Texte intégral
GILLES BORNSTEIN
Bonjour David AMIEL.
DAVID AMIEL
Bonjour.
GILLES BORNSTEIN
Échec des négociations de paix, blocage persistant du détroit, les prix du pétrole sont repartis à la hausse, au-delà des 100 dollars ce matin, le carburant ne baisse pas, ou peu. Le moment est-il venu de faire un effort supplémentaire pour les automobilistes ?
DAVID AMIEL
Il faut d'abord voir comment la situation évolue dans les prochains jours, puisque vous l'avez dit, on a quand même, jour après jour, nuit après nuit, des allers-retours, dans les deux sens, de la position américaine, des négociations avec l'Iran, et c'est la raison pour laquelle, depuis le début de la crise, on s'adapte.
GILLES BORNSTEIN
Pardon de vous interrompre, mais là, on sait que ça va durer longtemps. L'Iran bloque le détroit, les États-Unis bloquent les bloqueurs, si je puis dire, on ne voit pas comment le trafic peut reprendre dans les jours prochains. Ça va durer des jours, voire des semaines. On le sait désormais.
DAVID AMIEL
Moi, je pense qu'il y a d'abord une chose qu'on sait, c'est que Donald TRUMP est quand même particulièrement imprévisible, parce que je vous rappelle qu'il y a une semaine, il annonçait la destruction, je crois, de la civilisation iranienne, dans ses termes, et puis ensuite, pendant la nuit, il y a eu la négociation du cessez-le-feu avec l'Iran. On apprend effectivement hier soir qu'il annonce un blocus du détroit d'Ormuz, semble-t-il, pour les bateaux iraniens. On verra ce qu'il en est dans les prochains jours, mais depuis le début, effectivement, on se prépare à toutes les éventualités.
GILLES BORNSTEIN
Par exemple.
DAVID AMIEL
On a d'ores et déjà mis en place un certain nombre d'aides sectorielles pour les professions qui sont le plus touchées, c'est-à-dire pour ceux qui risquent de perdre leur travail à cause de la crise du carburant : les transporteurs, les agriculteurs, les pêcheurs.
GILLES BORNSTEIN
Oui, les marins, les infirmières libérales.
DAVID AMIEL
Exactement. On va continuer à pouvoir adapter et renforcer en fonction de l'évolution de la situation.
GILLES BORNSTEIN
Les autres, c'est-à-dire ceux qui n'ont pas un métier particulièrement sensible, mais qui doivent rouler, parce que la vie fait qu'on doit rouler. Tous ceux-là, eh bien, ils devront supporter eux-mêmes les conséquences de cette crise, même si elle dure longtemps ?
DAVID AMIEL
Depuis le début, on a deux principes importants. Le premier, c'est que les aides doivent être ciblées vers ceux qui en ont le plus besoin. On l'a fait pour les métiers que j'ai évoqués. On l'a fait aussi pour les ménages les plus vulnérables. C'est le renforcement du chèque énergie à partir du 1er mai.
GILLES BORNSTEIN
D'accord.
DAVID AMIEL
Et le deuxième, c'est que les aides soient financées. Évidemment, on verra s'il y a besoin de renforcer dans les prochains jours.
GILLES BORNSTEIN
Donc, je recommence. Mais pour les autres, ceux qui ne sont ni marins-pêcheurs ni infirmiers, ils devront supporter eux-mêmes les conséquences de la crise, même si elle dure longtemps ? Ce matin, l'essence est à, en gros, 2 euros et le gasoil à 2,27. Même si ça dure des mois, eh bien, les Français qui ne sont pas particulièrement impactés par leur métier le supporteront eux-mêmes ?
DAVID AMIEL
Si ça dure des mois, il y aura évidemment un renforcement des aides, mais à nouveau avec ces principes clairs, ces ciblages et financements. Parce que sinon, ce serait promettre aux Français de l'argent que l'on n'a pas, et donc, aller, demain, leur reprendre dans une poche ce qu'on leur aurait promis de l'autre.
GILLES BORNSTEIN
Dans ce contexte qui va devenir rapidement socialement assez tendu, le Gouvernement doit-il renoncer à élargir les métiers qui pourront travailler le 1er mai ?
DAVID AMIEL
Il y a une concertation qui est mise en place par le ministre du Travail aujourd'hui. Je crois qu'il reçoit les organisations syndicales cet après-midi. Il aura annoncé à ce moment-là la position du Gouvernement.
GILLES BORNSTEIN
Même si les armes se sont tues, donc, on ne va pas vers une résolution rapide. Est-ce que vous avez évalué le coût pour la croissance de cette crise ?
DAVID AMIEL
Le coût sur la croissance est en cours d'évaluation. On le présentera la semaine prochaine aux organisations politiques, aux forces syndicales, aux représentants des élus locaux.
GILLES BORNSTEIN
Vous avez déjà une idée ?
DAVID AMIEL
Il y aura un impact sur la croissance, évidemment. Il y aura un impact sur l'inflation. Le montant précis, vous l'avez dit au début de l'interview, ça dépend vraiment de l'évolution de la situation du conflit. Et ce qu'on présentera d'ailleurs aux forces politiques, aux forces syndicales, aux forces économiques, c'est les différents scénarios.
GILLES BORNSTEIN
D'accord.
DAVID AMIEL
Pour vraiment mettre sur la table toutes les données qu'on dispose, comme je l'ai fait, d'ailleurs, sur les recettes budgétaires pour le mois de mars.
