Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, à Ici Radio Limousin le 9 avril 2026, sur les agriculteurs face à la hausse des prix du carburant, la dermatose bovine et la problématique du loup pour les éleveurs.

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Intervenant(s) : 
  • Annie Genevard - Ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire

Texte intégral

VALERIE MOSNIER
Bonjour Annie GENEVARD.

ANNIE GENEVARD
Bonjour.

VALERIE MOSNIER
Vous passez la matinée en Haute-Vienne, en Limousin, territoire rural où l'agriculture représente un poids économique très important et où les sujets d'inquiétude sont nombreux, comme dans le reste d'ailleurs des départements français. La question du moment, c'est celle du gazole non routier, le GNR, qui augmente comme tous les autres carburants. Une manifestation a d'ailleurs eu lieu hier soir à Tulle, en Corrèze, pour demander une baisse de ce gazole non routier, un bouclier tarifaire, pour plafonner le prix à un euro le litre. Est-ce que c'est possible ? Hier, le Premier ministre a parlé d'une aide ciblée pour les agriculteurs avec un nouvel outil d'accompagnement. Qu'est-ce que c'est ?

ANNIE GENEVARD
Alors, c'est en train de se formaliser. J'aurais aimé vous l'annoncer ce matin sur Ici Limousin. Je ne le peux pas, mais on est en train de travailler avec le ministère des Comptes publics pour affiner la proposition. Ce qui est clair, c'est que le Premier ministre avait dit que les premières aides n'étaient pas pour solde de tout compte. La crise dure. Le GNR, le gazole non routier, qui est le carburant des agriculteurs, évidemment, va être de plus en plus consommé puisqu'on entre dans les mois de l'année où les travaux dans les champs ont repris. Et c'est une charge extrêmement importante. Le prix avant la crise était aux alentours d'1,30 euro. Et là, il est monté à 1,80 euro. Donc, c'est une charge très importante. Alors d'abord, la bonne nouvelle, c'est que la crise, en tout cas, le conflit, est suspendu pour quelques jours. Et on voit que ça a une incidence sur le prix du baril. Donc ça, c'est une bonne nouvelle. Il faut vraiment espérer que ça dure. Et puis, par ailleurs, nous réfléchissons à une mesure complémentaire pour abaisser le prix du gazole non routier, qui est une charge très importante pour les éleveurs, les agriculteurs en général.

VALERIE MOSNIER
Un blocage des prix, un plafonnement à un euro par exemple, c'est possible ou pas ?

ANNIE GENEVARD
Non, un plafonnement, je ne pense pas. Mais en tout cas, une aide complémentaire, ça, nous y travaillons. Et elle sera annoncée dans les heures ou les jours qui viennent.

VALERIE MOSNIER
Vous avez présenté hier en Conseil des ministres un projet de loi d'urgence agricole qui fait suite aux mobilisations et à la colère agricole du début d'année, qui avait pour origine l'abattage systématique des troupeaux après l'apparition d'un premier cas de dermatose nodulaire. Où en est-on d'ailleurs de la propagation de la maladie en France ? Est-ce qu'elle est complètement stoppée ?

ANNIE GENEVARD
Elle est complètement stoppée depuis le 2 janvier dernier. Nous n'avons plus de cas de dermatose. Nous avons eu environ 70 foyers en France. Donc c'est évidemment une maladie redoutable par sa contagiosité. Mais heureusement, grâce à l'engagement des éleveurs, des vétérinaires et à la stratégie de vaccination que nous avons mise en place, la maladie est contenue.

VALERIE MOSNIER
Est-ce qu'un retour est attendu dans les prochains mois, avec le retour des beaux jours, de la chaleur ?

ANNIE GENEVARD
Ça ne fonctionne pas comme la fièvre catarrhale par exemple, où avec la chaleur on la voit revenir…

VALERIE MOSNIER
Il n'y a pas un risque de retour de la…

ANNIE GENEVARD
Écoutez, ce risque en tout cas, s'il existe, on le contrarie, on le combat par la revaccination. Là, on revaccine.

