Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur les relations entre la France, l'Arménie et l'Union européenne, à Erevan le 4 mai 2026.

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Circonstance : Visite d'État en République d'Arménie ; Dîner d'Etat

Texte intégral

Monsieur le président de l'Assemblée nationale,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs, en vos grades et qualités,
chers amis, merci.

D'abord, merci pour vos mots à l'instant, Monsieur le Premier ministre, cher Nikol, ils me vont droit au cœur. Puisque vous avez convoqué ces souvenirs, en effet, d'un automne 2022, je n'ai rien oublié de cette nuit. À peine deux ans s'étaient écoulés depuis le début de la guerre. La situation était très instable et vous avez fait preuve de beaucoup de courage parce que vous décidiez pour votre pays. Mais je voudrais vous dire une chose simple. D'abord, la France, dans ces moments-là, je le considère, a fait son devoir. Alors c'est vrai, beaucoup, en Europe ou ailleurs, nous regardaient comme des bêtes étranges à soutenir de manière aussi inconditionnelle l'Arménie. D'ailleurs, je vous rassure, après la réunion à laquelle le Premier ministre a fait référence, j'ai été à peu près interdit de toutes les réunions suivantes, tant que le conflit n'était pas réglé par le président Aliyev. Maintenant, les choses sont rentrées dans l'ordre et elles se sont apaisées heureusement. Mais si nous étions là, à vos côtés, pour dire cela, c'est parce que c'était juste. C'est parce que c'était juste. Et qu'à travers l'histoire, le combat que votre pays, votre peuple a toujours mené, fut un combat juste. Face aux génocides, face aux invasions, et dans ces heures-là, face à la menace de votre intégrité territoriale et à votre souveraineté.

Et l'idée que nous nous faisons d'une paix possible, y compris pour nous-mêmes, est d'être aux côtés de ces combats justes où l'ordre international est défendu. Quand bien même ce n'est pas notre intérêt à ce moment-là, quand bien même les calculs d'apothicaires consisteraient à aller regarder ailleurs, et quand bien même beaucoup calculaient plutôt les mètres cubes de gaz ou les intérêts face à d'autres puissances militaires aux contrats plus juteux. Et c'est l'honneur de la France d'être aux côtés de pays qui ne lui ont jamais manqué, jamais manqué, d'un peuple qui ne lui a jamais manqué et d'être aux côtés d'un combat juste. Notre histoire vient de loin, et il y a dans cette salle des femmes et des hommes dont l'histoire familiale est engagée dans la relation entre nos deux pays, qui ont émigré il y a parfois plusieurs générations, d'autres dans le cours de leur vie, et d'autres qui ont découvert l'Arménie et se sont mis à l'aimer de leur vivant, même s'ils n'avaient pas forcément de racines. Parce qu'il y a quelque chose dans la relation entre nos deux pays, nos deux peuples, nos deux civilisations, qui dit cela.

Pourquoi les intellectuels français ont-ils aimé l'Arménie ? Beaucoup n'en avaient jamais foulé le sol. Parce qu'il leur était insupportable que ce pays soit ballotté d'un empire à l'autre. Pourquoi la marine française est venue ici, pas simplement voir, dénoncer, mais sauver ? Parce qu'elle considérait que c'était le combat légitime qui lui était donné par la nation française ? Pourquoi avons-nous accueilli, dans ces années-là, et pourquoi tant et tant de ceux qui étaient arrivés se sont battus pour la France ? Et nous avons eu l'immense honneur, et vous étiez à nos côtés, de donner sa juste place au Panthéon, à Missak Manouchian et à Mélinée, qui, en quelque sorte, incarnent ce que les Arméniennes et les Arméniens ont donné à la France. C'est toujours la même histoire. Quand le combat est juste, nous sommes là l'un pour l'autre. Quand il s'agit de nous, de l'universel, de ce que nous portons, nous sommes là l'un pour l'autre. Et nous nous reconnaissons. Je prends avec beaucoup d'honneur les insignes remis aujourd'hui, mais je veux simplement vous dire qu'elles sont un jalon dans cette histoire qui nous oblige, parce que c'était vous, parce que c'était nous.

Le lien entre l'Arménie et la France, c'est cela. Et c'est pourquoi le choix que vous avez fait de l'indépendance pleine et entière, de la paix, de la stabilité dans cette région basculée en tous sens. Le choix de l'Europe et le choix de la prospérité, comme je l'évoquais tout à l'heure dans un autre cadre, sont ceux que nous soutenons, parce que nous les croyons une fois encore justes, parce que nous les croyons bons pour votre pays, parce que nous les croyons à la hauteur du moment, de la cohérence géopolitique et stratégique qu'il faut pour l'Arménie et pour l'Europe, et parce que nous voulons être de cette aventure. Le partenariat stratégique que nous signerons demain viendra consacrer les efforts de défense inédits que nous avons faits ces dernières années à vos côtés, car jamais la relation ne fut à ce niveau, viendra ouvrir de nouvelles pages économiques entre nos deux pays, viendra consolider la relation éducative, linguistique et culturelle. Et beaucoup derrière, qui sont là aussi, auront à l'écrire. Mais laissez-moi vous dire, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le président, combien, au fond, chez nous, ce que vous appelez l'Arménie réelle est inséparable de l'Arménie rêvée, parce que beaucoup la rêvent chaque jour. Au fond, vous avez décidé d'une Arménie en Europe, en paix, en prospérité. Et c'est cette Arménie-là, avec toutes ses harmoniques, celle qui charrie notre histoire commune que nous aimons et que nous embrassons tout entière.

Car de l'autre côté de l'Europe, dans sa péninsule vers l'océan, n'oubliez jamais qu'il y a des femmes et des hommes qui aiment votre pays et qui aiment votre peuple et qui le regardent toujours comme une jeune sœur qui nous a tant apporté et pour laquelle nous serons toujours là. L'un l'autre, nous nous tenons la main. Ce sont deux mains européennes, et c'est ce destin que vous avez décidé d'embrasser. Alors, c'est à moi de vous remercier ce soir pour le courage que vous avez eu durant toutes ces dernières années, de porter votre pays dans cette région comme un pays de paix, de responsabilité, et il faut beaucoup de courage et d'audace pour vouloir la paix lorsqu'on est attaqué, et d'un pays qui a choisi l'Europe. C'est maintenant à l'Europe de se montrer à la hauteur. Laissez-moi, à mon tour, porter un toast pour votre pays, pour nos liens d'amitié séculaires. Et pour vous, Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre, et pour l'amitié qui nous lie.