Texte intégral
APOLLINE DE MALHERBE
En France on n'a pas de pétrole mais on a de l'électricité. C'est au fond ce que vous dites Sébastien MARTIN, bonjour.
SEBASTIEN MARTIN
Bonjour.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes le ministre délégué de l'Industrie. Le premier ministre qui a donc annoncé un grand plan d'électrification, être moins dépendant du pétrole, des voitures électriques en prêt pour les professionnels, des aides pour remplacer les chaudières à gaz des particuliers ou des fours électriques pour les boulangers. Est-ce que franchement ça peut répondre à l'urgence du moment ?
SEBASTIEN MARTIN
Écoutez, l'urgence du moment effectivement c'est de dire aux français qu'on a un cap. Parce que face à une situation qui est aussi fluctuante en permanence, je pense qu'il est nécessaire de montrer aux français qu'on apporte des solutions qui sont des solutions de long terme. Or nous maîtrisons l'électricité en France, et ça c'est un point très fort et en plus à des prix bien plus avantageux que chez nos voisins. Et d'autre part nous avons des industries qui sont capables d'apporter des solutions en matière de chauffage avec les pompes à chaleur et en matière d'automobiles pour les mobilités.
APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que ça va mettre un peu de temps. A gauche on dénonce un plan, je cite, déconnecté qui serait loin de l'urgence de la situation, ceux qui nous écoutent, ils ont du mal là aujourd'hui.
SEBASTIEN MARTIN
Au contraire, on propose de connecter au réseau électrique.
APOLLINE DE MALHERBE
C'est bien vu le jeu.
SEBASTIEN MARTIN
Et quand on dit que ce sont des réponses à très long terme, elles sont à long terme, mais avec des réponses immédiates. Si vous avez la possibilité d'aller acheter un véhicule électrique, si vous avez la possibilité d'aller acheter une pompe à chaleur, et en plus des choses qui sont made in France. Moi je suis ministre de l'Industrie donc ce qui me plaît dans ce plan d'électrification, c'est que c'est un coup de boost aussi à nos industriels. On sait faire des véhicules électriques en France. Contrairement à ce que j'entends à longueur de journée sur tous les plateaux où on nous dit que ce sont les Chinois qui vont en profiter. Combien de véhicules électriques chinois sont parmi les dix premiers véhicules électriques vendus en France ? Zéro. En France, les dix premiers véhicules électriques vendus en France sont made in Europe. Zéro sont chinois. Donc j'en ai un peu marre d'entendre n'importe quoi. Ça me donne l'occasion de dire ici qu'en achetant un véhicule électrique, c'est aussi l'industrie européenne et française qu'on soutient.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous voulez investir mais sans dépenser plus. Comment faire ?
SEBASTIEN MARTIN
Alors l'idée, est assez simple, le Premier ministre l'a annoncé. Ce seront des redéploiements de crédit. Ce seront certaines fiches de CEE aujourd'hui qui continuent…
APOLLINE DE MALHERBE
C'est quoi ça ?
SEBASTIEN MARTIN
Les certificats d'économie d'énergie. C'est-à-dire des subventions qui existent pour vous électrifier ou vous décarboner. Or on a certaines fiches qui continuent à aller vers des modes de production qui utilisent encore une part d'énergie fossile par exemple. On a des fiches qui sont sous-utilisées. Donc on va maximiser l'utilisation de ces certificats d'économie d'énergie et tout ça sera fait à moyen constant. Ça a été indiqué.
APOLLINE DE MALHERBE
Alors quelles conséquences pour les entreprises ? Dans l'Ain, l'entreprise UTZ France qui est spécialisée dans les emballages plastiques a annoncé qu'elle va fermer aujourd'hui pour au moins une semaine faute de livraison parce que normalement elle a besoin justement de ces livraisons de pétrole qui viennent du Golfe mais aussi de tout autre produit. Il y a 90 salariés qui vont se retrouver au chômage partiel. Est-ce que vous redoutez une forme de contagion et de chômage partiel ponctuel aujourd'hui dû, tout simplement, aux matières premières qui n'arrivent plus du Golfe ?
