de loi que j'évoquais est de garantir qu'une formation labellisée par l'État – Qualiopi ou autre – soit de qualité.

Mme la présidente
La parole est à M. Arnaud Saint-Martin.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP)
Permettez-moi de faire un pas de côté et d'interroger la pertinence de la demande d'un tel débat par le groupe UDR…N. Il est cocasse de constater que ce groupe s'inquiète soudainement des limites du système d'orientation post-bac, alors même que ses membres ont voté, année après année, les pires lois contre l'université.

Les limites sont pourtant claires. Elles sont le fait de votre famille politique qui, on le sait, méprise l'université publique.

La première n'est autre que Parcoursup, un système de sélection made in Macronie, dont, à ma connaissance, vous n'avez jamais vraiment contesté la rationalité. Parcoursup survit grâce à une logique néolibérale de mise en concurrence selon laquelle la prétendue main invisible du marché est censée produire la meilleure orientation possible pour des candidats soumis, toujours plus tôt, à une injonction au darwinisme social. En 2024, plus de 85 000 jeunes se sont retrouvés sans affectation à la fin de la première phase – 77 000 l'année précédente. Plus qu'une limite, c'est un désastre.

La deuxième limite, c'est une université asphyxiée financièrement, contrainte de voter des budgets en déficit, alors que le privé est largement subventionné et encouragé. Cette année encore, le projet de loi de finances imposé par 49.3 ne fait pas exception. Dans une université publique où il y a ni assez d'enseignants ni assez de places pour les étudiants, on compte 4 millions d'euros en moins pour la vie étudiante. On se demande d'ailleurs comment le gouvernement entend financer le repas à un euro avec ce genre de budget, à moins de couper dans le programme, comme il l'avait fait pour les bourses.

Ma question n'est qu'un prétexte, vous l'aurez compris. En résumé, nous avons donc une université publique, largement sous-financée, qui est en crise et qui manque de places, assortie d'une plateforme opaque qui sélectionne selon des critères incompréhensibles et qui laisse des dizaines de milliers de lycéens sur le carreau ; dans l'éducation nationale, 4 000 postes supprimés, donc moins de conseillers d'orientation, moins d'accompagnement et moins de suivi tout au long de la scolarité. Chers collègues de l'UDRN, si vous cherchez des limites à l'orientation postbac, regardez donc ce que vous avez voté, ce que vous avez laissé faire et le désastre que cela constitue pour les lycéens et pour les étudiants !

M. Maxime Michelet
Notre groupe existe depuis seulement un an et demi !

M. Arnaud Saint-Martin
Vous êtes solidaires du RN !

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Je n'entrerai pas dans ce débat entre deux groupes.

Le budget voté, valable pour la mission Recherche et enseignement supérieur, dont le périmètre excède celui du ministère, est en augmentation de 750 millions d'euros par rapport à l'année précédente. Quant au périmètre du ministère – universités, organismes et vie étudiante –, il bénéficie de 350 millions d'euros supplémentaires, lesquels compensent aussi des charges supplémentaires. Ce budget permet donc de faire fonctionner efficacement l'enseignement supérieur et la recherche.

Certes, des budgets d'université sont votés en déficit, mais ce sont des budgets initiaux. Vous le savez : la différence entre le budget initial et le budget réalisé est toujours très forte, car les dépenses sont très souvent inférieures aux prévisions. De plus, les budgets initiaux ont été calculés avant la rallonge budgétaire apparue quelques jours avant le recours au 49.3. Il faut donc prendre le chiffre relatif aux universités en déficit avec prudence.

Vous avez évoqué des critères incompréhensibles ou opaques, mais vous savez, monsieur le député, que ce sont des hommes et des femmes – professeurs, enseignants de BTS, d'institut universitaire de technologie (IUT) ou d'université – qui étudient les dossiers. Les critères ne sont pas incompréhensibles, ils sont même publics ! À chaque formation correspondent des critères. Tout élève a le droit de demander individuellement pour quelles raisons il a été refusé. Certains le font. Ce droit est relativement peu utilisé, mais il existe. Je ne souscris donc pas à l'idée de critères incompréhensibles.

Mme la présidente
La parole est à M. Romain Eskenazi.

M. Romain Eskenazi (SOC)
Si vous êtes d'accord, madame la présidente, je poserai mes deux questions à la fois. Monsieur le ministre, vous semblez défendre avec une certaine conviction l'efficacité de Parcoursup – c'est votre rôle. Je suis d'accord avec vous sur un point : ce n'est qu'un outil. Et tout outil est souvent un bouc émissaire. Parcoursup ne fait qu'administrer une rareté, sans la corriger, et dissimule la pénurie de places et les difficultés d'orientation. J'aimerais discuter de cet outil, de l'orientation qui le précède et de la réforme du collège.

