Texte intégral
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Bonjour Benjamin HADDAD.
BENJAMIN HADDAD
Bonjour.
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Merci d'être avec nous ce matin. Ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Vous êtes en charge de l'Europe, Monsieur le Ministre. Dans un an, jour pour jour, nous voterons ici en France pour choisir notre futur président ou notre future présidente. Dans ce contexte, comment est-ce que vous analysez les résultats qui nous viennent hier soir d'Hongrie ?
BENJAMIN HADDAD
C'est d'abord une victoire pour le peuple hongrois, qui a fait le choix de tourner le dos à la corruption, à la remise en cause de l'État de droit, au populisme illibéral. Ça montre d'ailleurs qu'il n'y a aucune fatalité : les populistes ne l'emportent pas quand la population se mobilise, quand on a un message porteur d'espérance. C'est aussi une victoire pour l'unité européenne. On le sait, on est dans un contexte d'agression russe contre l'Ukraine. La Hongrie de Viktor ORBÁN bloquait un certain nombre de dispositifs de soutien à l'Ukraine. Je pense par exemple aux près de 90 milliards pour l'Ukraine sur le plan économique et militaire, alors que pourtant Viktor ORBÁN l'avait soutenu en décembre, mais le bloquait. Il bloque l'avancée du processus d'élargissement. Il était le relais, au fond, de l'administration TRUMP et de la Russie de POUTINE en Europe. Donc, c'est une avancée pour l'unité européenne et pour la sécurité des Européens.
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Benjamin HADDAD, alors, vous avez cité Donald TRUMP. Son vice-président avait fait le déplacement pour soutenir ORBÁN, un camouflet pour les Américains. Et par ailleurs, je vous soumets la réaction de Jordan BARDELLA : " Ce résultat, accueilli respectueusement par Viktor ORBÁN, démontre que les accusations incessantes des institutions européennes ces dernières années contre la démocratie hongroise étaient infondées. ORBÁN est un grand patriote. " Est-ce que cette défaite, c'est un coup dur pour le Rassemblement national ?
BENJAMIN HADDAD
Oui, Monsieur BARDELLA veut peut-être faire oublier qu'il est l'allié de Viktor ORBÁN au Parlement européen, c'est-à-dire du groupe Patriotes, que Marine LE PEN est allée soutenir Viktor ORBÁN, comme J.D. VANCE ces derniers jours en Hongrie. Donc quand on parle d'ingérence, c'est plutôt celle des alliés de Monsieur ORBÁN, à l'extrême droite de l'échiquier politique, qui sont allés le soutenir. Mais une fois de plus, le plus important, c'est qu'on a vu la mobilisation de la population hongroise, qui a décidé d'un nouveau chemin, d'un nouvel élan, qui a décidé de tourner le dos à la corruption, à la remise en cause de l'État de droit et à l'illibéralisme.
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Monsieur le Ministre, soyons très concrets s'il vous plaît pour les personnes qui nous regardent. ORBÁN est parti, ça change quoi demain pour vous, pour nous, pour nos téléspectatrices et nos téléspectateurs, dans la façon dont l'Europe va marcher, dans la façon dont certains textes pourraient être adoptés ou refusés ?
BENJAMIN HADDAD
Bon, vous savez, soyons très clairs sur un certain nombre de ces sujets, notamment en ce qui concerne la politique étrangère et la défense. Les décisions sont prises à l'unanimité. Les États sont souverains et on en discute entre nous pour trouver du consensus. Donc il y aura des échanges diplomatiques avec Monsieur MAGYAR, avec son équipe. Après, on a vu une Hongrie qui a souvent fait cavalier seul ces dernières années pour bloquer des mesures de soutien à l'Ukraine. Par exemple, le prêt de 90 milliards d'euros qui avait été accepté en décembre au Conseil européen, qui permet aux Ukrainiens d'avoir de la visibilité sur les deux prochaines années sur le plan économique ou militaire. Mais ça, j'espère qu'on pourra travailler aujourd'hui avec la Hongrie pour pouvoir surmonter ce blocage et puis continuer à soutenir l'Ukraine, surtout à un moment où, comme vous le savez, l'aide américaine est remise en question par l'administration TRUMP. De la même façon, on a des mesures, que ce soient des mesures de sanctions ou encore la suite du processus d'élargissement à l'Ukraine - ce qu'on appelle le premier bloc de négociations -, qui là aussi été bloquées par la Hongrie alors que les Ukrainiens ont fait le travail de réformes. C'est encore un processus très long. L'adhésion éventuelle de l'Ukraine à l'Union européenne est un processus très exigeant en termes de réformes. Mais lorsque les pays font le travail de réformes - c'est-à-dire le soutien à l'État de droit, de lutte contre la corruption et l'indépendance de la justice -, ils doivent pouvoir avancer. Là aussi, c'était un processus qui était bloqué. Voilà quelques exemples concrets de blocages qu'on a pu avoir ces derniers mois. Mais encore une fois, de toute façon, ce sont des décisions qui sont prises à l'unanimité, qui feront l'objet de négociations. Mais elles étaient ici instrumentalisées à des fins électorales. Viktor ORBÁN avait fait une campagne qui était centrée sur l'Ukraine, qui était centrée sur l'Union européenne, avec beaucoup d'attaques personnelles contre le Président ZELENSKY ou les dirigeants européens. Je pense qu'on aura un dirigeant qui, évidemment, défendra les intérêts de la Hongrie comme nous défendons les intérêts de la France. Et nous travaillerons ensemble pour l'unité et la sécurité de l'Europe.