SEBASTIEN MARTIN
Alors aujourd'hui, on suit les choses au jour le jour. Tous les jours on réunit l'ensemble des filières économiques à Bercy pour faire un point. Ça ne vous a pas échappé que pour faire du plastique, à la base, il faut du pétrole. Que ce pétrole, une partie vient du Golfe qu'ensuite il est exporté notamment en Chine pour faire la matière première qui permet de faire du plastique. Il y a différents types de plastique. Il y a certains plastiques qui peuvent servir pour faire des emballages par exemple aujourd'hui où on a quelques soucis d'approvisionnement. Mais globalement nos filières industrielles elles tiennent. Elles tiennent face à ce choc et on suit ça de très, très près. Vous avez cette entreprise qui est en rupture d'approvisionnement. Beaucoup avaient un peu anticipé. Moi je connais des entreprises de la plasturgie qui avaient anticipé leur stock et donc globalement ça tient.
APOLLINE DE MALHERBE
Vous pensez que ça va tenir ? Vous nous dites ce matin que ça va tenir ?
SEBASTIEN MARTIN
Chère madame, si demain le Golfe est à nouveau complètement bloqué, je ne sais pas quoi vous dire par rapport à une situation qui est gérée de manière un peu, comment dirais-je, éruptive par le Président des États-Unis. Mais globalement notre industrie tient.
APOLLINE DE MALHERBE
Cyril, vous vouliez réagir, vous nous appelez du Rhône. Vous êtes à Saint-Romain-de-Popey. Passer à l'électrique, ce grand plan d'électrification, comment vous réagissez ? Vous faites quoi dans la vie Cyril ?
CYRIL, AUDITEUR
Bonjour, moi je suis économiste de la construction. Nous avons des chantiers un petit peu sur toute la France et nous roulons... Moi je fais plus de 40 000, entre 40 et 50 000 kilomètres par an. Et pour le moment je ne suis pas capable de passer à l'électrique parce que je ne peux pas recharger mon véhicule. Chez les architectes sur lesquels je vais, sur les lieux de réunion, souvent… " Bonjour monsieur, je vous pique votre prise, merci de me faire le plein. " Ça ne marche pas.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais précisément cette question-là, monsieur le ministre, est-ce qu'il faut changer nos habitudes ? Est-ce qu'il faut se dire, désormais, la logique c'est que vous arrivez chez quelqu'un, au lieu de lui demander juste un verre d'eau, vous lui demandez sa prise ?
SEBASTIEN MARTIN
Oui, c'est une des solutions, vous avez raison, mais le mieux c'est de déployer un maximum de bornes de recherche.
APOLLINE DE MALHERBE
Mais c'est encore… Pardon, mais j'imagine, Cyril, que vous allez nous dire que ça prend du temps, que ce n'est pas possible dès demain, qu'entre-temps vous êtes obligé de payer le plus.
CYRIL
Ce n'est pas possible, et au final si j'achète l'électricité plein bus et de partout, ça ne vaut pas le coup que je roule à l'électrique. Le but du jeu, si on roule à l'électrique, c'est de payer l'électricité le moins cher possible.
SEBASTIEN MARTIN
Vous avez raison.
CYRIL
Le plus gros problème que j'ai, chez moi, si je mets des panneaux solaires sur mon toit… Pour l'instant ils ont été refusés par les bâtiments de France, mais ça c'est autre chose. Mais actuellement, quand je suis chez moi, quand les panneaux solaires produiraient, je suis au bureau. Donc moi j'ai besoin de recharger la nuit.
SEBASTIEN MARTIN
Vous avez raison, le mieux c'est de recharger la nuit quand on est chez soi. Parce que le tarif de l'électricité chez soi, c'est bien évidemment le moins cher, plutôt que quand on va sur une borne de recharge, notamment sur l'autoroute. Mais j'ai envie de vous dire, c'est comme avec votre voiture. Quand vous faites le plein d'essence sur l'autoroute, ça coûte plus cher que quand vous faites le plein d'essence chez votre pompiste de proximité ou à la grande surface de proximité. Le mieux c'est de recharger chez soi. Parce que quand on recharge chez soi, la différence entre 100 km à l'électrique et 100 km à l'essence, c'est entre 3 et 5 Euros pour l'électrique et c'est 15 Euros pour l'essence et le diesel. Donc on a un rapport qui va de fois 3 - fois 5. Donc c'est quand même extrêmement intéressant de passer à l'électrique et de pouvoir charger chez soi.
