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Interview de M. Édouard Geffray, ministre de l'éducation nationale, à Ici Radio Gironde, sur le dispositif visant à améliorer le niveau global des élèves en difficulté en maths et en français, le fonctionnement des stages de troisième et de seconde et la suppression de 135 classes en Gironde à la rentrée prochaine.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : Ici Gironde

Texte intégral

KEVIN BLONDEL
Bonjour Édouard GEFFRAY.

ÉDOUARD GEFFRAY
Bonjour.

KEVIN BLONDEL
Vous dormez à l'internat ce soir au lycée Camille-Jullian, à Bordeaux, il n'y avait aucun hôtel disponible ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, ce n'est pas qu'il n'y avait pas d'hôtel disponible, mais c'est que quand on est ministre de l'Éducation Nationale et qu'il y a des internats partout en France, c'est bien aussi d'aller en direct voir tout simplement la vie des équipes éducatives et puis des élèves. Ce sont aussi des moments privilégiés pour discuter avec eux autour du dîner, etc. Et donc, j'ai trouvé que c'était intéressant d'aller voir aussi comment vivaient ceux dont je promeus régulièrement les espaces de vie, c'est-à-dire les internats.

KEVIN BLONDEL
Après une nuit spartiate, demain, visite du collège Toni-Morrison dans le quartier Belcier à Bordeaux. Entre autres, il fait partie de 800 établissements sélectionnés pour un dispositif qui vise à améliorer le niveau global des élèves en difficulté en maths et en français. Pourquoi cet établissement en particulier ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, cet établissement, il fait partie effectivement d'à peu près 800 collèges qui ont à peu près 40 % de leurs élèves qui ont moins de 8/20 en français et en mathématiques. Donc, ils sont confrontés à de très grandes difficultés scolaires. Et tout l'enjeu, en fait, c'est justement d'inverser cette tendance, ce qu'on est déjà en train de faire, et donc de permettre aux équipes éducatives de travailler pendant ce semestre. Donc, c'est ce qu'elles sont en train de faire actuellement avec l'appui des équipes académiques. Et tout simplement pour leur redonner la main sur les leviers : ça peut être des leviers sociaux, ça peut être des leviers pédagogiques, ça peut être des leviers en termes d'accès à la cantine, par exemple, des choses comme ça. Et en fait, on s'aperçoit que quand on touche à tous les leviers à la fois, on arrive à augmenter substantiellement le niveau des élèves. Donc, le but du jeu, c'est que l'année prochaine et les années suivantes, il y ait beaucoup plus d'élèves qui réussissent leur brevet.

KEVIN BLONDEL
Quand vous décrivez ce dispositif, ça ressemble quand même beaucoup à ce qui se passe actuellement en REP ou en REP+, les zones d'éducation prioritaire où les classes sont moins chargées, où il y a plus d'encadrement d'adultes. Est-ce que ce n'est pas un peu la même chose en moins cher finalement ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Non, parce que d'abord, ça ne se substitue pas à l'éducation prioritaire, ça c'est la première chose. Il faut savoir qu'en France, il y a 37 % des collèges qui ont été identifiés comme collèges en progrès qui ne sont pas en éducation prioritaire. Donc ça, c'est le premier point qu'il faut avoir à l'esprit. Et le deuxième point, c'est que c'est une démarche qui part résolument du terrain. Moi, je ne sais pas dire depuis la rue de Grenelle, si vous voulez, ce qu'il faut faire partout en France de manière universelle pour que ça marche. Ce que je crois, c'est qu'il y a des réalités locales qui sont extrêmement différentes. Et donc, un : donner du temps aux équipes, ce que j'ai fait, pour qu'elles puissent travailler sur le sujet. Deux : partir du coup des besoins qu'elles expriment, y compris en termes de formation. Vous voyez, souvent nous, on dit : "Quelle formation on vous propose". Là, je fais l'inverse. Je leur dis : "De quelle formation pensez-vous avoir besoin ? Et on répond à votre demande." Il y a une suite si vous voulez. Et puis, trois : voir vraiment tous les leviers à la fois. Je vous donne juste un exemple. En France, il y a 50 % de ce qu'on appelle les fonds sociaux, donc les fonds d'aide aux élèves en difficulté, donc des financements, qui ne sont pas utilisés. Je suis en train de les redéployer, justement, en particulier sur ces collèges qui peuvent avoir des besoins pour ça, pour que les élèves, par exemple, puissent plus facilement accéder à la cantine.

JOURNALISTE
ICI Gironde, à 7 h 50. Édouard GEFFRAY, ministre de l'Éducation Nationale, est attendu en Gironde aujourd'hui et demain. Il est aussi avec nous ce matin. Il répond à vos questions. Kevin BLONDEL.

