Texte intégral
GILLES BORNSTEIN
Bonjour Serge PAPIN.
SERGE PAPIN
Bonjour Gilles BORNSTEIN.
GILLES BORNSTEIN
On a vu l'intitulé de votre département ministériel. Ça fait du boulot. Le Gouvernement a donc renoncé à élargir les possibilités de travailler le 1er mai. Les fleuristes, les boulangers ne pourront donc pas ouvrir a priori cette année, est-ce que vous le regrettez ?
SERGE PAPIN
Je pense que le Premier ministre a pris une décision raisonnable, il a renvoyé au dialogue, aux accords de branche. On va voir après ce qui va se passer. Bon, moi j'avais des demandes exprès quand même, des fleuristes, des boulangers qui demandent à pouvoir ouvrir cette journée-là.
GILLES BORNSTEIN
Vous l'auriez souhaité ?
SERGE PAPIN
Moi, oui, je l'aurais souhaité parce que je trouve que c'est une mesure de liberté. Ces métiers-là, voilà, on consomme du pain tous les jours, c'est baguette tous les jours, c'est viennoiserie tous les jours. Les ventes de fleurs, c'est la fête du muguet, c'est la fête du printemps. Et on voit d'ailleurs qu'il y a beaucoup de ventes qui se font à la sauvette. Donc autant que les fleuristes puissent ouvrir officiellement. Alors, souvent ils le font d'ailleurs, parce que ce sont les propriétaires qui ouvrent.
GILLES BORNSTEIN
Mais ils n'ont pas le droit d'embaucher quelqu'un ?
SERGE PAPIN
Ils n'ont pas le droit d'embaucher. Bon, moi j'ai connu ces périodes-là, quand j'étais commerçant. Ce qui se passait aussi, c'est pour ça, il pourrait y avoir des aménagements, ça pourrait être des étudiants, par exemple, qui viendraient travailler ces jours-là, voilà, sans que ça soit forcément des salariés.
GILLES BORNSTEIN
Comme par exemple dans les hypermarchés dont vous aviez la charge avant, le dimanche, ce sont souvent des étudiants.
SERGE PAPIN
Voilà. Et ça permettait de tout concilier, mais laissons la place au dialogue.
GILLES BORNSTEIN
Mais donc vous dites, il va y avoir des dialogues de branche, pour autant, pour cette année, le 1er mai c'est dans quinze jours, pour cette année, c'est mort.
SERGE PAPIN
Pour cette année, ça ne va pas être possible, je pense, oui.
GILLES BORNSTEIN
Vous venez du monde de l'entreprise, est-ce que vous avez le sentiment, parfois, que la France est difficile à réformer ?
SERGE PAPIN
Oui, on dit que la France, elle se réforme par des révolutions et pas comme ça, par des réformes dont on aurait besoin. Oui, on voit bien les difficultés. Bon après, je pense qu'il y a des choses qui sont en route, là, comme, par exemple, le plan sur l'énergie. Ça, c'est quelque chose de massif.
GILLES BORNSTEIN
Sur l'électrification.
SERGE PAPIN
Voilà exactement.
GILLES BORNSTEIN
Ça concerne les PME, les artisans dont vous avez la charge.
SERGE PAPIN
Exactement. Ça, c'est une réforme qui va pouvoir se faire massivement, qui va pouvoir se faire rapidement. Et pourquoi ? Parce que la France, c'est peut-être le seul pays en Europe à pouvoir le faire, parce qu'on bénéficie d'une énergie électrique décarbonée, en quantité suffisante, grâce aux parcs nucléaires, à l'éolien et aux photovoltaïques. Donc on est les seuls à pouvoir le faire. On a d'ailleurs, au passage, un prix de l'électricité en France qui est le moins cher en Europe. Donc voilà une réforme qui va être utile au pays, qui est stratégique pour le pays.
GILLES BORNSTEIN
Ça rentre en la politique, vous êtes passé du souci du 1er mai vers ce que vous vouliez dire, je vois que... Non, mais ce n'est pas un défaut, même quand on vient de la société civile, on arrive à faire du judo et à faire de la politique. Vous aviez dit justement sur la crise qu'elle se vivait au jour le jour. Est-ce que c'est toujours vrai ? Parce qu'on le voit, le Détroit est vraisemblablement bloqué pour un certain temps et la crise d'approvisionnement est durable. L'Association pour l'énergie a dit qu'avril serait pire que mars. Est-ce que le Gouvernement doit désormais, puisque la crise s'installe, changer de braquet dans l'aide aux automobilistes ?
