Texte intégral
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Bonjour Maya, bonjour à tous et bonjour Annie GENEVARD.
ANNIE GENEVARD
Bonjour.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Vous présentez ce matin au Conseil des ministres votre loi d'urgence agricole. On en parle dans un instant, mais d'abord les agriculteurs touchés de plein fouet comme de nombreux français par la hausse des prix du carburant. Le Gouvernement prépare de nouvelles mesures d'aide pour les secteurs les plus en difficulté. Est-ce que les agriculteurs en feront partie ?
ANNIE GENEVARD
Oui. Bien sûr. Les agriculteurs sont très concernés par la hausse des carburants et par la hausse aussi du prix du gaz pour les engrais. Donc d'abord une bonne nouvelle, cette nuit, il semblerait qu'un cessez-le-feu et une réouverture du détroit d'Ormuz se profilent. Donc ça, c'est quand même une très bonne nouvelle.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Sur les aides, la FNSEA réclame 30 centimes d'aide par litre.
ANNIE GENEVARD
Oui, c'est effectivement la demande d'un syndicat. Il est clair que les agriculteurs comme les pêcheurs comme les transporteurs sont au coeur des mesures qui ont été prises et qui devront probablement être complétées. C'est ce à quoi nous travaillons en ce moment. Mais le Premier ministre l'avait bien spécifié aux agriculteurs en disant que le premier volet d'aide n'était pas pour solde de tout compte.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Et comment vous pouvez les aider ? Parce que par exemple, il y a des prêts qu'on dit flash mais avec un taux qui, disent certains agriculteurs, n'est pas si intéressant que ça. Ils ont besoin de trésorerie. Comment est-ce qu'on peut aller plus loin ?
ANNIE GENEVARD
C'est ce à quoi nous travaillons mais je ne veux pas anticiper la réponse. En tout cas il est clair qu'un nouveau train de mesure sera présenté dans les heures ou les jours qui viennent.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Olivier GANTOIS, vous l'abordiez là, le président de l'Union française des industries pétrolières, estime qu'il pourrait y avoir une baisse à la pompe de 5 à 10 centimes par litre dans les prochains jours après le cessez-le-feu auquel vous faites allusion. Est-ce que vous y croyez ce matin ?
ANNIE GENEVARD
Moi, je pense que si le conflit cesse même momentanément, ça aura une incidence sur le prix des carburants dont du carburant agricole pour lequel je vous rappelle que le Gouvernement a choisi d'éteindre ce qu'on appelle les droits d'accise, la fiscalité du gasoil non routier qui est le carburant des agriculteurs. Nous avons déjà pris des mesures qui ont une traduction budgétaire. Dans le budget 2026, c'est 1.3 milliard d'allègement de droits d'accise sur le carburant agricole.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Très concrètement là pour les automobilistes, demain 10 centimes en moins sur le litre de gasoil ou d'essence, ça vous paraît plausible ?
ANNIE GENEVARD
En tout cas, nous l'espérons tous parce qu'on voit bien à quel point ça complique énormément la vie de ceux qui ont besoin de leurs voitures pour aller travailler. Moi, je suis issue d'un territoire rural, on est obligé de prendre sa voiture pour aller travailler. Et puis c'est en même temps très angoissant pour les Français parce qu'ils n'ont pas de visibilité, le prix du carburant pèse très lourdement dans les budgets. Et j'entendais des reportages ce matin qui disaient que les gens se restreignaient sur l'alimentation. Donc ça a aussi une incidence sur le monde agricole.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Donc des arbitrages attendus dans les prochaines heures, aujourd'hui, demain, par le Premier Ministre.
ANNIE GENEVARD
Oui.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Vous présentez une loi d'urgence agricole, ce matin, en Conseil des ministres avec une grande part faite à la gestion de l'eau. Alors on pense entre autres aux méga bassines mais pas que. Les associations environnementales vous accusent d'avoir cédé face aux syndicats agricoles, notamment lorsque vous supprimez l'obligation de réunion publique pour un projet de stockage. Comment est-ce que vous expliquez cet arbitrage en faveur des agriculteurs ?
