Déclaration de M. Roland Lescure, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et énergétique, sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie, Paris le 13 février 2026.

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  • Roland Lescure - Ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique

Circonstance : Conférence de presse de présentation de la troisième Programmation pluriannuelle de l'énergie

Texte intégral

Mesdames et messieurs,

Ça y est. Le décret sur la Programmation pluriannuelle de l'Energie a été publié au Journal Officiel cette nuit.

Il était temps.


Le Premier ministre l'a dit, cela fait 3 ans que l'on consultait, 3 ans que l'on débâtait, 3 ans que l'on expertisait. Aujourd'hui nous avons tranché, et dès demain nous lançons les investissements.

Nous ne pouvions plus attendre face à une triple urgence : géopolitique, économique, climatique.

Face à nous, certains préfèrent les polémiques, et je vais commencer par cela.

Cela fait plusieurs jours que j'entends des fausses nouvelles fleurir comme les éoliennes dans un champ.

1) La PPE ruinerait l'avenir de la France ?

C'est FAUX : au contraire, nous garantissons notre souveraineté énergétique. Chaque année, nous achetons des dizaines de milliards d'euros de carburants fossiles à des pays qui, pour certains, ne nous veulent pas du bien. Pour d'autres, qui étaient des amis et ne le sont plus tout à fait. Il est temps que ça s'arrête. C'était même 120 milliards d'euros au pic de la crise en 2022. De deux choses l'une : soit nous préférons nous faire dicter le prix de notre plein d'essence par les autres, soit nous préférons investir dans notre production énergétique. Nous, nous y répondons clairement.

2) Il suffirait de construire des centrales nucléaires ?

C'est FAUX. Le Rassemblement national, une fois de plus, raconte n'importe quoi. Il nous faut du nucléaire et nous le relançons, mais il nous faut aussi des ENR.

J'ai entendu un représentant du Rassemblement national nous dire que les Chinois construisaient des réacteurs nucléaires en cinq ans. Après avoir été financé par la Russie de Vladimir Poutine, après avoir été fasciné par l'Amérique de Donald Trump, le Rassemblement national souhaite désormais que les Chinois construisent nos réacteurs nucléaires. En termes de souveraineté, l'on peut mieux faire.

La réalité, c'est que pour construire un réacteur nucléaire, il faut entre 10 et 15 ans, et j'espère bien qu'on sera plus près de 10 que de 15 ans. Pour construire un parc éolien en mer, il faut 5 à 10 ans. Et pour construire un champ de panneaux solaires, il faut entre 1 et 3 ans. Nous ne pouvons pas attendre 10 à 15 ans pour être indépendants. C'est pour ça qu'il nous faut avancer sur les deux jambes. C'est ce que nous faisons dans cette PPE.

3) La PPE coûterait des centaines de milliards d'euros ?

C'est FAUX : encore une fois, le Rassemblement national ne sait pas de quoi il parle, il raconte n'importe quoi, il mélange des choux et des carottes. PPE ou pas, nous devons investir dans nos réseaux de transport et de distribution. L'ensemble des investissements annoncés par RTE et Enedis, c'est au total 200 Md€ dans les 10 ans qui viennent. De ces 200 milliards, la moitié est liée à l'entretien et au renouvellement de nos réseaux.

Le réseau de distribution, qui amène l'électricité à nos concitoyens, date de l'après-guerre. Il a plus de 80 ans. Les coûts d'entretien et de remplacement sont importants. Le réseau de transport date des années 70, du grand programme électronucléaire lancé à l'époque. Là aussi, les coûts d'entretien et de remplacement sont considérables.

Si certains veulent laisser nos réseaux partir à vau-l'eau, je leur laisse ce choix stratégique qui conduira non seulement à des risques de sûreté électrique, mais aussi à un renchérissement des coûts. Demandez à la SNCF : on a sous-investi dans le réseau ferroviaire depuis des années, ce sont des dizaines de milliards qu'on va devoir investir pour le remettre à niveau. Je ne souhaite pas être responsable de la décrépitude de nos réseaux électriques.

Par ailleurs, nous investissons dans les énergies renouvelables à des coûts bien moindres que ceux aujourd'hui supportés par les finances publiques, liés à des investissements passés. Vous savez qu'aujourd'hui, on est entre 6 et 8 milliards d'euros de soutien aux énergies renouvelables. Ce que vous savez peut-être moins, c'est que ces tarifs importants sont liés à des guichets ouverts à la fin des années 2000, notamment dans le solaire, qui nous coûtent aujourd'hui très cher. L'objectif est de réduire très significativement la contribution des finances publiques au financement des nouveaux appels d'offres. On sera, pour les nouveaux projets lancés à partir de cette année, autour d'un milliard d'euros par an. L'essentiel du coût pour les finances publiques, ce sont des contrats passés.