GILLES BORNSTEIN
Mais ce que je comprends, c'est qu'il y aura réévaluation des chiffres prévus d'inflation et de croissance ?
DAVID AMIEL
Oui, bien sûr. Bien sûr, parce que ces chiffres avaient été calculés avant le déclenchement du conflit. Donc, il y aura une réévaluation. Et on présentera également les différents scénarios selon l'évolution du conflit, parce que tout dépend évidemment de la situation militaire sur place.
GILLES BORNSTEIN
Le Premier ministre a dévoilé un plan d'électrification pour sortir de nos dépendances. On passe de 5 à 10 milliards d'aides. Comment les financez-vous ?
DAVID AMIEL
Il s'agit de faire le ménage dans les certificats d'économie d'énergie. Ces certificats d'économie d'énergie, ils existent aujourd'hui. Ils sont d'ailleurs à la charge des fournisseurs d'énergie.
GILLES BORNSTEIN
Mais répercutés souvent sur le client ?
DAVID AMIEL
Oui, mais c'est surtout un maquis. Ils existent déjà. Ce n'est pas un rajout d'argent, un rajout de certificats. En revanche, c'est un maquis qui est devenu incompréhensible avec beaucoup de fraudes, avec peu de priorisations, etc. Et donc, l'idée est vraiment de réformer les certificats d'économie d'énergie.
GILLES BORNSTEIN
Et avec ça, on trouve 5 milliards ?
DAVID AMIEL
Oui, parce que l'idée est vraiment de reformer les certificats d'économie d'énergie pour mettre le paquet sur l'électrification, parce qu'un euro investi dans l'électrification, c'est un euro investi pour mettre à l'abri des Français, définitivement, de ces crises pétrolières.
GILLES BORNSTEIN
D'accord, mais encore faut-il les trouver. Il y a aussi la Défense. Le Président de la République a décidé de rajouter 30 milliards d'ici 2030 à la loi de programmation militaire, dont 6 milliards, je crois, pour l'année prochaine. Vous allez les trouver où ces 6 milliards ?
DAVID AMIEL
Évidemment que c'est difficile de dégager des marges de manoeuvre pour les investissements dans l'avenir. C'est le cas sur l'énergie. C'est le cas sur la Défense. C'est difficile, mais c'est possible. Et d'ailleurs, l'expérience des dernières années le montre, puisqu'en 2027, par rapport à 2017, on aura doublé le budget des armées.
GILLES BORNSTEIN
Mais vous allez les trouver comment ?
DAVID AMIEL
Regardez. Cette année, monsieur BORNSTEIN, on a augmenté d'à peu près 6,5 milliards le budget des armées. C'est l'équivalent des augmentations prévues pour les années prochaines, tout en recontinuant à réduire le déficit. Donc, c'est difficile, mais c'est possible.
GILLES BORNSTEIN
La préparation du budget a commencé. Ce qui est bien, c'est qu'avec la durée des budgets, ça ne s'arrête jamais. Vous devez faire des économies, et pourtant, il n'y a que des dépenses supplémentaires, on l'a dit, pour l'électrification, pour l'armée, la charge de la dette, tout ce que vous voulez, l'annulation de la réforme des retraites. Est-ce que vous maintenez quand même, là, j'entends, pour l'année prochaine, pour 2027, un objectif de réduction du déficit budgétaire ?
DAVID AMIEL
Oui, bien sûr. C'est indispensable. On aura, en 2027, une élection présidentielle, une élection législative. Il y aura un nouveau président.
GILLES BORNSTEIN
Jusque-là, on est d'accord.
DAVID AMIEL
Une nouvelle majorité, un nouveau Gouvernement. Le but de ce budget pour 2027, ça doit être de donner le maximum de liberté à cette prochaine majorité et à ce prochain Président de la République. Et donc, ça veut dire, d'abord, permettre que la campagne présidentielle se déroule convenablement : sans perturbations financières, sans perturbations économique.
GILLES BORNSTEIN
Ça veut dire qu'il faut un budget voté ?
DAVID AMIEL
Et donc, ça veut dire qu'il faut un budget. Ça veut dire que le prochain Gouvernement, prochaine majorité, aura des marges de manoeuvre pour mettre en oeuvre ses priorités, à nouveau, quelles qu'elles soient. Et ça, ça veut dire qu'il faut qu'on continue à réduire le déficit. Donc, oui, il faudra poursuivre cet effort.
GILLES BORNSTEIN
Est-ce que votre administration va réclamer une déclaration de revenus à Cécile KOHLER et Jacques PARIS ?
DAVID AMIEL
Non. J'ai vu évidemment la polémique qu'il y a eue ces derniers jours, et vous me posez la question, suite au témoignage qui a été celui de Benjamin BRIERE. La direction générale des finances publiques a eu l'occasion ce week-end d'éclaircir ce qui s'était passé avec Benjamin BRIERE. Il revenait effectivement d'Iran. Il a eu un premier échange avec une agente des impôts qui n'a pas pris la mesure de la situation, qui a eu des paroles qui ont évidemment été blessantes pour Benjamin BRIERE. Sa situation a ensuite été prise en charge par la direction générale des finances publiques, régularisée. Et les leçons, évidemment, ont été tirées pour ceux qui seraient dans une situation comparable, donc, en l'occurrence, les personnes que vous citez.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 avril 2026