Interview de Mme Annie Genevard, ministre de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire, à LCP le 16 avril 2026, concernant les conséquences du conflit au Moyen-Orient pour les agriculteurs et le projet de loi d'urgence agricole.

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Média : LCP Assemblée nationale

Texte intégral

ALEXANDRE POUSSART
Et c'est l'heure de l'entretien politique. Aujourd'hui, je reçois Annie GENEVARD, la ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Bonjour Annie GENEVARD.

ANNIE GENEVARD
Bonjour.

ALEXANDRE POUSSART
On est ensemble pendant une vingtaine de minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, qui est représentée aujourd'hui par Fabrice VESSEYRE-REDON, rédacteur en chef au groupe Ebra des journaux de l'Est de la France.

FABRICE VESSEYRE-REDON, REDACTEUR EN CHEF AU GROUPE EBRA
Bonjour Alexandre. Bonjour Annie GENEVARD.

ALEXANDRE POUSSART
Bonjour. Bonjour Fabrice. Alors, on commence par les conséquences, finalement, en France de la crise au Moyen-Orient. Et avant de parler des conséquences pour les agriculteurs, les conséquences sur notre alimentation. Est-ce que vous pouvez nous dire que dans les prochains mois, le prix de l'alimentation va augmenter, madame la ministre, à cause de cette guerre ?

ANNIE GENEVARD
Ça n'est pas une fatalité. J'espère que non. Les Français sont attentifs, à juste titre, à leur pouvoir d'achats, mais il est clair que les conditions dans lesquelles on produit aujourd'hui sont plus coûteuses qu'elles ne l'étaient avant le conflit. Le GNR, les engrais…

ALEXANDRE POUSSART
Le GNR, c'est le gazole non routier.

ANNIE GENEVARD
Le gazole non routier, l'augmentation du prix du gaz. Enfin, bref, un certain nombre de déterminants augmentent les coûts de production. Ça, c'est certain. Cela sera-t-il répercuté sur l'alimentation ? Là, c'est à voir. J'espère que non. Mais il est clair que ça peut amener à renégocier ou à discuter des avenants dans les contrats qui viennent d'être signés entre les fournisseurs et la distribution.

ALEXANDRE POUSSART
Il faudra des nouvelles négociations commerciales ?

ANNIE GENEVARD
De réouvrir les négociations commerciales, peut-être pas. Elles viennent de s'achever. Elles ont été dures comme chaque année. Mais il est clair que si l'augmentation des coûts de production était importante, il faudrait que les gens se remettent autour de la table pour voir comment cet effort peut être partagé.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, vous évoquiez les conséquences de cette guerre sur nos agriculteurs, sur le prix du carburant, sur le prix des engrais. Quelles sont les filières les plus touchées ? Est-ce qu'il y a des filières spécifiques qui sont sensibles ?

ANNIE GENEVARD
Alors, toutes celles qui utilisent du gasoil non routier pour faire fonctionner les engins agricoles, au moment où on fauchera l'herbe, au moment où on moissonnera, il est bien évident que ça pèsera lourdement sur les coûts de production. J'espère que d'ici là, le conflit au Moyen-Orient aura trouvé une solution, un aboutissement. Je l'espère de tout mon coeur, parce que le monde est en guerre, et ça n'est pas sans conséquence sur chacune de nos démocraties.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, vous avez annoncé déjà des aides pour les agriculteurs les plus touchés : une prise en charge de leur cotisation sociale, une baisse de taxes sur le carburant. Ça représente une enveloppe de quelques dizaines de millions d'euros. Que dites-vous au principal syndicat agricole, la FNSEA, qui estime que c'est largement insuffisant, c'est du saupoudrage ? Et ce syndicat demande une baisse de 30 centimes du litre de gazole non routier.

ANNIE GENEVARD
Les syndicats le savent : chaque année dans le budget, on met 1,3 milliard pour éteindre, compenser la fiscalité du carburant agricole, 1,3 milliard. Donc, on ne peut pas dire que l'État ne soit pas au rendez-vous de la solidarité à l'égard des agriculteurs. Nous avons augmenté cette participation de façon à compenser en totalité la fiscalité du gazole non routier. Aujourd'hui, ce qu'on appelle les droits d'accise sont entièrement compensés. Donc, voilà le premier volet sur lequel nous agissons. Le second volet, c'est qu'il y a des exploitations pour lesquelles l'augmentation du carburant va poser des problèmes de trésorerie. Pour ces exploitations agricoles-là, nous avons mis en place un dispositif de prise en charge de cotisation. Donc, le dispositif va se déployer incessamment.