Ensuite, Monsieur a relevé un point important. La France est un des pays européens qui a déployé le plus grand nombre de bornes de recharge. Regardez sur les autoroutes, il y en a aujourd'hui absolument partout…
APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais ce qu'il vous répond, c'est que c'est quand même beaucoup plus cher quand on le recharge à la station, à la borne de la station, que chez soi.
SEBASTIEN MARTIN
Oui, ça coûte un peu plus cher forcément, parce qu'à la station, il faut bien que les gens gagnent leur vie. Donc effectivement, ils font une petite marge quand on va à la station pour recharger. Mais ce qui est intéressant, et on libère les capacités là-dessus, c'est de recharger au maximum chez soi. Quand vous achetez un véhicule électrique, on vous propose des offres pour installer une borne à domicile. On a libéré les systèmes pour pouvoir avoir des bornes dans les parkings de copropriétés, parce que c'était très compliqué avant. On a simplifié la réglementation pour ça. Voilà, ce sont des changements d'habitude. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
APOLLINE DE MALHERBE
Simplifier la réglementation, j'ai encore deux questions à vous poser, monsieur le Ministre. Une sur le 1er mai. Il y a cette réunion tout à l'heure au ministère du Travail. Les syndicats qui seront reçus, ils dénoncent une atteinte aux droits du travail. Est-ce que le Gouvernement va vraiment assumer de vouloir autoriser les gens à travailler le 1er mai ?
SEBASTIEN MARTIN
Il y a un certain nombre de professions qui, depuis longtemps, travaillent le 1er mai et ont envie qu'on sécurise leur cadre. J'ai écouté sur votre antenne ce matin, Thibault BAZIN, qui est le rapporteur du texte ce matin, a dit notamment toutes les professions qui font 100% d'alimentaire - les boulangers par exemple - ont besoin d'être sécurisées. Il ne s'agit pas d'ouvrir tous les supermarchés. Il y a des professions comme les fleuristes qui, le 1er mai, ont besoin d'être sécurisées. Il y a une réunion cet après-midi chez Jean-Pierre FARANDOU qui est quand même quelqu'un, en matière de dialogue social, qui s'y connaît. Je suis sûr qu'on va arriver à trouver le bon atterrissage.
APOLLINE DE MALHERBE
Et une dernière question, vous l'avez peut-être entendue. Dans la loi de programmation militaire, Sébastien LECORNU a annoncé un nouveau régime d'exception, une alerte de sécurité nationale. Il justifie cela en disant qu'il ne serait pas acceptable que, face à une menace imminente, la nation soit entravée par ses propres lenteurs. Il parle notamment du droit de l'urbanisme, du droit de l'environnement, qui bloque évidemment la mise en place de nouvelles usines, de nouveaux hangars. Il dit qu'en temps de guerre, c'est impossible. Mais pourquoi en temps de paix, ce serait acceptable ?
SEBASTIEN MARTIN
Il faut qu'en temps de paix aussi, on ait des mesures de simplification. Vous avez parlé des questions foncières. Moi, par exemple, j'ai demandé au préfet d'identifier beaucoup plus de fonciers industriels qui sont prêts à être industrialisés, ce qu'on appelle des sites industriels…
APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que ça n'est pas reconnaître en creux qu'au fond, la France s'est entravée elle-même par tout un tas de types de normes, de blocages et de procédures ?
SEBASTIEN MARTIN
Il est vrai qu'aujourd'hui, on protège plus l'environnement qu'il y a 20 ans ou 30 ans. C'est vrai. Est-ce que les Français ont envie qu'on revienne en arrière sur la protection de l'environnement ? Je ne suis pas sûr. Par contre, il faut que les procédures qui permettent de protéger l'environnement soient plus rapides. Et c'est ça qu'il faut trouver comme équilibre.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 avril 2026