4) La PPE augmentera la facture des Français ?

C'est FAUX, tout simplement faux.

En économie, si l'on souhaite que les prix ne soient pas trop élevés à l'avenir, il faut investir. Si on n'investit pas, les coûts auront tendance à augmenter. La raison pour laquelle on investit, c'est justement pour s'assurer que nos enfants profitent d'une électricité moins chère qu'ailleurs en Europe, comme nous en bénéficions aujourd'hui.

Notre électricité aujourd'hui, c'est 36% de moins qu'en Belgique, 40% de moins qu'en Allemagne, 50% de moins qu'en Italie. Nous devons nous assurer, par nos investissements, que ce sera encore le cas demain.

5) Nous nous noyons dans un trop-plein d'électricité ?

Il y a 3 ans, on nous racontait exactement l'inverse. On était en pleine crise ukrainienne, et à l'époque, ceux qui aujourd'hui nous disent qu'on en a trop nous critiquaient pour le fait qu'on n'en avait pas assez.

La réalité, c'est que ces choses-là, ça va, ça vient, au gré de la disponibilité de nos parcs, et je remercie les salariés d'EDF d'avoir tout fait pour qu'aujourd'hui on puisse produire à plein volume. Ça va, ça vient aussi en fonction de l'évolution de la demande. La demande a eu tendance à baisser ces dernières années, et nous tablons, nous allons même tout faire pour, sur une hausse de la demande électrique dans les années qui viennent.

6) Nous privilégierions le nucléaire.

7) Nous privilégierions le renouvelable.

On est critiqué par les uns et par les autres, pour l'un ou pour l'autre. La réalité, évidemment, c'est que nous souhaitons utiliser les deux de manière équilibrée, parce que l'une et l'autre sont indispensables à notre mix énergétique.

[OBJECTIF]

Maintenant, quelle est notre vision avec cette PPE ?

- Aujourd'hui : 60% de notre énergie est fossile et importée, 40% est décarbonée et produite chez nous.
- Notre objectif : inverser ces chiffres pour sortir de la dépendance.
- C'est-à-dire atteindre : 60% d'énergie décarbonée en 2030, voire 70% en 2035.

[STRATÉGIE]

Quelle est notre stratégie ?

D'un côté, augmenter l'offre d'électricité. De l'autre, privilégier la hausse de la demande. On ne peut pas attendre que la demande ait augmenté pour augmenter l'offre, et on ne peut pas non plus augmenter l'offre seule en rêvant que la demande la rejoigne. Il faut faire les deux.

Vous le savez, le rapport de RTE publié en décembre nous l'a confirmé : nous sommes aujourd'hui en dessous de la consommation d'électricité que nous avions anticipée.

Je résume : il faut produire +, électrifier + pour consommer +.

[PRODUCTION]

Produire plus.

Avec la PPE 3, nous entrons dans une nouvelle dimension.

Avec un plan ambitieux, réaliste et adaptable :

- Ambitieux : la production globale d'énergie, notamment d'électricité, atteindra entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 540 TWh aujourd'hui. Notre trajectoire de décarbonation qui sous-tend la PPE est à la hauteur des objectifs climatiques de la France.
- Réaliste : le soutien de l'État se fait à un coût raisonné pour les finances publiques. À horizon 2035, pour les énergies renouvelables, nous multiplions par 2,7 la production et pourtant, ça coûtera moins cher à l'État. Pour 3 raisons : 1) nous investissons dans des technologies moins coûteuses, 2) nous optimisons les installations existantes pour produire plus, et 3) nous remplaçons de vieux contrats coûteux qui arrivent à échéance par des contrats moins chers. Nous intégrerons évidemment les résultats de la mission Lévy-Thuot.
- Adaptable : une clause de revoyure est prévue en 2027 pour ajuster les objectifs à l'évolution des besoins d'électricité.

De la même manière que la Programmation Militaire nous donne les moyens de notre réarmement, la PPE nous donne les moyens de notre puissance énergétique.

[CIBLES PAR FILIÈRE]

Regardons maintenant ce qu'il en est pour chaque filière.

1/ D'abord le nucléaire.

Nous entrons dans un nouveau monde, celui où l'on construit de nouvelles centrales nucléaires. Il y a quatre ans, presque jour pour jour à Belfort, j'y serai d'ailleurs cet après-midi, le Président avait dessiné cet avenir.

C'est la première fois que l'on inscrit dans un texte officiel les engagements de Belfort. Nous avons désormais une base légale pour discuter avec la Commission d'un soutien plus important de l'État. Ça veut dire qu'on peut aller voir la Commission européenne et négocier de manière formelle les dispositifs de financement. Ça veut dire qu'on peut commencer à couler du béton. On rentre dans le concret.