ALEXANDRE POUSSART
Donc, pour l'instant, pas de mesures supplémentaires à l'étude ?

ANNIE GENEVARD
Bah, écoutez. Ce sont des mesures.... Chaque semaine, nous avons annoncé des mesures complémentaires. Mais vous le savez aussi, le quoi qu'il en coûte n'est plus possible compte tenu de l'état de nos finances. D'où le choix du Gouvernement de conduire des actions ciblées, des aides ciblées. Pêcheurs, transporteurs, agriculteurs, agriculteurs en difficulté. Voilà. C'est la ligne qui a été retenue.

FABRICE VESSEYRE-REDON
Vous évoquiez les engrais, par ailleurs. Cette nouvelle crise met quand même en évidence notre grande dépendance en matière d'engrais à l'égard de l'étranger.

ANNIE GENEVARD
C'est une immense fragilité pour notre agriculture, la dépendance dans laquelle nous sommes à l'égard des fournisseurs d'engrais. Alors, avant, on se fournissait chez les Russes, un engrais de bonne qualité. Aujourd'hui, pour des raisons évidentes, ce n'est plus possible. Mais l'essentiel de notre approvisionnement concerne une très large partie de nos besoins en engrais. Il faut absolument qu'on reconquière de la souveraineté en engrais, qu'on reconstitue ou qu'on constitue une filière de production en France.

FABRICE VESSEYRE-REDON
C'est possible, ça ? C'est possible ?

ANNIE GENEVARD
C'est indispensable. Il faut qu'on réduise nos dépendances, qu'on réduise nos fragilités. Dans un monde qui est devenu de plus en plus incertain, de plus en plus éruptif, tout ce qui nous met en dépendance à l'égard d'autrui est une fragilité maximale.

ALEXANDRE POUSSART
Et comment on fait pour retrouver cette souveraineté sur les engrais ?

ANNIE GENEVARD
Il faut reconstituer un outil industriel de production d'engrais. Et nous y travaillons.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, on va parler du projet de loi d'urgence agricole que vous avez présenté la semaine dernière. C'est, je crois, la troisième loi agricole en un an pour répondre à la colère des agriculteurs. En quoi cette loi, précisément, va changer le quotidien de nos exploitants ?

ANNIE GENEVARD
D'abord, ça répond à un engagement. Le Premier ministre a donné droit à la demande des agriculteurs d'un texte de loi. Il en a circonscrit le contour : la prédation du loup, l'eau et les moyens de production. Donc, nous sommes partis de cette base-là, dont j'ai fait beaucoup de consultations avec les professionnels, les syndicats. Et donc, nous avons progressivement, autour de ces trois thèmes, et en débordant même un peu, enrichi ce texte. C'est un texte concret. Vous évoquez les deux précédents. Moi, je ne voulais pas d'un texte de grande déclaration ou de principe. Ça, c'est fait. La loi d'orientation agricole y a pourvu. Là, c'est vraiment un texte qui entend répondre concrètement aux besoins précis des agriculteurs. En matière d'eau, il faut davantage de stockage. Donc, on simplifie les procédures, on allège les procédures, tout en demeurant, bien sûr, attentif aux conséquences sur l'environnement. Je m'inscris en faux contre le procès qui serait fait, d'une dérégulation environnementale au bénéfice des agriculteurs. Ça n'est pas le cas. Mais aujourd'hui, on est dans des complexités de procédures qui sont incomprises, et surtout, qui compromettent l'aboutissement de projets nécessaires à la production. En France, on irrigue 7% des terres. C'est très peu. Je ne demande pas à ce qu'on irrigue 50 % des terres comme en Espagne. Enfin, entre 7 et 50 %, il y a quand même une marge de progression. Il y a des territoires qui ont trop d'eau en hiver, et avec le dérèglement climatique, on aura de plus en plus d'eau en hiver, et qui en manquent en été. Il serait absurde de prélever en été là où elle manque et de ne pas la stocker un peu, raisonnablement, pour un certain nombre de territoires.

ALEXANDRE POUSSART
En tout cas, les associations environnementales estiment que c'est un texte qui va favoriser la constitution de méga bassines. Avec, par exemple, une mesure : les réunions publiques sur ces projets de stockage de l'eau pourront être évitées. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la ressource en eau ne doit plus faire l'objet d'un débat démocratique environnemental sur le terrain ?

ANNIE GENEVARD
Non, pas du tout.

ALEXANDRE POUSSART
On évite le débat ?