KEVIN BLONDEL
Autre thème de votre venue, vous allez visiter une classe au sein de ce collège, toujours quartier Belcier, où on incite les filles à plus se tourner vers la filière scientifique. Pourquoi et comment, surtout ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, pourquoi ? Il faut quand même savoir qu'aujourd'hui, il n'y a que 25 % de femmes dans les filières scientifiques, d'ingénieurs, etc., post-bac. Donc, on a un vrai problème, si vous voulez, parce qu'on se prive de nombreux cerveaux et on se prive de regards qui sont utiles. Et comment on fait ? Tout simplement, c'était ma prédécesseure qui avait créé ces classes à horaires aménagés sciences. Le principe est très simple, c'est que les élèves ont deux ou trois heures de plus de sciences par semaine, à parité filles-garçons, et en partenariat avec des centres de recherche extérieurs. Typiquement, par exemple, au collège Toni-Morrison, la classe est en partenariat avec le laboratoire d'astrophysique de Bordeaux. Et du coup, ça permet aux élèves de faire plus de sciences, donc d'aller plus loin. Pour ceux qui le souhaitent, bien sûr, c'est une classe qui est faite sur la base du volontariat, mais ils vont plus loin. Ils rencontrent aussi des scientifiques, ils rencontrent des modèles, et c'est très important pour les jeunes filles, à l'âge du collège, de casser les codes, et de se dire : "En fait, les sciences, c'est aussi pour moi".

KEVIN BLONDEL
Édouard GEFFRAY, on a parlé dans le journal de 7 h de la volonté du Gouvernement de revoir le fonctionnement des stages de troisième et de seconde, après la mort de ce jeune de quinze ans en conduisant un chariot élévateur la semaine dernière dans le Gard sur son lieu de stage. Est-ce que vous confirmez qu'il y a une réflexion sur la question aujourd'hui ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, d'abord, on ne remet pas en cause le principe même des stages. Parce que les stages, c'est aujourd'hui un élément déterminant en matière d'égalité des chances, pour faire découvrir des métiers à des jeunes qui, sinon, ne les découvriraient pas, et n'auraient pas les mêmes opportunités que les autres. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est qu'évidemment, on va rappeler des éléments sur leur encadrement : ce sont des stages d'observation. Ce sont des stages d'observation. C'est-à-dire qu'on observe, on ne fait pas un geste professionnel, on ne conduit pas une machine-outil, évidemment, etc. Et puis, le troisième élément, sur lequel Sabrina AGRESTI-ROUBACHE, la ministre déléguée, a été amenée à s'exprimer, c'est le fait que, plutôt que de faire forcément un stage de quinze jours, par exemple, en seconde, dans la même entreprise, on réfléchit, avec les fédérations professionnelles, à avoir des stages dans lesquels on pourrait découvrir peut-être deux ou trois entreprises d'une manière plus ponctuelle, ce qui limite l'impact pour l'entreprise, et ce qui permet à l'élève d'observer plus de métiers différents. Ça n'enlève rien au drame qui s'est passé, évidemment, la semaine dernière, et sur lequel on est tous, évidemment, profondément bouleversés. Il faut, évidemment, qu'on s'assure que toutes les règles sont bien respectées pour protéger nos élèves, sans les priver de cette opportunité.

KEVIN BLONDEL
135 classes supprimées en Gironde, dans notre département, à la rentrée prochaine, pour 72 ouvertures seulement, Monsieur le Ministre. C'est justifié par la baisse du nombre d'élèves. Pourtant, on a régulièrement des enfants sans enseignant remplaçant face à eux, notamment une jeune élève bordelaise de CM1 à l'école Barbès, Valentine, qui témoignait récemment sur Ici Gironde. Elle a été ballottée dans des classes pendant des semaines parce qu'il n'y avait personne pour lui faire classe. Je vous propose de l'écouter.

VALENTINE, ÉLÈVE BORDELAISE DE CM1 A L'ÉCOLE BARBÈS
On change tout le temps de classe, c'est ça qui est énervant. Et l'enseignant, on n'arrive pas à s'y faire. L'après-midi, on va dans une autre classe encore pour faire d'autres cours, pour faire de la science et de l'histoire, et ça, c'est énervant.

KEVIN BLONDEL
On a moins d'enfants, oui, aujourd'hui, dans les écoles, mais est-ce qu'on a vraiment trop d'adultes aujourd'hui ?

ÉDOUARD GEFFRAY
Alors, l'équation est assez complexe. D'abord, on a beaucoup moins d'enfants, mais vraiment beaucoup moins, c'est-à-dire qu'on va perdre 1 700 000 élèves au cours des dix prochaines années, c'est-à-dire 15 % de notre effectif. Rien qu'en Gironde, à la rentrée prochaine, c'est 3 400 élèves de moins, juste pour la Gironde. Et donc, il y a des endroits où on ne peut pas ne pas tenir compte de la chute démographique. Il y a des réalités, si vous voulez, des endroits où il n'y a plus d'enfants, dans certaines écoles, dans certaines classes. De l'autre côté, ce que décrit cette petite fille est vrai, c'est-à-dire qu'il y a des endroits aussi où on a du mal à remplacer les professeurs. Et c'est pour ça qu'on ne suit pas la démographie. Si on suivait la démographie, on supprimerait 8 000 à 10 000 postes par an. Ce n'est évidemment pas ce qu'on veut faire. L'idée, c'est qu'on tire les conséquences de la démographie parce qu'il y a des endroits où on ne peut pas faire autrement. Et par ailleurs, on redéploie, si je puis dire, on utilise tout ce que la démographie libère comme professeurs, soit pour réduire le nombre d'élèves par classe, soit pour améliorer le remplacement. Alors, j'ai conscience que c'est un processus, évidemment, qui a des failles, la preuve d'ailleurs avec le témoignage de cette élève, mais il ne faut pas croire qu'on suit la démographie. Sinon, les choses ne seraient pas du tout dans le même ordre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 avril 2026