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Monsieur le Ministre, je reviens vers vous dans une minute. Le temps de me tourner vers Christophe BARBIER au sujet de la politique française. Quel enseignement vous tirez, vous, de cette élection à Budapest hier ?
CHRISTOPHE BARBIER
Que le parrainage constant de Viktor ORBÁN pour Marine LE PEN et pour Jordan BARDELLA va poser évidemment un problème au Rassemblement national. Comme la proximité avec Moscou avait été un problème lors de la présidentielle 2022, ça sera un problème là, en 2027. Néanmoins, les situations ne sont pas comparables. L'économie française a ses propres problèmes. Les motivations des électeurs RN sont bien loin, souvent, de ces réflexions géopolitiques. Donc, ça ne nous dit rien du résultat final. Mais il va falloir que BARDELLA nous dise plus que simplement " c'était un grand patriote ".
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Benjamin HADDAD, encore un mot s'il vous plaît. Défaite de Viktor ORBÁN, changement de cap en Pologne. Politique conduite par Madame MELONI beaucoup moins à droite que certains ne l'auraient craint au moment de son élection. Est-ce que vous observez un mouvement de balancier dans un sens inverse de ce qui s'est produit il y a quelques années ? Ou est-ce que c'est un leurre ?
BENJAMIN HADDAD
Oui, mais je crois que les Européens voient le monde qui les entoure. Ils voient une Amérique qui nous tourne le dos et qui, parfois, nous cible. Ils voient la menace de la Russie - non seulement l'agression de la Russie contre l'Ukraine, mais les ingérences, les attaques cyber, les menaces et intimidations de la part de Vladimir POUTINE et un monde qui devient plus dangereux. Il faut se poser des questions très simples : est-ce qu'on est plus forts en partant cavalier seul, en étant isolés ? Ou est-ce qu'on doit travailler ensemble, à 27, pour exercer, pour assumer une puissance et une souveraineté européennes, et défendre nos intérêts collectivement sur la scène internationale ? Et c'est pour ça que les voix eurosceptiques, les voix populistes d'extrême droite, qui sont souvent le relais d'ailleurs de Vladimir POUTINE ou de Donald TRUMP en Europe, sont sur le recul. Donc, une fois de plus, cette élection d'hier et les autres exemples que vous avez donnés montrent qu'il n'y a absolument aucune fatalité au populisme, au nationalisme, et qu'on doit continuer de porter haut et fort nos valeurs et d'assumer aussi cette idée européenne. On ne va pas décrocher les drapeaux européens sur les parvis des mairies, comme l'ont fait les maires du Rassemblement national, mais assumer que c'est l'intérêt de notre pays : qu'on a fièrement le drapeau français aux côtés du drapeau européen, qu'on est patriotes, qu'on est pro-européens. C'est comme ça qu'on va aussi défendre notre civilisation sur la scène internationale.
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Donc, coup dur pour le Rassemblement national, c'est comme ça que vous le diriez ?
BENJAMIN HADDAD
Écoutez, en tout cas, coup dur pour les alliés du Rassemblement national au Parlement européen. Le FIDESZ de Viktor ORBÁN qui siège avec le Rassemblement national au sein du groupe Patriotes. Marine LE PEN s'était mobilisée personnellement pour aller soutenir Viktor ORBÁN. On voit encore les messages d'hommage à Viktor ORBÁN de la part de Jordan BARDELLA et Marine LE PEN. Je crois que le résultat est clair.
JEAN-BAPTISTE BOURSIER
Un tout dernier mot, Monsieur le Ministre, puisque c'est le sujet qui va nous occuper-là, dans quelques secondes. Donald TRUMP pose un blocus naval sur le détroit d'Ormuz, appelle à déminer ce détroit. Est-ce que les Européens, d'une manière ou d'une autre, vont ou doivent participer à ces opérations militaires ?
BENJAMIN HADDAD
Écoutez, vous avez vu que le président de la République a été très clair sur le sujet. Nous, nous cherchons la voie de la désescalade et de la négociation au Moyen-Orient. Le cessez-le-feu était une bonne nouvelle, il est dans le bon sens. Maintenant, il faut trouver une voie diplomatique, à la fois d'ailleurs pour s'occuper du programme nucléaire de l'Iran - c'est d'ailleurs la voie qui a été portée par la France depuis longtemps, que ce soit la fin de l'enrichissement d'uranium, du programme de missiles balistiques, du soutien aux proxys qui déstabilisent la région -, et puis, après les opérations militaires, assurer l'ouverture et la liberté de circulation dans le détroit d'Ormuz. Ce ne sera pas dans le cadre militaire, mais après la guerre.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 avril 2026