Texte intégral
Merci beaucoup.
Merci, Monsieur le Premier ministre, pour vos mots et pour nous honorer de votre présence pour ce forum d'affaires.
Je remercie nos deux présidents d'être là.
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités,
Ambassadrices et Ambassadeurs,
C'est une grande chance d'avoir les présidents, le chairman RYU et le président JACKOW pour cette session. Je voulais vous remercier de la qualité du travail qui était le vôtre et l'engagement. [Je voulais] vous remercier, chairman, à la fois pour vos mots en français, mais vous avez des incitations toutes particulières à parler français, et pour avoir inauguré ensemble ce jardin franco-coréen, au dernier étage de cet immeuble.
Je veux que toutes les Françaises et tous les Français qui sont ici se rendent compte de cet immense privilège, puisqu'on a, au début, sur la terrasse qui va surplomber ce bâtiment, inauguré un petit jardin qui est franco-coréen par la décision du chairman RYU. Donc je voulais vous en remercier tout particulièrement. Ça dit beaucoup de l'affection que vous portez à la France et du lien qui nous lie. Merci infiniment pour cela.
Beaucoup de choses ont été dites à l'instant par le chairman RYU et je sais que vous avez eu des tables rondes fructueuses et par le Premier ministre, que je remercie pour son engagement. Je voulais peut-être très simplement insister sur quelques points.
D'abord, la relation est forte. Vous la nourrissez. Nos entreprises, d'ailleurs, françaises qui sont présentes ici, qui sont des grands partenaires de leurs amis coréens, sont au cœur de l'écosystème productif. Elles embauchent beaucoup de Coréennes et de Coréens. Elles sont au cœur des chaînes de valeur. Et ce lien a beaucoup augmenté ces dernières années : +50 % en cinq ans. Il y a vraiment une vitalité de la relation. Elle se fait dans tous les secteurs, de l'agroalimentaire à l'hydrogène, avec une acquisition encore récente et remarquable de la mobilité en passant par les services informatiques, le luxe.
Tous les secteurs sont couverts. La relation est forte.
Qu'est-ce qu'on peut améliorer dans celle-ci ?
Je vois deux choses. On doit améliorer l'investissement de nos amis coréens en France et on doit améliorer les partenariats d'avenir pour servir justement cet agenda d'indépendance et de coopération. C'est sur ces deux points que je voulais insister.
Alors pourquoi on peut améliorer — et je parle forcément dans ce sens — les investissements de nos amis coréens en France ? Je vais vous dire parce qu'il y a cinq fois plus d'investissements français en Corée qu'il y a d'investissements coréens en France. Il n'y a aucune raison pour ça.
Ça veut dire qu'il y a un problème de perception de ce qu'est la France. Je voudrais tordre le cou à quelques canards — bon courage à nos interprètes — pour, au fond, corriger des biais de perception que vous avez. Je suis sûr, c'est ça qui justifie la situation.
D'abord, je voudrais vous dire que la France est le pays le plus attractif d'Europe depuis six ans. On a travaillé dur. Plusieurs d'entre vous étaient l'année dernière à Choose France.
On a changé les lois en matière de travail qui avaient posé des problèmes à certains de vos prédécesseurs, ou parfois à certains d'entre vous, il y a 10-15 ans, qui étaient des mauvaises expériences. Tout ça a été quand même fluidifié par les ordonnances travail en 2017 et un cadre d'affaires qui est maintenant simplifié. On a créé une compétitivité fiscale qui fait qu'aujourd'hui, on est dans les standards européens, parfois au-delà, sur la fiscalité sur le capital, la fiscalité sur les compagnies. Puis, on a créé ce cadre d'attractivité avec justement un accompagnement très spécifique pour les compagnies étrangères qui viennent s'installer en France. Pour tous ceux qui ont des projets, vous serez accompagnés de manière très définie à la fois par Business France, les ministères concernés, [et vous serez] évidemment accompagnés aussi par le service de nos ambassades et par le MEDEF International.
Donc, il y a une équipe de France qui s'est structurée, qui fait qu'on a ces résultats. On est les plus attractifs.
Puis, à côté de ça, je pense qu'il y a deux ou trois petites choses qui sont sous-estimées.
D'abord, on est en train de se réindustrialiser dans à peu près tous les secteurs du jeu. Deuxièmement, dans les secteurs les plus innovants, on est en lead en Europe : intelligence artificielle, quantique, production de data center. On a accueilli, il y a un an, même pas et demi, le premier Sommet de l'IA. Plusieurs, qui nous ont fait l'amitié d'être là, sont ici présents : Samsung, Naver et d'autres grandes sociétés d'innovation étaient là. On a obtenu 109 milliards d'engagements pour créer des data centers en France et développer l'IA.