VALERIE MOSNIER
En ce moment ?

ANNIE GENEVARD
Oui, la revaccination a commencé en Savoie, là où la maladie est apparue. Et puis dans toutes les zones vaccinales, elle sera à nouveau refaite jusqu'au 31 décembre. Ce qui devrait nous mettre à l'abri, mais ça suppose toujours de la vigilance. Vous savez qu'avec le réchauffement climatique, l'intensification des échanges internationaux, il est clair que dans les années qui viennent, on verra se propager des maladies animales. On vient d'avoir le sommet à Lyon, « One Health », une seule santé. Santé animale, santé humaine, santé environnementale, tout ça va ensemble. Et il faut bien en prendre conscience.

VALERIE MOSNIER
Vaccination partout ou simplement dans les zones qui ont été touchées ?

ANNIE GENEVARD
Dans les zones qui ont été touchées, donc, c'est à peu près deux millions d'animaux. Parce que si on vaccinait la France entière, on perdrait notre statut indemne. Et dans cette terre d'élevage du Limousin, on sait ce que ça veut dire d'avoir un statut indemne pour l'exportation notamment.

VALERIE MOSNIER
La DNCL n'est pas arrivée en Limousin, mais les éleveurs y sont touchés par la tuberculose bovine. Le blaireau, notamment, est l'un des vecteurs de cette maladie. Et chaque année, la préfecture de la Haute-Vienne, comme celle de la Corrèze d'ailleurs, prend des arrêtés pour étendre la période de vénerie sous terre, donc qui est la chasse au blaireau. Et à chaque fois, c'est retoqué. C'est retoqué parce que l'arrêté est contesté par des associations de protection animale. Qu'est-ce que peut faire le Gouvernement pour, là aussi, aider les agriculteurs dans tout ça ?

ANNIE GENEVARD
D'abord, dire ma solidarité à l'égard des éleveurs. Parce que la tuberculose, c'est une maladie redoutable. Elle est transmissible à l'homme, c'est une zoonose. C'est une maladie dont la lutte doit être menée avec beaucoup de détermination. Moi, j'y porte une très grande attention. Il y a beaucoup de sujets. Il y a d'abord le traitement de la faune sauvage. Il faut réduire la pression de la faune sauvage. C'est souvent la faune sauvage qui nous amène les maladies. L'influenza aviaire, ce sont les oiseaux migrateurs. La tuberculose, c'est le blaireau, le sanglier. Donc il faut réduire la pression de la faune sauvage. Il n'y a pas d'autre solution. Il faut pouvoir prélever, chasser, tuer. Malheureusement, c'est ainsi lorsque le déséquilibre s'installe dans la nature. Il faut pouvoir réguler. Quelquefois la nature s'autorégule, mais quelquefois l'homme est obligé d'intervenir. La prolifération des sangliers est un drame aussi pour le monde agricole. Donc là, j'en ai conscience. C'est comme les arrêtés de tirs du loup. Moi, je pense que les associations de protection, elles doivent prendre la mesure des effets que ça a sur les éleveurs. La détresse des éleveurs, c'est quelque chose qui ne peut pas être ignoré, qui n'a pas le droit d'être ignoré. Donc il faut voir juridiquement comment on peut traiter les choses. Évidemment, nous sommes un pays de droit. Tout un chacun a le droit de contester une décision publique. Mais quand les décisions sont systématiquement attaquées, ça contrevient à l'action publique et ça ne résout pas le problème.

VALERIE MOSNIER
Vous parliez du loup, Madame la Ministre, c'est effectivement un autre animal dont on parle beaucoup. En Limousin, il y a eu plusieurs attaques recensées, notamment sur le plateau de Millevaches, entre Corrèze, Creuse et Haute-Vienne, où il y a un couple de loups et des louveteaux qui sont nés il y a presque un an maintenant. Que dit le projet de loi d'urgence agricole à ce sujet pour justement, là aussi, contenir la population ? Parce que les éleveurs, on les entend régulièrement sur l'antenne d'ICI Limousin, sont là aussi à bout et désespérés.