ANNIE GENEVARD
Non, absolument pas. Il prend une autre forme. On propose d'alléger, de modifier un peu la forme que prendrait cette consultation du public, qui est indispensable. La démocratie de l'eau, elle s'exerce dans des tas d'instances. Croyez-moi, le public se fait largement entendre.

ALEXANDRE POUSSART
Il y a parfois trop de pression des associations écologistes ?

ANNIE GENEVARD
Non, mais les réunions publiques, vous savez, dans ma vie d'élue locale, je me suis livré à l'exercice une fois, ce n'est pas le lieu, la réunion publique, où s'expriment les points de vue de façon apaisée. Moi, je veux mettre fin à la guerre de l'eau. Il faut qu'on soit suffisamment mature pour apaiser ce sujet qui, chez nous, prend des proportions déraisonnables. Et donc, pas de réunion publique, mais des consultations en mairie avec un commissaire enquêteur, comme ça se fait pour la plupart des projets qui se mènent sur les territoires. C'est une procédure tout à fait classique, efficace : on va en mairie, on consulte le commissaire enquêteur, on lui fait part de ses observations. Voilà.

ALEXANDRE POUSSART
Comme ça, il y aura moins d'affrontements entre militants écologistes et agriculteurs sur cette question de l'eau ?

ANNIE GENEVARD
Chacun exprimera son point de vue de façon tout à fait libre et démocratique, mais dans un cadre qui favorise l'apaisement.

ALEXANDRE POUSSART
Il est aussi question d'élevage dans ce projet de loi d'urgence agricole, un texte qui simplifie les évaluations environnementales obligatoires pour des élevages qui rassemblent un grand nombre de bêtes. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est la prime à l'élevage intensif, aux fermes usines ?

ANNIE GENEVARD
Non, pas du tout. Ce n'est pas du tout dans l'ADN de l'agriculture française, vous le savez, qui est une agriculture de taille familiale et qui entend le rester. C'est une des richesses. Il y a des tailles différentes d'exploitation, et chacun peut y trouver matière à s'épanouir professionnellement. La disposition qui concerne le bâtiment d'élevage consiste à adopter une disposition qui concerne l'élevage. Aujourd'hui, vous avez une réglementation qui fait que pour créer, moderniser ou agrandir un bâtiment d'élevage, c'est la même procédure que si c'était une industrie lourde. Donc, ce qui est proposé, c'est une simplification, un allègement. De la même façon que pour l'eau, les consultations du commissaire enquêteur en mairie remplaceront les réunions publiques. On élève le seuil de nombre d'animaux raisonnablement. Comparé à d'autres pays européens, on n'est pas du tout dans les mêmes proportions, on n'est pas du tout dans les fermes-usines ou je ne sais quelle élucubration que je peux entendre ici ou là. Il s'agit simplement de passer d'un seuil d'autorisation à un seuil de déclaration quand ça reste dans une proportion raisonnable.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Sur quel délai ? Vous diriez, on passerait de quelle durée aujourd'hui de traitement à quel délai demain ?

ANNIE GENEVARD
En termes de durée ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui.

ANNIE GENEVARD
Alors ça c'est une question très importante que vous posez. Parce qu'aujourd'hui, quelqu'un qui a un projet, entre la lourdeur des procédures que nous lui imposons, entre les recours que font les ONG... Parce qu'aujourd'hui, vous avez un projet de bâtiment d'élevage, vous avez un recours. Donc, si on veut être condamnés à consommer de l'alimentation produite ailleurs que dans notre pays, continuons comme ça. Moi je ne peux pas m'y résoudre. Moi je suis là pour défendre la souveraineté alimentaire, pour défendre les agriculteurs et les éleveurs.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Donc il faut limiter les recours sur les bâtiments d'élevage ?

ANNIE GENEVARD
Alors, nous avons dans la loi d'orientation agricole déjà raccourci la durée des procédures d'un niveau de juridiction. Et puis dans ce projet de loi, pour qui ferait un recours abusif, constaté par le juge, le porteur de projet peut se retourner contre celui qui aurait mené un recours abusif.

ALEXANDRE POUSSART
On va parler pesticides, Annie GENEVARD, puisque le sénateur Les Républicains Laurent DUPLOMB et la majorité sénatoriale ont déposé une proposition de loi, DUPLOMB 2, après celle de l'an dernier dont on avait beaucoup parlé. Un texte qui réautorise une nouvelle fois des pesticides, les néonicotinoïdes, qui sont interdits en France. Personnellement, qu'est-ce que vous pensez de ce texte ?