ANNIE GENEVARD
Je crois qu'il faut en finir avec la guerre de l'eau. Les violences qui se sont déroulées au moment de Sainte-Soline n'ont plus leur place dans ce débat. Revenons à des choses factuelles. En France, on irrigue 7% des terres. C'est très peu par rapport à d'autres pays européens. En Espagne, par exemple, 50% des terres irriguées.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Donc il faut lâcher du lest sur les normes ?
ANNIE GENEVARD
Il faut lâcher du lest, non. Il faut lâcher du lest sur le principe du stockage. Revenons à des choses de bon sens. Vous avez vu cet hiver, les inondations. Si on avait stocké un peu de cette eau qui a ravagé des territoires entiers pour l'été où elle manque cruellement, voilà, c'est du bon sens. Alors il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Il s'agit de pouvoir donner aux agriculteurs de quoi produire notre alimentation. On ne peut pas produire sans eau. Donc là, nous avons dans cette loi acté le principe que le stockage de l'eau dans les territoires où elle manque et à des moments où elle va être utile, c'est quelque chose qui relève du bon sens et de l'utilité.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Ce n'est pas un détriment de la lutte pour l'environnement ?
ANNIE GENEVARD
Mais pas du tout. On ne prive pas le territoire de l'eau. On la prend à un moment où elle surabonde pour des moments où elle manquera. Et le préfet sera là pour juger la pertinence des projets de stockage, pour autant qu'ils s'intègrent dans un projet collectif.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Et il pourra donner des autorisations temporaires d'ailleurs, même si la justice bloque un projet ?
ANNIE GENEVARD
Alors, non, je crois que le projet de loi vise à permettre le stockage de l'eau dans les territoires où c'est utile à la production alimentaire. Et on ne la prend pas à d'autres. On la stocke à un moment où elle est très abondante. C'est tout. Et le préfet sera là pour dire si le projet est pertinent, s'il ne conduit pas à un préjudice environnemental. Là, il faut faire confiance.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
… plus de pouvoir.
ANNIE GENEVARD
Il faut faire confiance aussi à ceux qui connaissent les réalités locales. Mais je répète, il faut sortir de cette guerre de l'eau et de ces accusations qui sont infondées.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
On a beaucoup parlé des attaques de loups. Votre texte simplifie la législation des tirs de défense. Elle augmente le nombre de loups qu'il est possible de prélever, d'éliminer. Les associations de protection des animaux sauvages vous accusent de mener une politique, je cite, d'abattage scandaleuse, inefficace et dangereuse pour la conservation de l'espèce. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
ANNIE GENEVARD
Le loup est une espèce protégée, elle le demeure. Il ne s'agit pas de contrevenir à ce principe qui est fondamental, parce qu'il nous mettrait en défaut vis-à-vis de la réglementation.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Cette classification est baissée d'un cran.
ANNIE GENEVARD
Elle a baissé d'un cran tout simplement parce que le loup aujourd'hui prolifère, les éleveurs le savent d'ailleurs. Mais je pense qu'il faut à la fois protéger une espèce qui doit l'être, mais protéger aussi nos éleveurs. Lorsqu'un éleveur, comme c'est le cas en Haute-Marne où j'étais il y a quelques semaines, arrive le matin dans son champ et qu'il voit la quasi-totalité de son troupeau de brebis égorgé, vous ne croyez pas qu'il faut protéger aussi l'éleveur de ce drame ?
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Donc les quotas sont un peu élargis.
ANNIE GENEVARD
Donc on essaie de trouver un bon équilibre. Le texte de loi rappelle les principes fondamentaux, la transcription en droit français des directives européennes, puisque la protection du loup a obéi à une réglementation européenne. Donc c'est une espèce qui demeure protégée, le comptage se fait au niveau national, tient compte du niveau de prédation. En Haute-Marne, l'exemple que je donnais, il y a eu 850 bêtes tuées cette année, en 2025. Donc c'est insupportable.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Et donc examen du texte en mai, à l'Assemblée, c'est ça ?
ANNIE GENEVARD
Oui, examen du texte en mai.
CYRIL ADRIAENS-ALLEMAND
Et au Sénat, en juin.
ANNIE GENEVARD
En juin. Donc c'est un temps record, c'est véritablement une loi d'urgence faite pour libérer le quotidien des agriculteurs, pour les protéger dans leurs fonctions de production, et pour bâtir l'avenir, parce qu'il y a tout un volet sur l'avenir de l'agriculture.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 avril 2026