On est aujourd'hui à 65% de réalisation de ces engagements.
Donc, on est en train d'équiper la France aussi de capacités de calcul et d'innovation.
On est une grande nation de quantique. On est une grande nation de semi-conducteurs comme vous, parce qu'on a le CEA et ses laboratoires qui en sont sortis, STMicroelectronics, Soitec. Puis, on est une grande nation de nucléaire civil comme vous. Ce qui fait que la France, elle surproduit de l'énergie décarbonée, pilotable, à un coût très compétitif.
Ça, ce n'est pas suffisamment su par beaucoup d'investisseurs et d'industriels coréens.
Et ce qui fait que l'année dernière, en France, nous avons exporté 92 TWh d'électricité. On peut ouvrir beaucoup de data centers, on peut raccorder beaucoup de capacités industrielles supplémentaires sans rien enlever aux entreprises françaises, sans créer des effets de goulot d'étranglement pour nos ménages, parce qu'on a cette surproduction.
On a d'ailleurs un programme nucléaire. On va continuer de produire parce qu'on a confiance dans cette énergie. Ça, ce sont quelques réalités que je voulais vous dire pour vraiment vous convaincre de l'attractivité de la France.
Quelques mots pour vous dire aussi que l'Europe est un continent attractif pour vos entreprises. Parce que quand vous entrez en France, un marché de 68 millions d'habitants, c'est la porte d'entrée sur un marché de plus de 400 millions d'habitants qu'est l'Union européenne. Là, on est en train de travailler très dur avec nos partenaires allemands et tous les autres pour simplifier les règles, approfondir ce qu'on appelle le marché unique dans tous les secteurs où il existe, investir davantage dans l'innovation et développer davantage justement de protection du contenu européen. Ce qui fait que pour vous, c'est très important de devenir aussi des acteurs européens. Parce que vous allez, ce faisant, rentrer dans le Made in Europe.
Dans le monde où on vit, avec les tarifs américains, avec la surcapacité chinoise, nous, on doit protéger nos capacités de production. Donc on crée ce Made in Europe, comme le font d'ailleurs les Nord-américains. Ils créent la même chose pour leur espace productif.
On ne le fait pas contre qui que ce soit, on veut le faire avec. Et donc que tous les partenaires qui veulent s'insérer sur le marché européen, soit éligibles à ça, est important.
Ça, c'est pour vous dire que l'Europe, je le crois, est un continent extrêmement attractif qui est en train de se simplifier, de se moderniser. Je le dis depuis plusieurs mois parce que nos amis américains m'ont donné un argument de vente inédit, donc je l'utilise. Nous sommes prévisibles.
Alors parfois, je comprends, on dit, c'est très lent ce Conseil européen, ils sont 27, ils doivent se mettre d'accord, c'est vrai. On essaie quand même de s'améliorer. On sait répondre vite maintenant face aux crises.
Mais alors, il y a une chose qui est sûre : on respecte l'État de droit. On respecte le droit international. On n'est pas pour les tarifs commerciaux. On respecte toujours la règle du jeu. D'ailleurs, s'il y en a un dernier dans la pièce pour les respecter, c'est nous. On tient à ça. Vous avez, dans les Européens et les Français, des gens que vous connaissez depuis 140 ans, avec lesquels vous avez bâti beaucoup de choses, et qui ne vont pas changer parce qu'en fait, on ne croit pas à la loi du plus fort.
Alors ça tombe bien parce que, comme vous, on n'est pas les plus forts. Mais on pense que celui qui est le plus fort commet une énorme erreur le jour où il applique la loi du plus fort et il abandonne le cadre commun, parce qu'il crée le doute chez les autres.
Pour nous, la confiance qu'on a bâtie avec vous est très importante. Je sais que les industriels qui sont là, les investisseurs qui sont là, c'est ce qu'ils valorisent aussi dans leur relation avec vous comme partenaires, mais je veux que vous sachiez que c'est ce que le gouvernement valorise : la stabilité, la confiance. Quand on s'engage, on fait ensemble.
Mon dernier point, ma dernière remarque, c'est de vous dire que dans ce monde-là, on a beaucoup de choses à faire ensemble entre Coréens et Français. En fait, parce qu'on se ressemble beaucoup. Nous sommes des nations très créatives, très inventives.
Il y a plusieurs représentants de la filière agroalimentaire qui sont là. C'est une grande filière française. Les gastronomies sont très importantes dans nos deux pays. Il y a même des chefs qui sont là, franco-coréens. On croit à la gastronomie commune.
La culture est très importante pour nous : la K-pop, le cinéma, notre musique, la réalité, donc on la développe.