ANNIE GENEVARD
D'abord, il n'est pas semblable au premier, puisque les deux niveaux les plus hauts de juridiction se sont prononcés sur le texte DUPLOMB 1 : le Conseil constitutionnel, qui n'a pas invalidé le texte sur le fond, mais qui a donné un certain nombre de préconisations pour qu'il soit acceptable. Et puis la deuxième version, ce qu'on appelle la DUPLOMB 2, a été examinée à la demande du président du Sénat par le Conseil d'État. Chacune de ces juridictions a donné son avis, ses préconisations. Après, le texte vivra, vivra sa vie parlementaire.

ALEXANDRE POUSSART
Mais vous, qu'est-ce que vous en pensez ?

ANNIE GENEVARD
J'ai toujours considéré que nous sommes dans un même espace de production, qui est l'Union européenne. L'Union européenne a une agriculture exigeante, vertueuse, qui obéit à des règles, et dont il faut protéger les exigences et la qualité. Mais il faut que tout le monde soit mis à égalité de concurrence. Lorsqu'on impose à ces agriculteurs des règles qui sont différentes de celles de l'Espagne, de l'Italie ou de la Pologne, qui sont nos principaux concurrents, la concurrence dont est victime l'agriculture française, elle est d'abord européenne. Donc il est important de se mettre au même niveau.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous y êtes favorable ?

ANNIE GENEVARD
Moi, je pense que si toutes les garanties sont données, nous verrons bien ce que les parlementaires en décideront. Chacun sait ce que j'en pense. J'ai eu l'occasion de m'exprimer suffisamment souvent. Mais on verra ce qu'il en adviendra. En tout état de cause, les préconisations qu'ont faites et le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État restreignent énormément l'usage de ces produits phytosanitaires. Si demain, les autorités européennes décident d'interdire le produit, la substance, elle sera interdite partout, évidemment.

ALEXANDRE POUSSART
Vous êtes favorable sur le fond à cette proposition de loi DUPLOMB 2, mais est-ce que juridiquement, ce texte peut être intégré à votre projet de loi d'urgence agricole via un amendement qui serait voté par le Parlement ? Est-ce que c'est possible ?

ANNIE GENEVARD
Le Premier ministre n'a pas souhaité que la mesure figure dans la mouture initiale. Il n'y figure pas.

ALEXANDRE POUSSART
Est-ce que c'est trop polémique ?

ANNIE GENEVARD
Écoutez, moi, ce que je souhaite, c'est que ce texte de loi d'urgence agricole soit adopté. Il est utile : il y a des mesures sur l'eau, il y a des mesures sur l'élevage, le projet d'urgence. Il y a des mesures sur le foncier agricole, il y a des mesures sur l'avenir agricole avec les contrats d'avenir que portent en particulier les jeunes agriculteurs. Il y a beaucoup de choses utiles et attendues. Moi, je veux que ce texte aboutisse. Si les parlementaires décident d'y adjoindre les éléments contenus dans la DUPLOMB 2, libre à eux, en tout cas…

ALEXANDRE POUSSART
Ce sera possible, juridiquement ? Ce ne sera pas un cavalier législatif, c'est-à-dire hors-sujet ?

ANNIE GENEVARD
Il appartiendra au Conseil constitutionnel d'en décider, une fois que le texte sera adopté. S'il est adopté avec ces mesures, moi, je n'en sais rien. Maintenant, il va vivre sa vie parlementaire.

ALEXANDRE POUSSART
Mais vous ne souhaitiez pas l'intégrer, car c'était trop polémique ce texte sur les pesticides ?

ANNIE GENEVARD
Le Premier ministre n'avait pas souhaité l'intégrer d'emblée parce que ce texte a une charge émotionnelle, je dirais. Il a fait l'objet de nombreux débats, d'une pétition, souvent d'ailleurs signée sans qu'on ait une parfaite connaissance du sujet. Comme toujours, les choses sont plus compliquées qu'il n'y paraît. Ce qui est vrai, c'est que le Gouvernement est engagé dans un dispositif qui existe depuis plusieurs années, qui s'appelle Ecophyto, qui vise à réduire l'empreinte phytosanitaire sur l'agriculture française. Et l'INRAE en a convenu - puisque je lui ai confié une mission à ce sujet -, a convenu qu'il y avait un certain nombre de filières qui étaient en impasse de traitement. Pour ces impasses, il faut bien trouver des solutions. Quand je vais voir les arboriculteurs et qu'en pleurs, ils me disent : " La moitié de ma récolte est ruinée parce que des ravageurs se sont attaqués à mes productions ", comment moi, ministre de l'Agriculture, puis-je y être insensible ?