La PPE 3 acte la construction de 6 EPR2 pour préparer la relève des réacteurs actuels. C'est 9,6 GW de plus. Elle prévoit aussi la possibilité d'en construire 8 supplémentaires. Enfin, elle optimise le parc existant.

- Les premiers travaux sur les futures centrales nucléaires ont d'ores et déjà commencé, en particulier à Penly. Et nous devons tenir le cap pour inaugurer un premier EPR2 dès 2038.
- Avant cela, en 2035, la filière produira entre 380 et 420 TWh. Je rappelle qu'au creux de 2022, on était en dessous de 300 TWh.

Cependant, les centrales nucléaires ne poussent pas en une nuit. Nous avons donc besoin d'investir dans les énergies renouvelables.

L'articulation entre les deux est importante, c'est l'enjeu de la modulation de notre parc nucléaire.
La modulation du parc nucléaire permet de faire varier la production des réacteurs, pour s'adapter à la demande d'électricité et à l'intermittence des énergies renouvelables, afin que l'offre et la demande restent équilibrées sur le réseau.

RTE a déjà produit des travaux sur le sujet. Première conclusion importante : aucun risque de blackout en France. La modulation permet d'assurer une sûreté totale de notre réseau. Je ne suis pas sûr que tous nos voisins puissent en dire autant.

Nous allons continuer à travailler sur ce phénomène, notamment dans un cadre européen, où un certain nombre de voisins installent beaucoup de production renouvelable, et nous devrons intégrer cela dans les discussions sur la stabilité des réseaux.

2/ La PPE 3 acte la relance de l'hydroélectricité :

Nous mettons fin à 15 ans de contentieux européens. L'Assemblée nationale a voté pour relancer les travaux de modernisation. Je souhaite remercier à nouveau les députés, notamment les députés Battistel et Bolo, et l'ensemble des parlementaires qui ont porté ce travail.

Avec la PPE, nous fixons l'objectif d'augmenter les capacités de production de 11 % pour atteindre 28,7 GW d'ici 2035.

Pour cela, nous allons développer et pérenniser le parc de barrages français et investir dans de nouvelles installations de stockage pour être en mesure de répondre en quelques minutes à un pic de consommation de 750 000 personnes. Ces investissements permettront aussi de gérer une partie des enjeux de modulation.

3/ L'éolien en mer concentre une importante part de l'augmentation de la production d'électricité pour deux raisons :

- C'est la source d'énergie renouvelable la plus régulière après l'hydraulique.
- C'est une de nos filières industrielles de pointe avec 5 000 emplois. Nous voulons capitaliser dessus.

Les éoliennes en mer auront toute leur part dans le mix énergétique de demain.

Nous publierons dès que possible les appels d'offres 9 et 10 qui permettront d'équilibrer les enjeux d'acceptabilité et de coût : pour simplifier, plus c'est loin des côtes mieux on aime, mais plus c'est loin des côtes plus ça coûte.

Nous allons passer de 2 GW à 15 GW en 2035. C'est-à-dire la consommation annuelle des régions Nouvelle-Aquitaine et Pays de la Loire.

4/ Sur l'éolien terrestre :

Nous privilégions la remotorisation, ce qu'on appelle le repowering, des éoliennes existantes. Concrètement, je vous annonce que les futurs appels d'offres feront l'objet de bonus à la remotorisation.

L'objectif de ce repowering, c'est d'augmenter la puissance des éoliennes existantes en changeant les turbines, en changeant la taille des pâles, et sans doute pour la plupart en changeant aussi la taille des mâts.

C'est un coup de frein, mais pas un moratoire.

L'objectif est d'atteindre 35 à 40 GW en 2035, qui pourraient répondre à la consommation annuelle de 10 millions de foyers chauffés à l'électricité.

Et 31 GW en 2030 : 24 déjà installés, 4 GW déjà embarqués dans les appels d'offres déjà adoptés, 3 de nouveaux à installer.

5/ Le photovoltaïque :

Nous assumons de conserver une ambition forte : atteindre entre 55 et 80 GW d'ici 2035, ce qui correspond aux ¾ de nos besoins en datacenters. La France attire beaucoup de financements pour installer des datacenters ; avec cette fourchette, on sera entre 60 et 75 % de nos besoins.

Dès 2026, le volume cible d'appels d'offres sera de 2,9 GW. Et dès la semaine prochaine, un appel d'offres PV Grands bâtiments de 300 MW sera lancé.