D'ailleurs, le Président va venir en visite d'État et on va coprésider le premier sommet, justement, du cinéma et des images mobiles en franco-coréen. Puis on veut développer toutes ces industries culturelles et créatives. L'innovation, la création de richesses, la montée en gamme sont au cœur de nos stratégies. Tout ça fait que c'est comme une évidence de développer des partenariats nouveaux. Mais le moment qu'on vit en fait une évidence plus grande encore.
C'est que, comme je le disais en parlant de la prévisibilité, vous êtes dans une région très exposée aux risques géopolitiques. La France est maintenant exposée aux risques géopolitiques avec la guerre en Ukraine lancée par la Russie, et on a des dépendances qui nous posent problème. On voit bien qu'on est à la fois confronté à une Chine qui veut prendre le contrôle de chaînes de valeurs de manière croissante, par des sur-subventions, des surcapacités et des mécanismes aussi de prédation sur des terres rares ou des minerais critiques.
Et on a des États-Unis d'Amérique qui veulent régler les déséquilibres internationaux par des tarifs et qui, de plus en plus, appliquent de l'extraterritorialité dans certains secteurs.
Au fond, ce qui nous lie, c'est que nous, on croit dans l'État de droit, le droit international, le commerce libre et équitable, les règles de l'Organisation mondiale du commerce et cette prévisibilité que j'évoquais. C'est une incitation très puissante pour créer des partenariats dans tous les segments de la chaîne ou accélérer les partenariats qui existent déjà.
Si je prends juste les trois thématiques que vous avez aujourd'hui, ça a beaucoup de sens.
La décarbonation. On a déjà quelque chose qui nous lie : on est deux grandes nations du nucléaire civil. On doit bâtir ensemble des partenariats, alors on les a, ça a beaucoup de sens de travailler ensemble sur l'amont du cycle nucléaire et sur l'aval. On a une offre française très intéressante pour vous, même pour vos industriels.
Deux. On produit des turbines. Même quand on se fait la compétition pour produire des centrales, prenez Framatome, on produit des turbines. Donc Orano, Framatome, le CEA et nos capacités d'innovation avec les vôtres. Même EDF, parce qu'on peut, sur les marchés tiers, travailler ensemble et sur les programmes d'avenir du nucléaire, laser, fusion, etc. On doit pouvoir travailler ensemble à y arriver. Quand on parle de décarbonation, l'hydrogène est très important. Là aussi, on a des partenariats nouveaux : vous avez fait des acquisitions, donc on a Air Liquide, on a aussi dans la mobilité nos grandes entreprises du secteur, aux côtés des vôtres. On l'évoquait avec le chairman de Hyundai à l'instant. On veut être des partenaires de l'hydrogène dans toutes ses composantes du jeu, et aussi parce qu'on peut produire de l'hydrogène chez nous, à la fois à bas coût, par les contrats de long terme qu'on sait faire, et très décarbonés. Mais surtout, on innove sur ce segment, et de l'électrolyse jusqu'à tous les usages, on veut être des acteurs avec vous de cette chaîne. Elle a beaucoup de sens. Elle a beaucoup de sens pour notre souveraineté énergétique, pour la décarbonation de nos pratiques, pour, évidemment, les transports et des tas d'autres secteurs, pour décarboner aussi beaucoup de secteurs industriels.
En matière, vraiment, de décarbonation, il faut y aller encore plus vite et plus fort.
On a un chantier formidable ensemble en somme.
Ensuite, les biotechs.
Vous avez eu des discussions, je le sais, très fructueuses. Vous avez rappelé le partenariat en matière de recherche qui existe avec Pasteur. On a des laboratoires de recherche, du CNRS, de l'INSERM commun qui se développent, mais on a aussi des entreprises. On a des biotechs qui, ensemble, peuvent trouver des solutions et doivent accélérer là-dessus. On a, au cœur de France 2030, une stratégie en biotech. On a développé nous-mêmes beaucoup de biotechs et on a des grands groupes pharmaceutiques français qui sont là aussi aujourd'hui, comme des start-ups dans le secteur. Vous en avez aussi.
On doit aller beaucoup plus vite et plus fort.
Pourquoi ?
Parce que c'est le prochain secteur de fragmentation du monde. La Chine est en train de devenir un très grand secteur de la pharmacie et des biotechs. Elle est en train de mettre la main sur des capacités d'innovation à marche forcée. Elle le fait de manière non coopérative. Les Américains répondent à ça par une stratégie très brutale, qui casse complètement le commerce international en matière de biotech et de pharma, en imposant, avec la clause de la nation la plus favorisée, de réduire pour la première fois dans l'histoire contemporaine la diffusion de molécules innovantes en les conditionnant à un prix qui serait le prix du marché américain.