ALEXANDRE POUSSART
Une question sur la concurrence déloyale pour nos agriculteurs, Fabrice ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Absolument, Annie GENEVARD a annoncé en janvier dernier la création d'une brigade spéciale qui vise à contrôler ces produits, ces denrées importées. Vous aviez annoncé l'objectif de 3 000 contrôles sur 2026 avec une centaine d'agents. Vous aviez annoncé ça à Roissy, aux douanes, si j'ai une bonne mémoire. On en est où ? On arrive au mois de mai.

ANNIE GENEVARD
Alors, le projet de loi d'urgence parle de cette brigade de contrôle, on en fixe les missions. La mobilisation de ces agents de contrôle, des agents de mon ministère, sera possible dès lors que l'accord entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne sera conclu. Ça va donc dégager des postes qui me permettront de les réaffecter sur des opérations de contrôle. Parce que nous sommes très exigeants avec nos agriculteurs, très exigeants sur les modes de production, sur l'utilisation des produits phytosanitaires, sur la façon dont ils travaillent. Ce niveau d'exigence, il faut que nous l'ayons aussi sur les produits importés des pays tiers. Et c'est l'objet des contrôles de cette brigade.

ALEXANDRE POUSSART
Il nous reste trois minutes. On finit par des questions politiques, Annie GENEVARD, avec une séance de questions au Gouvernement hier au Sénat assez tendue. On a entendu le Premier ministre, Sébastien LECORNU, interpeller Bruno RETAILLEAU, le président des Républicains, candidat à la présidentielle, pour lui demander de clarifier sa position : entre une volonté de gouverner, de faire des compromis, soit avec la gauche républicaine, soit avec l'extrême droite. Est-ce que Bruno RETAILLEAU doit clarifier sa position sur ce sujet ?

ANNIE GENEVARD
Je crois qu'elle est assez claire. Bruno RETAILLEAU a eu l'occasion de s'exprimer, y compris d'ailleurs - j'ai lu ça dans la bonne presse du groupe EBRA ce matin -, a eu l'occasion de s'exprimer sur ce sujet : pas d'alliance avec le Rassemblement National, qui ne cesse de proclamer son désir de nous voir mourir. En revanche, les électeurs doivent être convaincus par le projet que porteront Les Républicains. Donc c'est assez clair, me semble-t-il. Je pense qu'il faut bien prendre la mesure de la situation du Gouvernement sur la question du 1er mai, puisque c'était à l'occasion de ce sujet que le Premier ministre a été interpellé. Quand on est dans une situation d'impasse politique, que cette réforme est attendue, espérée, sur le fond de laquelle la droite et le Gouvernement sont parfaitement alignés... C'est-à-dire qu'il faut permettre à ceux qui le souhaitent de travailler le 1er mai. Moi je suis une femme de droite, je suis pour le travail et pour la liberté. Donc, forcément, je suis favorable à ce qu'on puisse laisser travailler. Mais la cible, c'était quand même les boulangers indépendants et les fleuristes. Sans doute a-t-on trop élargi la cible et insuffisamment consulté les partenaires sociaux, qui sont évidemment très attachés à ce 1er mai.

ALEXANDRE POUSSART
Justement, sur la droite, il y a beaucoup de candidats qui sont lancés pour la présidentielle. Le parti Les Républicains d'ailleurs, dont vous êtes suspendue puisque vous participez au Gouvernement, ce parti-là organise une consultation de ses militants sur le mode de désignation du candidat LR à la présidentielle. Qu'est-ce que vous pensez de cette stratégie de Bruno RETAILLEAU pour la présidentielle ? Il faut un champion LR pour la droite ?

ANNIE GENEVARD
Il faut incontestablement que LR puisse se désigner un candidat. Maintenant, on sait aussi que la configuration politique de notre pays nous met en risque si nous ne parvenons pas à nous organiser pour éviter un duel de deuxième tour où nous serions absents. La responsabilité d'un candidat Les Républicains sera d'évaluer ses chances de rassembler autour de lui. LR n'a jamais gagné tout seul. Il faudra donc que le candidat fasse la démonstration qu'il est en capacité de rassembler.

ALEXANDRE POUSSART
Il faudra une primaire ? Une grande primaire de la droite et du centre ?

ANNIE GENEVARD
J'ai vu deux primaires qui n'ont pas produit les effets qu'on en attendait. Maintenant, y a-t-il une autre façon de faire ? C'est ce que détermineront les adhérents Les Républicains ce week-end.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 avril 2026