ANNIE GENEVARD
Oui. La loi d'urgence agricole, que j'ai présentée hier en Conseil des ministres, sur le loup dit plusieurs choses sur le loup. D'abord, elle transcrit dans le droit français l'évolution du statut du loup européen. Ce n'est plus une espèce strictement protégée, ça veut dire qu'elle a un bon état de conservation. Et vu le niveau de prédation, je confirme qu'effectivement le loup a un bon état de conservation. Ensuite, que la gestion du loup, le prélèvement du loup, doit tenir compte du niveau de prédation. Vous voyez, j'étais en Haute-Marne il y a quelques semaines. En 2023 : un loup. En 2024 : le couple. En 2025 : sept petits. En 2023 : zéro prédation. En 2025 : 850 prédations. Les éleveurs deviennent fous. En plus, c'est une terre bocagère où c'est difficile de tirer le loup. Donc, il faut retrouver une vision équilibrée. Le loup, il n'est pas question de l'éradiquer, mais il faut le contrôler. Et il faut protéger le pastoralisme, il faut protéger nos éleveurs, il faut protéger nos élevages.

VALERIE MOSNIER
Est-ce qu'il faut rendre le loup chassable ?

ANNIE GENEVARD
Alors, rendre le loup chassable poserait certainement un certain nombre de questions au niveau du droit européen. En revanche, ce que nous avons fait avec ma collègue ministre de la Transition écologique, c'est que nous avons pris un arrêté conjoint qui facilite non seulement le tir de défense, mais aussi le tir de prélèvement. La différence entre les deux : le tir de défense, c'est quand le loup attaque ; le tir de prélèvement, on va chercher le loup. On va le chercher, on va faire une battue, si vous voulez. Donc, ce n'est pas stricto sensu une espèce chassable comme peuvent l'être d'autres espèces, mais en tout cas, on peut aller le rechercher quand il y a un niveau de prédation qui devient très problématique pour les éleveurs.

VALERIE MOSNIER
Et il y a cette hausse des quotas aussi, justement ?

ANNIE GENEVARD
Alors, dans l'arrêté, nous sommes passés de 19 à 21% + 2. On était à 19 %. On est à 21% +2 de la population lupine. Mais c'est un énorme problème. Là, le loup est dans la quasi-totalité du territoire national. Alors, dans les endroits où on a l'habitude, où il est présent depuis longtemps, il y a des outils de gestion qui ont pu contrôler la prédation. Mais dans les fronts de colonisation, là où le loup arrive, où les gens n'y sont pas préparés... Et dans votre département, il n'y a pas énormément d'attaques ni de loups...

VALERIE MOSNIER
En Corrèze…

ANNIE GENEVARD
Mais pas loin. Pas loin de chez vous. Et donc, moi, je comprends la crainte des éleveurs. Et je pense qu'il faut beaucoup de vigilance. Parce que, je reprends mon exemple de la Haute-Marne : si on avait supprimé le loup qui est arrivé en Haute-Marne, il n'y aurait pas eu, deux ans après, tant de dégâts dans nos élevages.

VALERIE MOSNIER
Merci beaucoup, Annie GENEVARD. Plein d'autres sujets qu'on aurait pu aborder, mais le temps file. On vous laisse donc aller aujourd'hui à l'Agence de services et de paiement à Limoges, puis ensuite sur une exploitation de limousines à Vicq-sur-Breuilh pour parler de la tuberculose bovine, et puis ensuite, la fin de votre visite en Limousin à Limdor, du côté de Saint-Yrieix-la-Perche, pour voir ces exploitations de pommes et de châtaignes. Merci à vous et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 avril 2026