Sur les 900 000 inscrits sur Parcoursup, 500 000 sont des néobacheliers, 400 000 sont en réorientation – mais comme on est appelé à se former tout au long de sa vie, il ne faut pas les négliger –, 85 000 se retrouvent sans affectation. S'agissant du vécu, plus de 83 % des usagers considèrent que Parcoursup est source de stress et d'angoisse, alors qu'il intervient à un moment lors duquel on est censé décider avec optimisme de son avenir. C'est inquiétant. D'autant plus que le sentiment d'opacité demeure, malgré la demande en 2020 du Conseil constitutionnel et de la Cour des comptes de faire la transparence sur les critères de sélection. Le sentiment d'arbitraire nourrit alors le sentiment d'injustice.

Par ailleurs le système est complexe. PAAS, LAS, BUT, CPES, LDD, usage abusif de l'appellation bachelor ou mastère : dans une jungle de sigles parfois incompréhensibles, de nombreuses écoles proposent des formations sans diplôme reconnu nationalement, ni visa ni grade, s'appuyant uniquement sur le titre dans le répertoire national des certifications professionnelles. Les familles dotées d'un capital culturel savent les décoder, les autres s'autocensurent ou font des choix par défaut. De fait, Parcoursup devient un facteur de reproduction sociale.

Le marché de l'enseignement privé explose, avec une croissance annuelle de 15 % à 30 %, et des tarifs de séances de consulting ou de conseil qui vont de 20 à 100 euros. Certains parents témoignent de prestations décevantes d'accompagnement pour Parcoursup à plus de 1 000 euros !

Il y a tout de même des acteurs vertueux. L'un d'eux m'a aidé à préparer ce débat. Il s'agit de Thotis, un site soutenu par votre ministère, lequel fournit une information gratuite, fiable et accessible à tous. Il propose un vérificateur de diplôme contrôler la véracité d'un diplôme proposé sur Parcoursup. Comptez-vous augmenter les capacités des filières en tension, telles que l'Université Paris-1 ou d'autres universités très demandées ? Par quels moyens entendez-vous revaloriser la filière professionnelle, laquelle forme à de très nombreux secteurs qui peinent à recruter, pour des beaux métiers qui offrent de belles carrières et des rémunérations intéressantes ? Cela me paraît fondamental ! Enfin, comptez-vous obliger à la publication quantitative des critères de sélection ?

Sur le temps qui me reste, j'aimerais aborder deux autres sujets. À la suite de la réforme de 2018, l'orientation a été confiée aux régions avec une inégalité de fait assez forte entre elles : quand certaines ferment des centres d'information et d'orientation (CIO), d'autres non. Les conseillers d'orientation, que j'ai moi-même connus, ont été remplacés par des psy-EN. En Île-de-France, il y en a un pour trois lycées, soit pour environ 3 000 élèves. Ce sont donc les professeurs, essentiellement les professeurs principaux, qui se chargent de l'orientation. Un renforcement de leur propre formation est-il prévu afin qu'ils accompagnent au mieux les élèves ? Les heures de formation sont trop souvent sacrifiées en priorité lorsqu'il faut récupérer des heures. On constate une importante inégalité dans l'accès à une information qu'il s'agirait de renforcer et d'harmoniser. Quand bien même cette compétence relève de la région, avez-vous un plan en la matière ?

J'en viens, pour finir, à la réforme du bac et à l'inégalité entre les filières. Avant la réforme, les classes de terminale S comptaient 48,4 % de filles ; elles ne sont plus que 39,8 % en spécialité mathématiques. On constate que la réforme a aggravé les inégalités d'accès aux filières scientifiques. Avec le recul que nous avons désormais, envisagez-vous des ajustements ?

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Je le répète, Parcoursup n'est qu'un outil et une procédure. S'il faut une évolution, j'y suis ouvert. Parcoursup aujourd'hui n'est plus le même qu'en 2017, il a profondément évolué. Certes, il cristallise un certain nombre d'angoisses et de questions, mais quel que soit le nom ou la procédure, l'orientation, qui est un moment difficile, cette étape générera mécaniquement du stress. Il faut tout faire pour le limiter, mais à un moment donné, le candidat doit choisir. Jusque-là, le lycéen est comme dans un cocon ; il est très accompagné dans ses choix, parfois même poussé. À cette nouvelle étape, il doit faire un choix pour son futur.