Le renforcement de nos partenariats d'innovation en biotech, il est clé dans ce contexte.
Puis, on a l'intelligence artificielle, le quantique, les semi-conducteurs, où là, on veut avancer avec vous. J'ai vu plusieurs entreprises : Samsung, Naver, à l'instant. Vous en avez d'autres, je le sais, qui se sont développées, évidemment, dans le secteur avec lequel nous avons, là-dessus, des partenariats.
Vous l'avez évoqué à travers les technologies de rupture et la deeptech, qui touche plusieurs de ces secteurs à travers vos débats. Là aussi, on a une course effrénée.
On sait aujourd'hui, sur ces segments, la course que les Américains sont en train de faire, que les Chinois sont en train de faire. Ce qui nous lie, c'est qu'on n'a pas envie de dépendre d'eux. On est très heureux de coopérer avec tout le monde, mais on ne veut pas dépendre.
C'est ça qu'on a dans notre ADN en commun, et c'est notre intérêt. Parce que le jour où on dépend totalement d'une des grandes puissances, on sera vassalisé. Ce n'est pas qu'un sujet de défense et de sécurité, c'est aussi un sujet technologique. Tous les partenariats que nous sommes en train de faire, dans le semi-conducteur, par exemple, pour produire davantage ensemble, pour sécuriser nos chaînes d'approvisionnement, dans les datacenters, avec aussi d'autres partenaires de la région et d'autres géographies pour accélérer, sont absolument fondamentaux.
On a plusieurs entreprises et start-ups du quantique qui ont signé des partenariats avec vous. Je m'en félicite aujourd'hui. On a de très grandes entreprises de quantique. La France est une grande nation de quantique, et elle reconnaît d'ailleurs dans la Corée votre force en matière de quantique, parce qu'on a des talents, justement, dans ce secteur, de part et d'autre, et parce qu'on a investi. Ce qui a été signé par justement, nos start-ups, durant ce voyage en matière de quantique, est à consolider. Là, c'est une course de vitesse.
Personne n'a stabilisé, mais on a envie de stabiliser l'ordinateur quantique et l'exascale ensemble. Parce que le jour où on a ça, c'est une capacité à la fois sur l'IA, sur la crypto, qui est très importante.
Puis, sur l'ensemble des services, justement pour coopérer dans la créativité, dans les industries culturelles et créatives, on a envie d'avoir des solutions ouvertes. Ce sont les vôtres. C'est un point clé en matière de deep tech.
Je ne veux pas être beaucoup plus long, mais c'est aussi sur le spatial quelque chose qui nous lie. Il y a plusieurs entreprises du spatial qui sont là dans notre délégation. On a déjà des coopérations qui existent. On veut les renforcer parce que c'est un secteur qui est en train de se révolutionner. Si on a des coopérations ouvertes entre des pays qui se font confiance, elles sont clés.
Je veux conclure ici en disant : sur chacun de ces segments, ce que vous avez bâti aujourd'hui, ce qui a été signé, ce que vous avez créé collectivement de dynamique positive est très important. Toutes les entreprises qui ont des projets en France, je les invite à venir à Choose France, le 1er juin prochain à Versailles, et surtout à venir au forum d'affaires que nous allons organiser, en marge de la visite d'État du Président à Paris le 7 et 8 septembre prochains. C'est ça qui va nous permettre d'accélérer ce momentum. Mais ces partenariats sont fondamentaux. Ils sont bons pour les entreprises coréennes et les entreprises françaises. Ils participent de la création de valeur et de l'innovation contemporaine dont nous avons besoin. Ils nous permettent de relever les défis communs avec la même approche : le respect réciproque, un cadre ouvert et clair, la confiance et une volonté de ne jamais être, en quelque sorte, en hégémonie l'un face à l'autre, mais en vrai partenariat ouvert, parce que c'est ça, l'esprit, de ce qui nous lie et de ce qui nous rassemble.
Voilà, je ne veux pas être plus long, mais c'étaient les quelques mots que je voulais rajouter à ce qui avait été dit à vos travaux. Cette relation est singulière. Ces 140 ans d'amitié ne sont pas un rendez-vous à prendre à la légère. Nous, nous avons très envie, avec le Président, avec lequel on a eu des débats très nourris hier soir et aujourd'hui, de donner à la relation franco-coréenne une dynamique nouvelle et forte. Vous en êtes les acteurs. Je compte beaucoup sur vous, et je vous remercie de tous les travaux d'aujourd'hui, et vous pouvez compter sur nous.
Merci beaucoup, et vive l'amitié entre la Corée et la France !