La PPE 3 prévoit aussi de :

- Développer les petites installations décarbonées comme les hydroliennes.
- Poursuivre la substitution de combustibles carbonés (pétrole, gaz), en développant les énergies bas-carbone non électriques (réseaux de chaleur, géothermie, biométhane, hydrogène, biocarburants), qui sont un élément clé de la transition écologique de notre secteur aéronautique.

[ZONES NON INTERCONNECTÉES]

Un mot sur les zones non interconnectées : les outre-mer et la Corse.

Pour les outre-mer, le mix énergétique est à 75% fossiles, même s'il existe bien évidemment de grandes disparités entre les territoires, La Réunion étant bien en deçà de ce chiffre.

Chaque territoire dispose de formidables ressources potentielles : l'éolien à La Réunion, la géothermie à Mayotte et en Guadeloupe, la biomasse liquide en Guyane et en Corse, l'hydroélectricité en Nouvelle-Calédonie.

L'objectif est clair : développer l'autosuffisance énergétique de ces territoires.

C'est pourquoi j'écrirai la semaine prochaine aux présidents de ces collectivités pour lancer les dernières consultations, finaliser dès que possible les PPE dans ces territoires et passer à l'action d'ici la fin de l'année.

[SE PROJETER]

Mesdames et messieurs, la PPE, ce n'est pas une fin en soi, ce n'est pas un aboutissement, c'est le début d'une nouvelle aventure. Elle va nous permettre de nous projeter vers l'avenir.

Chaque filière a désormais son objectif chiffré pour la période 2026 à 2035.

Nous allons pouvoir dans les prochains mois lancer les appels d'offres des projets partout sur le territoire pour que les entreprises de chacune des filières puissent investir, recruter et produire.

Nous rentrons désormais dans le concret.

[RÉINDUSTRIALISATION]

Cette PPE est un puissant levier de réindustrialisation.

C'est le chantier du siècle, qui intégrera des critères de préférence européenne, pour faire davantage appel aux filières françaises et préserver nos savoir-faire.

C'est aussi un vivier d'emplois phénoménal : on estime que ce sont autour de 120 000 nouveaux emplois qui seront créés.

[ÉLECTRIFICATION]

Pour décarboner, il faut passer à l'électrique.

Concrètement, pour l'industrie.

J'étais mardi à Dunkerque chez ArcelorMittal, avec le Président de la République.

ArcelorMittal, c'est 13% des émissions de CO2 de l'industrie, au gaz et au charbon. Ils ont investi dans un premier four électrique qui consomme l'équivalent de 22 éoliennes offshore. Si tous les fours d'Arcelor passent à l'électrique, c'est une demi-tranche nucléaire ou l'équivalent d'une centaine d'éoliennes en mer dont nous aurons besoin.

L'industrie, c'est une part très importante de la demande d'électricité. Nous allons continuer à l'aider. Cette semaine, nous avons annoncé 1,6 Md€ supplémentaires pour accélérer l'électrification et la décarbonation de sites industriels (aciéries, cimenteries, alumineries partout en France).

Pour les transports :

- Aujourd'hui le stock de véhicules électriques en France, c'est 1,5 million.
- Les Français ont acheté plus de 300 000 nouveaux véhicules électriques en 2025. C'est 12% de plus qu'en 2024, et ça continue d'augmenter. La majorité de ces véhicules sont fabriqués en Europe, fabriqués en France.
- On va continuer de soutenir, avec le bonus écologique, le leasing social et les incitations au verdissement des flottes professionnelles.
- En 2035, il y aura 7 millions de voitures électriques sur nos routes. Cinq fois plus qu'aujourd'hui. Ça veut dire 14 barrages pour les alimenter.

Il faut aller plus loin.

Nous allons dans les prochains jours réunir avec ma collègue Monique Barbut : producteurs et fournisseurs d'énergie, industriels, gestionnaires de réseau et représentants des consommateurs pour savoir concrètement comment avancer rapidement.

Nous souhaitons pouvoir présenter avant l'été un plan détaillé d'électrification pour, si besoin est, intégrer dans le PLF 2027 des mesures d'accompagnement.

[CONCLUSION]

Voilà, aujourd'hui est un grand jour.

Je suis désormais, comme le stipulent les textes, à la disposition du Parlement pour présenter la PPE et répondre à toutes les questions relatives à notre politique énergétique.

Le cap est fixé. À nous désormais de travailler ensemble pour concrétiser ces ambitions, couler du béton, dresser des mâts, financer des projets, former et recruter.

Nos parents l'ont fait il y a 50 ans avec le programme nucléaire après les deux chocs pétroliers des années 70.

Le Président de la République l'a annoncé à Belfort il y a 4 ans.

À nous de jouer pour garantir le même avantage à nos enfants en bâtissant notre puissance énergétique des 50 prochaines années.

Merci.


Source https://www.economie.gouv.fr, le 16 février 2026