Je conteste de nouveau le chiffre de 85 000 jeunes sans affectation. J'ai déjà fourni l'explication. Il y a des gens qui sont partis faire autre chose, mais en fin de procédure, des jeunes qui veulent trouver une formation et qui sont en difficulté, il y en avait moins de 30 l'an dernier, et leur nombre était similaire l'année précédente.

Je suis d'accord avec vous, monsieur le député, sur la très grande profusion des formations : classes préparatoires, licences, LDD, bachelors, diplômes universitaires spécialisés, écoles d'infirmières, CPES, etc. La profusion des formations est aujourd'hui beaucoup plus grande qu'hier. Toutes sont disponibles sur la plateforme.

Je suis également d'accord avec vous sur un autre point : il existe une forme d'inégalité sociale dans la compréhension et la manipulation de ces informations. Si vous avez les codes et les outils, cette plateforme est d'une richesse objectivement incroyable. Pour chaque formation, vous avez le taux de succès ou les emplois vers lesquels elle débouche. Comment s'en servir pour que cette mine d'informations ne devienne pas un frein à l'ambition des jeunes, mais bien un moment d'ouverture sur le monde du supérieur ? Les familles ont un rôle à jouer, tout comme les professeurs. Vous l'avez dit, les psy-EN jouent un rôle très important, mais ils sont en nombre relativement limité. Je crois donc que l'un des rôles fondamentaux des professeurs de lycée, en particulier des professeurs principaux, consiste à accompagner les jeunes. C'est vraiment capital. Il faut réussir à placer ce sujet au cœur du débat. Grâce au plan "Avenir" – défendu par Élisabeth Borne, alors ministre de l'éducation nationale –, ils seront davantage formés.

J'aimerais revenir un instant au sujet des mathématiques, auquel je suis sensible, étant moi-même mathématicien. Lors de la réforme du baccalauréat, personne n'avait identifié le risque de fuite : on trouve aujourd'hui moins de filles en spécialité mathématiques qu'on en trouvait hier dans les grandes options mathématiques des bacs scientifiques. Cela étant, l'effet est neutralisé dans les études supérieures. Les statistiques montrent une forme de stabilité. Auparavant, des filles poursuivaient l'étude des mathématiques parce qu'elles se destinaient à faire médecine par exemple. Elles ont désormais la possibilité d'échapper aux mathématiques. Cette réforme a donc servi de révélateur. Il ne faut pas s'en contenter, mais je ne crois pas qu'elle ait généré une désaffection particulière des mathématiques ; elle a révélé quelque chose plus tôt qu'on ne le voyait avant. Il faut que nous réussissions à travailler là-dessus.

Mme la présidente
La parole est à M. Laurent Croizier.

M. Laurent Croizier (Dem)
Je poserai aussi mes deux questions en une fois.

Depuis une quinzaine d'années, l'université connaît une croissance continue et soutenue du nombre d'étudiants, mettant à l'épreuve ses capacités d'accueil et son modèle de formation. Combien d'étudiants intègrent l'université par défaut, sans projet structuré, sans appétence pour des études longues ? Combien sont mal orientés, insuffisamment préparés à des cursus où ils ont peu de chances de réussir ? Nous sommes en droit de nous poser ces questions.

En premier cycle universitaire, nous en avons déjà débattu, seul un étudiant sur trois obtient sa licence en trois ans, moins d'un sur deux la réussit en quatre ans. Cet échec est plus souvent un échec d'orientation qu'un véritable échec scolaire. Il a cependant un coût humain et financier pour ces jeunes et leurs familles ainsi que pour les universités et pour l'avenir du pays.

Il y a un autre paradoxe : des diplômés universitaires cherchent parfois en vain un emploi correspondant à leurs qualifications, quand des entreprises peinent à recruter pour des métiers manuels et techniques.

L'accès à l'université, sans discernement, est une erreur. Il faut avoir la lucidité de dire que tous les bacheliers n'ont pas les compétences ou l'autonomie suffisante pour poursuivre un cursus universitaire, non par manque de mérite ou de capacités, mais simplement parce que leurs compétences méritent d'être approfondies ou parce que leurs talents s'expriment ailleurs.

Redonner du sens à l'accès à l'enseignement supérieur, c'est redonner du sens à toutes les formations – pas seulement aux formations universitaires. C'est redonner au processus d'orientation en reconnaissant qu'il existe mille façons de réussir sa vie professionnelle et personnelle.