SERGE PAPIN
Alors d'abord, la durée, on ne la connaît pas.
GILLES BORNSTEIN
Non, mais on sait que la libération du Détroit, ce n'est pas demain.
SERGE PAPIN
On a un drôle de chef d'orchestre qui nous joue une partition un peu chaotique.
GILLES BORNSTEIN
Le Président des États-Unis, vous parlez ?
SERGE PAPIN
Oui. Nous, on a fait le choix des aides ciblées, c'est la stratégie. Après, il existe des aides. Aujourd'hui, on les oublie, mais il y a quand même un chèque énergie qui est distribué en ce moment. Il concerne 4,5 millions de salariés. C'est entre 50 et 277 Euros, 150 Euros en moyenne. Donc ça, ça existe. Il y a la prime d'activité, 600 Euros de plus par an. Tout ça, c'est sous condition de ressources ? Oui, bien sûr, ça concerne les gens qui en ont le plus besoin. C'est normal.
GILLES BORNSTEIN
Mais les autres, ceux qui sont un tout petit peu au-dessus des minimas, et qui roulent quand même 20, 30 kilomètres par jour aller-retour pour aller travailler, eux, ce sont eux qui doivent absorber la hausse, alors qu'ils n'y sont pour rien.
SERGE PAPIN
Non, mais les aides qui sont actuellement ciblées, donc agriculteurs, pêcheurs, transporteurs, voilà. Mais après, si on donne d'un côté aux automobilistes d'une façon massive, puisque c'est ce que vous suggérez dans votre question, ça veut dire qu'on va de nouveau faire gonfler la dette. Ça veut dire qu'on va demander aux contribuables de payer ce qu'on donne d'un côté. Il va falloir le reprendre de l'autre. Donc ce n'est pas une stratégie intéressante.
GILLES BORNSTEIN
L'Allemagne a décidé de réduire pendant deux mois des taxes sur le diesel et l'essence.
SERGE PAPIN
Oui, l'Allemagne, d'abord, a une inflation deux fois supérieure à la nôtre. L'Allemagne a une dépendance aux énergies fossiles beaucoup plus importante que la nôtre. Donc elle fait des choix. Elle n'a pas ce socle d'aide dont j'ai parlé.
GILLES BORNSTEIN
J'entends mais tout ça, les automobilistes, ils n'y sont strictement pour rien.
SERGE PAPIN
Oui, mais encore une fois, regardons les choses au jour le jour. Regardons ce qui se passe dans la durée. Et puis, la France a une dette aujourd'hui de 300 ou 400 milliards. Donc vous suggérez encore de creuser la dette ?
GILLES BORNSTEIN
Je ne suggère rien. Je demande.
SERGE PAPIN
Oui, mais le choix qui a été fait, justement, c'est d'aller vers les secteurs qui en ont le plus besoin.
GILLES BORNSTEIN
Je crois que le discours gouvernemental ne change pas. Il n'y a pas que l'automobile, il y a aussi Céline Dion. Les fans de Céline DION ont eu la très désagréable surprise de voir les prix des billets parfois multipliés par trois au moment du paiement. Est-ce que c'est normal ? Est-ce que la DGCCRF enquête ?
SERGE PAPIN
Alors un, ce n'est pas normal. Deux, la DGCCRF enquête. Alors il se trouve qu'elle enquête depuis un petit moment. Donc il y a une enquête en cours. Donc je ne peux pas trop m'étendre sur ce sujet puisque l'enquête est en cours. Mais on va se servir de Céline DION pour marquer bien le territoire de cette enquête et aller au bout.
GILLES BORNSTEIN
Et ceux qui ont payé trois fois le prix du billet, il peut y avoir des remboursements ? Il y aura des remboursements si besoin ?
SERGE PAPIN
Je ne sais pas s'il y aura des remboursements. En tous les cas, il y a l'enquête, il y aura des sanctions.
GILLES BORNSTEIN
Il y aura des sanctions.
SERGE PAPIN
Ça, c'est sûr.
GILLES BORNSTEIN
Sur les plateformes de distribution.
SERGE PAPIN
Exactement. Alors, moi, j'invite tous les téléspectateurs qui nous écoutent et qui veulent aller voir le concert de Céline DION à aller sur les sites officiels.
GILLES BORNSTEIN
Il y en a trois.
SERGE PAPIN
Voilà. Et faire attention aux arnaques parce qu'en effet, il y en a beaucoup. Donc voilà. La DGCCRF a une enquête en cours. Mais elle était encore une fois déjà en cours.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 avril 2026