Il faut orienter les jeunes selon leurs talents réels. Un élève en difficulté au collège, au lycée ou à l'université n'est pas dépourvu de ressources ou de compétences, il faut seulement être en capacité de les repérer. Redonner du sens, c'est valoriser l'exigence et l'excellence de toutes les voies de formation, non seulement universitaires, mais également technologiques ou professionnelles. La France a autant besoin de techniciens qualifiés, d'artisans compétents ou d'ouvriers spécialisés que de cadres supérieurs ou d'ingénieurs de haut niveau.

Je conteste l'idée que la réussite de notre jeunesse se mesure à l'obtention d'un diplôme universitaire ou d'une grande école. Elle se mesure à la qualité des formations – entendez par là toutes les formations publiques, notamment universitaires – et à la capacité des jeunes à trouver leur voie et à s'y épanouir.

Comme vous le voyez, mon intervention est plutôt une remarque en forme de manifeste qu'une question à proprement parler.

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
Il y a eu une très forte croissance du nombre d'étudiants dans le monde de l'enseignement supérieur. De mémoire, cette augmentation est de l'ordre de 25 % en dix ans. Cette croissance n'a pas été uniforme dans les différents secteurs. Une très grande partie a été absorbée par l'enseignement supérieur privé qui a crû de manière spectaculaire ces dernières années, avec quelques dérives mentionnées précédemment et beaucoup de formations de qualité. Le nombre d'étudiants dans les universités a crû lui aussi, cependant cette croissance a été plus modeste, et il y a une relative stabilité sur les diplômes nationaux que sont la licence, le master et le doctorat.

Vous avez parlé de l'université comme d'un projet "par défaut", mais je voudrais souligner une des grandes évolutions du premier cycle dans les établissements supérieurs publics et en particulier dans les universités : il existe désormais des formations qui attirent les meilleurs bacheliers au sein des universités, ce qui n'était pas systématiquement le cas il y a dix ou quinze ans. Les doubles diplômes, en particulier les doubles licences, les bachelors, les diplômes spécialisés ou créés conjointement avec les lycées, les CPES, toutes ces formations nouvelles construites par les universités ces quinze dernières années sont extrêmement compétitives et parfois très attractives. Elles ont développé une voie d'excellence. Je pense que c'est très bien.

Plusieurs d'entre vous ont abordé la question des bacheliers professionnels. Le bac professionnel a été conçu pour amener à un métier, que ceux qui en sont titulaires exerceraient après le baccalauréat. Le taux de succès en bac pro a suivi une évolution très dynamique. Ensuite, beaucoup de titulaires d'un bac pro décident de poursuivre leurs études. Certains vont en BTS, formation a priori la plus adaptée pour eux – cependant le taux de succès des étudiants titulaires d'un bac pro en BTS est souvent un peu en retrait par rapport aux autres bacheliers, et certains s'inscrivent en licence.

Sur ce sujet, je reprendrai ce que vous avez dit en employant des mots plus durs : une promesse leur est faite qui est peut-être une hypocrisie. Je vous donne des chiffres de mémoire – là encore, pardonnez-moi si ceux-ci ne sont pas tout à fait précis : un bachelier professionnel qui s'inscrit en licence a une probabilité d'obtenir ce diplôme de l'ordre de 7 %. Pourtant, non seulement il peut s'inscrire en licence, mais si un bachelier professionnel le demande, la loi m'impose de lui trouver une place dans la licence à laquelle il souhaite accéder, ce que nous faisons. Cependant ce système repose sur une forme d'hypocrisie.

Je ne soutiens en aucune façon qu'il faudrait interdire aux bacheliers professionnels de poursuivre leurs études. En revanche, il faut avoir l'honnêteté et le courage de dire à ces bacheliers que s'ils poursuivent leurs études immédiatement après le bac, ils doivent se remettre à niveau – c'était l'objectif de ce que l'on appelait il y a longtemps la propédeutique. Dans Parcoursup, cela correspond aux réponses "oui si", c'est-à-dire à des parcours adaptés aux besoins des jeunes, qui comportent souvent une première année de remédiation et de remise à niveau. Ces parcours donnent de meilleurs résultats, qui peuvent toutefois être encore améliorés. Il y a également la possibilité d'aller travailler et de revenir plus tard pour mieux faire des études dans l'enseignement supérieur. Cette question est décisive. Il faut l'aborder avec plus de courage que nous ne l'avons fait jusqu'à maintenant.

Mme la présidente
La parole est à M. Lionel Vuibert.

M. Lionel Vuibert (NI)
Le système d'orientation postbac est un des premiers contacts des jeunes avec la République. Chaque année, près de 900 000 lycéens passent par Parcoursup. Ce qui devrait être un moment d'accompagnement, de projection, d'égalité des chances est souvent vécu comme une épreuve anxiogène, opaque et parfois profondément injuste. On demande à des jeunes de 17 ou 18 ans de formuler en moyenne une douzaine de vœux et de comprendre des attendus parfois très techniques, des classements, des listes d'attente, des taux d'accès différents selon les formations. Pour beaucoup, c'est trop complexe.

Selon plusieurs enquêtes, près de sept lycéens sur dix déclarent vivre Parcoursup comme une période très anxiogène. Un lycéen sur deux dit ne pas comprendre clairement pourquoi il est accepté ici, refusé ailleurs ou placé sur liste d'attente. Cette incertitude dure parfois plusieurs semaines, voire tout l'été. Pour les parents, ce n'est pas plus simple. La majorité reconnaît ne pas maîtriser le fonctionnement du système – c'est du vécu. Les notions de rang, de taux d'accès ou de délai de réponse sont difficiles à expliquer. Ainsi, beaucoup de familles avancent à l'aveugle, avec le sentiment que les règles ne sont pas les mêmes pour tous. Cette complexité accentue les inégalités : les élèves accompagnés par leur famille ou par des services privés s'en sortent mieux. À l'inverse, ceux qui sont seuls face à la plateforme, notamment dans les territoires ruraux ou les milieux modestes, subissent davantage le stress et l'incertitude.

Enfin, ce qui est à mes yeux plus problématique encore, Parcoursup continue de véhiculer une forme de hiérarchie implicite entre les filières. Certaines formations sont perçues comme des échecs alors qu'elles offrent de vrais débouchés. Par exemple, les formations qui mènent vers l'industrie ne sont pas toujours mises en valeur par Parcoursup.

Vous avez déjà répondu à plusieurs reprises à la question que je m'apprête à vous poser. Comment rendre l'orientation dans l'enseignement supérieur plus compréhensible, moins anxiogène, plus juste ? Nous avons besoin d'avancer pour que chacun s'y retrouve.

Mme la présidente
La parole est à M. le ministre.

M. Philippe Baptiste, ministre
J'essaierai de répondre à votre question relative à une orientation plus juste et au sentiment d'injustice qui peut être ressenti. Il arrive ainsi que, entre deux étudiants qui jugent avoir le même profil, l'un soit accepté dans une formation où l'autre est refusé. Cependant j'insiste sur le fait qu'il n'y a pas, derrière la plateforme, une mécanique qui prendrait les notes, réaliserait une moyenne et affecterait les élèves dans une formation en fonction de cette moyenne. Ce sont des hommes et des femmes qui examinent les dossiers.

Par exemple, s'il y a 50 places dans une formation, ils classent 200 ou 250 dossiers pour prendre en considération le fait que certains élèves admis iront vers une autre formation. Le classement qu'ils effectuent tient compte des appréciations, de la dispersion des notes, de toute une analyse humaine. Ainsi, deux jeunes peuvent avoir le sentiment d'avoir des dossiers très proches et cependant être jugés différemment.

Soit on crée une énorme usine à gaz qui réalise des moyennes et classe sur cette base, mais je pense que ce serait le pire des systèmes,…

Mme Sandrine Lalanne
Oui !

M. Philippe Baptiste, ministre
…soit on laisse la place aux hommes et aux femmes pour faire les choix, mais dans tous les cas il y aura un sentiment d'injustice – et je ne cherche pas à me défausser sur ceux qui effectuent les classements, au contraire.

Par ailleurs, je suis très ouvert à des propositions pour diminuer la complexité de Parcoursup, mais ce n'est pas évident.

Enfin, je voudrais revenir sur les filières industrielles que vous avez mentionnées. Parcoursup n'établit aucune hiérarchie entre les filières. En revanche, je suis d'accord avec vous sur le fait qu'il existe un ressenti, dans la société, selon lequel les technologies et l'industrie ne seraient pas tellement chic – la manière dont les sciences sont appréciées est à peine plus favorable. Il s'agit pourtant d'un enjeu majeur : la nation a besoin d'ingénieurs, de techniciens et de scientifiques – c'est notre priorité.

Il reste que les demandes des jeunes aujourd'hui ne correspondent vraiment pas du tout à ce besoin. Nous avons donc un vrai problème en amont : comment collectivement leur expliquer que les besoins de la nation résident dans les sciences, l'ingénierie ou la technique, que nous devons nous développer dans ces domaines si nous voulons que la France et l'Europe restent dans la course, et aussi qu'il y a là de très beaux métiers. Toutefois, cet enjeu dépasse largement la plateforme.

Mme la présidente
Le débat est clos.


Source https://www.assemblee-nationale.fr, le 12 février 2026